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"Homme libre, toujours tu chériras la mer !"
"La mer enseigne aux marins des rêves que les ports assassinent."
"La sagesse, c'est d'avoir des rêves suffisamment grands pour ne pas les perdre de vue lorsqu'on les poursuit."
"Il est des moments où les rêves les plus fous semblent réalisables à condition d'oser les tenter."
"Le voyage est une suite de disparitions irréparables."
"Nous sommes de l'étoffe dont sont faits les rêves, et notre petite vie est entourée de sommeil."
"Dieu nous rêve. S'il s'éveille, nous disparaissons à jamais."
"Nous trouverons un chemin... ou nous en créerons un."
"Le rêve de l'homme est semblable aux illusions de la mer."
"Il n’est pas de vent favorable, pour celui qui ne sait pas où il va…"
"Il y a trois sortes d'hommes : les Vivants, les Morts, et ceux qui vont sur la Mer."

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 Rencontre marquante [Ciaran]

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*Elfe*

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MessageSujet: Rencontre marquante [Ciaran]   Lun 17 Oct 2011, 22:32

Spoiler:
 

L'imposante porte en bois coulissa difficilement sur ses gonds, produisant un affreux grincement qui fit frémir mes oreilles et lever la tête des personnes attablées. Il y avait peu de monde ce soir, c'en était presque étonnant. Un petit sourire en coin apparait sur mes lèvres, voilé dans l'ombre de ma large capuche noire. Excellente couleur pour passer inaperçue. Les clients finissent par détourner le regard. Il faut dire qu'il n'y a pas grand chose à regarder pour le moment, tout mon être caché derrière cette large cape.

Ma vision restreinte est suffisante pour me permettre de me repérer dans l'espace étouffé dans lequel je viens d'entrer, mon manque de discernement visuel compensé par mes autres sens, tous en alerte. Ma seconde peau me protège du regard des autres, habituellement, je ne ne soucierais pas d'un vêtement aussi mystérieux mais les circonstances sont différentes maintenant. Je ne peux plus être la bonne et dure bagarreuse de bars que j'étais il y a quelques jours.

Vingt ans, pendant cette courte période j'avais transformé la plupart de ces endroits animés en vulgaires champs de ruines. J'avais réussi à échapper à la police de Reilor mais cette fuite ne pourrait pas être éternelle. J'avais décidé de mettre fin à ma vie de débauche quoique attrayante et délicieuse, pleine d'aventures parfois glorieuses mais éphémères. Et toujours trop courtes.

Le temps, saleté d'entité qui me pourrit la vie depuis le début, introduisant dans mon esprit toutes sortes de calculs à ralonge et espoirs vains. Je m'étais déjà fait avoir plus d'une fois et je continuais à tomber pieds joinds dans ses pièges.

Aujourd'hui précisement, j'avais décidé de tourner une autre page de mon histoire, saga bien remplie et relatant plus d'un siècle d'années pas toujours joyeuses. J'ai connu beaucoup de personnes, les ai vu rire, danser, chanter, boire, tomber et mourir, le tout sous mes yeux et toujours avec cette incapacité à faire quoi que ce soit. J'en avait marre. Trop longue vie, trop longue souffrance, trop longue torture qui n'est pas prête de s'arrêter sauf avec une option.

Mais je ne suis pas suicidaire.

Loin de là. Je tiens à la vie comme au ciel, à la Nuit et au Vent. Laissant ces quelques pensées philosofiques quitter ma pauvre tête, je fais un pas en avant. Le doux son du cuir sur le plancher sale remplit mes oreilles, me noyant déjà dans une douce mélancolie. Après cette action répétée, j'arrive au comptoir, m'assois sur l'un des sièges crasseux mais pas en trop mauvais état et commande une caisse entière de rhum après avoir lancé une bourse pleine d'or au tavernier. C'était la dernière bourse que je tenais de mon voyage avec Areus au pic de Rei Dên, ce qu'il me restait ensuite datait de mes années de frivolité, à l'époque où je faisait encore parti d'une quelconque organisation.

Les bijoux arrivent bien vite, je me met à les compter comme une véritable avare, seize. Tout juste suffisant pour passer la soirée. D'un mouvement rodé, je m'empare de la permière bouteille, ouvre le bouchon avec les dents, je crache dans un coin, pas la force de le faire convenablement avec les mains. Je porte ensuite le goulot à mon nez, fait tourner le doux nectar entre les parois de verre, respirant avidement le parfum suave avec un sourire satisfait. Très bon breuvage.

Le rhum coule dans ma gorge, apaisant ma soif, me libérant de quelques pensées incohérentes, me noyant dans cette béate contemplation et adoration de l'alcool donc je suis capable de faire preuve. Quinze bouteilles y passent, leurs cadabres gisent sur le bois mouillé du comptoir, je suis comme prisonnière d'une barrière de verre coloré. Ça doit bien faire deux heures que je suis là.

Je ne suis pas d'humeur. Je noie les dernières larmes de mon passé brûlant dans le breuvage, laissant le tout se mélanger harmonieusement, vidant le reste cul sec. C'est décidé, demain je pars pour Rosyel. Je dois faire un tour sur la tombe de mes parents, ça doit bien faire plus de quatre-vingt ans que je n'y suis pas allée. Mais je ne pouvais pas simplement me pointer avec cette chape de honte sur mon visage de gamine. Honte que j'ai fini par terrasser. Ça m'a quand même prit pas mal de temps ...

Foutue entitée.

Un ivrogne braillard arrive alors derrière moi et passe ses lourdes épaules sur les miennes, m'étranglant à moitié sous sa force et son poids.


- Salut, ma belle hic ! Ça te dirait de trouver hic l'aventure ?!

Je ne réponds pas, ignore les rires bruyants de son comparase tout comme les propositions inintéressantes du gros lard. Après tout, je ne couche pas avec n'importe qui. Je ne suis pas d'humeur, ces deux abrutis devraient le voir sur mon visage, suffisament pour les décourager de tenter quoi que ce soit. Gros Lard insiste et ressère imperceptiblement sa prise sur mon cou. D'un mouvement rapide je m'empare d'une des bouteilles vides se trouvant devant moi et lui explose le verre sur le crâne. Il s'écroule.

Son comparase a l'air choqué, il ne s'attendait pas à ce revirement de la situation. Il hausse le ton, devient tout rouge et déchire mon manteau, l'arrachant d'un seul coup. La brèche dans le secret de mon identité s'agrandit, finit par me dévoiler.

Longues oreilles parcourus de sept anneaux d'argent, cascade d'or, peau claire, tunique verte et jupe assortie et légère, cuisardes brunes, arc enroulé dans une couverture, carquois, jarretières et lames brillantes à la lumière chancelante des bougies. Regard azur aussi froid que l'océan, révélant une grande détermination et une humeur de cochon à tout casser.

Avant qu'il ne comprenne ce qu'il lui arrive, sa nuque se brise, précédé par un grand coup de genou ans le ventre, plia définitivement l'homme en deux. Besogne faite, je me rassois en redressant ma veste sur mes épaules.

Ce n'est pas drôle de boire seul ... Et diable que la compagnie d'un bon buveur me manque !

Spoiler:
 


Dernière édition par Lunielle Elwindor le Dim 23 Oct 2011, 20:09, édité 4 fois
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MessageSujet: Re: Rencontre marquante [Ciaran]   Sam 22 Oct 2011, 14:53

La peur du vide. Le sentiment d’être un funambule sur le point d’échouer, de s’effondrer, de perdre face à l’adversaire que nous vainquons sans cesse depuis des années : la solitude. Les vertiges de ces enfants craintifs qui regardent le monde avec le sentiment d’être trop petits, trop frêles, trop idiots pour y trouver une place. Toutes ces impressions étaient condensées en moi. Depuis combien de temps Alannah était-elle partie ? Quatre ans très exactement. Je fêtais ce soir-là l’anniversaire de sa mort, de son suicide.

Un anniversaire de trop.

Simplement habillé d’une chemise blanche, de braies et des bottes couleurs de cuirs, adossé au comptoir, je regardai le mur de bois qui me faisait face. Tout autour de moi, les gens discutaient, riaient, hurlaient parfois dans cette saine effervescence qui, les jours de non-anniversaire du décès de ma Alannah, me faisaient oublier son absence. Mais ce soir, j’étais seul. Seul face à ma culpabilité, ce sentiment d’être un lâche, un couard, d’être isolé parce qu’on le mérite, tout simplement. Je devais être ici depuis deux, trois, quatre heures peut-être. Sans elle, le temps passait si lentement que j’en regrettais presque ces instants éphémères, tellement soudains, tellement rapides, où le monde n’était composé que d’Elle et moi et qui se brisaient quelques minutes après avoir commencé, ne laissant que de la frustration et un goût d’inachevé dans nos cœurs.

Plusieurs fois, quelques amis étaient venus en tentant de me déloger de ma torpeur. Sans succès. Je fixais une planche du mur sans jamais cligner des yeux. Le simple fait de ciller, de sortir de ce rien dans lequel je m’étais enfermé depuis mon réveil me faisait penser à Elle. Alors ils me secouaient, encore et encore jusqu’à ce que je réagisse –forcément de manière agressive- et qu’ils retournent finalement avec les autres en me lançant des regards à la fois inquiets et compréhensifs. Au Port, la plupart des ivrognes connaissaient mon histoire.

« Le veuf de la pendue » disaient-ils.

Même si je feignais de ne rien savoir, j’étais bien au courant de ce que l’on racontait sur mon compte. Les conteurs racontaient -puisque c'est là leur seule utilité- à qui voulait l’entendre qu’Alannah était une sorcière, une femme maudite que les cieux avaient punie. On entendait aussi parfois que c’était moi, le maudit, le sorcier. Qu’elle avait voulu me quitter et que, de rage, je lui avais lancé un sort qui l’avait poussé à se pendre en haut d’un mât. L’unique vérité était que cette ville était pleine d’abrutis en mal de sensations fortes…

Derrière-moi, la porte s’ouvrit. Le grincement me fit reprendre conscience, mais il m’interpella tant que je ne pus m’empêcher de me retourner pour découvrir la silhouette d’une femme toute de noire vêtue. Sous sa capuche, je ne discernai pas son visage et, aussi idiot que cela puisse paraître, j’espérai l’espace d’un instant que ce fut Alannah. J’espérais toujours qu’Elle revienne, mais jamais Elle ne traversait le porche…

Je m’accoudai au comptoir en la regardant tout en veillant à ne pas être trop insistant. De temps en temps, je détournai les yeux vers le plafond ou la porte pour revenir aussitôt vers elle. Le fait qu’elle soit toute vêtue de noire indiquait généralement les gens qui se cachaient, ou qui cachaient quelque chose. Cette couleur attisait ma curiosité.

Les minutes passèrent et l’étrangère but une, deux, trois et finalement quinze bouteilles de rhum. De toute ma longue carrière de pilier de comptoir, je n’avais jamais vu personne accomplir un tel exploit et, même si je restais silencieux, je mourais d’envie d’applaudir ma nouvelle héroïne. Devais-je lui remettre une médaille ?

Seulement, un ivrogne –gros et puant- vint aborder l’inconnue avec les rires de son ami abruti en bruit de fond. Je les connaissais bien, ces deux-là, et ils étaient célébrés comme les «Violeurs de Reilor». Sans rien dire, je regardai la scène.


La sanction fut assez expéditive : une bouteille vide éclatée sur le crâne et tout était réglé. Pourtant, le second ivrogne –visiblement tout aussi excité que le premier- fonça sur la « dame en noire » et arracha violemment ses vêtements pour révéler ce qu’elle était vraiment : longues oreilles, peau claire, cheveux dorés, tunique verte et robe de même couleur. Pas de doute, c’était une elfe.

Rencontrer des gens d’autres races ne m’avait jamais posé de problèmes, mais c’était bien la première fois que je rencontrais une elfe dans une taverne –qui plus est qui buvait plus que tout l’établissement réuni. Un sourire se dessina sur mon visage. Mes pensées noires s’estompaient petit à petit, refoulées derrière cette curiosité naissante à l’idée de rencontrer quelqu’un qui était loin d’être identique à tous ceux que je côtoyais habituellement.

Mais comment aborder la conversation avec quelqu’un qui vient de briser la nuque de quelqu’un d’autre devant vos yeux ? Bien que créatif, je manquais soudain d’idées. C’est donc tout naturellement que je me mis à applaudir lentement, sourire aux lèvres en me levant pour m’approcher de l’inconnue en prenant soin d’enjamber le cadavre de sa victime et l’homme visiblement dans le coma dans le crâne duquel brillaient quelques morceaux de verre. Autour de nous, un silence de mort -et c'était le cas de le dire- s’était installé. Voir des gens crever bêtement était une habitude, mais entrevoir des elfes dans un lieu tel que celui-ci l’était beaucoup moins. Je pris donc la parole de façon à ce que chacun puisse m’entendre :

« Depuis le temps que je rêvais de me débarrasser de ces deux idiots… Je dois bien avouer que vous me rendez un sacré service. J’les aimais pas, de toute façon. »

Tout en prenant place à côté d’elle, je lui tendis la main pour pouvoir la lui serrer. J’esquissai un sourire.

« Dans ces circonstances, et puisque je suis maintenant votre obligé, permettez-moi de me présenter : Ciaran Donnelly, humain à ses heures perdues. »

Autour de nous, les gens recommencèrent à parler jusqu’à ce que l’ambiance redevienne semblable à celle d’il y a quelques minutes. Les ivrognes s’habituaient vite à ce qu’ils ne connaissaient pas. Il fallait juste leur laisser un peu de temps, voilà tout.

« Quel bon vent amène une elfe dans un lieu aussi malfamé ? »

Mais moi, j'étais peut-être un ivrogne mais un ivrogne curieux.
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MessageSujet: Re: Rencontre marquante [Ciaran]   Dim 23 Oct 2011, 20:46

Maintenant que je venais d'ôter la vie de ces deux ivrognes et que le silence pesant de la salle était retombé, je n'avais plus rien pour me tirer de cet ennui lourd qui commenca à m'habiter. Pourtant, la distraction ne manquait pas dans la taverne, il y avait des dizaines de choses que je pouvais faire pour me sortir de cette lente torpeur mais je ne parvenais pas à me secouer.

J'avais liquidé mon stock d'alcool, j'hésitais d'ailleurs à en commander un deuxième. Je posais alors mon regard azur sur le manteau noir qui me recouvrait quelques instants auparavant et qui gisait sur le plancher sale. Tissu trop loin, main trop lourde. Je rejette l'idée de remettre mon cache. De toute façon ce serait inutile, la brèche dans le secret de mon identité est maintenant exposée aux yeux de tous et, même si la plupart des personnes présentes auront oubliés cette scène d'ici demain matin grâce aux bienfaits de la chère boisson, il est fort probable qu'il reste néanmoins une ou deux personnes qui s'en rappellent. Cela ne devrait en rien nuire à ma vie, cela me donnera même une nouvelle anecdote à raconter.

Mais raconter à qui ?

Des visages familiers commencent à défiler devant mes yeux, je vois des dizaines de figures aimées, détéstées, oubliées, des regards empreints de forte détermination et de toute une pallette de sentiments inoubliables mais difficiles à soutenir par la même occasion, des corps, des têtes, des noms aussi, tout ce qui fait qu'une personne est différente d'une autre, tout ce qui pousse à l'identité, tout.

Cette vision mélancolique est estompée par un bruit. Unique et clair, comme de l'eau de roche, un bruit sincère que je n'aurais jamais cru entendre dans ces lieux que je fréquente depuis pas mal de printemps maintenant.

Deux paumes qui se collent, s'éloignent, se rapprochent encore le tout à un rythme rapide, produisant ce qu'on appelle "un applaudissement". Combien de fois ai-je entendu ce bruit léger, celui-ci est doux, presque comme une prière, un appel, une invitation peut-être.

Intriguée, je tourne la tête dans la direction d'où provient l'applaudissement. Un jeune homme se trouve non loin de moi, un petit air enjoué sur le visage, souriant comme un soleil mais avec ce regard couleur chocolat, ce regard empreint d'une insondable tristesse mais d'une détermination sans bornes aussi. Ses cheveux sont comme ses yeux, il est légèrement vêtu, on pourrait presque croire que c'est un voyageur.

Cependant, je suis sûre qu'il est du coin. Premièrement, car on pourrait le confondre avec l'un de ces ivrognes qui sont allongés derrière moi : même façon de se tenir, même tête de buveur et pourtant, une impression forte qui impose un respect indirect. Deuxièmement, car je l'ai déjà vu. Pas de près, non, de loin seulement, je crois qu'il m'est arrivé de le voir trainer dans le port, dans les tavernes aussi. J'observe tout ce qui m'entoure, peu de choses m'échappent mais un grand nombre d'entre elles n'attirent pas mon attention. Elles sont simplement là, peut-être pour faire joli.

Je me rappelle d'une histoire à propos de cet homme, un ragot à propos d'une pendaison, comme quoi sa fiancée ce serait tuée ou quelque chose dans ce genre. Je ne sais pas si c'est vrai mais je suis persuadée d'une chose : cet homme a des tripes pour m'interpeller ainsi.


« Depuis le temps que je rêvais de me débarrasser de ces deux idiots… Je dois bien avouer que vous me rendez un sacré service. J’les aimais pas, de toute façon. »

J'aime bien sa façon de parler, franche, directe. Pas de faux chemins qui tournent autour du pot. De plus, sa manière de m'aborder est assez originale je dois l'avouer. Il se lève, enjambe les deux corps qui se trouvent derrière moi et s'assoit à ma gauche, pas trop loin mais pas trop près non plus. Il me tend la main avec un sourire.

« Dans ces circonstances, et puisque je suis maintenant votre obligé, permettez-moi de me présenter : Ciaran Donnelly, humain à ses heures perdues. »

Il ne me doit rien du tout, je me suis seulement débarrassée d'un gêneur, tant mieux si ça l'arrange. Il est poli ou raisonnable vu qu'il s'est présenté en premier. Sa dernière phrase m'intrigue : il assène ces mots comme s'il réfutait sa condition d'humain, comme si ça lui était quelques fois insupportable. Tandis que je garde encore un peu le silence, il enchaine :

« Quel bon vent amène une elfe dans un lieu aussi malfamé ? »

Il ne manque pas de culot. J'aime bien. Je lui serre la main et le regarde droit dans les yeux, un petit sourire en coin amusé sur le visage.

- Mon nom est Lunielle Elwindor, mais vous pouvez m'appeller Luni et vous ne m'êtes en aucun cas redevable. Je n'ai fait que me débarasser d'un gêneur, c'est tout. Dites-moi, avez-vous déjà entendu parler de "la bagarreuse de bars" ? On raconte dans cette chère ville de Reilor qu'une femme gâtée par la nature, assez jeune et mystérieuse, détruit de temps à autre les tavernes. Elle en aurait détruit plus d'une centaine en vingt ans. Certains disent que c'est un légende inventée par les autorités pour réduire le nombre d'ivrognes, d'autres disent que cette femme existe bel et bien. Et vous, qu'en pensez vous ?

Je lui laisse le temps de répondre, me demandant s'il allait deviner que cette fameuse femme s'était moi. Je me tourne ensuite à nouveau vers lui.

- Dites-moi, Ciaran, vous aimez boire ?

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MessageSujet: Re: Rencontre marquante [Ciaran]   Jeu 27 Oct 2011, 16:08

- Mon nom est Lunielle Elwindor, mais vous pouvez m'appeller Luni et vous ne m'êtes en aucun cas redevable. Je n'ai fait que me débarrasser d'un gêneur, c'est tout. Dites-moi, avez-vous déjà entendu parler de "la bagarreuse de bars" ? On raconte dans cette chère ville de Reilor qu'une femme gâtée par la nature, assez jeune et mystérieuse, détruit de temps à autre les tavernes. Elle en aurait détruit plus d'une centaine en vingt ans. Certains disent que c'est une légende inventée par les autorités pour réduire le nombre d'ivrognes, d'autres disent que cette femme existe bel et bien. Et vous, qu'en pensez vous ?

Elle m’avait souri, c’était déjà un signe suffisamment encourageant pour que je ne me sente pas à mon tour menacé de mort. Ouf. Pour autant, la façon qu’elle avait de se présenter en évoquant la « bagarreuse des bars » m’inquiéta tout en m’amusant. J’avais déjà entendu parler de ces histoires mais la plupart des gens considéraient toutes ces tavernes brûlées ou détruites comme de simples incidents isolés les uns des autres. Après tout, une centaine de tavernes en vingt ans, ça ne faisait jamais que cinq ou six tavernes brûlées en un an –et à la vitesse ou celles-ci pullulaient à Reilor, on les oubliait bien vite. Ces rumeurs étaient pourtant bien fondées et j’avais du mal à croire que la demoiselle qui me faisait face, visiblement frêle, visiblement douce, était en fait cette destructrice de tavernes. Les apparences étaient donc réellement trompeuses ?

« J’en pense que si cette bagarreuse se présentait dans cette taverne pour tout casser –ce qu’elle a visiblement commencé à faire en brisant le crâne de ces charmants messieurs-, je lui demanderais de le faire en prenant soin d’attendre que je sois parti pour commencer son œuvre. »

Lui adressant un sourire en espérant ne pas la froisser, elle me demanda finalement si j’aimais boire. Sa question me fit sourire –que pourrais-je bien faire d’autre ici à part boire ?- mais je préférai garder mon ironie pour moi sur ce coup.

« Et comment que j’aime ça, et il me semble que vous aussi ! » déclarai-je en désignant du doigt les nombreux cadavres de bouteilles rassemblés à côté d’elle.

Interpellant l’homme qui venait de fournir à Lunielle toute une caisse de rhum afin qu’il nous apporte une autre bouteille du même breuvage, je haussai un sourcil lorsque celui-ci, le regard caché derrière une mèche de cheveux blonds, m’adressait un sourire charmant. Il ne dit ni ne fit rien de plus, mais je ne pus m’empêcher de le regarder avec insistance comme pour me convaincre que, non, ce gars-là ne me faisait pas les yeux doux. C’était pourtant ce qu’il faisait.


« Bordel… » soupirai-je en regardant le comptoir.

« Et voilà mon biquet… ! »

Un bruit de choc entre du verre et du bois tout près de mon oreille et je relevai les yeux en direction du barman qui continuait à me regarder de ces grands yeux bleus. Sa voix fluette résonnant encore dans mes oreilles, je lançai un regard vers Lunielle, comme pour l’inviter à me venir en aide tout en devinant bien que la situation était bien trop amusante pour qu’elle intervienne. J’étais seul face à un inverti qui, visiblement, souhaitait me montrer que l’envers du décor était certes différent mais tout aussi attrayant. Je rougis, honteux.

Bien que socialement condamné comme dans la plupart des civilisations de ce monde, l’homosexualité était, dans le Port de Reilor, une norme tout aussi commune que l’hétérosexualité. Bien sûr, on racontait de ci de là que chaque « camp » savait reconnaître leurs membres. Ainsi, à moins d’être un recruteur, il me sembla que ce jeune homme était nouveau en ville. Ca ne justifiait pas sa méprise et je n’en étais pas moins irrité.

Poussant légèrement la bouteille en direction de Lunielle, je me penchai sur le bar en invitant le tenancier à s’approcher, comme pour lui faire une confidence. Tout sourire –sûrement en train d’imaginer que je lui susurrerai de me rejoindre à l’étage-, il s’approcha de moi jusqu’à n’être qu’à quelques centimètres de mon visage. C’est alors que je lui saisis violemment les cheveux, mâchoire serrée pour tenter de contenir toute la colère qui naissait en moi.


« Pour qui tu me prends, toi, hein, pour me faire des avances de cette façon-là ? D’où est-ce que tu sors ? T’es nouveau en ville ?! Si c’est le cas, tu vas bien m’écouter : premièrement, je ne suis pas ton biquet ; deuxièmement, tu m'oublies ; troisièmement, si tu n’es pas sûr que la personne face à toi s’intéresse à tes beaux cheveux et à ta petite paire de fesses, essaies d’être un peu moins flagrant dans ton approche. D'autres sont morts pour moins que ça ! »

Désignant les deux types qui gisaient encore au sol, je lui relâchai finalement les cheveux d’un geste brusque avant d’expirer longuement et d’adresser un sourire un brin forcé à Lunielle. La plupart du temps, j’avais tendance à prendre ce genre de choses à la légère mais aujourd’hui n’était pas le jour idéal pour venir m’ennuyer.

Me tournant vers la jeune –ou tout du moins en apparence- elfe à mes côtés, j’ouvris la bouteille de rhum pleine que le barman venait de nous apporter pour nous servir en alcool dans deux grands verres. Saisissant le contenant en main, je l’approchai du sien en lui proposant, yeux dans les yeux :


« Aux deux morts, à cet idiot de tenancier et à notre rencontre ? »
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MessageSujet: Re: Rencontre marquante [Ciaran]   Sam 29 Oct 2011, 16:52

« J’en pense que si cette bagarreuse se présentait dans cette taverne pour tout casser –ce qu’elle a visiblement commencé à faire en brisant le crâne de ces charmants messieurs-, je lui demanderais de le faire en prenant soin d’attendre que je sois parti pour commencer son œuvre. »

J'eu un pâle sourire. Il était malin le petit humain et sa compagnie et présence m'attirait de plus en plus, me réconfortant quelque peu.

- Ne t'inquiète pas, elle sait sélectionner ses victimes et respecter les gens qui le méritent.

Il répondit alors à ma question précédente en indiquant d'un geste rapide les cadavres de bouteilles qui m'encerclaient :

« Et comment que j’aime ça, et il me semble que vous aussi ! »

- Oui, c'est l'un des petits plaisirs de la vie dont j'ai quelques mals à me passer.

C'est alors qu'il commenda une bouteille de plus. Le barman, par contre, eut une très étrange réaction : c'était comme s'il éprouvait un vif intérêt pour mon compagnon. Homosexualité était une condition qui en cotoyait des dizaines d'autres en ville, c'était assez fréquent, on pouvait voir de tout dans les rues. Mais les actions de ce jeune homme était plus que déplacées, surtout que Ciaran avait l'air d'un de ces hommes à bien aimer les femmes, un homme fort.

Je ne fus donc pas étonnée de le voir limite fracasser la tête du barman contre son comptoir. Je n'avais pas bougé d'un pouce, regardant la scène en pinçant légèrement les lèvres, attendant patiemment de voir comment mon compagnon allait réagir. Les yeux affolés du prétendant passèrent de Ciaran à moi, ils m'avaient tous les deux vus tuer ces hommes, je pouvais très bien recommencer mais mon ami se débrouillait très bien tout seul.

Notre bouteille finit par arriver rapidement, ainsi que deux grands verres. Ciaran la déboucha, versa, prit un verre et me tendit l'autre, duquel je m'emparais. Me regardant dans les yeux, il dit :


« Aux deux morts, à cet idiot de tenancier et à notre rencontre ? »

- À tout cela !

Nous trinquâmes. Je vidais mon verre cul sec, j'avais l'habitude de faire pareil mais avec une bouteille entière. Le doux breuvage coula dans ma gorge comme un délicieux nectar, cette rencontre changeant momentanément le goût du rhum, le rendant inoubliable.

Soudain, j'eu envie de m'amuser. Cependant, ce n'étais pas l'endroit idéal. Me levant brusquement, je déposais ma chope, récupérais mes affaires et demandais à mon ami :[/i]

- Ça te dit de t'amuser un peu, Ciaran ? Je connais un excellent endroit pour ça ! Danse, bonne musique, boisson à volonté, tout ce que vous voudrez ! Et ce n'est pas très loin en plus ! Alors, ça te tente ?

Spoiler:
 
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MessageSujet: Re: Rencontre marquante [Ciaran]   Mer 02 Nov 2011, 00:51

De nombreuses fois dans ma vie, j’avais eu l’impression que, alors que je venais de rencontrer quelqu’un, cette personne me connaissait en réalité depuis des années. M’avait-elle espionné ou simplement étions-nous faits pour nous entendre ? Je n’en savais rien et, honnêtement, je ne m’en souciais pas réellement. Lunielle me semblait être de ces personnes avec qui j’étais fait pour m’entendre : elle aimait la bagarre et j’aimais la bagarre ; elle aimait l’alcool et j’aimais l’alcool. C’était déjà ça.

- Ça te dit de t'amuser un peu, Ciaran ? Je connais un excellent endroit pour ça ! Danse, bonne musique, boisson à volonté, tout ce que vous voudrez ! Et ce n'est pas très loin en plus ! Alors, ça te tente ?

Alors que nous venions de vider nos choppes, la demoiselle avait pris ses affaires et semblait déjà sur le point de partir. Devais-je la laisser partir et retourner en compagnie de mes pensées noires et de tous ces poivrots ennuyeux qui étaient habituellement mes amis ? La question ne se posait même pas. Esquissant un sourire, je descendis de mon tabouret en déclarant :

« Tu connais donc un endroit où il fait bon vivre et dont j’ignore l’existence ?! Dans Reilor ?! »

Un brin perplexe, je laissai quelques secondes de silence s’écouler entre elle pour moi pour tenter de déceler un possible mensonge de la part de Lunielle. Rien. Surpris –peut-être un peu vexé aussi- je déclarai aussitôt :

« Si cet endroit existe, je veux le voir ! Je te suis ! »

En passant le porche, je découvris ce croissant de Lune qui était absent lorsque j’étais entré dans l’établissement. Dans mes moments d’errance, lorsque je pensais à Elle, le temps passait à une vitesse folle et paraissait pourtant une éternité. C’était fou.

Comme je tenais la porte à Lunielle, impatient de découvrir le lieu dont elle m’évoquait l’existence, je lui dis :

« Et si cet endroit est aussi bien que tu le prétends, je t’en devrais une ! »

Sourire aux lèvres, j’étais presque convaincu qu’aucun lieu au monde ne pouvait valoir tous ceux que je connaissais dans le Port. De nos jours, boire à l'oeil était devenu vraiment trop facile.


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MessageSujet: Re: Rencontre marquante [Ciaran]   Mer 02 Nov 2011, 22:23

Il esquissa un sourire et se leva de son tabouret en disant :

« Tu connais donc un endroit où il fait bon vivre et dont j’ignore l’existence ?! Dans Reilor ?! »

Un brin de malice passa dans mes yeux couleur d'océan. Un petit silence s'installa entre nous, l'un dévisageant l'autre, puis Ciaran le rompit encore une fois :

« Si cet endroit existe, je veux le voir ! Je te suis ! »

Ce n'était pas vraiment un endroit où l'on pouvait séjourner pour l'éternité mais il était vrai qu'on y passait d'excellentes soirées ! Il se dirigea alors vers la sortie, comme impatient d'y être. Me tenant la porte, il dit une dernière chose :

« Et si cet endroit est aussi bien que tu le prétends, je t’en devrais une ! »

Son sourire grandit encore et je franchis le pas de la porte, suivie de près par mon nouvel ami. L'air frais de la Nuit nous enveloppa, me faisant frissonner. D'après la position de la lune dans le ciel, il devait être aux alentours de minuit, un peu avant. Parfait.

Je me retournais vers mon camarade et lui fis un grand sourire, l'invitant à me suivre. Nous passâmes par tout un dédale de ruelles plus ou moins obscures. Nous débouchâmes à quelques pas des quais et je m'engouffrais dans une ruelle des plus mal famées. Elle était assez étroite et sale, pourtant, je reconnais tous les objets s'y trouvant. Il y avait une petite porte à ma droite. Sans hésiter, je la poussais doucement, faisant entrer Ciaran après moi.

La pièce dans laquelle nous nous trouvions était l'avant-boutique d'une petite échoppe. Comme d'habitude, c'était un véritable bazar, tout était vieux et poussiéreux. Des dizaines de bocaux et fioles bizarres se trouvaient sur d'immenses étagères instables. Bave diverses, venins et autres poisons en tout genres, telle était la spécialité de mon amie.

Je m'approchais du comptoir égratigné, appuyais d'un doigt ferme sur la minuscule clochette qui était posée sur le bois sombre. Comme elle ne venait pas, je rappuyais, laissant mon impatience prendre le dessus. Elle finit par arriver en râlant comme d'habitude.


- Mais qui est le connard qui s'amuse à bouziller ma sonnette ?!

Elle s'approcha du comptoir et un petit sourire en coin apparut sur ses lèvres quand elle me reconnut.

- Luni ! Sale petite buveuse ! Mais qu'est-ce que tu viens foutre dans ma boutique ? Ça en fait du temps depuis la dernière fois !

Elle portait un maillot rouge décolleté et un simple pantalon de toile beige, sa peau était claire, ses yeux verts luisant comme deux émeraudes. Ses cheveux noirs étaient en bataille, ils sortaient en touffes éparses de sous le tissu blanc qui lui ceinturait le front. Une unique aile noire sortait de son dos.

- Kalliana ! Vieille chouette ! Moi aussi je suis contente de te voir ! Comment ça va ?

- Fout toi de moi, elfe de malheur ! Tu crois que je vais bien avec un cadeau pareil ?! Dit-elle en indiquant son aile du pouce. Bon, t'es pas venu taper la causette je crois, t'es pas de c'te trempe de venir me faire chier juste pour le plaisir ! Surtout que tu nous en dois bien une à tous, même si tu as déjà sauvé la vie aux trois quarts d'entre eux ! N'empêche, c'est bien en partie à cause de toi qu'on s'est tous retrouvé dans cette merde !

- Je sais et c'est déplacé de ta part de ma le rappeller, toi qui faisant autrefois parti de nos ennemis !

- Mais tu sais que je te taquines va ! C'est du passé tout ça et pi, aucun ex-membre de Lodola ne t'en veux tu sais ? C'est pas ta faute tout ce bordel et pi tu es la plus perdante et le plus à plaindre dans cette histoire !

- Faudrait savoir, tu m'en veux ou pas ?

- Nan, je voulais voir si tu n'avais pas perdu de ton mordant pendant ces dix dernières années ! Faut bien qu'une de nos roses garde ses épines !

- J'suis pas une rose.

- Nan, t'as raison, t'es un tigre, un tigre qui te bouffe si tu fais pas attention !

[i]Elle indiqua ensuite Ciaran du regard en disant :


- Mais dis-moi donc qui est ce beau gosse derrière toi. Un amant de placard peut-être ? Ou bien de taverne ?

- Chacun son endroit pour faire ça mais non, c'est un ami buveur. Et on est venu faire la fête ! Si tu nous laisses passer bien entendu.

- Mouais... un peu bidon ton excuse et je ne te crois pas mais c'est pas mon emmerde. Tu connais le chemin ?

- Tu me prend pour qui ? Je te rappelle que je connais cette pièce sur le bout des doigts !

- C'est vrai, c'est vrai. La prochaine fois qu'on se tape une beuvrie ensemble, faudra que je fasse gaffe à pas trop me saoûler. C'est impossible de gagner avec toi quand il s'agit d'alcool. Amusez-vous bien alors !

Elle ne bougea pas d'un poil, s'accoudant et louchant légèrement sur Ciaran avec un sourire cruel.

- Pas touche, la luciole ! Il est pas venu pour que tu t'envoies en l'air avec lui ! Faudrait que tu te dégotes un mec d'ailleurs, ou un amant de placard, comme tu veux !

Elle me tira la langue et je m'approchais d'une tapisserie sur le mur. La décalant, j'ouvris ensuite la petite porte discrète qui se cachait derrière. Un fin couloir gris apparut, je m'y enfonçais, Ciarant sur les talons. Tout en descendant avec précaution, je dis :

- C'était Kalliana Angels, une ange déchue qui a perdu une aile dans une bataille. Elle faisait parti d'une organisation chère à mon coeur et c'est une excellente amie de longue date.

C'était très peu probable que Ciaran connaisse les personnes que l'on allait rencontrer, aussi je me devrais de faire les présentations. Nous arrivâmes en bas du couloir. Une imposante porte en chêne, doublée de métal s'y trouvait. Je pouvais entendre les vibrations de la musique de l'autre côté, c'était étrangement calme pour une fois.

Sans attendre, je me mis devant la porte, toquais. Six coups rapides, deux secondes de silence, puis sept coups rapides, trois secondes de silence et un dernier coup un peu plus fort. Une petite trappe s'ouvrit sur la porte, révélant des yeux aussi noirs que la Nuit qui se trouvait dehors. Les yeux m'observèrent, me reconnurent et attendir que je présente mon ami :


- Voici Ciaran Donnelly, un ami. J'en prend la responsabilité.

La trappe se referma, la porte s'ouvrit. Nous entrâmes. La pièces était spacieuse, entièrement taillée dans la pierre. Des dizaines de tables en bois se trouvaient éparpillées, un bar au fond. Le plafond était assez haut. Il n'y avait qu'une quizaine de personnes dans la salle, ce qui était assez peu par rapport aux trois dernières années.

La personne qui nous avait ouvert, me salua chaleureusement. C'était une Elfe Noire d'environ 150 ans, sa peau était noire comme le charbon tout comme ses yeux. Ses longs cheveux blancs cascadaient sur ses reins.


- Luni ! Tu en as mis du temps à revenir !

- Professeur Sallanel, c'est un plaisir de vous revoir !

- Mettons de côté le protocole ! De plus, cela fait bien plus de 25 ans que tu n'es plus mon élève ! Entrez donc et profitez de la fête !

- Merci, Adria. Est-ce que Sélène est ici ? Il faut que je lui parle !

- Elle va arriver. Elle se trouve actuellement dans la pièce d'à côté avec Réli, il...

- Réli est revenu ?!

- Oui mais en très piteux état, ce pauvre centaure a eu de la chance de s'en sortir... Bref, elle est plus apte à t'expliquer que moi.

Nous nous avançâmes vers l'une des tables. Beaucoup de races différentes étaient réunis ici, tout le monde s'amusait. C'est alors que Sélène arriva. Elle portait toujours sa tenue de cuir, tenue d'assassin. Ses cheveux courts étaient noirs et frisés, ses yeux aussi bleus que les miens. Sa peau d'alabâtr faisait ressortir la marque en forme de rose noire au creux de son cou, qu'elle avait laissé libre pour une fois. Elle me sourit en me voyant et m'étregnit joyeusement. Ses canines pointues brillèrent à la lumière suave des lumignons accrochés ou posés un peu partout dans la salle.

- Luni, comment vas-tu et qui est cet appétissant humain ?

- Bien et voici Ciaran Donnelly, mon ami et non un casse-croute.

- Je plaisantais.

- Je sais bien. Qu'est-ce qui se passe, bon sang ! Je n'ai jamais vu les anciens aussi peu organisés et paniqués !

Son regard tomba froidement sur Ciaran.

- Euh, Ciaran, voici Sélène Shinisoul et je dois m'entretenir avec elle sur un sujet important. Peux-tu m'attendre au comptoir, s'il-te-plaît ? Le barman s'appelle Kénan et c'est presque mon bel-oncle, dis lui que tu es avec moi et il servira tout ce que tu voudras. J'arrive dans un instant.

Il se dirigea donc vers le comptoir, sans un mot. C'était impoli mais je n'avais pas le choix.

- Qu'est-ce qui se passe Sélène ?

- Voilà, tu sais que même si la guilde a été dissoute, les ex-membres sont encore actifs, on essait toujours de retrouver les autres, ceux qui se sont éparpillés et nous devons surveiller les actions des autres guildes. Trois personnes sont donc parti en mission secrète au nord. Deux seulement sont revenus, dont Réli et Ëloise.

- Qui est la troisième personne ?

- C'est ta cousine, Ibéreth. Nous ne savons pas ce qu'elle est devenu et il nous est impossible de lancer quelqu'un à sa recherche, nous ne savons même pas où est-ce qu'elle a été aperçu pour la dernière fois. Mais je suis sûre qu'elle va bien ! Elle s'en sortira !

- Merci pour ces infos, Sélène. Je vais rejoindre mon ami.

Je m'assis ensuite au comptoir avec Ciaran et déclairais d'une voix forte afin que tout le monde m'entende :

- Je ne suis pas venu ici pour me morfondre et je ne laisserais personne gâcher cette Nuit. Alors, mes amis, faisons la fête comme on la faisait à Lodola !

- Bien parlé ! On retrouve notre Luni !

Les chopes et le rhum entrèrent dans la danse, la musique se fit joyeuse, enchanteresse et bientôt, je me mis à danser sur les tables avec les autres. C'était le moment "danse". Il était toujours suivi du moment "bagarre". Et quelque fois même, ces deux-là allaient ensemble. Je tendis alors la main à Ciaran afin qu'il vienne lui aussi danser et s'amuser.

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MessageSujet: Re: Rencontre marquante [Ciaran]   Dim 06 Nov 2011, 23:19

Après avoir rencontré une elfe et m’être étonné de sa présence dans une taverne humaine, je découvrais finalement que les races dont je déplorais l’absence dans nos établissements de divertissements se trouvaient dans un lieu bien à eux. Alors, bien sûr, il m’avait fallu suivre Lunielle dans un dédale de ruelles plus ou moins malfamées jusqu’à trouver une petite porte derrière laquelle se cachait la seule taverne dont j’ignorais l’existence. Incroyable.

Un ange nommé Kalliana Angels lésée d’une aile et qui assurait désormais le rôle de videur. Une première rencontre qui me laissa pour ainsi dire bouleversé. Avant cet instant, l’idée de croire en l’existence des anges était pour moi une absurdité. C’était finalement mon entêtement qui était absurde. Lunielle et moi continuâmes dans un long couloir jusqu’à une nouvelle porte.

Six coups rapides, deux secondes de silence, puis sept coups rapides, trois secondes de silence et un dernier coup un peu plus fort. Une petite trappe s’ouvrit, elle me présenta puis la porte s’ouvrit pour donner sur une pièce commune assez grande et –c’est ce qui m’étonna le plus- qui avait été taillée dans la pierre.

*Ils ont dû mettre des années à bâtir tout ça… Et personne ne s’en est rendu compte ?*

Une femme aux cheveux blancs extrêmement longs et à la peau couleur d’ébène alla à la rencontre de Lunielle. Visiblement, au regard de ses oreilles, c’était elle-aussi une elfe, mais d’une race différente de celle de « Luni ». Je regardai quelques instants tout autour de moi et m’étonnai de l’absence d’autres humains que moi –étais-je seulement le bienvenue en ces lieux ?- Tout en tentant de conserver un minimum de prestance face à toutes ces personnes, je regrettai d’avoir quitté mon comptoir tout en m’émerveillant de découvrir ce que beaucoup d’autres ignoraient.

Je fis quelques instants plus tard, accoudé à une table avec Lunielle et sa professeur, une nouvelle rencontre surprenante : Sélène Shinisoul, une vampire qui, si elle n’avait pas été ce qu’elle était -et si elle ne m'avait pas pris pour son dîner-, aurait sûrement été un être très attirant. Ces dernières me laissèrent en compagnie d’un lycan nommé Kenan chargé de tenir le comptoir. Plus rien ne m'étonnait.

« Bonsoir… Euh… Vous servez quoi, ici ? »

L’elfe m’adressa un regard intrigué puis éclata de rire pendant quelques secondes –qui me parurent des heures. Pour quelles raisons riaient-ils ainsi ? Je me grattai la joue, signe d’un léger sentiment de mal-être. Dans d’autres circonstances, le barman qui se serait moqué de moi de la sorte aurait sûrement eu la tête éclatée contre le bois de son comptoir mais nous n’étions pas dans d’autres circonstances et je me tus en attendant que ça passe. Finalement, il me dit d’un air moqueur :

« Et qu’est ce que tu crois qu’on sert, hein, l’humain ? Du jus de chauve-souris ? De la bouillie de tourbière ? »

L’air condescendant de l’être que j’avais en face de moi m’agaçait terriblement mais je m’efforçais de ne rien laisser transparaître.

« Je sais pas. C’est pour ça que je te le demande… »

Il sourit un peu plus et me répondit d’un air un peu plus sérieux :

« On a tout ce que vous servez là-haut, sur le Port.
- Alors donnez-moi une choppe d’hydromel. »

L’elfe s’exécuta sans tarder et me donna ma boisson sans que je prenne la peine de le remercier –c’était bien la seule chose dont je disposais encore pour faire savoir mon mécontentement. Lunielle me rejoignit finalement et déclara presque aussitôt :

- Je ne suis pas venu ici pour me morfondre et je ne laisserais personne gâcher cette Nuit. Alors, mes amis, faisons la fête comme on la faisait à Lodola !

Presque aussitôt, la musique se fit plus forte, plus joyeuse et je terminai ma choppe pour me retourner et regarder les quelques personnes présentes danser sur des rythmes entrainants. Bien que toujours surpris du spectacle qui se déroulait devant mes yeux, je ne pus m’empêcher d’esquisser un sourire. C’est alors que Lunielle me tendit la main et m’invita à danser. Sans hésiter, je répondis à sa demande en lui prenant cette dernière pour finalement l’emmener au centre de la pièce, là où tous les gens présents dansaient.

Baigné dans la joyeuse effervescence de ce lieu, je dansai durant de longues minutes sans rien faire d’autre que rire et sourire. Finalement, lorsque les musiciens décidèrent de ralentir un peu le rythme, j’emmenai Lunielle avec moi au comptoir, un brin essoufflé.

« Je vous en dois une ! Cet endroit est bien mieux que tous ceux qui se trouvent sur le Port ! »

Je ris avec elle puis commandai la boisson qu’elle souhaitait.

« Alors dis-moi, Lunielle, qui sont tous ces gens ? Je veux dire… D’où tu les connais ? Et puis, toi, d’où tu viens ? »

Ayant bien conscience que mes questions pouvaient paraître indiscrètes, je m’empressai de rajouter :

« Moi je suis né ici, et mes amis… Pour tout t’avouer, j’ai beaucoup d’amis mais en réalité je n’en ai aucun sur qui compter. C’est juste des compagnons de beuveries, si tu vois ce que je veux dire… ! »


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MessageSujet: Re: Rencontre marquante [Ciaran]   Mar 08 Nov 2011, 22:16

La musique s'enchaina, commençant un rythme des plus endiablés. Les instruments étaient tous très différents, certains sortant de l'ordinaire, d'autres complètement farfelus comme cette carapace vide de tortue dans laquelle se trouvait quelques cordes enchainées à un bout de bois. J'aimais cette mélodie, je la connaissais par coeur.

Je montais sur une table, posant tranquillement dans un coin le surplus qui gênait ma danse. Des claquements de mains montèrent, rythmant la musique, accompagnant mes pas, suivant les courbes de mon corps qui ondulait sous le plafond assez bas de la salle. La lumière des lumignons tracait des serpents luisants sur ma peau, se perdait dans mes cheveux dorés, se reflétait dans mes yeux.

Je connaissais cette musique, c'était l'une des préférées de la guilde. C'est sur cette musique que j'avais souvent dansé avec Eux. C'est alors que Ciaran m'attira vers lui et nous nous dirigeâmes vers le comptoir tandis que les musiciens ralentissaient la cadence, nous laissant souffler. Mon nouvel ami semblait s'amuser comme un fou, un immense sourire flottait sur ses lèvres.


« Je vous en dois une ! Cet endroit est bien mieux que tous ceux qui se trouvent sur le Port ! »

Il nous commenda du rhum, produisant un pâle sourire sur mes lèvres brûlantes.

« Alors dis-moi, Lunielle, qui sont tous ces gens ? Je veux dire… D’où tu les connais ? Et puis, toi, d’où tu viens ? »

Il marqua une pause avant de continuer :

« Moi je suis né ici, et mes amis… Pour tout t’avouer, j’ai beaucoup d’amis mais en réalité je n’en ai aucun sur qui compter. C’est juste des compagnons de beuveries, si tu vois ce que je veux dire… ! »

- Si tu tiens tant à écouter mon histoire, je dois te prévenir : nous en avons pour un moment !

Il hocha la tête et me suivit. Nous nous asseyâmes au comptoir, sous l'oeil discret de Kénan qui astiquait des chopes avec un tissu crasseux.

- J'ai 116 ans et je suis née dans la forêt de Rosyel, plus précisement dans un petit village du nom de Jennelden. J'ai vécu les 25 premières années de ma vie, ce qui revient à 5 ans en âge humain, avec mes parents dans une petite chaumière. Pas de frères, pas de soeurs. Seulement un vieux débris qui me sert de grand-père. Mes parents ont ensuite été assassinés par une démone et Tinuldor, le vieux débris, m'a recueilli. Il me battait et j'ai fugué de nombreuses fois, passant mes journées dans la forêt environnante à observer les animaux, les traquant, pistant, suivant silencieusement. Puis à l'âge de 90 ans, je suis entré dans une école de magie dans un village annexe. J'y ai passé cinq ans en compagnie de deux excellents amis : Alita Sollenwel et Sédriel Ameldor.

- Je suis ensuite parti à la découverte du monde, seule. J'ai rencontré une petite famille d'elfes nomades et j'ai découvert que le père de famille était mon oncle, le frère de mon père. Sa fille, Ibéreth, est donc ma cousine. Ses parents ont été tués par une bande de voleurs des montagnes qui passaient par là, quand nous n'étions pas à la maison. J'ai ensuite embarquée ma cousine avec moi et je me suis remise en route. Nous sommes ensuite arrivées à Lan Rei Est après s'être embarquées clandestinement sur un bateau de passage. J'ai ensuite laissée Ibéreth dans un village humain, celui de Len, son fiancé.

- Je me suis ensuite fait attaquer par un loup-garou, Draren Seiwyr et le combat s'est terminé sans victoire ni défaite. Il voulait réaliser son rêve : crée une guilde où toutes les créatures pourraient vivre et combattre ensemble. De mon côté j'avais une quête : retrouver l'assassin de mes parents. Nous avons donc décidés de voyager ensemble afin de réaliser nos deux objectifs. Nous avons ensuite rencontrés d'autres personnes qui se sont joints à nous : Owen Rynry l'humain, Apaat Hatisa l'ange, Ondia Boréalis la demi-sirène et Laralen Black la vampire.

- Nous étions les six fondateurs de la guilde de Lodola, une fameuse guilde guerrière. Beaucoup de personnes nous ont ensuite rejoints une fois ma quête terminée, des personnes issues des guildes ennemis notemment : Tia Itfish une neko, Réli Waebard un centaure, Soali Zumos un anubite, Fibur Begnus un nain, Kallista Alycla une succube, Mylonna Nyderann une chimère, Ysamir Peredoc un démon, Kalliana Angels, Mana Briiz une centaure, Ibéreth, Len, Sélène ainsi que bien d'autres. Kénan, le barman est l'oncle de Draren, il est lycan.

- Puis, lors d'une simple mission de routine des fondateurs, un conflit m'a opposé à Laralen et nous nous sommes combattus à mort. Draren était devenu mon fiancé. Il s'est interposé et est mort de ma main par accident. Laralen a fuit et la guilde s'est dissoute. Beaucoup d'entre nous sont morts. Certains se sont enfuis et ont disparus de la terre ou se sont fondu dans la masse. C'était il y a onze ans. Depuis ce jour, je poursuis Laralen sans rrelâche mais récemment elle me donne du fil à retordre alors j'attends qu'elle réaparaisse. Elle finira par le faire, elle l'a toujours fait.

- Ce n'est que récemment que les anciens membres de Lodola se réunissent à nouveau. Cette planque est l'une des rares qu'il reste aujourd'hui. Cette guilde était ma maison. Je garde néanmoins un contact avec mes anciens camarades. Voilà mon histoire.


C'est alors qu'une chope atterrit sur comptoir, m'aspergeant de mousse fraiche.

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MessageSujet: Re: Rencontre marquante [Ciaran]   Dim 13 Nov 2011, 22:36

Sans un mot, la regardant dans les yeux tout en scrutant de temps à autre la piste de danse qui s’était un peu clairsemée, j’écoutais attentivement l’histoire de Lunielle. Tout en feignant de ne pas être surpris, le simple fait d’entendre son âge m’étonna. En 116 ans, elle avait dû en vivre, des choses. Elle avait eu le temps de vaincre, de perdre, de sourire, de pleurer, de regretter et de regarder derrière-elle sans même que le temps qui passe ne vienne l’ennuyer. Quelque part, cette longévité était une chance, malgré que l’immortalité soit, à mon sens, une malédiction.

Alors qu’elle me contait les vicissitudes de sa vie, je lui adressai un sourire avant de hocher la tête pour la remercier de ces confidences. Etais-je quelqu’un digne de confiance ? Digne de connaître ces histoires-là ? Je n’en avais aucune idée, mais la proximité avec laquelle elle me racontait sa vie me touchait.

Quand elle termina son récit, je m’exclamai :

« Quelle aven… »

Soudain, une choppe pleine de bière s’écrasa sur le comptoir et aspergea Lunielle de bière. Je sursautai un instant, un brin surpris du bruit du contenant contre le bois du meuble. Sans attendre aucune réaction de la part de l’elfe, je regardai par-dessus son épaule pour tenter d’apercevoir le responsable. Un autre elfe à la peau aussi noire que celle du Professeur Sallanel me fixait droit dans les yeux.

« Toi ! L’humain ! Tu n’as rien à faire ici ! T’es pas de la guilde, alors tu dégages ! »

La musique s’était arrêtée lorsque la choppe s’était écrasée sur le comptoir, et je regardai l’espace d’un instant Lunielle pour savoir ce qu’elle comptait faire –et si possible si elle prendrait ma défense face à cet inconnu. Comme elle semblait encore en train de se ressaisir du fait d’avoir été aspergé de boisson, je m’adressai à l’elfe noir :

« On m’a invité, et je ne suis pas là pour faire des histoires…
- J’en ai rien à foutre des raisons pour lesquelles tu es là, tu dégages d’ici tout de suite ! »

L’être belliqueux qui se trouvait à quelques mètres de moi était un peu plus grand –et aussi un peu plus fort que moi. Ses cheveux étaient longs, blancs et tombaient jusqu’en dessous de sa nuque. Derrière ses lèvres se dessinaient des dents aussi blanches que sa chevelure. Un sourire carnassier. Ne sachant trop comment réagir, je fis un pas en arrière et regardai en direction de la porte de sortie.

« Ecoutes… Euh… Moi, j’ai rien demandé. On m’a proposé de venir, j’ai accepté… Je ne partirai que si ça pose véritablement un problème aux gens qui se trouvent ici… »

L’elfe avança à grands pas dans ma direction jusqu’à se retrouver à seulement quelques centimètres de mon visage. Le regard fier et menaçant, il reprit en articulant :

« Tu dé-ga-ges. »

Raide comme un « i », je ne bougeai pas d’un pouce. Mon cœur battait à toute vitesse. L’idée de me dégonfler, de faire volte-face sans saluer personne et de sortir de la pièce me traversa l’esprit mais mon orgueil –et le sentiment que je n’avais rien à perdre- m’en empêcha.

« Non… »

Dans son regard, la surprise était visible. J’espérai maintenant que quelqu’un intervienne.

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MessageSujet: Re: Rencontre marquante [Ciaran]   Mar 15 Nov 2011, 21:32

Le contact de la mousse me fit sursauter autant que mon voisin d'en face. La texture se répandit dans mes cheveux, coulant le long de mon cou, piquant mes yeux et déposant une douce saveur d'houblon sur mes lèvres pulpeuses. Ma première réaction fut de me dire que le rhum n'avait rien à envier à la bière, boisson non mousseuse que j'adorais et plaçais par-dessus tout.

Cette réaction fut vite remplacée par une autre, plus directe et franche qui s'imposa d'elle même dans mon esprit : le visage de Ciaran venait de blêmir, il reculait comme en proie à une joute verbale de laquelle il n'était pas sûr de sortir vainqueur. L'intercation entre lui et une autre personne parvint alors à mes oreilles et, avant que mon cerveau ne l'analyse et la comprenne, un autre état d'esprit me posséda.

- Qui est le connard qui m'a balancé sa putain de pisse à la gueule ???!!!

Je me lève, furieuse, j'entends les spectateurs intrigués qui poussent des sifflements enthousiastes. Après avoir rapidement essuyé la mousse qui parsemait ma figure, j'observe la scène. Ciaran est en très mauvaise posture, son adversaire est d'une trop grande taille pour lui, non que je doute des capacités de mon invité si capacités il y a mais je connais très bien l'elfe noir qui le menace.

Tassel Epalwel, j'avais étudié dans la même Académie que lui, une trentaine d'années auparavant. C'est bien le genre xénophobe et complètement stupide. Je me rapelle qu'il avait un faible pour ma meilleure amie d'époque, Alita, qui connut un destin tragique. J'avais déjà cogné cet abruti de mâle pseudo dominant qui se croyait tout permit. Je décide donc de ne pas me priver de la joie de le remettre encore une fois à sa place, toujours avec le même plaisir indescriptible.

C'est alors que l'affrontement tourna d'une façon imprévisible. L'elfe tenta encore une fois d'aposer ses dires mais mon invité ne bougea pas et eu même les tripes de lui répondre qu'il pouvait aller se faire voir. Une lueur de surprise passa dans le regard de l'abruti et le temps m'imposa mes actes : il fallait intervenir avant que ça ne se gâte.

La chope, qui s'était vidée sur moi et qui était dorénavant vide, percuta violemment le crâne de l'elfe noir, l'envoyant voler quelques mètres à gauche.

- Tsss, Tass, Tass, Tass. Je vois qu'il te manque toujours certaines notions. Notamment celle qui dit "qu'il ne faut jamais s'en prendre aux invités de plus fort que soit", ou encore "ne baisse jamais ta garde". Tu vas regretter de t'en être prit à lui. Car c'est à moi que tu t'en prend par la même occasion.

Soudain, une idée amusante germa dans ma tête. La soirée allait être réussie !

Sans attendre une seconde de plus je m'empare de la chaise qui se trouvait à portée de main et la lance sur le premier venu. Tous les objets potentiellement volants finirent par être envoyés sur la foule. Me penchant rapidement vers Ciaran, je lui dis :

- Lodola était une guilde réputée pour ses fêtes inoubliables et colossales où tout le monde boit, se tape dessus, boit et ainsi de suite jusqu'à l'aube. En voici une ! Personne ne sait s'amuser comme nous ! Participe donc, étant mon invité, tu es sous ma protection, personne ne t'infligera de dommages trop graves. Amusons-nous !

Sur ce, je pris appuis sur le comptoir et atterris directement sur Tassel qui commençait à se relever. Ce fut la débandade. Les objets volèrent, les gens aussi, les plus légers et maniables servant de projectiles. La salle était entièrement sens-dessus, dessous. Heureusement que l'isolation est excellente sinon la police aurait débarqué depuis longtemps. Les coups pleuvaient, personne ne savait plus pourquoi il s'était engagé dans la bagarre, tout était un véritable fouilli mais clair pourtant. Chacun mettait du coeur à l'ouvrage, comme dans une machine parfaitement huilée. Les buveurs souriaient, riaient à s'en arracher la gorge, certains hurlant comme des sirènes en prenant à coeur le combat. On recevait un coup, en donnait deux, glissait, tombait et se relever presque toujours, certains gisaient assomés sur le sol, d'autres poursuivaient un tel, s'était un joyeux et gigatesque ménage.
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MessageSujet: Re: Rencontre marquante [Ciaran]   Jeu 17 Nov 2011, 23:53

- Lodola était une guilde réputée pour ses fêtes inoubliables et colossales où tout le monde boit, se tape dessus, boit et ainsi de suite jusqu'à l'aube. En voici une ! Personne ne sait s'amuser comme nous ! Participe donc, étant mon invité, tu es sous ma protection, personne ne t'infligera de dommages trop graves. Amusons-nous !

C’était donc l’heure de la bagarre.


Dans une folle effervescence, différents membres de la Guilde commencèrent à se frapper, se cogner et se jeter toutes sortes d’objets plus ou moins tranchants au visage. Moi, pris entre deux feux, je ne savais pas vraiment à quel saint me vouer. Autour de moi, tout allait très vite et, ma foi, tout allait très fort. Pourquoi jouer à me battre avec des gens qui, visiblement, étaient bien plus forts que moi ? J’hésitais une seconde puis mon esprit bagarreur –et peut-être aussi d’ivrogne- me poussa à prendre le taureau par les cornes : puisqu’il fallait se défendre, autant attaquer ! Puisqu'il fallait perdre, autant perdre dignement !

Toute juste ma décision fut-elle prise qu’une main se posa sur mon épaule. Me retournant, je vis un énorme poing s’écraser contre ma joue en me faisant m’écrouler lourdement contre le sol. Les yeux fermés, j’entendis quelques rires gras tout autour de moi et il me fallut quelques secondes pour reprendre mes esprits. Finalement, sans même faire attention à mon adversaire, je me relevai et l’attrapai à la taille pour le plaquer au sol, tout sourire. Nous tombâmes lourdement et les coups commencèrent à pleuvoir, jusqu’à ce qu’un coup de botte me frappa au flanc et que je ne roule sur le côté pour fuir mon adversaire. L’espace d’une minute, le temps de reprendre des forces, bien entendu.

Les minutes passèrent et la bagarre ne cessait pas. A bien y réfléchir, l’énergie que nous semblions partager étaient absolument folle. Nous frappions, encore et encore et, pourtant, aucun de nous ne semblait éprouver de haine envers sa victime : nous jouions. Violemment, mais nous jouions.

Finalement, après de nombreux duels plus ou moins remportés –ou plus ou moins perdus-, je me retrouvai face à Lunielle. L’elfe était, comme moi, un peu plus que légèrement amochée mais toujours debout. Je lui adressai un sourire, comme une provocation, et une légère douleur me rappela que ma lèvre inférieure était fissurée. Peu importe, je m’approchai d’elle en courant, prêt à abattre mon poing contre son visage.

Je savais que je perdrais. Mais je voulais le vivre, le subir. Simplement pour conserver un souvenir de cette soirée immortelle tatouée dans ma chair.
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MessageSujet: Re: Rencontre marquante [Ciaran]   Dim 20 Nov 2011, 01:39

C'est alors que Ciaran se jeta sur moi. Nous étions les deux derniers debout, les autres, ceux qui le pouvaient, nous regardant d'un air amusé. Il avait du courage de m'attaquer. Je saisis cette opportunité pour m'amuser encore un peu avant de sombrer dans un profond sommeil, comme d'habitude.

Son attaque fut prévisible : un simple coup de poing vers mon visage. Il était amoché mais je ne valais guère mieux : ses lèvres étaient salement coupée, lui tirant une grimace à chaque sourire ce qui donnait un effet assez étrange je devais l'avouer, il possédait aussi de nombreux bleus et coupures cependant c'étaient seulement des blessures superficielles. Quand à moi, j'étais dans un état tout aussi pitoyable : ma tunique était déchirée, mes joues étaient brûlantes, mes doigts endoloris et, en plus, mon épaule gauche n'arrêtait pas de saigner.

L'attaque qu'il essayait de me porter, je l'avais vu des centaines de fois et toujours avec la même détermination dans le regard de l'adversaire. Un simple pas sur le côté suffit à esquiver et Ciaran fut emporté dans son élan. J'en profitais pour le suivre dans sa chute et lui administrer un léger coup de genou dans les côtes sans pour autant les lui casser. Une fois au sol, je me mis à califourchon sur lui et entrepris de lui administrer une série de coups de poing. Il se défendit, bloqua la plupart de mes coups. S'il n'était pas de taille pour gagner, il était néanmoins très coriace.

Profitant d'une seconde d'inattention de ma part, il réussit à caser un solide coup sous ma mâchoire, faisant claquer celle-ci et m'envoyant en l'air avant de m'écraser sur le sol dans un tas de poussière. Il fit alors la même chose que moi. Ses coups de poing étaient puissants, je ne réagis pas tout de suite, encore sonnée par la chute. Je le repoussais d'un coup de pied dans le ventre et, pendant qu'il se relevait, je me mis à observer le flot vermeil qui coulait le long de ma tempe et de mes lèvres.

C'est alors que le rhum commença à faire effet. J'étais capable d'avaler une énorme quantité d'alcool et cet alcool m'aidait en combat : il augmentait mes réflexes, mes perceptions, certaines fois à un tel point que je devenais une véritable machine à tuer qui n'est plus capable de faire la différence entre amis et ennemis. Mes amis avaient toujours été là pour m'assommer dans ces moments-là, pour le propre bien comme pour le mien. Fort heureusement, je n'avais que rarement perdu le contrôle de moi-même.

Ce fut presque ce qui arriva. Je plaquais Ciaran au sol avec une force de bête féroce. Mes yeux ne riaient plus, mes mains se mirent à trembler, ma tête à me brûler. J'étais au bord de la folie. Comme pour me sortir de ce piège, je lâchais Ciaran, pris une bouteille de derrière le comptoir et me la fracassait violemment sur la tête. Le doux bourbon coula sur mes cheveux, me réveillant suffisament pour reprendre le contrôle. Je pris Ciaran une dernière fois, reçus quelques coups de sa part, un notamment dans mon épaule blessée et me lançais contre le mur.

La suite fut très floue. Je me sens tomber, sans prêter attention à se qui se déroulait autour de moi, comme sous l'effet d'une puissante drogue. Et merde, fut ma dernière pensée, j'ai pas tapé là où il faut avec la bouteille...

Puis je sombrais dans un profond sommeil.

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MessageSujet: Re: Rencontre marquante [Ciaran]   Dim 27 Nov 2011, 21:54

« Hey, elle se réveille ! »

Accoudé au bar, maintenant une poche de glace contre ma joue boursoufflée, je regardais le corps inerte de Lunielle avec prudence. Quel sort me réserverait-elle une fois éveillée ?

Les choses s’étaient passées à une vitesse folle. Alors que nous nous battions presque amicalement, l’elfe sembla soudainement envahie d’une colère, d’une rage irrépressible. Dans ses yeux, j’avais cerné ce changement et m’étais bien douté que cette bagarre n’avait plus rien d’anodine. Elle me fixait avec cette cruauté que l’on peut lire dans le regard des animaux prêts à asséner le coup de grâce à leur proie. Pourtant, une autre partie d’elle semblait refuser ce combat sauvage et, comme dans un dernier sursaut de bonté, elle s’éclata une bouteille contre le crâne sans même s’évanouir. La jeune femme revint vers moi et, avec mes dernières forces, je la frappai violemment dans l’épaule. Elle recula et, finalement, s’effondra.

Le calme revint très vite dans la taverne lorsque les compagnons de Lunielle comprirent qu’elle s’était évanouie. Deux ou trois personnes la veillèrent tandis que d’autres pansaient leurs blessures –et les miennes, par la même occasion. De tous, j’étais le plus amoché. Mon corps tout entier était une boursouflure à tel point que je ne savais pas par laquelle commencer.

« Lunielle… Ca va ? »

Ne quittant pas du regard Lunielle, je ne pouvais m’empêcher de croire qu’elle tenterait de m’achever lorsqu’elle serait en état de le faire. D’ailleurs, les raisons pour lesquelles je me trouvais encore en ces lieux m’étaient inconnues. Sans doute voulais-je une explication, quelque chose qui me permettrait de comprendre pourquoi une personne que jusque-là j’appréciais se trouvait soudainement être une brute sauvage. La réponse viendrait peut-être plus tard.

Doucement, la guerrière se réveillait autour de ses compagnons qui tentaient de voir si tout allait bien. Finalement, et comme le seul moyen d’en être certain était tout simplement de vérifier, ils m’invitèrent à m’approcher d’elle. Mon cœur battait à toute vitesse et, pourtant, je forçai un sourire tout en avançant comme pour ne pas laisser paraître le masque de la peur qui se cachait derrière celui du courage vain. Finalement, en arrivant à un petit mètre d’elle, je la regardai sans rien dire. Ses yeux semblaient chercher un point d’attache et je semblai soudainement assumer ce rôle.

Gêné, je finis par lui dire :

« Alors… Toujours décidée à me tuer ? »

Evidemment, j’espérais que la réponse soit « non ».
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MessageSujet: Re: Rencontre marquante [Ciaran]   Sam 03 Déc 2011, 21:22

Spoiler:
 

Tout n'est que silence et agonie.

Agonie ? Non, pas tout à fait. Silence oui, agonie non.

C'est tout noir. Je ne vois rien, ne sens rien, n'entends rien. C'est comme si on m'aurait soudain privé de mes sens. Je suis complètement déboussolée. Et le pire c'est qu'il semblerait que je ne puisse rien faire pour le moment. Je me contente donc de flotter dans l'immensité obscure qui m'entoure, me demandant bêtement si je ne serais pas par pur hasard, et bien tout simplement morte. Ou enterrée vivante.

Au choix.

Non, je ne pense pas. C'est vrai, j'entends mon coeur qui bat. Calme, comme si j'étais seulement endormie. Si, toute fois je serais morte, ce serait tout de même le comble d'entendre sa respiration, les battements de son coeur, de se croire vivant. M'enfin, je ne suis jamais passée de l'autre côté du portail qui sépare le monde des vivants et celui des morts et je n'ai pas l'intention d'essayer pourtant ça ne m'étonnerait pas que des forces supérieures se moquent de ceux qui traversent. Rien que pour faire vous emmerder pendant toute l'éternité !

Soudain, je sens mon sang qui pulse dans mes veines. Chaud et accueillant comme un vieil ami, il me rassure. Il est le gardien de ma vie, le salut de mon âme tourmentée. Je me secoue : manquerait plus que je devienne philosophe tient. Quoique, après un siècle d'expérience j'ai de la matière à penser !

Mes sens reviennent petit à petit, je sens mon énergie qui revient, coule dans mon corps lourd, allant jusqu'au bout des mes doigts, réveillant chacune des moindres pores de ma peau.

C'est alors que j'ouvre les yeux.

Doucement, mes paupières papillonnent comme cherchant à prendre leur envol. C'est tout... flou, il n'y a pas d'autre mot pour décrire ce que je vois. J'entends... des voix ? Les voix de qui dans ce cas ? Je ne sais pas, tout est encore trop brouillon dans ma tête. D'ailleurs celle-ci résonne, j'ai l'impression de servir d'enclume à un forgeron nain. Et j'ai déjà vu la qualité des armes de ces petits personnages grognons. Je peux vous certifier que c'est du solide leur armement.

Ma vision s'éclaire quelque peu, je me trouve dans une pièce, pas très éclairée. Tant mieux.

- ... sûrs qu'elle va bien ? ... toute pâle... semble pas ...

- ...cune idée...

Très rassurant, merci. Je ne suis pas en train d'agoniser non plus. Pas encore du moins.

Je sens des mains qui me touchent, palpant mon corps, cherchant des éventuelles blessures qu'ils n'auraient pas vu auparavant. Après quelques minutes, j'ai de nouveau la complète maitrise de mon corps. Enfin, j'ouvre les yeux, en grand cette fois-ci. Je reconnait les visages anxieux qui m'entourent et sont penchés sur moi. Sélène, Adria, Ëloise, Kénan et même une personne que je ne pensais et n'avais pas l'intention de voir avant plusieurs décennies : Sédriel.

Je bouge les doigts, tout va bien. C'est alors qu'ils se mettent tous à parler en même temps, qui me demandant comment je me sens, qui dit à quelqu'un de se pousser, ils se disputent sur la meilleure façon de m'aborder sans me brusquer. Je pose mes mains sur mes oreilles, fermant les yeux. Cela suffit à réduire mes amis au silence. Je rouvre les yeux.

- Combien de doigts, Luni ? Demande Ëloise en mettant sa main devant moi.

- ...rois...

- Combien ?

- Trois. Je vais... bien.

J'essaie de me redresser. Tous me retiennent, me maintenant au sol, m'empêchant de me lever.

- Tu ne vas aller nul part, Luni. Tu nous as foutu un joli bordel cette Nuit, de plus, tu as encore une fois pêté un câble alors tu restes allongée pour le moment.

Je proteste.

- Vais bien...

Il durent s'y mettre à deux pour me faire entendre raison et m'obliger à ne pas bouger. C'est alors qu'il vient à l'un d'eux la splendide idée de tester quelque chose. Autant s'amuser, hein ? Kénan invite Ciaran à venir et le jeune homme s'approche de moi. Prudemment, très prudemment. Après tout, il a bien raison de se méfier : j'ai quand même bien failli lui faire la peau la Nuit dernière, sans m'en rendre compte en plus. Il a donc des tonnes de raisons de m'éviter, je me demande d'ailleurs pourquoi il est encore là ? Il peut bouger, il aurait facilement pu sortir, personne ne l'aurait retenu... Il a des tripes le petit humain. Sa présence et son courage de façade le fit monter dans mon estime.

- ... Cia... ran.

Je murmure. Je ne me sens pas encore en état de me lever quoique je suis sûre qu'une bouteille de rhum me ferait le plus grand bien.

- Contente... de voir... tu encore là...

Je lui fais un grand sourire. Il faut vraiment que je trouve un truc à boire.

- ... solée... pour hier... 'ai... perdu le ...trôle...

Ma langue s'emmêle, je n'arrive plus à parler correctement. Je sens ma bouche toute pâteuse comme si j'avais avalé des litres d'alcool. C'est peut-être le cas...

- Luni a la gueule de bois !

- ... pas vrai...

Ils se mettent tous à rire. Soudain, une grosse voix résonne dans l'air. Mes oreilles se lèvent immédiatement, je n'arrive pas à les croire.

- Je n'aurais pas du venir, franchement ! Voir dans cet état pitoyable la "grande" Luni, vraiment je suis déçu !

J'attrappe à deux mains la pique qu'il me tend. Repoussant les mains qui me tiennent, je me relève et aperçois la personne qui vient de m'insulter bien comme il faut. C'est bien lui : Réli Waebard, l'un des treize membre de l'élite de Lodola, l'un des tout premiers. Le centaure n'a pas beaucoup changé en onze ans, il est toujours aussi bourru, franc, massif. Son pelage roux semble légèrement déteint comme s'il avait prit un sacré coup de vieux. Un de ses pattes est couverte de bandages, son bras droit est maintenu en l'air par une sangle de cuir, sûrement cassé.

- ... Ré...li... onnard de canasson de ... es deux !!! ...ourquoi ... oques de moi ?! ... ttends que je ... e lève !

- Vas-y viens, Luni. Je t'attends !

Sa provocation suffit à me redonner l'énergie dont j'avais besoin pour me lever. Je chancele, me rattrappe au bras de Sélène, me mets à marcher vers lui précipitamment. Mes jambes instables tremblent, mon sang brûle mes veines, la fièvre me tient, me forçant à avancer, m'accompagnant en alimantant mes gestes. Je ferme le poing droit et vise la joue du centaure. Il bloque mon attaque avec sa main valide. Je me stabilise et envoie mon pied gauche vers sa tête. Il se prépare à éviter ma deuxième attaque mais mon pied ne le touche pas, il vient seulement se caler au creux de son cou. Je tire alors de toutes mes faibles forces sur mon poignet immobilisé, amenant le centaure vers moi et me projetant au passage dans les airs en m'appuyant sur mon pied calé.

J'atterris souplement sur son dos tandis qu'il est forcé de me lâcher. Mes jambes se lovent autour de lui, je m'empare fermement de ses longs cheveux rouge pétant, toujours attaché par un simple lien de cuir, lui donnant l'air d'un ananas ayant prit un coup de soleil. De l'autre main, je tapotte doucement sa tête.

- ...lors Réli ?

C'est alors que ma tête se remet à tourner, pile au mauvais moment. Je relâche mon attention et en arrive même à un point critique : je tombe sur le sol, nez en premier. Ils se mettent tous à rire mais aucun ne vient m'aider, sachant par avance que je refuserais catégoriquement son aide. Même Ciaran ne bouge pas. Tant mieux, ça m'évite de l'envoyer chier sans le vouloir. J'ai toujours été comme ça. C'est peut-être dû à mon éducation rude.

Je me relève en grognant, essuie d'une main rapide le sang qui coule le long de mon visage, je déteste saigner du nez. Puis, j'observe tout le monde. De vieux souvenirs ressurgissent, on pourrait se croire à Lodola, quinze ans dans le passé. Tout semble si lointain à présent ...

À la grande surprise de tout le monde, je me mets à rire à gorge déployée, entrainant même les plus timides dans une folle hilarité générale. Même mon humain favoris participe. Puis je me dirige vers le bar, fouille la réserve en ignorant les commentaires de mes amis.

- Le radar à alcool est en marche !

- Une bonne bouteille de rhum va peut-être la calmer !

- Impossible, même une centaine de tonneaux de liqueur elfique ne réussiraient pas à la saoûler !

Ils repartent de plus belle tandis que je m'assois au comptoir sur l'une des rares chaises encore intactes. Je m'observe attentivement : j'ai des bleus partout, d'importantes courbatures mais il n'y a que la blessure à mon épaule gauche qui nécessite une grande attention. Il faudra que je m'en occupe plus tard. Quelqu'un me tend alors un mouchoir pour mon nez.

- ...rci...

Je vois une grande gorgée à même le goulot et regarde celui qui vient de me tendre le petit carré de tissu.

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MessageSujet: Re: Rencontre marquante [Ciaran]   Jeu 22 Déc 2011, 13:59

Et la bagarre reprenait.

Alors que les choses semblaient enfin se calmer, un centaure se décidait finalement à lancer de nouvelles piques à Lunielle. Celle-ci, qui semblait soudainement se sentir beaucoup mieux à l’idée de combattre une fois de plus, se releva presque sans difficulté pour finalement retomber au tapis de plus belle. Moi, j’avais reculé de quelques pas sans trop m’inquiéter pour autant. Certes, voir un centaure de mauvaise humeur –ou tout du moins d’humeur bagarreuse- n’avait rien de très rassurant mais je n’étais plus vraiment surpris de tout ce qui se passait autour de moi. Les gens étaient d’autres races, d’autres caractères mais, finalement, je ne risquais pas grand-chose.

Lors de sa chute -sûrement due au mélange d'alcool et de fatigue extrême-, je ne pus m'empêcher de rire de concert avec tous les gens présents. Certes, la voir dans cet état était amusant car sa fierté, cet orgueil qui semblait tant la caractériser, était finalement la cause de cet entêtement qui la rendait à cet instant si ridicule. En même temps, une partie de moi ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter pour elle. La plupart des gens qui se trouvaient dans la taverne semblaient être des créatures surpuissantes qui ne craignaient ni la mort, ni la douleur. Pourtant, ces sensations, ces choses-là, étaient bien réelles et étaient à craindre. Comment réagiraient ces gens si quelqu'un mourait sous leurs yeux ? Riraient-ils encore ?

Cédant à ce sentiment d'inquiétude qui m'envahissait petit à petit, je m'approchai de la jeune elfe qui semblait à bout de force, je ne pus m’empêcher de lui adresser un sourire mi-moqueur mi-paternaliste. Je lui lançai ces regards que l’on pouvait voir dans les yeux de parents qui, à la fois affligés et amusés par les erreurs de leurs enfants, ne pouvaient rien faire d’autre que de rire tout en les invitant à cesser ces bêtises.

Arrivant à son niveau, je m’accroupis pour lui tendre un petit mouchoir que je conservais dans ma poche au cas où quelqu’un se décidait à me briser le nez. Comme je n’étais pas la victime du jour, je l’offris généreusement à Lunielle tout en restant à côté d’elle.


- ...rci...

Elle s’en saisit et, finalement, après quelques secondes à regarder dans le vague, ses yeux se fixèrent sur mon visage et je lui adressai un nouveau sourire avant de lui dire d’une voix enjouée :


« Bon… Il serait p’tet temps d’arrêter de jouer à la bagarre. C’est pas que ça devient usant mais je m’en voudrai pendant des années si tu venais à finir en bouillie à force de vouloir jouer les gros bras. »

Bien conscient de la légère pique que je venais de lui envoyer, je me corrigeai aussitôt :

« … A dix contre une, c’est difficile de faire le poids. Mais t’es une fortiche, toi ! »

En lui tendant la main pour l’inviter à se relever, je ris légèrement. Sous son poids –bien qu’elle n’était pas lourde-, je me rendis compte des lourdes douleurs musculaires que je subissais à cause de la bagarre précédente. Je n’étais pas eux.

« Que dirais-tu d’aller prendre un peu l’air ? Y’a bien un balcon, un tunnel qui mène au dehors où que-sais-je, nan ? Un peu d’air frais ne nous ferait pas de mal. »

Toujours la main tendue, je la regardai. Bien loin d’être la plus délicate des femmes que j’ai pu rencontrer dans ma vie, derrière sa chevelure ébouriffée et son visage un peu boursoufflé et couvert de sang, je me rendais soudainement compte que je l’appréciais. Mieux encore, je l’appréciais beaucoup. D'un geste, bien conscient qu'elle semblait tenir difficilement sur ses jambes, je lui signifiai que, si elle en ressentait le besoin, je pouvais la porter ou au moins la soutenir.

La balle était dans son camp.
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MessageSujet: Re: Rencontre marquante [Ciaran]   Sam 24 Déc 2011, 17:49

« Bon… Il serait p’tet temps d’arrêter de jouer à la bagarre. C’est pas que ça devient usant mais je m’en voudrai pendant des années si tu venais à finir en bouillie à force de vouloir jouer les gros bras. »

Si seulement il savait...

« … A dix contre une, c’est difficile de faire le poids. Mais t’es une fortiche, toi ! »

Il ajoute. J'eu un pâle sourire. C'est alors qu'il me tendit la main pour m'aider à me relever. Acceptant gentimment son invitation comme une enfant dorénavant sage, je saisis sa main et il me hissa sur mes jambes. Je sentis alors tout le poids de mon corps s'abattre sur mes épaules, rendus frêles par la bagarre.

Ciaran semblait se trouver dans le même état que moi, si ce n'est pire. Il n'osait pas le montrer, par gêne ou honte, que sais-je mais il devait bien ressentir des dizaines courbatures un peu partout sur son corps.

« Que dirais-tu d’aller prendre un peu l’air ? Y’a bien un balcon, un tunnel qui mène au dehors où que-sais-je, nan ? Un peu d’air frais ne nous ferait pas de mal. »

Ses paroles ne firent qu'augmenter mon sourire. Aller dehors ? Oui, c'est une bonne idée.

Je bouge mes pieds, doucement comme pour les échauffer. D'abord le pied gauche. Ensuite le droit. Je tangue un peu mais ça va. Tapant un peu du pied sur le sol, je vérifie mes appuis. Chancelants, mes forces ne sont pas encore revenues. Fort heureusement, je n'avais rien prévu d'important à faire dans la journée. Sinon, j'aurais été dans de jolis problèmes.

Mon regard se lève alors et tombe sur Réli. Le centaure roux me regarde, ses imposants bras musclés sont croisés sur son torse, il a l'air encore plus impressionant qu'avant. Et toujours ce petit sourire en coin pendu à ses lèvres. Ah ! Combien de fois je n'avais pas essayé d'arracher ce sourire ?

Je tente de faire un pas mais bascule en avant. Ciaran me rattrape de justesse et me dit qu'il peut me porter ou me soutenir si besoin. Je le remercie d'un geste mais garde néanmoins un bras sur le sien. Juste au cas ou.

Nous commençons à marcher doucement vers la lourde porte d'entrée. En passant devant Réli, je lui souffle :

- Faura qu'on... parle, après. J'ai besoin... j'ai besoin de savoir... ce qu'il s'est passé...

Puis après un court silence :

- Avec Ibéreth.

Le centaure hoche la tête avec nonchalance, repoussant à plus tard cet instant fatidique. Nous nous dirigeons ensuite vers la sortie. Je lâche le bras de Ciaran tandis qu'il ouvre la porte et la referme soigneusement derrière nous. Me collant aux murs, je marche d'un pas lent, rythme amplement suffisant pour nous deux. Soudain je m'arrête et pose une main fragile sur mon front brûlant.

Je n'arrive pas à me rappeler.

- Attends, attends cinq minutes, veux-tu ? Il faut que... que je me rappelle...

Après un long moment de silence, le chiffre apparait dans ma mémoire comme une lumière. Six ! Gauche, droite, tout droit, tout droit, droite, gauche. Je tourne aux coins des murs, me déplacant dans ce labyrinthe avec aisance. Un escalier nous apparait. Avec un peu de soutien physique de la part de mon compagnon, je monte la vingtaine de marches en pierre froide.

Une simple porte en bois se trouve en haut. Il l'ouvre et nous entrons. Tout de suite, un parfum d'encens et de canelle me monte aux narines. J'observe les décors d'un oeil rendu mélancolique par les années. C'est une sorte de salon séparé en deux par une moitié de mur aujourd'hui en morceaux. Il y a un trou dans la charpente du dessus, juste à droite dans un coin. L'aménagement est sommaire : une sorte de sofa mauve éventré, une table basse renversée, des vases brisés, quelques fleurs gisantes et des sacs à moitié vides d'épices de toutes sortes. Cette pièce sert de temps en temps comme réserve à Kalliana, l'ange déchu. De vieux rideaux pendent sur ce qui ressemble à une ancienne baie vitrée. Un balcon se trouve derrière. Solide et massif, il résistera à nos poids combinés.

Une épaisse couche de poussière recouvre tout, des toiles d'araignées sont tapies dans les coins et les endroits les plus sombres. Je remarque alors une malle qui n'était pas là la dernière fois que je suis venue, c'est-à-dire il y a environ cinq ans. Je demande à Ciaran de l'ouvrir. Dedans se trouvent toutes sortes d'affaires mélangées : des vieux morceaux de papiers froissés, quelques bijoux, des bouteilles, un sabre rouillé et des vêtements. En les inspectant de plis près, on peut voir une chemise blanche, un pantalon de cuir, des bottes, un chapeau de feutre, quelques foulards et même une large cape noire, brodée d'argent ainsi qu'un corset bleuté. Des vêtements de pirate. Une femme plus précisément.

Je ne connais qu'une seule personne ayant porté ce genre de vêtements : Tia. Mais c'était il y a plus de dix ans et elle avait renoncé à cette vie de débauche. Je vais devoir poser des questions à Eloïse...

Je me dirige ensuite vers le balcon, toujours suivie de Ciaran qui observe les lieux. L'air frais du Vent me cingle le visage. Prenant une grande bouffée, j'admire le paysage. Nous sommes arrivés plie à temps pour l'aube. L'astre étire paresseusement ses rayons mordorés, inondant Reilor. Combien de fois ai-je admiré ce paysage ? Beaucoup, impossible de le compter sur les doigts d'une main en tout cas. Ni même sur une centaine de main. Un sourire mélancolique apparait sur mes lèvres boursoufflées et je me tourne vers Ciaran.

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MessageSujet: Re: Rencontre marquante [Ciaran]   Lun 02 Jan 2012, 23:39

Le lieu dans lequel nous nous trouvions était d’une beauté mélancolique. Sous cette poussière, cachée au cœur de ce canapé éventré, dans chaque morceau des vases brisés disséminés dans la pièce se trouvait une histoire. Un salon. Un endroit où l’on avait ri et, sûrement, on avait aimé. En entrant, j’adressai un regard à Lunielle qui semblait redécouvrir cette pièce aux odeurs si douces et enchanteresses.

Dans une malle mise à l’écart de tout le reste, la présence de quelques affaires visiblement abandonnées ne m’étonna guère. Pourtant, je vis dans les yeux de la jeune elfe cette étincelle qui signifiait tant de choses. Elle en savait l’origine mais n’en parla pas. Peut-être valait-il mieux ne pas insister.

Lorsqu’enfin nous repoussâmes le rideau qui nous empêchait de voir à l’extérieur, je découvris Reilor telle que je ne l’avais jamais vue. La lumière de l’aube, ce spectre aux couleurs chaudes, donnait à la ville cette allure de peinture romantique que l’on pouvait apercevoir dans les salons bourgeois. Dans d’autres circonstances, sans doute aurais-je ri mais pas à cet instant. Le port était beau et l’horizon l’était sans doute encore plus. Le vent venu de l’océan me fouettait le visage et me rappelait à mes premiers amours, me décochant un sourire à peine retenu.

Sentant le regard de Lunielle se poser sur moi, je la regardai à mon tour en train de me sourire. Je venais de passer toute la nuit avec une parfaite inconnue qui s’était pourtant révélée être bien plus amusante que la plupart de mes fréquentations habituelles. Sans doute était-ce le fait qu’elle buvait énormément ? J’ignorais totalement la réponse et, très franchement, je m’en fichais.

« C’est un bel endroit. Vraiment. » murmurai-je en sa direction avant de lui indiquer l’horizon. « Tu vois. J’suis né ici. Dans cette ville. J’y ai grandi, j’y ai gagné et j’y ai aussi beaucoup perdu. J’y ai ri, j’y ai pleuré. J’ai tout fait, ici. Avant de te rencontrer et que tu me présentes ces souterrains, je pensais tout savoir et je maintiens que, à la surface, je connais les moindres recoins de c’foutu port. »

Me taisant quelques secondes, comme pour ne pas infliger à Lunielle une quelconque tirade de ma part, je repris ensuite :


« J’connais tout, ici. Ce que je veux savoir, c’est ce qu’il y a plus loin que l’horizon. Ce qui se cache derrière. Ce que ces foutus marins racontent avec cet air presque arrogant lorsqu’ils ramènent des marchandises venus des quatre coins du monde connu. »

Je lui adressai un nouveau regard, les yeux pleins de rêves et lui demandai :

« Avec tes copains, là. Ceux de la guilde. T’as dû en voir, du pays. Raconte-moi, allez. »

Alors qu’elle n’avait encore rien dit, mes yeux ne quittaient plus sa direction. En coin, un sourire se dessinait déjà.
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MessageSujet: Re: Rencontre marquante [Ciaran]   Sam 07 Jan 2012, 23:34

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« C’est un bel endroit. Vraiment. Tu vois. J’suis né ici. Dans cette ville. J’y ai grandi, j’y ai gagné et j’y ai aussi beaucoup perdu. J’y ai ri, j’y ai pleuré. J’ai tout fait, ici. Avant de te rencontrer et que tu me présentes ces souterrains, je pensais tout savoir et je maintiens que, à la surface, je connais les moindres recoins de c’foutu port. J’connais tout, ici. Ce que je veux savoir, c’est ce qu’il y a plus loin que l’horizon. Ce qui se cache derrière. Ce que ces foutus marins racontent avec cet air presque arrogant lorsqu’ils ramènent des marchandises venus des quatre coins du monde connu. Avec tes copains, là. Ceux de la guilde. T’as dû en voir, du pays. Raconte-moi, allez. »

Mon sourire s'élargit. Si seulement il savait combien de choses je pouvais lui raconter !

- Mes aventures s'étalent sur des dizaines d'années, les elfes sont immortels. Mais comme toute personne normale, j'ai connu des moments de calme et d'autres de tempêtes. Il me faudrait une vie entière pour tout te raconter dans les moindres détails et encore ! Je ne connais rien de ton propre passé, ni de la vie que tu menait jusqu'à maintenant mais tu as sûrement dû en voir de toutes les couleurs. Le récit de ma vie, et même s'il n'est pas encore achevé, si tu y tiens vraiment, je vais te le raconter. Mais je veux que tu fasse la même chose en retour.

Voyant qu'il asquiessait en silence, un air intéressé peint sur le visage, je m'approchais encore et m'accoudais à la rambarde cendrée du balcon. Les rayons chaleureux du soleil se mirent à caresser mes paupières, jouant sur ma peau comme une miriade de fées minuscules. Quelques oiseaux aux couleurs chatoyantes se mirent à produire de douces trilles mélodieuses qui montèrent dans l'air frais du petit matin, nous plongeant dans une atmosphère enchantée.

- Comme la plupart de mes congénères, j'ai vu le jour sur Rosyel, une île pas très éloignée mais pas toute proche non plus. Dans le petit village de Jennelden plus précisement. Comme tous les enfants, j'ai passé mon enfance à courir dans la forêt, pistant les animaux sauvages, jouant bêtement, pure innocence. Je vivais avec Tinuldor, le vieux débris que je n'ai jamais accepté mais qui est mon grand-père. Mes parents ont été assassinés par une démone quand j'étais pas plus haute que trois pommes. Cet elfe me battait quand je fuguais et je le faisais tout le temps, ne le supportant pas, redoutant de rentrer à la maison. Puis un jour je suis parti et j'ai découvert, par-ci par-là, comment utiliser la magie notamment en fréquantant une école pendant un certain temps.

Je fis une pause, lui laissant le temps de digérer toutes ces informations.

- Puis je suis venu à Lan Rei. J'y ai passé beaucoup de temps, voyageant sur ces terres en long, en large et en travers, admirant tout ce qui était à voir, imprimant les paysages multiples dans mon esprit. Ce pays m'enchantait, j'étais absolument fascinée par les êtres humains, si différents des elfes et pourtant possédant des buts communs. C'est à ce moment-là que j'ai rencontré toutes les personnes qui étaient dans la guilde et bientôt, celle-ci s'est crée. Tu connais déjà son histoire. J'ai aussi vu un bout de Ghurol, tenté aussi de traverser la chaîne de montagnes pour rallier Lan Rei Ouest mais j'ai failli me faire massacrer par les géants donc j'ai vite abandonné. Peut-être que je réussirais aujourd'hui...

Un moment dde silence s'ensuivit, puis je poursuivis brièvement :

- C'est alors que Draren...

Je me tus, la gorge serrée, soudain, incapable de prononcer le moindre mot, de formuler une pensée cohérente. Une vague de souvenirs m'asseillit, plongeant le balcon dans un silence profond, seulement intérompu par les chants des oiseaux du matin. Quelques minutes passèrent avant que je me reprenne et émerge totalement de cette marée mélancolique. Si Ciaran avait, parlé, je ne l'avais pas écouté. Parler de cette partie-là de mon histoire m'était difficile mais je savais très bien que ma langue allait se délier si seulement il insistait un peu. D'une voix faible, je demandais soudain :

- Ciaran, est-ce que tu as déjà eu des enfants ?

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MessageSujet: Re: Rencontre marquante [Ciaran]   Ven 13 Jan 2012, 03:22

- Ciaran, est-ce que tu as déjà eu des enfants ?

Jusqu’alors, j’avais écouté Lunielle avec la plus grande attention. Ses récits étaient intéressants et avoir face à moi quelqu’un ayant vécu tant de choses était à la fois une fierté et un honneur. Lorsqu’elle évoqua l’idée de tenter d’atteindre Lan-Rei Ouest, ma curiosité grimpait soudain d’un niveau –pourtant déjà très élevée- en imaginant ce qui pouvait bien se trouver derrière ces montagnes impénétrables. Peut-être un jour aurais-je l’occasion de lever le voile sur ce mystère ? Découvrir l’inconnu.

Pourtant, alors que je pensais que ces récits dureraient des heures –ce qui n’était pas pour me déplaire, loin de là-, la jeune elfe cessa son récit en me posant cette question qui, bien loin d’être indiscrète, était inattendu. Je devinai pourtant derrière cette interrogation quelque chose de profond, une sorte de regret ou une histoire triste à raconter. Quelque chose qu’elle n’avait peut-être tout simplement pas envie de raconter ou que, par mes questions, je venais de faire resurgir.

Tentant de cacher ma gêne à cette idée, je lui répondis sans hésitation :

« Non. Je n’en ai jamais eu… Si j’ai déjà songé, mais je… comment dire… j’ai jamais trouvé la bonne personne. Tu comprends ? »

Quelle question idiote. Comme elle ne me répondait pas, sans doute perdue dans ses songes, je lui adressai un regard puis la bousculai légèrement pour avoir son attention avant de raconter mon récit.

« Avant de commencer à raconter des choses aussi ennuyeuses que les misérables aventures d’un humain né ici et jamais parti ailleurs, je tenais simplement à te préciser que tu peux me couper quand tu t’ennuies ou quand tu sens que le sommeil te guette. »

Lui adressant un sourire amusé, espérant la faire revenir vers des pensées plus gaies, je poursuivis :

« Je suis né il y a 26 ans dans les campagnes de Lan-Rei Est. Pour tout te dire, et parce que je ne suis pas complexé par cette idée, ma mère s’était éprise d’un homme riche mais marié et qui, comprenant soudainement les responsabilités auxquels il s’exposait en devenant mon père, prit peur quelques mois avant que ma mère n’accouche. Loin d’être idiote, elle promit de conserver le silence sur le lien de parenté que j’entretiens avec lui –j’ignore d’ailleurs le nom de mon père- en échange de quoi elle reçut une ferme à quelques lieues de Reilor. Le travail était difficile parcequ’elle était seule et que j’étais trop jeune pour l’aider –et sans doute trop ingrat lorsque j’arrivai à l’adolescence- mais la vie était belle. Lorsqu’elle est morte, j’avais 19 ans et j’ai hérité de la ferme. Je l’ai vendue et je me suis acheté une petite maison en ville. Depuis, je vis sur mes économies. »

Bien conscient que tout cela n’avait rien d’extraordinaire, je me refusai pourtant à exposer certains détails embarrassants de mon existence, notamment la romance qui me lia pendant de nombreux mois à une jeune fille qu’on découvrit un jour pendue en haut d’un mât. Ca n’était sans doute pas le moment de parler de ce genre de choses et, même si Lunielle était une personne agréable et sympathique, il m’était toujours difficile de parler d’Alannah au passé. Sans doute était-ce car je rêvais toujours de la revoir ?

Le soleil était maintenant presque entièrement visible. Il ressemblait désormais à un gros ballon lumineux qui flottait sur l’eau. La température avait augmentée de quelques degrés et, pour ma part, j’étais à l’aise sur ce vieux balcon où le vent tiède venait fouetter mon visage. Pourtant, le soleil levant marquait la fin d’une nuit qui resterait sans doute gravée dans ma mémoire. Tant de choses étaient arrivées. Tant de rencontres. Tant d’émotions. L’étoile chaude, pourtant si belle, portait avec elle cette triste fin. Rien ne me forçait à quitter Lunielle mais, au fond de moi, je sentais bien que ce moment ne tarderait plus, qu’il fallait y mettre un terme afin qu’il ne reste que le meilleur de cette soirée dans nos esprits.

Un brin de regret dans la voix, j’annonçai donc :

« Il va falloir que je parte, bientôt. Cette petite maison me manque. »

Sourire aux lèvres, je guettai au loin l’emplacement de mon habitation et la lui désignait de l’index.

« Si, un jour où tu t’ennuies, tu veux venir me rendre visite, c’est dans ce coin-là. Tu reconnaitras facilement, je me suis amusé à exposer toutes sortes de choppes sur l’appui de fenêtre. »




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MessageSujet: Re: Rencontre marquante [Ciaran]   Dim 15 Jan 2012, 18:30

Le récit de Ciaran était en tous points intéressant. Ma question indiscrète et étrange l'avait désarçonné pourtant il avait répondu avec sincérité, exactement ce que j'attendais. Je sentais pourtant qu'il ne m'avait raconté qu'une petite partie de son histoire, j'avais exactement fait la même chose. Le passé est une chose parfois difficile à faire revivre.

Je réussis tout de même à apprendre pas mal de choses, me permettant ainsi de comprendre un peu mieux cet être qui m'avait tenu compagnie le temps d'une Nuit inoubliable.

Il ma parla alors de sa maison, me montra du doigts son emplacement. Je notais cette information dans un coin de ma tête.

« Si, un jour où tu t’ennuies, tu veux venir me rendre visite, c’est dans ce coin-là. Tu reconnaitras facilement, je me suis amusé à exposer toutes sortes de choppes sur l’appui de fenêtre. »

J'eus un pâle sourire.

- Je savais que tu n'allais pas tarder à me quitter. De toute façon, il est bientôt l'heure pour moi aussi...

Je me tus et me tournais vers l'horizon qui s'illuminait de plus en plus. Je n'ai jamais été très douée pour les adieux...

Non ! Ce n'est pas un adieu !

Je me retournais alors vers lui, une flamme farouche allumée dans le regard.

- Les rencontres sont toujours éphémères mais ce qui les suit ne l'est jamais. Nos chemins se séparent aujourd'hui mais je suis certaine que nous nous reverrons un jour ! Peut-être dans une autre contrée, en mer ou dans les cieux, peut m'importe, nous nous reverrons !

J'avais pas mal de choses à faire. Notamment retrouver Laralen, questionner Ëloise sur sa soeur Tia, mettre une raclée à Réli, découvrir ce qu'il est arrivé à Ibéreth, etc... C'était la dernière option qui me préoccupait le plus, ma cousine n'étant pas du genre à laisser son fiancé sans nouvelles pendant plus de six mois...

Je regardais une dernière fois le visage chaleureux de Ciaran. Quelque chose m'hurlais que mon destin serait lié à cette personne d'une façon ou d'une autre. À moi maintenant de découvrir laquelle.

Avant de fouiller Reilor de fond en comble pour la énième fois et de détruire quelques tavernes au passage, je devais récupérer mes affaires, mon arc notamment, le pauvre devait s'impatienter.

Mais avant il me faut un bon bain frais ! Rien de mieux qu'un petit plongeon dans le port. Cela me permettra au passage d'admirer les navires et de chercher Laralen si elle choisit ce moyen de locomotion.

Comme on dit : "Après une chute de cheval, il faut toujours se remettre en selle !" Alors après cette excellente bagarre, il me faut du mouvement. Sans un regard en arrière je sautais du balcon et atterris souplement quelques mètres plus bas. C'est bon, je commence à récupérer mes forces, tout va bien.

Voyant Ciaran penché par-dessus le balcon, je lui criais :

- Nous nous reverrons, crois-moi ! Tâche de ne pas mourir d'ici là, ça m'énerverais vraiment de devoir en coller une à ton fantôme !

Puis je me dirigeais vers le port. Après tout, je pourrais toujours venir chercher mes affaires après et puis, mes compagnons de Lodola ne sont pas prêts de bouger...


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MessageSujet: Re: Rencontre marquante [Ciaran]   Lun 27 Fév 2012, 12:58

Les rencontres sont toujours éphémères mais ce qui les suit ne l'est jamais. Nos chemins se séparent aujourd'hui mais je suis certaine que nous nous reverrons un jour ! Peut-être dans une autre contrée, en mer ou dans les cieux, peut m'importe, nous nous reverrons !

J'esquissai un sourire à ces mots, heureux d'envisager la possibilité d'un jour la retrouver. Dans quelques jours ? Dans quelques semaines ? Quelques années, qui sait ? J'avais moi-aussi cette impression que ce n'était qu'un au revoir, pas un adieu.

Traversant les nombreux tunnels pour finalement rejoindre la sortie après avoir salué les compagnons de beuverie de toutes races rencontrés cette nuit, je visualisais tous les événements de cette soirée. La découverte dans le bar, la bagarre fraternelle, les confidences et confessions. Tous mes souvenirs semblaient étrangement lointain, tant les émotions avaient été fortes et successives.

Il était temps pour moi de retourner à ma vie d'avant. Cette errance permanente, mêlée d'alcool, de jeux d'argent, de rires et de pleurs. Je méprisais cette vie tout en l'appréciant. Elle était une sorte d'équilibre, un point de repère dans l'obscurité de mes songes. Un phare mouvant, qui me permettait de ne pas perdre pied alors qu'aucune de mes fondations n'étaient stables.

En sortant des tunnels, je repensais aux mots de Lunielle lorsque je la regardais partir. Je ne comptais pas mourir, non. Quel gâchis ce serait que de ne pas la revoir avant ma mort !

Les mains dans les poches, progressant dans les ruelles de Reilor éclairées par le soleil levant, je retrouvais mon monde. Cet empire que j'avais abandonné quelques heures auparavant et qui n'avait pas bougé avant mon retour. Je croisais des amis, échangeai des sourires et quelques plaisanteries avant de continuer vers chez moi.

En arrivant, je me pressai de disposer sur le rebord de la fenêtre quelques choppes vides. Au cas où... !


__________
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