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"Homme libre, toujours tu chériras la mer !"
"La mer enseigne aux marins des rêves que les ports assassinent."
"La sagesse, c'est d'avoir des rêves suffisamment grands pour ne pas les perdre de vue lorsqu'on les poursuit."
"Il est des moments où les rêves les plus fous semblent réalisables à condition d'oser les tenter."
"Le voyage est une suite de disparitions irréparables."
"Nous sommes de l'étoffe dont sont faits les rêves, et notre petite vie est entourée de sommeil."
"Dieu nous rêve. S'il s'éveille, nous disparaissons à jamais."
"Nous trouverons un chemin... ou nous en créerons un."
"Le rêve de l'homme est semblable aux illusions de la mer."
"Il n’est pas de vent favorable, pour celui qui ne sait pas où il va…"
"Il y a trois sortes d'hommes : les Vivants, les Morts, et ceux qui vont sur la Mer."

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 Quand le vent se lève... ( / Kalista)

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*Succube*

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*Succube*

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MessageSujet: Quand le vent se lève... ( / Kalista)   Dim 18 Déc 2011, 20:51

Elle était arrivée la veille au soir.

A peine arrivée, elle s’était sentie libre. De cette liberté étrange et inexpliquée. En effet, tous les éléments convergeaient vers l’impression opposée. Elle ne connaissait alors aucune limite à son envie de découvrir ces ruelles, ces pierres taillées imbriquées, emboitées. Massives. Synonyme de sécurité ? Pour certains peut être. Pour les endormis qu’elle avait perçus, pour les amours d’un soir, pour les enfants qui ont peur du noir… Ou tout simplement pour les âmes avinées, même si celles-ci, elle l’avait remarqué, entretenait une relation étrange avec les pans. Ils les touchaient, les caressaient, allaient même jusqu’à les embrasser. Les prenaient dans leurs bras comme si il s’agissait d’un amant et puis soudainement commençaient à les taper avec leurs mains sales et suantes, ou même encore avec leur tête ; pour se séparer par la suite et aller prodiguer des soins aux trottoirs. Eyniem était restée hilare et subjuguée devant ces élans étranges. Après tout les hommes se résumaient à cela.
Mais pour elle, les murs lui apparaissaient comme une menace. Trop élevés, trop étroits, trop massifs. Ils lui pompaient son air, la faisant suffoquer, enjoignant son corps à se raidir et à être poursuivi de spasmes. Trop d’informations en sortaient à chaque seconde, emplissant sa tête d’un gaz toxique. Elle qui avait été habituée dès
sa récente naissance à ne pas être confinée, elle avait eu du mal à se décharger de tout cela, notamment de l’impression désagréable que son corps fin était au final que du lest.
Mais cette situation où le corps se sent agressé et meurtri, violé de sa liberté propre avait été un temps soit peu ce qui avait élancé Eyniem dans les labyrinthes. Un jeu avait alors commencé. Un jeu… une course… elle ne savait plus très bien.

Etait ce un souvenir, ou un regard ? Quelque chose à elle ou à autrui ?

Elle déambulait à présent dans les rues ensoleillées. Elle tentait vainement de remettre sa mémoire d’aplomb.

Malgré la fatigue et une ivresse, … avait-elle bu ? « Un verre, demoiselle ? - … (qu’avait elle donc répondu ?) », alors même qu’il faisait nuit noire, elle avait ressentie un infime changement d’atmosphère.
Il était devenu de plus en plus insistant à mesure qu’elle s’était dirigée vers une direction précise. Laquelle ? Elle ne le savait pas, n’ayant pas de ce truc à aiguilles qu’avait Lunielle.

Ses yeux qui lui brulaient découvraient ses mêmes murs qui l’avaient angoissé dans la nuit. Ils lui apparaissaient maintenant grossiers et empathiques, n’ayant aucune
forme éthérée et naturelle. Ils n’étaient plus les géants colossaux, mais de simples structures lourdes et compactes, qui servaient d’abris à un peuple au mode de vie ingrat. Rien à voir avec les manières abhorrées de Lunielle, ou bien même la tendre pauvreté de sa première victime. Ces gens qu’elle croisait vivaient dans une pauvreté qu’on ne pouvait nier, sales et grossiers.

Ils avaient pris d’assaut les rues à la première lueur du jour, ouvrant les étals de bois ou s’entassaient la plus souvent quelques poissons de la veille. Et dans cette substance dans lesquels ils étaient enroulés, Eyniem avait perçu ce voile léger qui l’avait étreint durant la nuit. De l’iode. Le vent en était empreint, la nourriture, ses cheveux. Elle aurait pu en faire une indigestion si elle ne l ’avait pas perçue comme une fragrance.
-Excusez-moi… où suis-je ?

Un grommèlement lui répondit.

-Espèce de singe, siffla Eyniem

Elle continuait de marcher, d’un pas pressé, dans cette foule oppressante. Les conversations lui arrivaient aux oreilles dans leur entièreté et lui donnait un mal de crâne qui aurait été semblable à un symptôme annonçant une implosion.

Au dessus de la marée humaine, de ces flots agités de bras et de têtes, elle découvrit deux… non trois… piliers de bois qui s’élançaient vers le ciel. Elle y cru voir un signe de la liberté et du calme, et s’empressa vers cette direction.

La fragrance, portée par un vent marin, se détachait d’entre toutes les odeurs à chaque pas.

Elle sortit enfin d’un des boyaux bondés avec précipitation. S’adossant à un mur taché à quelques endroits de salpêtre, elle inspira, expira, goutant aux délices des
picotements sur son visage et de la senteur iodée. Quelques bourrasques faisaient claquer les voiles ; des nuages noirs s’étaient levé, menaçants.
Les petites embarcations tanguaient dans le port, les barques et les bateaux de pécheurs. Quant aux navires, aux fins vaisseaux, Eyniem les distinguait un peu plus loin. Les matelots s’affairaient sur les ponts, descendant, pliant les voiles et les pavillons.
Cela sentait la tempête.
Sur les quais, les personnes courraient se réfugier vers les tavernes ou vers leurs maisons. On y voyait des riches, des pauvres ; des marins, des voyageurs.

Eyniem restait plantée là, savourant chaque instant.
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*Humain*

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*Humain*

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MessageSujet: Re: Quand le vent se lève... ( / Kalista)   Mar 20 Déc 2011, 13:36

Spoiler:
 

Reilor. Bruissante de vie et de couleurs, noyée sous les cris et les rires des passants, cette ville éveillait toujours en Kalista l’étrange impression d’être de retour chez elle. Sentiment délicieux, vertigineux, d’être à portée de main de ses souvenirs les plus anciens. L’inquiétude qu’elle avait ressenti lors de son arrivée dans la cité, près d’un an auparavant, alors que le tourbillon de la vie citadine s’était emparé d’elle, n’avait plus lieu d’être depuis longtemps. Seule demeurait la frustration, ce désir irrépressible de savoir, impérieux, brûlant mais qui restait tristement inassouvi. Les escales au port étaient toujours trop brèves et ne lui permettait pas de mener de recherches assez approfondies. Pourtant, il était hors de question de quitter le bateau. À l’âge de sept ans, il était bien imprudent d’errer sans logement ni aucun moyen de subsistance. Encore une fois, elle maudit son corps trop faible, trop petit et dont la seule force était la capacité à jouer du piano. À peine cette pensée l’avait-elle effleurée que l’envie de poser ses doigts sur le clavier et de les laisser y courir vint occuper son esprit. Les mélodies qu’elle laissait jaillir de l’instrument formaient le seul fil tangible qui la rattachait à son identité. Elle avait essayé de l’expliquer aux membres de l’équipage, mais ils ne comprenaient pas. Personne ne comprenait. Elle n’arrivait même plus à leur en tenir rigueur mais elle se sentait de plus en plus seule, à mesure que les semaines passaient...

Elle chassa ses pensées d’un haussement d’épaule qui portait en lui un dédain d’une maturité excessive pour une enfant de son âge. Cette idée lui arracha un sourire ironique qui contrastait tout autant avec son apparence. Il lui fallait profiter du peu de temps dont elle disposait pour parcourir les rues de la ville. Elle aurait dû être accompagnée, mais elle s’affranchissait souvent de cette règle. Le capitaine respectait son indépendance mais refusait de la laisser livrée à elle-même et elle avait beau en comprendre les raisons, elle avait besoin de ces instants volés à la monotonie de la vie à bord. Elle voulait s’immerger dans cet univers, se fondre à la foule, se laisser submerger par l’excès de mouvements, jusqu’à ne plus pouvoir réfléchir, non, simplement ressentir. Et entendre. Tous ces gens qui se croisaient, s’entre-croisaient, dont les vies se fondaient l’espace d’une seconde pour mieux se séparer la seconde d'après formaient une harmonie à la fois chaotique et profondément cohérente, suivant une logique inaccessible à l’échelle humaine. Et la musique qui échappait de cet ensemble la berçait, la portait, rythmée par des éclats de voix, le martèlement des pas sur les pavés... Derrière la mélodie de la ville, un grondement sourd, sauvage. Le vent qui se lève. L’approche de la tempête. Le regard perdu dans le vide, Kalista écoutait intensément, au point d’en oublier la possibilité de voir. Elle comprenait peu à peu la raison de l’agitation qui animait le port, cette fébrilité dans les gestes, cette inquiétude dans les voix. L’approche de la tempête. Il fallait achever les préparatifs pour pouvoir vite se mettre à l’abri. Une seconde, elle leva les yeux vers le ciel, considérant la masse grouillante de nuage qui s’amassait au-dessus de l’activité frénétique des hommes. Alors seulement, elle réalisa qu’elle serait bientôt obligée de trouver quelqu’un qu’elle connaissait, pour ne pas avoir à s’abriter seule dans une taverne mal famée. Un léger soupir lui échappa et elle s’autorisa pour un petit instant à retourner d’où elle venait, loin de cette triste perspective.

Alors qu’elle s’immergeait à nouveau dans le torrent sonore que formait la foule, une fausse note, ou plus exactement une rupture soudaine dans la trame de la mélodie la fit sursauter. Aussi incongrue qu’un arbre qui ne frémirait pas sous la puissance de la tempête était l’immobilité étrange qui interrompait la musique. Comme pour s’accorder à cette anomalie, Kalista suspendit son avancée, balayant son environnement d’un regard impérieux, comme un chef d’orchestre chercherait à déterminer l’origine du malaise qu’il perçoit chez ses musiciens. Errant de visage en visage, elle commençait à penser qu’elle s’était trompée lorsqu’elle aperçut enfin la source du trouble. Elle se figea, fixant l’inconnue avec curiosité. Un bref instant, elle lui apparut comme hors de la réalité, invisible aux yeux de tous, immatérielle... en parfaite inadéquation avec le reste du monde. Puis elle réalisa que les gens l’évitaient. Elle était bien là. Sublime, sauvage... égarée. Elle regardait autour d’elle, une étrange expression d’émerveillement sur le visage, comme si elle découvrait pour la première fois l’animation de la cité. Kalista se souvenait avoir arboré la même, quelques temps auparavant, et un petit sourire amusé étira son visage en observant l’étrange jeune femme. Ses cheveux noirs formait une surprenante couronne de mèches ébouriffées qui lui donnait à la fois l’apparence d’une gamine effarouchée et à la fois celle d’une femme à l’élégance dangereuse. Des deux, Kalista n’aurait su dire laquelle correspondait le plus au personnage. Plus elle la fixait, plus la mélodie de son âme lui parvenait puissante, tout aussi paradoxale que l’impression générale qu’elle dégageait. Suave, sensuelle, indomptable et pourtant emplie d’une fraîcheur enfantine, étrangement mêlé de joie et de confusion, le tout accompagné d’une sauvagerie étouffée, d’un danger sourd qui invitait à passer son chemin. Kalista savait qu’elle devait poursuivre sa route, que ce n’était qu’imprudence d’aborder cette parfaite inconnue mais... la curiosité naturelle qui l’animait était plus forte que tout et elle se rendit compte que plongée dans ses réflexions, elle s’était déjà rapprochée de quelques pas de la jeune femme. Elle se trouvait à présent juste devant elle, la tête levée vers son visage. Elle hésita quelques secondes avant d’oser effleurer le bras de l’inconnue pour attirer son attention et lorsque ses yeux se tournèrent vers elle, elle lui offrit un petit sourire interrogateur soigneusement étudié pour paraître conforme avec son âge tout un conservant la part mystérieuse de ce qu’elle croyait être réellement.


« Bonjour ! lança-t-elle d’une voix joyeuse. Euh... vous...»

Elle se tut, hésitante, soudain incapable de trouver ce qu’il convenait de dire.

« Qu’est-ce que vous faites plantée là ? La tempête approche, il faudrait vous mettre à l’abri ! »

Devant la mine quelque peu interloquée de l’inconnue, l’enfant reprit :

« Je m’appelle Kalista, je connais un peu le port, je peux vous aider si vous voulez. »

Sa voix résonnait, trop aiguë, trop puérile pour qu’elle puisse être prise au sérieux en quoique ce soit. C’était ridicule. Sa fierté en prenait un coup. Imperceptiblement, elle se redressa, son regard se fit plus sombre, plus adulte, alors même qu’elle savait que cela ne changerait rien à l’image désespérément enfantine qu’elle donnait à la jeune femme.

Mais peu importait, au final, elle avait osé lui parler, et il restait l’espoir d’une réaction intéressante de la part de son interlocutrice. Cela aurait au moins le mérite de la distraire un peu.


Spoiler:
 
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*Succube*

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*Succube*

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MessageSujet: Re: Quand le vent se lève... ( / Kalista)   Ven 30 Déc 2011, 12:25

Spoiler:
 

La foule continuait de se presser, monopolisant l’espace. Elle l’emplissait par son nombre et son mouvement, par ses sons et par sa forme. Elle se concentrait vers une direction bien distincte.
Mais ceci n’apportait aucun intérêt à Eyniem. Les ayant vu arriver de loin, elle ne prêtait aucune attention aux détails de leur physique. Elle haussa les épaules négligemment.
Après tout, ils étaient tous les mêmes. Peut importait que leurs morphologies soient différentes car, dans le fond, ils étaient pareils. Cette même angoisse, ce même empressement ridicule. Dans le fond de leurs pupilles ! Simple petit éclat similaire dans la profondeur absente et cerclée de blanc !
Mais que disait-elle ? Un éclat ? elle en doutait. N’était-ce pas plutôt une ombre de plus sur leurs visages ? Simplement, du marron sur du noir apparait bien plus que du noir sur du noir. C’était juste une question de comparaison.

Eyniem ne connaissait rien à la vie citadine, mais elle était certaine à voir cette présence du néant dans leurs yeux que ces personnes, en temps normal, frappaient le pavé de leurs démarches sûres ou altières, filant leur vie sans regarder autour d’eux, sans jeter un infime regard vers l’étendue promise que pour insulter un badaud ou un matelot dansant de pied de mer ou encore jeter une pierre pour rider la surface et se sentir… puissant ?
Durant toute sa pensée, Eyniem avait retenu sa respiration. Peut être était-ce pour ne pas gouter au fruit infecte et juteux qu’elle venait de décrire, ou peut être que simplement elle n’avait jamais eu à se poser autant de questionnements sur sa nature.
Peu importait. Elle était là à détailler un amas qui ne lui plaisait guère, mais continuait sans cesse à creuser sur ce point, comme attirée par ce sujet qu’elle aurait préféré ignorer.
L’humanité. Ne formait elle qu’un seulement par ce sentiment humain qu’est la peur ? A voir ces gens, elle aurait répondu à l’affirmative. Ils chahutaient avec le monde extérieur, devenant tour à tour des enfants inconscients se livrant à une bousculade devant quelques friandises ; puis des couples qui se retrouvent, se pressant l’un contre l’autre dans une force et un désespoir.
Plus les corps se compressaient, plus la foule devenait une bête monstrueuse.
La succube regardait ce spectacle avec un sourire cynique.

Si ils savaient à quel statut ils se livraient, tous !, en ce moment. Eux qui voulaient être différencié des animaux, ils en avaient l’aspect et l’intellect. Cette masse hideuse était d’autant plus dangereuse, alors que pour ces hommes elle était une promesse du salut.
Eyniem laissa son imagination fertile prendre le dessus, les yeux fixés sur la foule mais la distinguant trouble et effacée. L’enfant est haut comme trois pommes et suit sa mère. Quand sonne l’alerte dans la tête des gens, à la vue des nuages menaçants, il est pris entre deux corps flasques mais tendus. Les frissons ballaient le derme de leurs bras. Les corps se pressent, l’étouffant. ET sa mère qui n’est pas là. Où est-elle ? –Juste à coté. Elle le serre, le colle, mais pas comme d’habitude. Elle est en train de crier. Sur lui ? non pas. Puis un écart s’établit, le petit respire. Il ne sait pas encore. L’homme derrière lui se fait pousser, la forme compacte se réunifie par une force prodigieuse. Elle le happe. Piétinements. La mère ne le sait pas encore, elle ne le saura peut être jamais, du moins jusqu’au lendemain, mais son fils est mort devant ses yeux. Elle qui l’a protégé jusqu’à maintenant, elle n’en a de cure que pour elle en cet instant. Elle l’a sacrifié.
Eyniem secoua la tête pour sortir de ses pensées morbides. Des enfants ou des adultes comme lui, il y en aura surement. Que de délices sur le pavé ! Mais elle n’y goutera pas car dans ce qui sera sur le sol sera pourvus de traces humaines, où résident la peur. Non elle ne le mangera pas. Elle ne sera pas le tueur, n’aura pas sa propre empreinte sur le corps, ni dans l’âme.

Elle se lassait de ce regard magnétique et embué. Elle passa ses mains sur ses paupières, puis les releva. Autre chose se portait à son regard maintenant. Un tableau magnifique, peint avec une finesse réaliste. Dans le bas du cadre elle voyait ce truc ignoble qu’elle avait regardé, simple barrière, simple bête fuyante devant la magnifique puissance qui s’élevait derrière.
Les nébules noires ravageaient le ciel, se mêlant aux houles du large. Au loin, la mer était remontée. L’eau obscure soulignait quand bien même les rouleaux, obscurcissant par une magie inexpliqués leurs traits fins et aiguisés, comme à l’encre de Chine . En quelques minutes, tout avait changé.
La tempête s’avançait. Fidèle destrier qu’était le vent, il hurlait déjà.
En colère, déchainé, il tentait en vain de siffler dans les mats. Mais ceux-ci étaient au final du bois dénaturés, remodelés par les hommes. Eyniem comprit le désarroi de l’élément.
Elle se remémora alors de sa première nuit. Seule dans la foret, elle avait entendue le vent hurlé dans les rameaux, les branches effleurés les arbres voisins. Elle rendit aux mats, pendant quelques secondes et seulement dans son esprit, ce qu’ils étaient réellement. Elle souria, bercée.

Le vent la caressa… elle fronça les sourcils. Le vent d’ordinaire ne laissait pas d’empreinte.
Interpellée, sur la défensive, elle baissa les yeux pour voir cette main.

A la place elle se trouva en face à des cheveux de jais. Et à un nain... une enfant… elle ne savait pas trop. Ses yeux auraient voulu détailler un peu plus cette étrange personne mais son regard fut attiré par autre chose.
La fille lui avait offert un sourire étrange. Eyniem se mordit la lèvre pour ne pas rire. Il n’empêche, quelle naïve fierté puérile. Mais elle sentait un courant étrange la relier à la fille.
Rien que dans ce sourire offert à une inconnue, elle ressentait au fond d’elle-même que la fillette était spéciale. OU peut être était-ce son attitude rare face à la menace. Elle semblait indifférente à ce dont les autres avaient peur. Eyniem fronça les sourcils.
Peut être fut-elle déçu quand la fille parla, brisant le silence, et par la même occasion la conversation muette que la succube avait cru tenir avec elle.
D’autant plus déçue par la banalité de ses phrases. Mais à quoi s’était-elle attendue. Elle était chez les hommes après tout, chaque relation commençait de manière banale. Elle repense vivement à… Non leur rencontre n’avait pas été banale. Et il était humain. Trop humain.

Elle la regarda une nouvelle fois. Le regard cette fois. Cette sensation étrange d’être face à un adulte. Eyniem s’ébroua. Que lui cachait la fille ? Cette maturité, cet éclat de détermination dans un corps d’enfant. Impossible.
Eyniem agrippa les poignets de la fillette avec violence.

« Que t’ont-ils fait !?!, cria-t-elle d’une voix rageuse. Ça ne leur suffit pas de modeler la nature différemment, non mais !?

Elle se calma un peu, le regard interrogateur de la petite fille avait surement sa part dans ce changement. Ce n’était pas ce dont elle avait cru. Mais qu’était-ce alors.

Excuse-moi, dit-elle en regardant les cerceaux vermeils enroulés autour des deux poignets.
Je… Je n’ai pas besoin d’aide, rétorqua t-elle durement.

Ses émotions changeaient de manière imperceptible en elle, mais par la parole elle les devinait.

Laisse-moi ! Cet état de la nature s’observe en solitaire… On y perçoit mieux la profondeur quand on est seul, non ? Tu ne trouves pas ?

Ces paroles allaient decrescendo, passant de l’ordre à une voix teintée de fascination et d’embarras. Eyniem attendait la réponse de la fillette comme si sa vie en dépendait.

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*Humain*

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MessageSujet: Re: Quand le vent se lève... ( / Kalista)   Sam 31 Déc 2011, 17:53

Spoiler:
 

Un bref instant, le temps se suspendit au fil de ce silence imperceptible, empli d'attente, qui se posait délicatement entre les paroles échangées. En ce moment figé, Kalista perçut clairement l'effleurement du regard de son interlocutrice, il lui sembla entendre l'écho insaisissable des pensées qui résonnèrent dans la tête de la jeune femme. Puis elle saisit la surprise qui gagna lentement ses iris, et celle-ci la gagna à son tour. Pourquoi donc...

Le temps reprit son cours, faisant brutalement céder sous son poids le barrage de l'instant. L'enfant sursauta lorsque les mains de l'inconnue se refermèrent sur ses poignets, les enserrant avec une vigueur presque agressive.

" Que t’ont-ils fait !?! Ça ne leur suffit pas de modeler la nature différemment, non mais !? "

La voix perça au-dessus du brouhaha de la foule, semblable au chant tant attendu accompagnant une musique devenue trop solitaire... Kalista, dont le premier instinct avait été de se débattre, restait figée, frappée par cette réaction soudaine et les paroles prononcées. Etait-il possible que pour la première fois de sa courte vie, quelqu'un ait vu au-delà de son apparence ? Etait-il possible que le hasard l'ait si bien guidée, jusqu'à une personne capable de lui donner... des réponses ? Son souffle s'accéléra à cette simple idée mais alors qu'elle ouvrait la bouche pour interroger la jeune femme, celle-ci reprit la parole vivement, en la lâchant enfin :

" Excuse-moi. Je… Je n’ai pas besoin d’aide. "

Mais moi, si ! Cette exclamation hurlait au fond de la gorge de l'enfant, prête à jaillir et à se jeter à la figure de l'étrange femme. Elle parvint de justesse à reprendre le contrôle d'elle-même devant la froideur de la réponse. La surprise et l'espoir brutaux qui s'étaient emparés d'elle avaient manqué lui ôter tout capacité d'analyse. Elle inspira profondément pour s'éclaircir les idées et considérer la situation le plus objectivement possible. L'inconnue était étrange. Elle s'en était doutée en écoutant la mélodie qu'elle dégageait mais ses réactions soudaines, ses émotions pour le moins fluctuantes, confirmaient cette première impression. Elle n'était pas comme les autres. Que faisait-elle dans cette ville ? Qui était-elle ? Et, surtout... qu'avait-elle perçu en la regardant qui pouvait expliquer ses questions empressées.

" Laisse-moi ! Cet état de la nature s’observe en solitaire… On y perçoit mieux la profondeur quand on est seul, non ? Tu ne trouves pas ? "

Tirée de ses pensées, complètement prise au dépourvue, Kalista demeura muette un long moment. Elle ne comprenait pas le mode de fonctionnement de l'inconnue. Devait-elle donc partir, ou répondre à sa question ? Ce qui d'abord avait été lancé comme un ordre sec et autoritaire était devenu une question étrange dont la réponse semblait particulièrement tenir à coeur à l'étrangère. Ce n'était pourtant pas le genre de chose que l'on demandait à une enfant. La fillette avait le curieux sentiment d'être jaugée, jugée, attendue au tournant au moindre mot qu'elle pourrait prononcer. Etait-ce là le but véritable de cette interrogation ? Non, il y avait trop de spontanéité pour cela. Mais Kalista était déstabilisée et elle prit prudemment le temps de réfléchir à la déclaration de la jeune femme. Cet état de la nature... Il lui fallut quelques secondes avant de se souvenir de la tempête. Valait-il mieux être seul pour l'admirer... ? Finalement, avec un grand sérieux, songeant à ses réflexions précédentes, elle prit la parole :

" Pour en ressentir toute la puissance, toute la sauvagerie et se rendre compte d'à quel point on est insignifiant... oui, il vaut mieux être seul. Mais la présence des autres apporte également d'autres harmoniques au rugissement de la tempête, cela amène une autre esthétique à la musique, différente, mais tout aussi riche. Il suffit d'écouter. Et dans ces cas-là, chaque chose, chaque personne devient constituant d'un ensemble d'une... "

Elle se tut brusquement, consciente que ses paroles devaient paraître bien obscures pour quelqu'un qui n'avait pas sa faculté d'écoute. Elle haussa les épaules négligemment et, son regard s'animant soudain d'une étincelle presque avide, elle posa enfin la question qui l'intéressait véritablement :

" Vous n'avez peut-être pas besoin d'aide, mais moi j'ai bien envie de comprendre ce que vous vouliez dire à mon sujet, tout à l'heure. Qu'est-ce que vous avez vu ? Vous savez qui je suis ? Mais vous êtes qui, au juste, pour pouvoir percevoir tout cela ? Et... "

Elle se força une nouvelle fois au calme. Sa voix devenait de plus en plus aiguëe, presque hystérique. D'une voix curieusement semblable à la jeune femme précédemment, elle lâcha :

" Excusez-moi. C'est juste que... "

C'était juste qu'elle se sentait perdue. Cela faisait tellement longtemps lui semblait-il qu'elle cherchait une réponse que la potentielle proximité de l'une d'elle la laissait égarée. Elle leva un regard qui pour une fois correspondait à peu près à son âge : celui de l'enfant qui recherche de l'aide. Elle s'ébroua pour reprendre une contenance.

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*Succube*

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MessageSujet: Re: Quand le vent se lève... ( / Kalista)   Ven 03 Fév 2012, 00:22

Le temps s’étendait dans tout les sens, gagnait en profondeur, ses phrases muettes s’allongeaient, le caractère des mots tus devenait de plus en plus large. Et sur cette encre de chine du néant aucun mot ne transparaissait dans l’air. L’impatience bourgeonnait, et sa tige telle celle d’un liseron strangulait Eyniem. Droite, elle ne respirait pourtant plus. Une mauvaise herbe est souvent belle. La beauté du silence l’était d’autant plus. Non pas que le silence était mauvais, non bien sur que non qui oserait dire un tel blasphème, mais quand on manque d’oxygène à force de retenir notre souffle, que doit-on en penser ?
La succube n’aurait pas été étonnée si la fillette lui aurait demandé au lieu de répondre pourquoi elle était toute violette. Mais celle-ci n’en fit rien. Elle comprit alors que seul son cœur souffrait de ce manque respiratoire.
Le hasard avait bien fait les choses. Elle qui était d’ordinaire mystérieuse avait face à elle son double. Elle qui était d’ordinaire silencieuse se retrouvait face à l’absence de parole. Et la parfaite symétrie propre au miroir la condamnait à rester figée jusqu’à ce que le reflet enfantin ose entrouvrir ses lèvres et les bouger. L’heure de retrouver sa liberté était sur les lèvres de la fillette. Une voix. Solennelle. Et une bouffée d’air pur. Plaisir intense. Douleur aussi.

" Pour en ressentir toute la puissance, toute la sauvagerie et se rendre compte d'à quel point on est insignifiant... oui, il vaut mieux être seul. Mais la présence des autres apporte également d'autres harmoniques au rugissement de la tempête, cela amène une autre esthétique à la musique, différente, mais tout aussi riche. Il suffit d'écouter. Et dans ces cas-là, chaque chose, chaque personne devient constituant d'un ensemble d'une... "

Le battement du cœur qui renait et cette douleur … le manque d’habitude définie par quelques dizaines de bourrasques. L’esprit d’Eyniem s’en remit lentement. La tête lui tourna ; elle était dans un état étrange. Et pourtant chaque parole lui apparaissait comme de quoi se substantiver, de quoi se nourrir. Elle inspira les mots qui la laissèrent perplexe. Le vent du changement était proche. Elle qui se croyait la seule à percevoir l’humanité avec un sens trouvait une consœur.
Après tout elle était d’accord. Son tableau était un ensemble, l’ensemble était l’esthétique de la musique de la fillette. Que cela soit présenté autrement, y’avait-t-il une importance ? Aucune, et la satisfaction d’Eyniem se dessina sur ses lèvres. Ce sourire se fana quand mourut la phrase qui n’était pas tout à fait terminée. Le désarroi sécha son cœur. Elle avait deviné la fin de la phrase, après tout c’était d’une logique, mais il n’y avait pas que ça. Elle se sentait en symbiose avec K... Comment déjà ? Kali… sta. Joli nom d’ailleurs. Elle avait pourtant la fâcheuse impression qu’un doute planait. Que quelque chose clochait. Qu’une ablation psychique opérée par une personne ou une chose immatérielle allait la soustraire à cette extension de soi que représentait à ses yeux la petite.
Brusque retour à la réalité. A trop se laisser porter par des pensées métaphysiques, elle se perdrait.
Ses yeux scrutèrent Kalista, elle attendit une parole, mais on lui répondit seulement par un geste. Simple haussement d’épaules. Puis les yeux de l’étrangère s’allumèrent d’une flamme passionnée. Eyniem recula, sous l’effet de la stupeur. Quelle passion se cachait en cette fillette ?

" Vous n'avez peut-être pas besoin d'aide, mais moi j'ai bien envie de comprendre ce que vous vouliez dire à mon sujet, tout à l'heure. Qu'est-ce que vous avez vu ? Vous savez qui je suis ? Mais vous êtes qui, au juste, pour pouvoir percevoir tout cela ? Et... "


Une phrase. Et trois questions. La curiosité avide de la fillette qui transparaissait dans ses interrogations en séries poussait Eyniem dans ses retranchements. Elle ne savait que dire, que faire ; prise au dépourvu devant tant d’ardeur. Mais alors qu’elle allait répondre par quelques syllabes confuses, la fillette la coupa précipitamment d’une voix aigüe.

" Excusez-moi. C'est juste que... "

Eyniem était en parfaite connivence avec l’étrangère. Elle ressentit le regard de l’enfant, ses prunelles en détresse ; plus de doutes n’étaient possibles. Son assurance reprit le dessus.

« C’est juste que tu ne sais pas d’où tu viens et que tu cherches des réponses à tes origines. C’est juste que seule tu tournes en rond, repassant une centaine, un millième de fois devant le même mur. C’est juste qu’après avoir ressenti une lassitude, un espoir nouveau apparait à tes yeux et que tu veux le résoudre, quelque soit sa finalité. Voilà ce que je sais de toi. Je ne t’ai jamais croisé, mais je te devine. Ce que j’ai vu ? Un contrôle parfait de ta physionomie, une maturité extraordinaire dans le corps d’une gamine… »


Les mots s’écoulaient de sa bouche sans qu’elle puisse les retenir. D’ailleurs elle ne le pouvait pas. La force du dialogue était bien trop forte pour qu’elle les ravale.

« … Personne ne peut être aussi complexe… à part si elle a été modélisé. Et toi… tu m’as fait pensé aux mâts que je détaillais plus avant, à qui je redonnais une vie. On t’a donné une vie… mais tu n’es pas complète… tu ne te sens pas complète… »


Il était de plus en plus difficile de parler. L’émotion hachait les paroles de la succube mais elle continua quand même.

« alo…rs.. il suffit … d’une mélodie… pour te rendre vivante, pour te redonner quelque chose auquel croire… une manière de distrac..tion inc… si on peut dire ainsi… »

Elle voyait les traits de la fillette se tordre à mesure qu’elle parlait, traduisant la tentative de traduction que la fillette était dans l’obligation de faire.
Sa gorge se serra.
Elle n’arrivait plus à parler. Les sons qu’elle souhaitait extirpé ne pouvait sortir, sa bouche étant obstruée… par quoi elle ne savait pas.

Elle siffla et ses yeux devinrent deux tisons incandescents. Ses mains se crispèrent d’une manière surnaturelle. Les cheveux trempés, sous la pluie et les bourrasques de plus en plus violentes on eut dit qu’elle sortait des eaux infernales, de ces inondations où sont emportés les cadavres.


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*Humain*

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MessageSujet: Re: Quand le vent se lève... ( / Kalista)   Mar 21 Fév 2012, 16:50

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Subjuguée, Kalista écoutait les mots de l’étrange jeune femme qui retranscrivait avec une surprenante exactitude ses sentiments et les ténèbres dans lesquelles elle errait depuis si longtemps, lui semblait-il. Les phrases, prononcés avec une terrible assurance, tissés entre elles par la voix de l’inconnue, étaient une reproduction fidèle de la trame de vie et d’incertitudes qui constituait la fillette. Celle-ci, bien que d’un calme absolu en apparence, avait l’impression de ressentir physiquement le bouillonnement de son esprit avide de compréhension et de savoir. La chaleur enveloppait son visage, son corps entier, d’un voile étouffant d’expectative et d’interrogations. Comment cette parfaite inconnue pouvait-elle en savoir autant sur elle ? Elle n’avait laissé transparaître la profondeur de son désespoir à personne jusque-là, qui aurait donc pu lui parler d’elle ? Personne. Mais alors, comment...? Cette seule question suffisait à provoquer des tourbillons affolés dans ses pensées. Mais plus redoutable encore était l’espoir. L’espoir que cette rencontre puisse enfin lui donner les clés de son identité. Et c’était cet espoir qui menaçait de lui faire perdre sa maîtrise de soi.

Elle inspira profondément, s’efforçant de conserver cet équilibre précaire qu’elle avait réussi à maintenant jusqu’ici, s’accrochant aux paroles de la femme comme on se maintiendrait hors de l’eau à l’aide de ce qui peut nous y noyer la seconde d’après. Mais les mots se faisaient peu à peu décousus, hésitants. Incompréhensibles. Kalista fronça les sourcils, tentant de comprendre où voulait en venir l’inconnue. Qui s’était soudainement tue. Et dont le regard se métamorphosait peu à peu au point d’en devenir effrayant. Prudente, elle recula d’un pas, observant la jeune femme qui semblait soudain perdre tout contrôle d’elle-même sous une influence mystérieuse. Ebahie, Kalista restait indécise quant à l’attitude à adopter. Il était hors de question de laisser passer cette chance d’en savoir plus ou tout du moins, de se sentir enfin comprise, mais de l’inconnue émanait une aura de danger qui la dissuadait d’essayer de la calmer. Un soupir imperceptible lui échappa. Pourquoi fallait-il donc que la seule personne qui ne la voit pas comme une simple enfant soit folle ? Pour lui prouver qu’elle l’était, elle aussi ? Pour la décourager ?

Elle aurait préféré attendre patiemment que la crise passe pour reprendre la conversation, mais elle réalisa bien vite que les regards qui se posaient sur la jeune femme n’avaient rien d’aimable. Et si dans certains ne brillait qu’une étincelle désapprobatrice, d’autres étaient plus insistants, plus lourds. Kalista comprit que si elle ne faisait rien, quelqu’un interviendrait et sans savoir d’où venait ce pressentiment, la fillette se doutait que la réaction de l’inconnue pourrait être catastrophique. À l’instant où un marin s’apprêtait à poser sa main sur l’épaule de l’étrangère, les lèvres entrouvertes sur un reproche, Kalista s’interposa avec un sourire désarmant d’innocence.

« Excusez ma mère, cela lui arrive quelque fois lorsqu’il y a trop de monde autour d’elle. Je vais m’en occuper ! »

L’homme, l’oeil assombri par la lassitude, haussa les épaules en grognant :

« Ouais, fais la dégager de là, on n’a pas besoin d’une mère et de sa mioche ici ! »

Kalista se força à conserver son sourire malgré l’insulte et acquiesça. Elle reporta son attention sur la jeune femme et fsaisait fi de ses craintes, lui tira doucement le bras. Elle fut surprise de ne pas ressentir de résistance mais l’espoir qu’elle en retira se fana bien vite lorsqu’elle observa la densité de la foule qu’elles avaient à traverser. La musique dans sa tête s’était faite effrénée, tournoyante... pressante. Elle se sentait submergée par ce surplus d’informations que ses yeux avaient à affronter, cette masse humaine mouvante prête à l’engloutir... Inspirant profondément l’air salé que le vent lui jetait au visage, elle esquissa un premier pas. Elle jeta un regard derrière elle pour observer le visage crispé et les yeux écarquillés de cette rencontre hasardeuse qu’elle était bien décidée à ne pas perdre. Un instant, elle se demanda si la femme était toujours consciente de ce qui l’entourait. Elle haussa les épaules, poursuivit son chemin en écartant les gens de sa petite main et traînant l’inconnue dans son sillage. Les travailleurs sur le quai, surpris, laissait passer cet étrange couple avec un intérêt éphémère, vite balayé par la tempête qui approchait toujours davantage. Ses petits pas avalaient donc le chemin rapidement, à son grand soulagement. Parfois, la jeune femme derrière elle se crispait, mais Kalista tirait obstinément sur son bras pour l’empêcher de lui échapper. Elle craignait que l’inconnue se débatte, attirant ainsi l’attention de tous, mais jusque-là tout semblait bien se passer. À mesure qu’elles s’éloignaient quai, la foule se clairsemait, facilitant encore leur avancée. Et ce fut finalement sans encombre qu’elle parvint à entraîner l’inconnue jusqu’à une ruelle qui semblait bien silencieuse en comparaison avec la cacophonie du port. Au loin, elle entendait vaguement les voix des ivrognes qui ne s’étaient pas encore mis à l’abri mais ils lui semblaient suffisamment loin pour ne pas leur attirer de problème. Avec un soupir de satisfaction, la fillette lâcha enfin le bras de la femme où ses doigts avaient laissé une marque rouge tant ils s’y étaient serrés. Ses épaules se relâchèrent et elle se souvint soudain du froid qui la transperçait. Trempée, les cheveux collés au crâne, elle n’osait imaginer à quel point elle devait sembler misérable. Une part d’elle, hautaine, fière, s’indignait devant cet air négligé, mais elle ne se souciait pas de l’avis de cette petite voix au fond de son esprit. Elle avait déjà bien assez à penser pour ça. iElle se tourna vers l’inconnue, prudemment. Elle ne semblait vraiment avoir retrouvé son état normal, mais après tout, elle ne lui avait pas semblé normale depuis le début alors il était difficile d’en juger. Elle tentait de décrypter l’étrange mélodie qu’elle croyait entendre, mais celle-ci était si confuse et complexe qu’elle n’y parvenait pas. Finalement, ignorant s’il était bien raisonnable de lui parler maintenant, elle lança :

« Bon, je vous ai tiré d’un sacré mauvais pas...»

... ou bien peut-être avait-elle épargné aux marins sur le quai une sacrée mauvaise rencontre, mais bon, ce n’était qu’un détail.

«... alors vous allez m’aider à mieux comprendre tout ce que vous avez raconté ! »

Fronçant les sourcils, elle ajouta :

« Et puis, vous êtes qui au juste, pour percevoir tout ça ? »

Sa voix se faisait plus aiguëe, au point qu’elle perçut elle-même dans cette dernière question toute la puérilité dont elle ne parvenait pas totalement à se détacher. Elle attendit patiemment une réponse sans être bien sûr que son interlocutrice l’ait entendue.

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*Succube*

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*Succube*

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MessageSujet: Re: Quand le vent se lève... ( / Kalista)   Mar 03 Avr 2012, 20:14

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Une désapprobation silencieuse et vaine. Cette envie de résister et l’attache à ce réel étonnement intéressant qui se dénoue avec une certaine fatalité. Le nœud tombe en deux lacets. Dissociation. Désunion. Comme il est étrange de pendre au bout d’un fil invisible qui n’est qu’une image. Comme il est impressionnant d’être confronté au néant que peut être l’esprit et être arracher à une plénitude fomentée à deux. Impressionnant et effrayant. Et dire qu’avant, je n’avais jamais eu peur d’être confronté à cela et pour cause cela fait partie de moi. Mais désormais vient à moi l’idée de ne pas me contrôler. De n’avoir aucun pouvoir sur mon existence et sur mon comportement. Je veux continuer à converser avec K… k… k… . Continu… er… à … v… ce réel… qui me… pl…

Mais que dis- je ! Ai-je perdu la raison ? Succube deviens tu quelque peu humaine ? Prends garde ! La petite t’influence, te guide vers une voie qui n’est pas la tienne. Et pour cause ! Déchaine toi, elle te tient prisonnière dans ses mains. Saute et déchire les membres de ces odeurs qui t’entourent et qui te rend avide. Régale-toi des rêves de chacun, à toi orgie, plénitude, plaisir des chairs.
Je suis le vecteur des vies enragées, passionnées. Je suis l’hégémonie de l’obscur. Je suis toi, et tu es moi. Viens ! Viens ! Déchire ! Avidement ! l’espace qui t’entoure est à déchirer, à lacérer. A mordre. A plier à la volonté. Ta volonté.
Sens le sang couler dans leurs veines. Bientôt il coulera sur le parterre. Et toute la terre tremblera devant la puissance, emplie d’horreur devant la force de la nature que tu es. Tu es prête pour Ghurol, tu es prête à retrouver les tiens. Rassasie-toi, et pars.

Je pris mon élan vers un de ces corps, vigoureux et sans états d’âme qui craquerait un cou juste pour le plaisir, une de ces brutes qui n’ont pas de cervelles. Après tout, d’une des deux bêtes n’en sortira qu’une. Et la douleur de la faim, cette tenaille qui procure à la fois du plaisir à la pensée du futur proche et à qui l’on se soumet pour mieux dominer, oui, ce sentiment de procuration touche à mes sens, à mon palais, à ces lèvres tremblantes d’émoi. Emoi d’un premier baiser, d’une première morsure, d’une première dévoration devant un public. Quelle sera sa dévotion ? Sera-t-il charmé ou devrais je m’y employer par la manière forte. Devrais je m’avancer pour frapper la première, ou serait-ce lui qui fera le premier pas pour tomber dans un soupir. Dans cette folie meurtrière et passionnée, les gestes deviennent danse. Etrange, Etrange. Trouver dans le chaos une certaine synchronisation, détermination n’est-ce pas là contradictoire.
Elan ; Chute. Un mur me sépare de la proie. Mon sifflement se perd, mais mes yeux enragés, aux pupilles dilatées reflètent ma rage. Qui-ose. Cette main froide, ces empreintes mouillées. Impossible, je peux envoyer ce lien futile bien loin. Mon bras se tend, se détend dans une volonté incommensurable de détruire, de sentir les os craqués. Geste vain. La main reste accrochée à mon poignet. Non pas par une quelconque résine mais par la force intérieure de la gamine qui me traine. La pression sur mon bras s’accentue. Moi, dominée par une fillette. Je l’enverrais bien bouler cette personne aux gestes incongrus. Mais depuis quand m’impose t-on des règles et des conduites. Je suis libre après tout ! Une autre pression. L’agacement monte par les oreilles, me fait fulminer. Mes membres se crispent à l’affut d’une faille dont je pourrais profiter. Mais j’ai beau chercher, j’ai beau sentir, je suis un animal acculé.



La tension finit par disparaitre progressivement, laissant Eyniem tremblante. Elle se rappelait de ses sentiments, de ses envies contradictoires. Le sang et la pureté emmêlés. Elle les avait hais tout deux.
La faim restait néanmoins, l’impuissance gardait son empreinte. Mais ce n’était pas qu’on l’est forcé, elle percevait plutôt cela comme une résignation qui était de sa volonté. Évidée de toutes autres passions, elle se laissa trainer sur les quelques mètres qu’il restait, comme un vulgaire sac de pomme de terre.
Fatiguée, le fait d’être tirée en avant, « soutenue » par une main amie la rendait inoffensive et confiante. Cette fillette avait un don étrange… de dompter, de contrer sa nature. Un danger donc. Et à la fois source d’un bien être. L’intuition de ne pas être jugée la réconfortait alors.

Elle perçut distinctement la question de la fillette et sursauta, ne s’y attendant pas.

« Et puis, vous êtes qui au juste, pour percevoir tout ça ? »


Le timbre aiguë par lequel elle s’était exprimée trahissait-il une angoisse ? ou la fille était elle au final un transsexuel qui muait ? Dans ce cas, tout était compréhensible. Une personnalité qui évoluait dans un corps qui n’était pas le sien se recherche obligatoirement. C’est suite à ces idées farfelues qu’Eyniem décida de répondre, se mordant les lèvres pour ne pas rire de ces stupides pensées.

« Eyniem. «


A juste répondre cela, on pouvait croire qu’elle se considérait comme une personne unique. Ouais je suis Eyniem et les Eyniem perçoivent d’une étrange manière les hommes, les attitudes, les relations en elles même. Elles viennent pour vous prendre votre sang et vos rêves, se régalant de votre fascination, voulut-elle répondre. Mais qu’il y avait-il à répondre ?

« Devrais-je être quelqu’un en particulier pour percevoir ainsi ? »

La réponse était brève, presque cassante. Sur le qui-vive.
Pour Eyniem, la perception dépendait plus de l’individu que d’une société. Or Eyniem ne dépendait jusqu’à ce jour d’aucune société ( à part peut être celle des animaux).
Vraiment elle ne comprenait pas la question de la fillette. Devait-elle dire sa nature pour que celle-ci comprenne son mode de penser, d’analyser. Bien sur que non, cela ne l’aiderait en rien.
Alors que faire pour ne pas couper court à ce dialogue, et ne pas faire transparaitre sa gêne.

« Je vis, je vagabonde et j’observe. Ça ouvre un très grand champ de perception ce genre d’activité.
Et toi que fais tu ? La musique sur laquelle tu établies tes perceptions est-elle ce qui te fait vivre ou es tu juste une fine oreille, et une fine bouche, »
dit-elle, narquoise.

Elle s’appuya sur le mur, au cas où la réponse de la fillette lui scierait les deux jambes. Elle se fichait bien du temps qui passait.


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*Humain*

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*Humain*

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MessageSujet: Re: Quand le vent se lève... ( / Kalista)   Dim 13 Mai 2012, 01:59

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Fermement plantée face à l’étrange jeune femme, Kalista attendait une réponse avec une autorité impérieuse mais si enfantine qu’elle-même ne parvenait pas à se prendre au sérieux. Mais sa détermination eut au moins le mérite d’attirer l’attention égarée de son interlocutrice silencieuse. Dans son regard, l’enfant crut entendre le grincement singulier de la moquerie, mêlé au sifflement plus léger d’un simple amusement. Sa fierté se cabra un instant dans son coeur mais elle la balaya d’un haussement d’épaule. Elle n’avait pas la possibilité de protester, de toute façon.

« Eyniem.»

Le son, bien réel cette fois-ci, la percuta de plein fouet et elle sursauta brusquement. Pour une fraction de seconde, elle douta du sens de ce mot. Langage inconnu, formule magique, citation étrange ? Non, un prénom. Derrière lequel brûlait une intensité surprenante, une densité de pensées non prononcées qui alourdissaient considérablement ces quelques lettres qui formaient son nom. Subjuguée par ce qu’elle percevait dans l’esprit de la dénommée Eyniem, ces réflexions qui entraient en résonance avec sa voix lorsqu’elle s’exprimait, Kalista perdit le fil de la réalité pour quelques secondes.

« Devrais-je être quelqu’un en particulier pour percevoir ainsi ? »

La sécheresse qui roulait dans cette question rappela l’enfant à l’ordre. Elle se souvint soudain du grondement sourd de danger qu’elle avait senti vibrer en elle lorsqu’elle avait voulu saisir l’identité de cette inconnue perdue au milieu d’une ville qui lui était visiblement inconnue. Etait-ce vraiment une bonne idée de venir s’isoler dans cette ruelle abritée des regards ? Le changement soudain d’attitude de la jeune femme qui quelques minutes seulement auparavant semblait avoir perdu tout contrôle d’elle-même la confortait dans ses doutes et l’empêchait de répondre.

À mesure que les secondes passaient, Kalista réalisait avec une profonde acuité à quel point la femme était étrange. Elle ne ressemblait pas à tous ceux qu’elle avait pu rencontrer jusque-là. Elle sonnait différemment, raisonnait différemment. Elle ne répondit rien mais il lui semblait pourtant évident que la jeune femme devait être quelqu’un en particulier. Personne jusqu’ici n’avait réellement vu au-delà des apparences en la rencontrant, sauf lorsqu’elle se posait au clavier d’un piano peut-être.

« Je vis, je vagabonde et j’observe. Ça ouvre un très grand champ de perception ce genre d’activité.
Et toi que fais tu ? La musique sur laquelle tu établies tes perceptions est-elle ce qui te fait vivre ou es-tu juste une fine oreille, et une fine bouche ? »


Un sourire ironique vint faire écho au léger sarcasme qui vibrait dans cette dernière question. Kalista vivait avec des marins qui ne cessaient de vagabonder et pourtant, aucun n’avait jamais seulement songé que c’était sur la musique qu’elle construisait sa pensée.

« C’est elle qui me fait vivre, répondit-elle sans hésiter cette fois-ci. C’est mon seul repère, mon seul souvenir, le fil que je suis en vain depuis des mois. Et c’est ma seule aptitude pour survivre dans ce monde. »

Elle hésita quelques secondes et reprit :

« Aucun être humain n’a jamais perçu ce dont vous avez parlé, avant aujourd’hui. Jamais. Je... cherche mon identité, d’une certaine manière, et je commençais vraiment à perdre espoir. J’ai besoin de savoir pourquoi vous m’avez dit tout ça. Je... »

Elle eut un rire bref, trop amer pour son âge. Elle réalisait à quel point ce qu’elle disait devait sembler étrange. Une enfant d’à peine sept ans qui cherchait son identité, ce n’était pas courant. Cela ressemblait à un jeu ridicule sans le moindre sens. Elle hésita quelques secondes à expliquer ce qu’elle entendait par là pour détromper cette apparence mais après avoir eu un aperçu de l’instabilité de son interlocutrice, elle se dit que cela créerait peut-être une saturation d’informations qui pouvait entraîner une nouvelle crise. Elle se tut donc et attendit les réactions de la jeune femme, le menton légèrement relevé comme pour se faire plus grande qu’elle ne l’était.

La réponse d’Eyniem venait seulement de mourir dans le silence crépitant de pluie lorsque l’enfant réalisa soudain que les voix avinées qu’elle avait entendues en entrant dans la ruelle résonnaient de plus en plus fort, et ce malgré le doux rugissement de l’eau qui emplissait l’air. Elle prit à peine le temps d’intégrer le sens des mots de son interlocutrice avant de lui attraper une nouvelle fois le bras, avec la ferme intention de quitter les lieux avant que les hommes n’arrivent. Elle savait qu’il valait mieux éviter toute confrontation avec un homme qui aurait trop bu, surtout dans un endroit isolé comme celui-ci.

Alors qu’elle s’apprêtait à s’éloigner, elle comprit qu’elle n’avait pas réagi assez vite. Ils avaient déjà tourné au coin de la rue et les regardaient avec des sourires idiots mais inquiétants. Souvent, les marins et le capitaine lui avaient dit de faire attention à éviter ce genre de personnages. Et la bouilli sonore infâme que leurs esprits dégageait ne faisait que confirmer la légitimité de ce conseil.


« Eh mais r’garde moi ça ! lança le premier avec un rire étranglé. ça s’ra ptêtre une bonne soirée au final !
- Ah les cons, z’auraient dû venir avec nous au lieu de nous virer d’la-bas ! »

Kalista entendit la note discordante de sa propre peur avant même de la ressentir. Puis celle-ci grandit pour se faire panique et noyer sa capacité de jugement. Elle tourna un regard effrayé vers Eyniem avec le vague espoir que celle-ci pourrait les tirer de là.

« Viens-là, ma belle...» murmura l’un avec un mauvais sourire en s’avançant d’un pas devenu soudain nettement plus ferme.

Son intention était claire et tira un frisson désagréable à l’enfant. Mais avec un soulagement égoïste, elle constata qu’il semblait ne même pas l’avoir vue.

« Mais r’garde moi ça, y a même une gosse ! »

Espoir brisé. Elle recula doucement. Ils accélérèrent le pas.

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*Succube*

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MessageSujet: Re: Quand le vent se lève... ( / Kalista)   Dim 10 Juin 2012, 00:03

Spoiler:
 

Eyniem pencha la tête de coté, à la réponse de la fillette. Les os craquèrent, résonnant dans son être. Elle s’en délecta quelques secondes. Pas tout à fait humaine, mais mortelle quand même.
Un seul repère, un seul souvenir… qui se résumait à quelque chose de abstrait ? elle n’irait pas jusqu’à dire cela
. Elle comprenait trop bien la frustration de la fillette et ses élans désespérés. Mais que pouvait-elle faire pour cette gamine dénuée d’identité entière ? Rien. Elle-même se recherchait, mais au final, aucune réponse ne pourrait lui être soumise. Elle était née dans une grotte, ayant une pleine possession de ses moyens comme un animal, et une conscience construite sur rien. Bref, elle était un cas désespéré pour trouver ses origines. Mais ne pouvait-elle pas aider la fillette à la recherche de sa genèse, comme une substitution à ses propres lacunes ?

Je crois que tu n’as pas compris, fillette. Je ne peux pas te répondre. Ceci est juste une perception, dans ton attitude, dans tes yeux, dans tes paroles.
J’aimerais t’aider mais… je ne peux pas.


Eyniem écorcha le dernier mot, comme si il l’entaillait elle aussi.
Elle préférait ne pas parler de cette résolution secrète qui avait précédé ses paroles, mettant ainsi sous silence les raisons et son histoire, toutes obscures qu’elles pouvaient l’être.

Dans sa peine, déception, qu’était ce au juste ?, elle n’entendit pas tout de suite les deux hommes qui s’approchaient. Pourtant, l’eau de pluie qui ruisselait sur les pavés irréguliers et formait des flaques désormais rendaient à leurs pas une fatalité sonore. Elle comprit à la fois pourquoi la petite avait pris précipitamment son bras et la pressait d’avancer plus vite. Mais il était trop tard. Au raidissement de sa compagne, Eyniem sut qu’elle considérait cela comme un mauvais augure. Quant à elle, elle se réjouissait de ces festivités à venir.
Déjà l’esprit des deux hommes, leurs fantasmes salaces l’effleuraient comme une caresse sensuelle. Peut importait les images horribles qui se portaient à ses yeux, elle y trouverait d’autant plus de plaisir à leur ôter la vie sans que toutes ces rêveries ne puissent être réalisés. Leur frustration serait un parfait repas, leurs sangs étancheraient sa soif.

Elle ressentit le regard effrayé de Kalista sur sa peau, cette prière muette, mais les frissons qui s’étalaient partout sur son corps n’étaient pas dus à l’effroi. Ou peut être le fait de ressentir la peur d’une personne, cette interprétation du danger lui donnait- il plus de désir ?
Elle sentit le mouvement d’air, sursaut de survie. Elle entendit les pas qui reculaient derrière elle, qui s’avançaient devant elle aussi. Elle, restait stoïque, les yeux dans le vagues, définitivement prête à se laisser transporter par sa nature. Sa langue déjà pointait vers ses dents, pointait comme une langue reptilienne qui aurait fait vibrer l’air pour repérer la position de sa proie.

Tout se passait comme au ralenti pour elle, comme si une main de fer stoppait le temps. Paradoxalement, elle sentait les souffles s’empresser.

Le moment tant attendu vint enfin. Les formes se redessinaient devant ses yeux, les couleurs, ses visages malfaisants. Elle étendit ses bras, stoppant leur avancée qui menaçait Kalista. Geste égoïste ou protecteur, tout se confondait. La fille était une perle rare, mieux valait la préserver. Leurs regards emplis de convoitise se tournèrent alors vers elle. Elle leur sourit.
Ses deux mains passèrent sur le renflement de leurs sexes, remontant le long de leur bas ventre jusqu’à leurs poitrines. Elle les enserra dans ses bras, comme une étreinte et mordilla le cou d’un. Les mains calleuses de l’homme descendaient vers ses hanches pour la retourner et à la soumettre aux horreurs perverses qu’il souhaitait. Il n’en eut pas le temps. La mâchoire de la succube s’entrouvrit langoureusement, pour se refermer brutalement, fiévreusement sur la gorge. Les deux crocs déchirèrent la peau jusqu’à l’artère carotide. Les jets de sang étaient engloutis par cette bouche béante, qui laissait néanmoins passer des éruptions écarlates.
Le second homme portait sur ces lèvres toute l’horreur de cette scène. Ses gestes pour tenter de se libérer étaient vains, l’étreinte sensuelle d’Eyniem s’était refermée pour n’être qu’un étau mortel.
Elle buvait à quelques traits, tandis que le corps de l’homme se faisait de plus en plus lourd, de plus en plus mou. Elle se détacha du corps sans vie avec une certain mépris, qui tomba lourdement dans l’eau. Les flaques prirent alors une douce couleur rosée, puis par nuances devinrent des flaques vermeilles. Les ondes de l’eau rendaient à ce spectacle une beauté angoissante, formant des arabesques et des roses sur la surface de l’eau pour enfin la saturer. La pluie grignotait pour un dixième de seconde la couleur vermillon et dessinait des trous profonds. Le sang, comme un vers sur une peau revenait aussitôt dessus, bouchant l’orifice.
Les dents se tournèrent vers le second homme qui suffoquait. La langue de la succube se tendit vers ses lèvres. L’odeur écœurante du sang et les émotions lui firent perdre connaissance. Ses yeux se révulsèrent, offrant une tentation à la dévoratrice. Elle planta ces deux canines dans le blanc des yeux, striés de vaisseaux sanguins. Elle aspira avec voracité le contenu des yeux, tandis que l’homme criait à la mort.
Eyniem le regarda avec douceur, comme si il aurait s’agit d’un amant. Ou avec pitié car elle avait conscience de quelle torture il endurait.
Elle lui susurra alors : « Une fois que j’aurais mis fin à ta souffrance, et si une autre vie existe ;ne cherche plus à violenter quelques personnes qui ne serait pas consententantes. »

La succube réserva à l’homme le même sort qu’à son compagnon d’infortune. Et tandis qu’elle s’abreuvait les bras tombèrent avec mollesse le long du corps. Un deuxième corps raidi tomba dans les rigoles sanglantes.
Elle se pencha alors au dessus des corps, fermant les paupières à l’homme dont elle avait gobé les yeux et tirant de leurs ceintures une bourse et un poignard. Usant de cette arme, elle découpa délicatement les chairs, scindant d’un trait régulier la tête du reste du corps.

Personne ne pourrait supposer alors à l’existence d’un prédateur d’hommes dans les parages.

Elle se retourna alors pour faire face à la fillette. La terreur faisait briller ses yeux et des larmes ruisselaient le long de ses joues.
Elle s’approcha mais Kalista recula aussitôt, avec une précipitation qui bouleversa Eyniem.

« TU voulais savoir qui je suis… tu en as maintenant une idée… cela est pour toi »
, dit elle avec peine en lui jetant la bourse emplie d’écus. Elle se détourna pour cacher les larmes qui perlaient.

Et fit quelques pas pour s’éloigner de sa congénère.
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*Humain*

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MessageSujet: Re: Quand le vent se lève... ( / Kalista)   Dim 29 Juil 2012, 17:55

Spoiler:
 

Kalista n'avait pas eu le temps de s'appesantir sur la déception qui avait éclaté en elle à la réponse de l'étrange jeune femme, pas plus qu'elle n'avait pu réfléchir à la note de regret remplie d'une sincérité désarmante dans la voix de celle-ci. Les échos de sa propre terreur avait rapidement noyé tout le reste. Les quelques fois où elle avait été seule, elle avait toujours évité les endroits trop isolés et souvent fait en sorte qu'un des marins du navire soit non loin d'elle en cas de problème. C'était dans cette idée qu'elle avait tourné un regard qui sonnait comme un appel au secours vers sa compagne, sans grand espoir.

À présent que les deux hommes l'avaient vue, la petite fille ne rêvait plus que de s'enfuir en courant loin de la ruelle sordide où elle était venue se perdre en compagnie d'une parfaite inconnue. Mais l'attitude d'Eyniem la perturbait et ce qu'elle croyait entendre au creux de son esprit était incompréhensible, presque... effrayant. Aucune crainte dans son maintien, comme si elle... les invitait ? Les attendait ? Cherchait-elle à la protéger, à les retenir pour lui permettre de fuir ? C'était difficile à dire. Elle ne lui avait plus jeté un regard depuis que la fillette s'était reculée dans son ombre, comme si elle n'existait déjà plus pour elle. Peu à peu, Kalista avait l’étrange impression que l’air crépitait, se chargeait comme à l’approche d’un orage. Ou d’un déchaînement d’horreurs qu’elle ne se sentait pas prête du tout à affronter. L’espace autour d’elle l’oppressait, impitoyable, l’écrasait dans sa lourdeur. Elle étouffait. Et pas à pas, les hommes approchaient toujours, si lentement que c’en était intolérable. Lorsqu’ils parvinrent enfin au niveau d’Eyniem, la tension dans le corps de la fillette avait atteint son paroxysme et simultanément, une étrange impatience s’empara de son esprit. Envie de comprendre le comportement de sa compagne d’infortune, d’assister au dénouement de la situation. Mais la peur que celle-ci se termine mal revint, brûlante, briser l’impression d’assister à un spectacle surréaliste. Elle en était l’une des actrices et surtout, tout cela était réel.

Eyniem se mit alors en mouvement, avec une douceur sensuelle qui contrastait terriblement avec les lueurs malsaines qui brillaient dans les yeux des deux hommes et avec la musique inquiétante qui émanait de ses pensées. Kalista ne comprenait pas. Tout ce qu’elle savait, c’était que les deux bras étendues de la jeune femme avaient suffi à attirer toute leur attention sur elle. Subjuguée, tout aussi à l’écoute de la musique presque discordante qui saturait l’air ambiant que ses yeux étaient aux aguets de la suite de la scène, la fillette n’était plus sûre de ses propres émotions. Peur et dégoût, mais aussi attente. Chaque geste de sa protectrice semblait appartenir à un rituel mis en place et inchangé depuis des millénaires. Précis et flou à la fois, indécis sans pour autant laisser la moindre place au doute... Un bref instant, elle se souvint en un flash avoir déjà eu la même attitude, dans des circonstances bien différentes et bien plus heureuses. L’enfant en elle rougit brièvement à cette image. Elle balaya la curiosité qu’elle sentit se tendre en direction du passé pour revenir au sombre présent auquel elle assistait. Son instinct de survie reprenait peu à peu le contrôle de son esprit et elle était en train de se résoudre à abandonner Eyniem lorsque la réalité se déforma brutalement et que la musique du monde, jusque-là assourdie, s’éleva, violente et sauvage. Kalista ne comprit pas immédiatement la panique, la mort, et la joie brûlante et incontrôlable qu’elle percevait. Le jet d’encre jailli dans l’air ne lui apporta la réponse qu’au moment où les premières gouttes percutèrent le sol. Du sang. Un frisson la parcourut alors qu’elle réalisait peu à peu ce qu’il se passait. La peur se dressa d’un coup dans son coeur pour se faire panique, noire, étouffante, destructrice. Refusant ce qu’elle voyait, elle cherchait la lame qui avait ouvert une telle blessure, dans les mains d’Eyniem, mais il n’y avait rien. Et elle... buvait le sang...? Kalista ne respirait plus. Elle aurait dû fuir, échapper au monstre avec lequel elle discutait depuis déjà trop longtemps. Son esprit construisait déjà les hypothèses le plus sordides : elle n’était qu’une proie, depuis le début. Elle allait finir dévorée, elle aussi. Pourtant... à aucun moment elle n’avait perçu une telle violence à son égard. Elle avait perçu le danger mais jamais dirigé sur elle. Ce petit détail, allié à la panique qui avait pétrifié ses muscles, l’empêchait de partir. Elle assista donc sans un mot, sans un bruit, à la mise à mort impitoyable des deux hommes qui avaient eu le malheur de vouloir les violenter. L’odeur du sang remplissait peu à peu l’air, au point que chaque inspiration devenait écoeurante. Les oreilles bourdonnantes, la vision étrangement vacillante et les jambes soudain faibles, Kalista comprit qu’elle allait perdre connaissance si cette horreur ne prenait pas fin bientôt. Paniquée à l’idée d’être inconsciente en présence d’Eyniem, elle elle inspira profondément, cligna des yeux à plusieurs reprise sans réussir à chasser le brouillard qui masquait sa vision. Les battements de son propre coeur résonnaient si forts qu’ils l’empêchaient pour un instant d’entendre quoique ce soit d’autre autour d’elle. Alors qu’elle commençait franchement à basculer, à travers la brume obscure devant ses yeux, elle réalisa qu’Eyniem la regardait. En un sursaut douloureux, elle revint brutalement à elle et recula instinctivement en la voyant avancer vers elle. Mais malgré la terreur aveugle qui s’était emparée d’elle, elle parvenait encore à se rendre compte qu’il n’y avait dans les yeux de la jeune femme aucune violence à son égard. Mais n’avait-elle pas charmé les deux hommes quelques secondes avant de les dévorer ? Pouvait-elle réellement se fier à ce qu’elle voyait ? L’émotion qui vint obscurcir le visage de l’étrange femme l’atteignit en dépit de ses doutes sans réussir à calmer les battements affolés de son coeur ni à l’empêcher de reculer.


« Tu voulais savoir qui je suis… tu en as maintenant une idée… cela est pour toi »

Kalista ne comprit ce qu’Eyniem lui lançait qu’au moment où la bourse tomba sur le sol avec un tintement. Incertaine, elle l’observa s’éloigner de quelques pas sans plus parvenir à éclaircir ses idées. La peur animale qui brûlait en elle lui ordonnait de fuir en courant, de ne pas même réfléchir à l’humanité potentielle de la meurtrière. Mais la petite mélodie triste qui s’échappait des pensées de la jeune femme n’en finissait pas de la troubler et de la jeter dans le doute. Après tout, ne l’avait-elle pas sauvé ? Les deux hommes avaient peut-être mérité cette mort une dizaine de fois avant aujourd’hui... Peut-être. Mais la violence extrême dont avait fait preuve Eyniem continuait à hanter sa vision et à l’affoler. Finalement, immobile, elle lança d’une voix tremblante :

« Tu voulais me manger ? »

La question l’aurait elle-même fait rire, dans d’autres circonstances. Elle s’efforçait de ne pas regarder le sol où reposaient les deux corps sans vie, d’oublier, et de ne se focaliser que sur le tourbillon d’émotions qui parcourait la ruelle. Elle ne savait plus si elle pouvait considérer sa compagne comme un être humain ni s’il était raisonnable de continuer à lui parler. Mais elle avait la certitude que si la jeune femme comptait bel et bien la manger, elle aurait beau fuir, cela ne servirait à rien. Cette joyeuse perspective posée, elle se calmait peu à peu. Elle ne pouvait plus rien faire alors la crainte n’avait plus vraiment lieu d’être. Et quelque chose lui disait qu’Eyniem n’avait pas voulu la manger... et au pire, peut-être n’avait-elle plus faim.

Avec un soupir, parvenant à peine à croire à ce qu’elle faisait, elle ajouta :

« Il vaudrait mieux s’éloigner d’ici. Les gardes de la ville patrouillent, la nuit, et ils ne méritent sûrement pas de finir comme eux. Je ne pense pas que ça leur plairait d’apprendre ta présence ici. »

Elle réalisa qu’à travers ces quelques mots, elle s’impliquait implicitement dans le fait de s’éloigner. Il lui aurait suffit de la laisser partir et d’oublier, plutôt que de continuer à se mettre en danger inutilement. Mais... étrangement, la perspective d’être seule lui déplaisait profondément, et elle ne pouvait pas s’empêcher de croire que la jeune femme pouvait l’aider dans sa recherche d’elle-même, en dépit de tout ce qu’elle avait affirmé. Elle avait été la seule à la percevoir telle qu’elle était réellement, la seule à montrer la compréhension qu’elle avait toujours attendu. Et cela suffisait à balayer toute rationalité dans son jugement. C’était trop rare pour qu’elle laisse s’échapper Eyniem.

« Allons-y... et si tu ne me manges pas, tu m'aideras.» conclue-t-elle avec une autorité surprenante en avançant prudemment à la hauteur de la jeune femme malgré son coeur qui battait toujours à se rompre.

Spoiler:
 
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MessageSujet: Re: Quand le vent se lève... ( / Kalista)   Mer 14 Nov 2012, 21:47

Spoiler:
 

Usée d’avoir été attentive. Ces efforts n’avaient servis à rien. Elle ne pouvait dompter sa nature, elle y ressentait beaucoup trop de plaisir quand elle était dans cet état éphémère. Et si après le bonheur il était normal de se sentir paisible jusqu’à ce que la vie nous refasse affront, Eyniem ressentait déjà les regrets et les tourments. Sa vie n’était plongée que dans la frustration. Celle des autres, ou la sienne, infinie, indéterminable, incessante.
Un sacré cercle vicieux.
Pourtant, un espoir ou quelque chose qui aurait pu s’y apparenter était venu la démanger en même temps que cette fillette. Elle en avait presque oublié sa nature. Presque. Car elle la  lui avait caché, jusqu’à que ce soit trop fort.
L’esprit poreux, elle avait avancé toutefois d’un pas sûr, sans trembler, sans gémir.
Pour s’arrêter brusquement. Une voix tremblante, presque inaudible par les émotions fortes et les larmes, s’était adressé à elle. Le fruit de son imagination peut être. Pourtant, elle s’était retourné à cette étrange question qui transparaissait tant bien que mal, et d’une logique implacable.
Elle ne voulait pas gâcher cet instant de tension, se régalant du courage de la fillette et de sa crainte qu’elle surmontait, avec du mal mais audacieusement. Un fabuleux mélange de bravade et d’angoisse. Elle resta donc muette. La fillette trouverait elle-même la réponse. Il ne servait à rien de faire non de la tête, ni même de lui répondre. Un sourire moqueur vint juste étirer les lèvres. Elle s’assit en tailleur avec grâce, jaugeant Kalista. Sereine, elle était cet enfant qui se voit dans les pupilles dilatées d’un chevreuil, qui levant la tête et le découvrant, hésite entre rester ou s’enfuir. Elle restait donc immobile, sans rien dire, tel que le gamin aurait fait pour continuer de contempler la vie. La vie, elle coulait sur le parterre et en cette fille. En ces lieux elle était présent et passé emmêlées. Le futur était sur les lèvres de la fillette. Dans les paroles, et dans les promesses secrètes.

« Il vaudrait mieux s’éloigner d’ici. Les gardes de la ville patrouillent, la nuit, et ils ne méritent sûrement pas de finir comme eux. Je ne pense pas que ça leur plairait d’apprendre ta présence ici. »

Les surprises s’enchainaient.

Après s’être approché à pas mesurés, prudents, d’elle, voilà que Kalista était à l’inciter à partir avec elle, ou plutôt de lui ordonner, comme si elle était une bête domptée.
Après tout, peut etre, vu cette affection qui l’avait atteinte droit au cœur.
Mais qui des deux étaient l’enfant insouciant du danger et de ce qui peut advenir ?
Eyniem se releva brusquement, attrapant le poignet de Kalista en veillant toutefois à ne pas lui faire mal.

«  Viens, on y va »

Kalista acquiesça et se libéra de son étreinte.
Marchant d’un pas pressé dans les ruelles, elles s’enfonçaient dans les labyrinthes obscurs. Eyniem, à l’aise, ressentait une tension dans l’air, juste à ses cotés.

«  Détends toi, je n’ai plus faim », improvisa t-elle pour faire la conversation. Puis pointant de son menton l’obscurité pleine et son vide et les murs, déclara : «  J’ai passé toute la nuit à les faire de long en large, à force toutes les orientations se sont inférés en moi. »
Avec un geste impulsif, elle désigna une maison au hasard. « Ici, par exemple, une famille vivent dans une misère désappointant. Leurs aïeux étaient des bourgeois qui ont fait faillite et ils ont hérité seulement de la maison qui est tout de même bien bâti. Sept enfants à la charge d’un seul parent. J’entends les murmures de leurs rêves candides et les soucis de l’adulte. »

Elle se retourna avec vivacité et avec une teinte de défi joyeux rétorqua : « Aurais tu deviner leur situation ? »

Puis, ceci dit, elle fit un demi-tour empreint de grâce pour se mettre à courir légèrement, la gorge emplie de gloussements. Qu’il était bon d’avoir de la compagnie ! de se sentir libre. Elle profitait au maximum de leur situation, s’amusant de l’embarras que pouvait causer son comportement enfantin. Elle finit par revenir près de Kalista.

«  Ces bons vieux ivrognes qui ont terminé leurs vie au fond d’une impasse et tués par on-ne-sait-quel-monstre nous ont laissé un petit pourboire. J’aimerais bien voir ces lieux de rires et d’ivresse que je perçois depuis hier soir. »
Et ajouta de manière provocante : «  Il faut bien assurer mon prochain  repas ».


Elle se fit force pour redevenir calme, l’excitation était dure à dompter. Pour se faire, elle ferma les yeux, guidée par les reliefs du sol et les pas de Kalista devant elle. Chaque irrégularité était détectée par les sons et les ondes qui s’en dégageaient.
Elle aimait la brume du soir qui l’avait transporté la nuit dernière et qui se renouvelait cette nuit. Une renaissance comparée à l’odeur saturée et la lourdeur de la journée.
Les gouttelettes salées qui semblait combler l’espace aérien étaient, elles, légères et fraiches. Le mur semi-opaque qu’elles formaient était éclairé par intermittence par des lampadaires, rendant un effet de beauté et de mystère.

Le mystère de l’homme. Eyniem n’entendait pas le ventre de Kalista gargouiller. Pourtant il était tard et elle n’avait pas mangé depuis qu’elles s’étaient rencontrées.

«  Tu as faim ? », demanda-t-elle, inquiète.

Puis l’idée qu’elle était peut être fatiguée lui vient à l’esprit. Les brumes épaisses déréglaient le temps, et elle vivait sans temporalité précise. Elle mangeait comme la faim devenait trop grande, s’abreuvait quand il lui était possible, même si cette possibilité s’était accrue dès qu’elle était arrivée à Reilor. Les rêves et les sangs, les pensées et les battements étaient de véritables victuailles, liqueurs et nectars emmêlés, frais, vivifiants, pétillants cocktails.
Elle en avait l’eau à la bouche rien que d’y repenser, mais son être ne ressentait pas l’envie.

Elle chassa l’idée pour se refocaliser sur le système biologique des humains.
Scrutant le visage de la fillette, elle y découvrit quelques traits tirés sous les yeux, petites cernes bénignes.
Quant à elle, si elle ne ressentait la fatigue, son corps tenant de l’humain en laissait quelques traces. Une fine plume avait taillé dans cette peau d’ivoire des sillons d’encre, par ci, par là, et comme une tache élargit par un doigt habile qui aurait voulu créer un relief,une perspective; il apparaissait une petite poche juste en dessous.

« As-tu un endroit où te reposer ? »


Dernière édition par Eyniem Somara le Ven 14 Juin 2013, 20:02, édité 1 fois
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*Humain*

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MessageSujet: Re: Quand le vent se lève... ( / Kalista)   Mer 13 Mar 2013, 21:17

Spoiler:
 

Figée, son esprit incapable de se synchroniser à la réalité tant celle-ci dépassait son entendement, Kalista avait attendu. La peur demeurait, diffuse, allégée par la brume qui s’était emparée de ses pensées. Le comportement d’Eyniem était bien trop irrationnel pour qu’elle réussisse à le concevoir. Ou peut-être était-ce sa propre inconscience qu’elle peinait à accepter ? Quoiqu’il en soit, telle un serpent charmé par la musique, la fillette gardait le regard fixé à chacun des gestes de la dangereuse jeune femme, chaque mouvement résonnant différemment en elle depuis qu’elle avait entrevu sa véritable nature. Une étrange beauté décadente. Les émotions que laissait échapper dans le vent cette inconnue qui avait soudainement pris une importance capitale dans sa vie, ou dans sa mort, tout dépendait, étaient quant à elle difficile à comprendre, tantôt emplies de résignation, tantôt d’une malice enfantine... La sérénité surréaliste qui s’était peu à peu installée dans la ruelle se brisa soudain lorsqu’Eyniem prit conscience de ce dont la fillette l’avertissait et celle-ci se retint de justesse d’éviter la main qui s’accrocha à son poignet.

« Viens, on y va »

La peur revenue, Kalista acquiesça, sans pour autant perdre de sa détermination. Un pressentiment étrange lui soufflait qu’elle avait une chance de trouver des réponses auprès de cette femme-monstre qu’elle ne pouvait s’empêcher d’affectionner, un peu, malgré sa sauvagerie. Cependant, lorsqu’elle fermait les yeux, c’était des gerbes de sang qu’elle voyait, et lorsqu’elle cessait d’écouter ce qui l’entourait, c’était des hurlements de douleurs qu’elle entendait. Elle ne se comprenait pas elle-même. Peut-être était-elle trop traumatisée pour seulement songer à lui échapper...? Elle ne prononça plus un mot pendant plusieurs dizaines de longues minutes passées à parcourir les ruelles froides de Reilor. Elle ne saisissait pas les intentions de sa guide qui avait décidé de lui faire la conversation. Elle n’avait plus faim, paraissait-il. Bonne nouvelle. Et puis, elle connaissait les vies qui s’entrecroisaient à l’abri des épais murs de pierre grise. Surprise par cette révélation jetée comme une bravade d’un enfant à un autre, Kalista esquissa un léger sourire et hocha la tête.

« Non... » murmura-t-elle, songeuse.

Elle aurait aimé lui demander comment elle le savait mais la femme lui échappa à nouveau, papillon joueur, papillon meurtrier. Elle semblait heureuse, brûlante d’une joie d’enfant. Avec un haussement de sourcil ironique, Kalista se demanda si elle n’était finalement pas la plus mature des deux. Trottinant sur les pas de sa flamboyante guide, elle commençait cependant à percevoir la fatigue par-dessus l’adrénaline et les relents de terreur qui demeuraient accrochés à ses pensées. Ses petites jambes étaient douloureuses, et la faim grondait au fond de son corps. Elle ne protestait pas, pas encore. Les paroles sèches et impitoyables d’Eyniem quant aux deux hommes qu’elle avait tué manquèrent cependant lui faire perdre son sang froid. Une rancoeur inattendue s’alluma brutalement dans l’esprit de la fillette. De quel droit parlait-elle ainsi ? De quel droit mentionnait-elle avec une telle désinvolture son prochain meurtre ? Kalista eut envie de lui faire mal. De la baffer peut-être, comme on punirait une enfant désobéissante. Une enfant tueuse. Le ridicule de la situation fit revenir la fillette à la réalité. Comme si une gamine persuadée d’avoir vécu auparavant pourrait devenir la «mère» d’un monstre attachant. Et avec un peu de recul, elle percevait une note hésitante dans l’assurance d’Eyniem. Comme si elle ne maîtrisait pas bien sa propre pensée, comme si elle essayait de s’y accoutumer. C’était étrange. Kalista décida de la pardonner.

Elles poursuivirent leur route en silence, la fatigue accablant l’enfant effaçant tout désir autre que celui d’avancer à la recherche... de quoi, au juste ? Eyniem ignorait où elle allait. Elle ne l’amènerait nul part. Et la faim devenait dévorante dans son petit ventre qui grondait de plus en plus fort. Etait-ce la même faim, si naturelle, qui avait poussé la mystérieuse jeune femme, à agir comme elle l’avait fait ? Cette pensée la percuta plus violemment qu’elle ne s’y serait attendu. Un bref instant l’acte d’Eyniem lui apparut comme une suite tout à fait logique à son propre besoin de manger et cela l’effraya. Son propre mode de pensée était anormale et elle avait soudain peur de ne plus pouvoir s’y fier.


« Tu as faim ?»

La question, brutale mais non sans sollicitude, ramena la fillette à la réalité. L’attention que lui portait la jeune femme la toucha.

« Un peu,» répondit-elle d’une petite voix.

Un bref silence avant qu’Eyniem, songeuse, reprenne la parole :


« As tu un endroit où te reposer ?»

Kalista haussa les épaules. Oui, mais elle ne pouvait pas y trainer la jeune femme, aussi mortellement charmante était-elle. D’autant plus qu’elle tenait aux membres de l’équipage. Et elle n’était pas pressée de revenir, le navire ne reprendrait sa route qu’une semaine plus tard. Eludant donc la question, elle sortit la bourse que lui avait auparavant confié sa guide.

« On a de quoi loger dans une auberge au moins pour cette nuit.»

Elle ne rêvait soudain plus que de dormir mais elle avait peur qu’Eyniem ne lui échappe sans qu’elle ait eu le temps de mieux comprendre, s’il y avait quoique ce soit à comprendre. Sans réelle transition , guidée par la fatigue et la crainte du manque de temps, elle lâcha :

« Comment t’as su ?»

Devant le regard surpris de son interlocutrice, la fillette précisa :

« Pour la famille, là-bas. Comment t’as su ? »

Cela lui semblait d’une importance capitale comme si elle ne pouvait espérer aucune aide de la part de l’étrange jeune femme sans en connaître les secrets. Elle réalisa cependant que l’instant n’était peut-être pas propice à ce genre d’interrogations et elle se reprit :

« Enfin si tu es fatiguée, on pourrait trouver une auberge d’abord. »

Cela l’éloignerait de la rue et de ses passants. Cela calmerait peut-être sa faim. C’était sûrement la meilleure chose à faire avant d’attendre la moindre discussion censée.

« Je connais un endroit qui conviendrait tout à fait, poursuivit-elle. Suis-moi.»

Et sans attendre l’assentiment de la jeune femme, elle s’élança en direction de l’auberge où elle avait passé la nuit quelques fois, lorsque le capitaine l’en avait laissée libre et qu’il y avait quelqu’un pour la surveiller non loin de là. Parfois, elle ne supportait pas cette attention perpétuelle qu’on lui portait mais elle avait beau rager intérieurement, elle savait qu’elle était trop fragile pour s’en plaindre. D’ailleurs, les marins s’inquiéteraient peut-être pour elle de ne pas la trouver. Ou peut-être pas. Elle n’avait jamais été bien certaine du lien qu’elle entretenait avec eux. Ils l’aimaient bien mais ne la voyaient finalement que comme une gamine étrange venue habiter sur leur bateau pour en distraire les passagers. De temps en temps, l’absurdité de cette réalité la percutait et elle réalisait la chance quelle avait, tout autant qu’elle prenait conscience de l’instabilité de sa vie. Tout ça pour retrouver le fil d’une identité perdue. C’était insensé, c’était vain. Et pourtant, elle ne parvenait pas à recommencer une nouvelle vie, comme si avec les souvenirs de l’anciennes lui avaient été imposé le devoir de la poursuivre. Peut-être que cette tâche serait plus aisée lorsqu’elle serait devenue adulte. D’ici là elle continuerait à survivre comme elle le faisait avec l’espoir vague de tomber par hasard sur des indices qui lui donneraient une piste à suivre à la recherche d’elle-même.

Elle avançait d’un pas vif en se demandant pour la centième fois si les risques qu’elle prenait ce soir-là en valaient véritablement la peine. Elle s’efforçait de se convaincre qu’elle maîtrisait la situation en marchant d’un pas vif qui ne tolérait aucune protestation. Elle n’était plus très sûre de la direction à suivre, les contours de la ville brouillés par la pluie et la nuit tombante ne l’aidant pas à de repérer. Et le désir de comprendre, de poser à nouveau cette question qui la hantait, se faisait de plus en plus pressant, par-dessus la raison qui lui soufflait d’attendre. Alors, doucement, sans cesser de marcher ni laisser le choix à Eyniem, elle souffla :


« Alors... ? Comment t’as su tout ça ? »

Elle suspendit son souffle, réalisant tout ce que la réponse de la jeune femme pouvait impliquer. Après tout, il était plus que probable qu’elle ne soit même pas humaine. Par quel sortilège avait-elle donc pu entrevoir ces bribes de vies qui ne lui appartenaient pas ? Imperceptiblement elle accélérait le pas, comme pour fuir la vérité qu’elle demandait. Le froid, la faim et la fatigue n’étaient également pas étranger à cet empressement. L’auberge semblait être le seul lieu accueillant de toute la ville.
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MessageSujet: Re: Quand le vent se lève... ( / Kalista)   Mer 19 Juin 2013, 21:42

« On a de quoi loger dans une auberge au moins pour cette nuit.»
Les yeux dans le flou, absorbée par la transformation sublime de la peau de Kalista en un relief cutané, Eyniem aurait pu ne pas entendre la réponse.
Mais, alertée par le tintement dans la besace et l’intonation de cette affirmation, elle s’arracha à sa distraction. Elle avait eu le temps de voir que la fille était mature et assurée, mais pas une seule fois elle ne se serait douter du regard expert qu’elle jetait alors sur ce qui lui était inconnu et indéchiffrable.  Emplie de curiosité quant à ces objets bien superficiels et pourtant nécessaire, aux informations qu’ils contenaient, à la valeur qu’on leur accordait, elle entrouvrit les lèvres. Sa question y resta posée, coupée dans l’élan.
 
Comment t’as su ?»
 
Interdite, elle se demandait comment Kalista avait pu deviner son interrogation. Pourtant cette jeune fille ne semblait pas avoir de une de ces étranges capacités dont elle faisait office. Et encore, elle ne pouvait pas discerner les pensées sans images, ces phrases, entités énigmatiques.
 
« Pour la famille, là-bas. Comment t’as su ? »
 
Eyniem sursauta, libérée de la tension qui l’avait pénétrée. Elle s’était forcé à ne pas respirer, à ne pas penser durant quelques secondes, ne souhaitant pas distiller plus d’informations sur elle à cette chapardeuse de pensées.
Elle secoua la tête à la négative, il allait de soi qu’elle ne lui dirait rien.
Elle suivait les pas pressés de Kalista, calquant sa marche à la sienne, la suivant comme son ombre. Son corps entrainé, taillé pour la traque, facilitait ses mouvements malgré les haillons alourdis et ruisselants. Il fallait qu’elle les change, c’était inévitable.
 
Il n’y avait rien d’autre qui comptait maintenant que l’odeur de la fillette, de sa sueur, de son souffle saccadé. Cela n’était pas une chasse pourtant, elle s’intéressait juste à cette vie à laquelle elle tenait, étonnamment. C’était un présent bien plus beau que le sang. Bien plus parfait que sa nature. Rien n’était plus intense d’être escorté par la hardiesse et la bravoure, tout ce qu’elle avait ressenti jusqu’à alors lui semblait bien dérisoire. Qu’avait elle ressenti d’ailleurs ? A part la haine et la frustration ? Le seul être, la seule vie qu’elle avait aimé, elle n’avait pu la sentir, elle n’avait pu gouter aux délices de la réciprocité. Elle s’en était emparé, comme une bête sauvage, sans réfléchir, tandis que l’autre s’était donné. Certes, ils n’avaient fait qu’un pendant quelques secondes, elle s’était imprégné de lui mais en son cœur, cela avait il suffit ? Au plus profond d’elle, elle aurait voulu plus. Le connaitre, l’aimer comme elle l’avait ressenti. Ensemble ils auraient dompté la main noire qui était en elle. Tout comme ce qu’elle essayait de faire. Mais bientôt il serait fini de cette tentative. Elle devrait renoncé à cette affection, à cette synchronisation et devrait reprendre son destin solitaire. Jusqu’à Ghurol où se trouvait ses congénères.
 
Un murmure s’échappa de la ruelle froide. Un chuchotement de Kalista. Aussi secret et troublant qu’une confidence. La mâchoire d’Eyniem commença à trembloter.
L’espace d’un instant, elle aurait voulu combler son silence, lui révéler ses capacités. Mais il était encore trop tôt.
Si elle le savait, elle fermerait son esprit aux intrusions de la succube. Et pour Eyniem autant que pour cette drôle d’enfant, il ne valait mieux pas.
Leur curiosité était leur point commun, et le péché de ces vies entremêlées. Eyniem le savait, elle bravait les codes que lui dictait sa véritable nature. Elle savait que Kalista y pensait aussi, mais elles persistaient.
Ensemble, elles perceraient le mystère de la vie, puis, ensuite chacune reprendrait son chemin, sans dommages et sans regrets.
 
Elles arrivèrent enfin au seuil de leur refuge. Quelques coups portés à la porte suffirent à la faire entrebâillée.
Dans l’encadrement apparut une jeune femme. Elle n’avait rien d’intimidant, mais Eyniem ne disait mot. Elle ne savait comment s’y prendre, ne savait répondre aux conventions puisqu’elle-même n’y appartenait pas par sa nature.
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