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"Homme libre, toujours tu chériras la mer !"
"La mer enseigne aux marins des rêves que les ports assassinent."
"La sagesse, c'est d'avoir des rêves suffisamment grands pour ne pas les perdre de vue lorsqu'on les poursuit."
"Il est des moments où les rêves les plus fous semblent réalisables à condition d'oser les tenter."
"Le voyage est une suite de disparitions irréparables."
"Nous sommes de l'étoffe dont sont faits les rêves, et notre petite vie est entourée de sommeil."
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"Il n’est pas de vent favorable, pour celui qui ne sait pas où il va…"
"Il y a trois sortes d'hommes : les Vivants, les Morts, et ceux qui vont sur la Mer."

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 Une nuit, au Renard

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*Humain*

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*Humain*

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MessageSujet: Une nuit, au Renard   Jeu 01 Sep 2011, 23:16

La ville de Reilor était connue pour présenter deux visages. Le premier était celui de la plus grande ville commerciale humaine, ou de nombreuses espèces se côtoyaient dans une saine effervescence, chacun cherchant tant bien que mal à trouver le bonheur sans hésiter à détruire celui des autres dans sa quête. Le second, celui que j’appréciais le plus, c’était cette gigantesque fête nocturne qui animait le port quand les moralistes roupillaient sur leurs oreillers remplis de bonne conscience et de vertu. Mon oreiller, lui, était bien loin d’être plein. Etait-il seulement rempli d’autre chose que de la fatigue accumulée par une nuit passée à boire, à rire et à chanter lorsqu’après l’aube, j’allais me coucher ? Ça n’avait pas d’importance, car lorsque les ténèbres tombaient sur la ville, lorsque la Lune redevenait notre reine, elle nous offrait l’éternité.

Nous étions éternels.

Le Renard était une maison de jeux réputée pour les combats épiques qui se déroulaient à son entrée et, aujourd’hui, le duel opposait un type nommé Blake –aussi connu sous le nom du Moucheron- contre l’habituel Edward dit « le Belliqueux ». Comme son surnom l’indiquait, le Moucheron n’avait rien pour lui. Il était petit, laid et, en plus, complètement abruti par les litres d’alcool qu’il avait lui-même ingéré mais que, d’après la légende, sa mère avait aussi consommé pendant sa grossesse. Autant dire que notre bon ami ci-présent était une sorte de mascotte par chez-nous. Certains avaient des furets, des castors, des lapins ou des loups pendant que, nous, nous avions notre moucheron Blake, le plus laid mais aussi le plus mauvais perdant de tous les moucherons de la ville !

Edward avait gagné son surnom suite aux nombreuses bagarres qu’il déclenchait dans le tripot. Tout le monde savait très bien que ce gars était un tricheur doublé d’un menteur mais c’était typiquement le genre de vérités que l’on feignait d’ignorer pour ne pas avoir affaire à lui. Deux mètres de haut pour cent-vingt kilos de muscles. Une mâchoire puissante, carnassière et un cou aussi massif qu’un tronc d’arbre. Si la mère de Blake était une ivrogne, celle d’Edward pouvait au moins se vanter d’avoir mise au monde un beau bébé ! Un beau bébé abruti, je le concédais secrètement, mais à qui on ne cherchait pas d’ennui !

Tous les clients de la maison de jeux se trouvaient donc devant la façade du Renard. Appuyé sur celle-ci, observant les deux hommes titubant face à face, j’avais l’océan et quelques bateaux dans mon champ de vision. La lune éclairait l’eau sombre des docks jusqu’à l’horizon. L'air était chaud et lourd mais le vent frais des mers me fouettait le visage, éveillant quelque peu mon esprit embrumé par le litre d’hydromel que j'avais ingéré. Quelle heure était-il ? Je n’en avais aucune idée précise, mais à en juger par l’unique pièce qu'il me restait dans mes poches, j’avais déjà trop consommé pour qu’il ne soit que deux heures du matin.

« Bougez-vous le cul, bon sang !
- Allez le Moucheron, bats-toi ! »

Bras croisés, je scrutai les deux adversaires passifs se combattre du regard. Les grands yeux globuleux de Blake semblaient tenter d’hypnotiser Edward, pendant que ce dernier fronçait les sourcils en espérant intimider celui qui l’avait accusé d’être un tricheur.

Le conflit avait débuté alors qu’ils jouaient une partie de cartes. Le Belliqueux sortit un joker et le Moucheron, qui n’aimait vraiment pas perdre, se permit de lui jeter tout le paquet de cartes dans la figure en hurlant que, dans un jeu de 54 cartes, y’en avait pas 55. Logique, quelque part, mais la logique ne valait rien face à la force.

Deux secondes. C’était exactement le temps qu’avait mis Edward pour jeter Blake et sa logique dans l’eau des docks, là où toutes les immondices dont on se débarrassait dans l’océan venaient s’échouer. Le Belliqueux avait gagné son combat par K.O et déjà certains râlaient de n'avoir pas vu un vrai combat en plus de perdre leur argent.

Personne n’aida le moucheron à remonter, même pas moi.

Je rentrai avec les autres dans le tripot. En passant le seuil, de forts relents d’alcool et de sueur me titillèrent les narines. Respirer l’air frais du dehors me faisait prendre conscience de la puanteur dans laquelle je vagabondais chaque soir. Pourquoi fallait-il nécessairement que les endroits où l’on s’amusait le plus puent ? Quel gâchis.

Le tripot était, dans sa disposition, similaire à tous les établissements pratiquant le même type de service. Le comptoir derrière lequel travaillait une jeune et jolie jeune femme se trouvait à droite de la porte d’entrée et face à lui étaient disposées différentes tables de jeux, une par type de jeu. Les tables comme les tabourets étaient en bois. Quel arbre ? J’en avais aucune idée. C’était du bois, quoi, comme toute la bâtisse. Le plancher, le plafond, les poutres dans les murs, le comptoir aussi, tout était fait de ce matériau. Les gens, quant à eux, n’étaient pas en bois –quoi que leur gueule le serait demain- mais bien de chair, d’os et de toutes races. Tout du moins, toutes celles qui voulaient boire et jouer étaient représentées... Quoi ? Bon, d’accord, y’avait que des humains !

Je pris place à la table à laquelle je me trouvais avant que le combat ne commence. Le bras de fer. Mon adversaire était un homme de la même carrure que moi nommé Tarek, aussi appelé « Grande Gueule » car il avait pour habitude de réciter des alexandrins pendant qu’il jouait. Autant dire que sa grande gueule avait souvent fini dans l’eau du port, mais ça ne l’avait pas convaincu à l’écraser pour autant. Sans rire, ce type était un vrai cinglé qui passait son temps au bras de fer à parier tout et n’importe quoi. Certains racontaient qu’il avait parié sa femme à un marchand itinérant et que, l’ayant perdue, il avait parié sa fille pour la récupérer. Il avait finalement perdu tout le monde, et c’était bien fait pour lui –pas pour la mère et sa fille qui servaient sûrement d’esclaves pendant qu’ils continuaient à tout parier, mais ça c'était une autre histoire. Aujourd’hui, il avait parié qu’il se raserait la tête pendant que j’avais parié ma paire de chaussettes. On était tous déjà sans un sou, mais la frénésie du jeu nous poussait à continuer.

Je lui tendis ma main droite et il me tendit sa main gauche, sourire aux lèvres. On tira au sort pour savoir de quelle main nous allions jouer, et je perdis. Je jurai puis tendis ma main gauche pour rejoindre la sienne. Je serrai fort pour l’intimider, il fit de même. Son sourire auquel il manquait les quatre incisives –aussi perdues au jeu- donnait l’impression qu’il avait cinquante ans alors qu’il devait en avoir tout juste trente. Je ressentis un peu de peine pour lui mais me ressaisis bien vite lorsqu’il inspira longuement avant de faire pression sur ma main en commençant à hurler :

« Et lorsqu’il prit son épée et vint au combat,
Ils lui dirent tous qu’il ne faisait pas le poids,
Mais il ne craignait rien, courageux soldat… »

Les gens autour de la table se mirent à hurler toutes sortes d’encouragements plus ou moins étranges. J’entendis le classique « Concentre-toi, allez ! » mais aussi le plus original « Bon sang mais tu vois pas que tu te fais massacrer, sale puceau ! » pour finir par un « Bouge-toi le cul ! J’ai parié sur toi ! ». Autant dire que la pression était énorme, pour lui comme pour moi.

« Sur ce champ de bataille où tout était poussière,
Ce jeune soldat fit face à ses adversaires… »

Je commençai à sentir les battements de mon cœur dans mon avant-bras gonflé par l’effort. Mon visage rougissait un peu plus chaque seconde, et je ne pus m’empêcher d’expirer et d’inspirer plus intensément, comme si mes poumons –quels idiots, ces poumons- pensaient que l’air suffirait à me faire gagner ce combat. Mais il progressait et moi je luttais en vain.

Il y a quelques années, j’avais signé une sorte de pétition dont l’idée était d’empêcher les gauchers de pratiquer des bras de fer contre les droitiers autrement qu’avec la main droite. A l’époque, certaines personnes semblaient perplexes. J’aurai dû leur présenter Grande Gueule et sa main gauche, ça les aurait sûrement fait réfléchir.

Au bout de dix minutes de combat acharné et de récital, il réussit à me battre et nos supporters respectifs se mirent à hurler de joie pour certains, de colère pour d’autres. Pour ma part, j’avais déjà perdu mes bottes et c’est sans aucune peine que je lui jetai mes chaussettes au visage avant de quitter cette table pour me rendre au comptoir. Ma main était rouge et engourdie, et je la secouai quelques instants en serrant les doigts pour que la douleur parte. Je ne supportais pas de perdre, et me faire battre de cette façon m’énervait tellement que je me retenais de l’emmener régler ça à l’extérieur. De toute façon, c’était une fausse patte et dans un combat à mains nues, il gagnerait aussi. Je pris sur moi et commandai une choppe d’hydromel à la jeune fille du comptoir en lui tendant la dernière pièce que je possédai encore.

Pieds nus assis sur un tabouret, simplement habillé d’une chemise en tissu blanc et de braies noires, je contemplais le contenu de ma choppe avec lenteur et envie. Le soleil se lèverait dans quelques heures, et j’étais déjà presque à poil.

« Vivement l’hiver… ! » murmurai-je avant de boire cul-sec ma choppe, de la claquer violemment sur le comptoir et de me rendre à une autre table.
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MessageSujet: Re: Une nuit, au Renard   Sam 03 Sep 2011, 17:45


♪Un jour ou l'autre, nous la retrouverons,
Un jour ou l'autre, nous la punirons,
Nous lui couperons la langue,
Sa langue bien trop bavarde,
Nous lui arracherons les yeux,
Ses yeux cesseront de le contempler,
Un jour ou l'autre, nous le récupérerons,
Un jour ou l’autre, ensemble, nous régnerons. ♫


~~~~~~~~~~

Un bruit sourd se fait entendre, quelqu’un ose nous déranger en pleine écriture ! Vite, se lever, vite, punir l’infâme qui ose nous déranger, et vite retourner écrire de jolies poésies pour la future défunte Norui.

Finalement, ce n’est qu’un matelot qui nous informe que le port de Reilor est en vue. Voilà une bonne nouvelle. Par contre, le Mary Céleste ne semble pas y être amarré. Arf, fichue tempête ! Sans elle nous serions sans doute arrivées à temps et nous aurions pu avoir une entrevue avec notre bien-aimé. Ensuite nous aurions fêté dignement nos retrouvailles en vidant quelques bouteilles de rhum et en dansant autour d’un totem auquel nous aurions ficelé la petite peste de Norui.

Et dire que nous nous faisions une telle fête ! Tout cela tombe à l’eau. Il va nous falloir quelques jours pour retrouver sa trace et quelques jours supplémentaires pour le rejoindre. Tout est à refaire ! Mais cette sale gamine ne perd rien pour attendre. Elle nous l’a volé, notre précieux démon, elle nous l’a changé, elle l’a contaminé et elle en est fière.

Nous déchirons la feuille de papier, cette ébauche de chanson était stupide de toute façon. Nous sortons sur le pont, notre violon à la main. Notre bel équipage travaille dur, et les cotes de Reilor se dessinent devant nous. La nuit est tombée depuis un moment déjà. Nous annonçons à notre équipage que nous allons passer la nuit ici et que nous repartirons demain peu après midi. Objectif, s’amuser toute la nuit et faire le plein de provisions, munition et boissons demain matin.

Hilarité générale sur le pont, tout le monde nous aime. Nous leur jouons un court morceau de violon avant de disparaitre à nouveau dans notre cabine. Ce soir nous devons nous faire belles. Enfin, ce n’est pas une chose très compliquée, nous sommes magnifiques au naturel. Mais là, nous devons nous sublimer, nous ne sommes pas n’importe qui. Crystella de Corvinet, Officier de la deuxième division de Dante. Capitaine de La Diligente. Oui, nous vous l’accordons, c’est un eu long. Mais notre surnom est souvent employé. La reine de cœur, voilà comment la plupart des gens nous nomment. C’est mignon vous ne trouvez-pas ?

Une large robe blanche avec quelques cœurs rouges et noirs brodés, un joli décolleté, une paire de gantelets lacés en soie, de hautes bottines en cuir vernis, voilà pour ma tenue. Un cœur magnifique au coin de l’œil, des lèvres d’un rouge infernal, des yeux de biches pour accentuer notre regard. Voilà pour le maquillage. Nos longs cheveux rouges tombent allègrement sur nos épaules. Quelques petits coups de brosse et le tour est joué. Nous voilà très élégantes et un brin rebelles. Nous sommes encore une fois, parfaites !

Nous descendons de la barque et posons enfin un pied sur la terre ferme. L’équipage se disperse, chacun va s’occuper comme il veut. Un petit attroupement semble s’être formé devant un bar miteux, non, pas vraiment un bar, plutôt un club privé ou quelque chose dans le genre. Sans doute le genre d’endroit l’on entend des rires gras, où l’on renifle de la sueur et où l’on prend divers paris. Pedro doit se trouver dans le coin. Il saura sans doute depuis combien de temps est parti mon cher Dante.

Nous pénétrons dans le bar en même temps que les autres hommes, juste après avoir vu un homme finir dans la baie. Drôle de distraction. L’intérieur de cet établissement est très…très…minable. Petit tour d’observation, les rires gras, la sueur, et les parieurs sont bien là. Nous jetons quelques coups d’œil ici et là, pas de Pedro. Décidément, nous allons finir par croire que les gens nous fuient !

Nous allons jusqu’au bar, enfin, ce qui ressemble à un bar, et nous commandons un whisky bien tassé. La jolie serveuse me sert et nous vidons le verre ‘un trait. Nous nous éloignons et observons les divers paris. Une table nous interpelle. Deux hommes se tiennent par la main et semblent avoir pour but ultime de faire toucher la main de l’autre sur table. Quel intérêt ? Nous ne comprenons pas. Mais apparemment cela a l’air sérieux. Une bonne bagarre ne serait pas plus simple ? Ou alors, que l’on mette du verre pilé ou des objets tranchants sur la table. Là, au final il ne se passera pas grand-chose une fois que le plus fort des deux aura gagné. De plus, l’un des deux doit être avantagé non ? Il ne semble pas y avoir d’équilibre entre les gauchers et les droitiers. Tout cela est très étrange.

Nous observons le duel et au bout de quelques minutes, l’un d’eux fini fatalement pas perdre. Il semble énervé, épuisé et il donne ses chaussettes à l’autre en signe de soumission. Quoi ?! Tout ça pour une paire de chaussettes ? Quel jeu ridicule !

Bon, finalement il est temps de retourner au bar, cet endroit semble dénué d’intérêt, mis à part le bar et les boissons que l’on y trouve. Nous allons sans doute discuter avec la serveuse , à moins que l’on ne nous propose à nous aussi de faire un pari stupide pour gagner des chaussettes… Justement, regardez donc qui débarque ! L’homme sans chaussettes ni chaussures ! Il s’installe non loin de nous –sans nous porter un seul regard, quel malpoli !- commande un verre, et le siffle d’un trait après avoir murmuré quelques paroles. Ah, voila au moins quelqu’un qui sait boire !

Mais il se lève déjà, toujours sans nous regarder ! Hors de question. Il faut que nous comprenions le but ultime de ce jeu. Vite, réfléchissons, quelque chose à dire pour capter son attention. Ah, voilà, parfait, c’est parti !


« Croyez-vous que l’hiver vous sera plus favorable ? »

Notre magnifique timbre de voix ainsi que notre petite réplique l’ont stoppé net dans sa course. Il semblait vouloir se diriger vers une autre table –sans doute pour y perdre sa chemise- mais finalement il se ravise et nous dévisage.

« Nous n’avons sans doute pas bien compris les règles de ce jeu, mais de prime abord, nous dirions que vous n’excellez pas vraiment dans cette discipline. Un peu d’aide peut-être ? »

Nous agrémentons la fin de la phrase par un large sourire et invitons notre homme sans chaussettes à se réinstaller sur le petit tabouret de bois. Nous n’attendons pas qu’il nous réponde et commandons immédiatement une bouteille de whisky en déposant quelques pièces d’or sur le comptoir.

« Pourriez-vous boire avec nous quelques instants et nous apprendre les rudiments de cet étrange jeu ? »

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MessageSujet: Re: Une nuit, au Renard   Dim 04 Sep 2011, 01:45

« Croyez-vous que l’hiver vous sera plus favorable ? »

Je m’immobilisai quelques instants en entendant la voix d’une femme derrière moi. Sans me retourner, je devinai qu’elle se trouvait au comptoir, tout près de là où j'étais assis un peu plus tôt pour avaler un peu d’hydromel avant de repartir parier et perdre.

Loin d’être intimidé -j’avais l’habitude de faire des rencontres au Renard-, j’étais en fait plutôt surpris d’entendre une voix féminine et suave dans un lieu pareil. Nous comptions quelques femmes dans nos rangs mais la plupart d’entre elles étaient de redoutables adversaires au bras de fer, sans compter que certaines étaient plus poilues que la plupart d’entre nous. En fait, rien que la voix de celle qui venait de m’interpeller me décrocha un sourire idiot sur le visage.

Non, je n’étais pas sous le charme. Pas pour si peu.

J’effaçai rapidement cette expression de contentement de mon visage pour la remplacer par un air un peu plus solennel puis me retournai vers l’intéressée. La surprise fut immense.

La femme, la jeune femme que j’avais sous les yeux était d’une beauté surprenante. Vêtue d’une robe blanche et décorée de nombreux cœurs rouges, je devinai rapidement qu’elle appréciait cette couleur en remarquant la couleur écarlate de ses cheveux et de ses lèvres. Sous son œil droit était dessiné un cœur identique à ceux sur sa robe et j’en conclus que ce motif l’inspirait sûrement tout autant que cette teinte qu’elle arborait fièrement. L’espace d’une seconde, je restai face à elle à l’admirer tout en tentant de faire le clair dans mon esprit. Généralement sous le charme des beautés discrètes, je fus bien forcé de constater que cette demoiselle était des plus appréciables. Je passai encore quelques secondes de plus à la scruter de haut en bas puis en sens inverse et me rappelai soudain qu’elle me demandait quelque chose. A quel sujet ? Je l’avais complètement oublié. Les vapeurs d’hydromel créaient un brouillard épais dans mon esprit au sein duquel toutes mes idées s’entrechoquaient sans qu’aucune ne réussisse vraiment à émerger.

Elle prit finalement la parole et me demanda si je n’avais pas besoin d’aide ou de conseils pour gagner au bras de fer. Trop ivre pour me sentir piqué dans mon orgueil, je lui décrochai un sourire amical avant de prendre place à côté d’elle comme elle m’y invitait. Une fois à proximité, un parfum des plus raffinés me vint aux narines et m’envoya à des kilomètres de la puanteur dans laquelle je vagabondais depuis le coucher du soleil, ce qui rendit sa présence encore plus agréable.

« Pourriez-vous boire avec nous quelques instants et nous apprendre les rudiments de cet étrange jeu ? me demanda-t-elle alors que la serveuse nous servait à chacun deux verres à whisky accompagnés d’une bouteille de la même boisson.
- Ah ! Si vous me prenez par les sentiments… » lui répondis-je, sourire aux lèvres.

J’ouvris la bouteille devant moi et pris soin de la servir la première. Je reposai celle-ci puis adressai un regard vers la table où se trouvait encore « Grande Gueule » qui jouait avec mes chaussettes comme des marionnettes. Alors que j'aurai pu me sentir vexé de voir ainsi mes sous-vêtements malmenés par un abruti, je me réjouissais au contraire de ne pas en avoir changé depuis trois jours.

Je me retournai vers la douce compagnie qui siégeait à mes côtés en prenant un air d’instituteur.

« La fameuse discipline que vous avez vu, ça s’appelle le bras de fer. Les règles sont assez simples, en fait, les concurrents sont assis et s’empoignent chacun le poignet dans le but de forcer sur celui-ci pour amener la main de son adversaire à se coucher contre la table. L’idée, c’est de savoir lequel des deux est le plus fort. »

Je réalisai soudain à quel point expliquer les règles d’un jeu simple était étrangement compliqué.

« Ah oui, et une chose : Le coude. Le coude doit bien rester au contact de la table. »

Je regardai quelques instants derrière-moi et lui indiquai du doigt chacune des disciplines exercées dans le tripot. Le poker, les dominos, un jeu de dé dont j’ignorais les règles et, le plus intéressant de tous, le jeu du couteau.

« L’idée, c’est de placer votre main gauche ou droite selon votre préférence à plat contre la table, les doigts bien écartés et, de l’autre main, vous saisissez un couteau et vous devez frapper avec la pointe du couteau entre les écarts de vos doigts le plus rapidement possible. Vous gagnez si vous ne vous coupez pas un doigt. »

En même temps que je lui donnais les quelques explications sur ce jeu, je simulais les mouvements sur le comptoir pour lui permettre de mieux cerner son fonctionnement. Je la regardai en espérant qu’elle comprenne bien ce que je cherchais à lui expliquer puis précisai :

« Mais ici, vous êtes dans un tripot. Une maison de jeux. Le gagnant d’un de ces jeux gagne autre chose que simplement le plaisir de gagner : de l’argent ou autre chose. »

L’air un peu penaud, je ne pus m’empêcher de lui indiquer mes pieds nus en lui avouant que c’était une conséquence de ma malchance de ce soir. Quelques secondes de silence s’écoulèrent et je scrutai ma voisine religieusement en tentant de ne pas paraître trop insistant. Charmante, c’était le mot. Pourtant, ses grands yeux verts me donnèrent des frissons dans l’échine. Quelque chose chez elle m’attirait tout en me repoussant, m’effrayait tout en attisant ma curiosité. J’adorais ça.

Je me penchai un peu plus vers elle comme pour lui annoncer un secret et lui dit :

« Mais dites-moi… Vous venez d’où pour ignorer les règles d’un jeu pareil ? D’Aïklando ? »

Avant même qu’elle ne réponde, j’éloignai mon visage du sien et saisis mon verre de whisky en le tendant vers elle pour l’inviter à trinquer. A quoi ? Tout ce qu'elle voulait. Mais non, je n'étais pas sous le charme. Pas pour si peu.
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MessageSujet: Re: Une nuit, au Renard   Jeu 08 Sep 2011, 13:43


Comme toujours nous avons réussi. Nous avons capté l’attention de notre auditoire. Ici, il s’agit de cet homme visiblement malchanceux, ou mauvais aux jeux. Nous avons d’abord cru qu’ils ne nous avaient pas remarquées, mais finalement, comme tout être vivant sur cette planète, il n’a pu se résoudre, il n’a pas eu d’autre choix que d’être captivé par notre sublimissime personne. Nous sommes heureuses. C’est un réel plaisir d’être observées de la sorte.

Nous l’écoutons, sans l’interrompre, il nous explique les rudiments de ces étranges jeux. Les gains n’ont pas l’air bien intéressant, tout semble dépendre de la richesse des participants. Et d’après ce que nous pouvons observer dans ce lieu, les participants ne roulent pas sur l’or. Pas étonnant, s’ils passent leurs temps à jouer le peu qu’ils ont. Les humains sont de drôles de personnages parfois. Mais bon, c’est cela qui les rend si intéressants.

Alors qu’il nous explique en détail un autre jeu passionnant, une histoire de couteau qui passe entre les doigts, nous l’observons, il a une sale mine, mais une belle gueule tout de même. Dans de meilleures conditions, mieux vêtu, mangeant sans doute à sa faim, et ne vidant pas des bouteilles d’alcool comme l’on vide un verre de lait, il serait bien plus présentable. Par contre, il ne semble pas avoir une quelconque aptitude. Un humain tout ce qu’il y a de plus banal, qui bois et perds ses économies dans un tripot. Cela nous attriste. Pourquoi personne ne viens aider les gens comme cela ? À qui profite tout ceci ? Pourquoi tous ces hommes sont autant attirés par ce genre d’endroits ?

Pour l'instant, nous oublions la recherche de Pedro. Nous avons jusqu'à demain pour le trouver, et si nous n’y parvenons pas, nous aurons bien d’autre moyen de retrouver la trace de Dante. Pour l’heure, cet humain nous semble des plus intéressant. Il nous fait un peu de peine, sans que nous ne le prenions en pitié pour autant. Ce n’est pas notre genre, et puis, après tout lorsque l’on joue il faut s’attendre à perdre. Bref, s’il se retrouve pieds nus, il ne peut s’en prendre qu’à lui. Non, ce qui nous intéresse par-dessus tout c’est plutôt de savoir comment quelqu’un en arrive à n’avoir comme unique choix, le jeu.

Nos fines lèvres rougeâtres dessinent un sourire sur notre magnifique visage lorsqu’il nous demande d’où nous venons pour ignorer les règles de ce genre de jeux. Il est vrai que cela doit être peu commun de rencontrer des personnes ignorant l’existence même de ces jeux, surtout lorsque lesdites personnes se trouvent dans un tel tripot.


« Vous savez, nous ne venons jamais dans de tels endroits. Il se trouve que nous cherchons quelqu’un qui a déjà repris la route. Mais une autre personne pourrait sans doute savoir vers où celui que nous cherchons est parti. Et nous pensions le trouver par ici. Visiblement nous avons fait erreur, mais qu’importe, nous vous avons trouvé vous ! Vous en avez de la chance n'est-ce pas ? »

Évidemment qu’il a de la chance ! Avoir l’honneur de nous rencontrer, de nous côtoyer, de partager une bonne bouteille en notre compagnie ! Ce n’est pas tout le monde qui peut se vanter d’avoir eu la chance, de partager un moment avec notre magnifique personne. Au moins, sa soirée ne sera pas si dramatique. Nous sommes trop bonnes par moment.

« Vous aviez prévu de faire une partie d’un autre jeu ? Peut-être pourrions-nous jouer ensemble, où l’un contre l’autre ? Nous pourrions vous aider a reprendre ce que vous avez perdu et même plus. »

Nous levons notre verre en direction de l’homme sans chaussure et trinquons avec lui. A quoi ? Aucune idée, à notre rencontre peut-être ? Aucun de nous ne dit rien, nous nous contentons d’apporter nos verres à nos lèvres.

Lentement notre main fait tournoyer l’alcool ambré au fond de son verre, nous nous imprégnons de cette délicate odeur avant d’en vider le contenu. La sensation est des plus agréable. Le liquide fait sursauter notre douce langue, il pique légèrement notre palais avant de commencer sa lente descente au fond de notre gorge. Les parois de celle-ci deviennent brulantes et bientôt nous sentons l’alcool qui se répand dans notre estomac. Un frisson de plaisir parcourt notre échine dorsale. Décidément, l’alcool nous fait toujours le même effet.

Nous attrapons la bouteille et servons généreusement les deux verres déjà vides. Nous ne buvons pas immédiatement, nous préférons questionner notre parieur malchanceux. Nous voulons en apprendre plus sur le fonctionnement de ce lieu, sur le cheminement personnel qui conduit les gens à passer leurs nuits dans de tels endroits. Nous devons assouvir notre soif de connaissance, encore, toujours.


« Avant que vous ne décidiez de ce que l’on pourrait faire au cours de cette soirée, nous aimerions faire un peu plus ample connaissance. Que diriez-vous de nous parler un peu de vous ? Nous ne fréquentons pas ce genre de lieu habituellement , et voyez-vous nous avons beaucoup de mal à comprendre comment des hommes peuvent trouver un plaisir a perdre le peu qu’ils ont dans de stupides jeux ? Pourquoi faites-vous cela, n’y a-t-il rien ni personne qui vous attende ailleurs ? Seriez-vous une âme qui erre sans but dans la vie ? »

Oui, nous sommes très indiscrètes, nous savons que peut-être il ne voudra pas répondre, que peut-être il nous dira de nous mêler de ce quoi nous regarde, mais cela ne nous freine pas, nous pensons que cet homme ne nous rembarrera pas pour si peu. Après tout, nous sommes très charmantes et diablement gentilles envers lui.

«Regardez, nous allons faire le premier pas et nous présenter. Crystella De Corvinet, capitaine de La Diligente, Officier de la deuxième division du seigneur Bélial. Mais appelez-nous Cryss, nous gagnerons du temps. »


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MessageSujet: Re: Une nuit, au Renard   Dim 11 Sep 2011, 23:42

Nous… Nous… Mais qui ça, nous ? De peur qu’une femme aussi intrigante qu’elle ne soit accompagnée par des amis étranges –et peut-être jaloux-, je ne pus m’empêcher de scruter un peu autour d’elle en quête de visages inconnus. Rien. Mon regard revint sur ces deux émeraudes qui lui servaient d’yeux. Superbe. Une beauté brutale, provocante, envoutante. J’en oubliai presque aussitôt tous ces « nous » sous lesquels elle me noyait depuis le début de cette conversation, me convainquant bêtement que c’était une façon de parler d’elle poliment, comme tous ces « vous » qu’on entendait chez les gens de la Haute. Après tout, chacun parlait comme il voulait, je n’avais pas la prétention d’être un précepteur.

Je souris donc, presque bêtement, avant d’approuver avec tout autant d’idiotie ce qu’elle venait de dire. J’étais chanceux de l’avoir rencontré. Plus que chanceux. Elle égayait ma soirée et, même si j’étais malheureux aux jeux, j’étais heureux en d’autres choses. Tant mieux.

Lorsqu’elle évoqua la possibilité de jouer tous les deux, j’hésitai un instant. Devais-je accepter, au risque de gagner et peut-être de la vexer ou la laisser gagner, et me couvrir de ridicule ? Plutôt que de devoir l’affronter, je pris la décision de nous faire les dents sur quelqu’un d’autre. Elle et moi contre un autre, histoire d’être dans le même camp, de resserrer les liens et de faire plus amples connaissances.

« Allons jouer après les whiskys, nous nous amuserons bien plus. »

Les verres se vidèrent bien vites, et elle les remplit pour mon plus grand plaisir. J’ignorais toujours d’où débarquait cette femme, mais son attitude me plaisait. Elle était provocante, semblait forte et suffisamment indépendante pour se moquer de ce que les gens pensaient. Etait-ce l’orgueil qui la poussait à les ignorer ? Probablement. Un point en commun de plus. Et toc.

« Avant que vous ne décidiez de ce que l’on pourrait faire au cours de cette soirée, nous aimerions faire un peu plus ample connaissance. Que diriez-vous de nous parler un peu de vous ? Nous ne fréquentons pas ce genre de lieu habituellement, et voyez-vous nous avons beaucoup de mal à comprendre comment des hommes peuvent trouver un plaisir a perdre le peu qu’ils ont dans de stupides jeux ? Pourquoi faites-vous cela, n’y a-t-il rien ni personne qui vous attende ailleurs ? Seriez-vous une âme qui erre sans but dans la vie ? »

Ouch… Beaucoup de questions, bien trop de questions. Indiscrètes, qui plus est. Pourtant, je ne me vexai pas, préférant prendre toutes ces interrogations avec suffisamment de recul pour ne pas me braquer. Je soupirai un instant, bus une gorgée de whisky et laissai quelques secondes s’écouler sans rien dire, comme pour lui signifier que je n’avais pas particulièrement envie de parler moi. Pourquoi tout gâcher ? C’est finalement elle qui se présenta la première, Crystella de Corvinet.

Bélial ? LE Bélial ? Tentant tant bien que mal de faire comme si ce nom ne m’évoquait rien, je repensai aux nombreuses légendes que l’on entendait en ville au sujet de ce fameux pirate qui écumait les mers à la recherche de richesses, de sang et de larmes. Si Crystella n’avait pas été aussi… elle, j’aurais sûrement pensé qu’elle se moquait de moi mais une femme aux cheveux couleur de sang et à l’accoutrement aussi extravagant qu'elle était une femme pleine de surprises. J’acquiesçai encore une fois à son histoire sans véritablement la croire, me contentant de retenir le fait qu’elle était capitaine d’un bateau et qu’elle avait un beau prénom. Qu’elle ait menti ou non, elle m’avait forcé la main intelligemment, mais je ne comptais pas lui mentir pour autant.

« Alors… Moi, c’est Ciaran Donnelly et c’est un plaisir de vous rencontrer, Crystella, lui dis-je en lui adressant un sourire presque charmeur. Si on joue, ici, c’est qu’on veut oublier. Oublier la vie et ses problèmes, vous comprenez ? »

Je respirai longuement et bus une nouvelle gorgée de whisky. Je serrai un peu la mâchoire en sentant le liquide ruisseler le long de ma gorge, brulant tout sur son passage.

« Ici, perdre n’a aucune importance. Nous sommes tous plus ou moins des perdants. Nous n’avons pas perdu de bataille, ni de guerre, si ce n’est celle de la vie. Certains ont un travail si difficile qu’ils boivent pour oublier la douleur, d’autres ne supportent plus la tristesse, la solitude. Moi, je n’ai rien d’autre à faire. Nous sommes tous des perdants, ici, et celui qui gagne n’en reste pas moins un perdant en sortant de ce lieu. Celui qui perd, hé bien… Ça ne lui changera pas la vie. Nous sommes des compagnons d’infortune, embarqué sur un navire qui prend l’eau et nous jouons tous les soirs, dans l'espoir que ça changera notre quotidien. Mais ça ne change rien. »

Je ris légèrement en contemplant ces fameux compagnons derrière moi. Grande Gueule continuait son spectacle de marionnettes. N’avait-il rien de mieux à faire ?

Terminant mon verre de whisky, je lui indiquai mon précédent adversaire qui continuait de faire le pitre, chaussettes aux mains.

« Si votre curiosité est satisfaite, que diriez-vous de vous mesurer à lui ? Peut-être arriverez-vous à récupérer mes chaussettes. Dans ce cas, je serai votre obligé ! »

L’idée de voir cette jeune femme jouer au bras de fer était alléchante. Et puis, même si elle semblait frêle sous ses airs de grande dame, je devinai la puissance qui sommeillait en elle. Depuis qu’elle l’avait prononcé, le nom de Dante me revenait sans cesse en tête. Etait-elle réellement sous ses ordres ? Elle-était réellement capitaine d’un bateau pirate ?

C’était mal, mais je l’espérais. Rencontrer un pirate était une chose excitante. Avoir une conversation avec ce dernier l’était encore plus. Boire un verre avec lui –avec elle, en fait-, s’échanger des sourires, des courtoisies, faire connaissance, c’était tout simplement incroyable. Sans rien dire, j’espérais vivement que la nuit dure encore longtemps car nous avions beaucoup à apprendre l’un de l’autre.
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MessageSujet: Re: Une nuit, au Renard   Mar 27 Sep 2011, 19:35

Notre principale qualité est l’écoute. Nous nous montrons patientes également, c’est ainsi que nous parvenons peu à peu à comprendre pourquoi les étranges jeux qui se déroulent en ce lieu sont si plaisants pour les participants. Ils n’ont rien d’autre ! La totalité des personnes se trouvant ici (ne nous comptez pas là-dedans, je vous en prie…) sont en fait des personnes qui n’ont aucun but, aucun intérêt précis. Simplement de petits être insignifiant qui virevoltent ici et là, s’occupant tant bien que mal en attendant leur heure. Nous pourrions résoudre cela en un éclair. Un petit air de violon et tout ce monde s’ouvrirait les veines, colorant ainsi la sinistre salle en un rouge magnifique ! Oh, comme cela serait fantastique !

Mais hélas nous n’avons pas le droit de massacrer pour le plaisir. De plus, nous avons une réputation tenir, celle de notre équipage, celle de mon cher Dante. Et puis, il faut reconnaitre que notre compagnon de soirée ne mérite pas la mort. Cela ne veut pas dire qu’il mérite de vivre pour autant, mais nous ne serons pas celles qui prendront cette décision. Peut-être qu’une voie différente pourrait s’ouvrir pour cet homme sans but ? C’est ce que nous allons voir très bientôt. Jusqu’où pourrait-il aller pour donner un sens à sa vie ? Que serait-il prêt à faire pour ne plus passer ses soirées dans ce genre de tripots ?


« Donc vous voulez que nous défions cet homme ? Oh ! Ce serait si amusant ! »

Nous applaudissons bruyamment, esquissant un large sourire. Voilà un jeu qui va être unique en son genre. D’un geste de la main, nous vidons la bouteille en remplissant les deux derniers verres. Notre regard parcourt la salle. Nous ne souhaitons pas uniquement récupérer les affaires de ce Mister Donnelly. L’idée serait de lui offrir bien plus, de lui faire prendre conscience, qu’avec les bonnes personnes et les bons moyens il ne se retrouverait plus jamais dans ce genre de situation. Une idée nous vient soudain, une idée des plus amusantes ! Enfin, pour nous, nos adversaires risquent de trouver cela moins drôle, mais après tout, le bas peuple n’est-il pas ici pour notre propre divertissement ?

« Nous acceptons d’affronter cet homme, mais nous allons rendre le duel un peu plus intéressant. Une simple paire de chaussettes ne vaudrait pas notre déplacement. »

Nous ne lui demandons pas vraiment son avis en fait. Nous prenons son verre qu’il vient de terminer, d’une traite, faisons de même avec le nôtre et réunissons la bouteille vide ainsi que les deux contenants. Notre bas s’étend vers le sol et nous attrapons notre étui à violon. Le magnifique instrument se trouve à présent sur le bar, nous le contemplons amoureusement quelques instants avant de pincer très légèrement une corde. Aussitôt, la bouteille et un verre se brisent en un millier de morceaux assez grossier. Pas d’explosions, juste une transformation en un petit tas de verre pilé. Nous réunissons le tout dans le verre non détruit et nous nous levons, confiant le verre à Mister Donnelly.

« Gardez-moi cela un instant, le temps que j’attire l’attention, voulez-vous ? »

Nous lui adressons un clin d’œil discret et prenons en mains notre violon. Nous jouons rapidement quelques notes et en un instant tous les duels cessent, tout le monde se lève et nous fait face. Voilà, de parfaits petits agneaux prêts à être plumés. Enfin, tondus. Passons.

« Bien le bonsoir petites gens ! Inclinez-vous devant votre reine, voyons ! »

Nous caressons une corde et l’assemblée(sauf Ciaran évidemment) s’incline sans vraiment comprendre pourquoi. Nous montons sur le comptoir du bar. Hum, voilà un point de vue déjà plus agréable. Après tout, c’est normal que nous préférions être au-dessus des autres. Nous sommes tout de même une reine !

« Nous voudrions organiser un petit jeu avec la personne qui aura l’audace de vouloir affronter notre magnifique personne. Un petit bras de fer, allons, ne soyez pas timide je sais que vous aimez cela ! »

Aussitôt le voleur de chaussette s’avance en se vantant d’être le meilleur de la salle. Il lance un petit regard moqueur vers le malheureux Ciaran. Hum, crétin jusqu’au bout des ongles celui-là.

« Bien donc, c’est toi que nous affronterons. Mais étant donné la petite épaisseur de mes biceps, je propose que tout le monde participe, afin que la mise soit à la hauteur, cela nous motivera. Voici ce que j’offre si tu me bats ! Et voici un grand sac de pièces pour ceux qui auront fait les bons paris. »

D’une main nous brandissons notre violon noir, et d’une autre une bourse bien remplie. Nous redescendons sur le sol, la foule s’affaire à préparer une large table, tout le tripot participe et la serveuse s’occupe des paris. La totalité de la salle a misé sur le roi de la chaussette, en toute logique me direz-vous. Il est vrai que ces gens-là ne sortent pas beaucoup et ne doivent pas nous connaitre. Tant mieux, sans quoi ils n’auraient jamais pris les paris.

Je me penche vers mon acolyte et lui désigne un grand sac de toile dans un coin. Chaque personne a mis soit un pull, soit une chemise, d’autres ont mis des pièces, de la nourriture, une flasque de rhum et des tas d’autres choses. Le roi de la chaussette a même misé une superbe montre si nous avons bien vu. Et la paire de chaussettes évidemment.


« Tu vois, tout cela va être à toi dans quelques minutes, plus le sac de pièces d’or évidemment. Par contre, il faut que tu mises un petit quelque chose sur nous, enfin si tu nous fais confiance. »

Nous le regardons, prenons le verre contenant les débris, notre violon et nous dirigeons vers la table qui semble fin prête. Nous étalons le verre brisé sur la surface, afin que nos coudes soient entaillés tout de suite, quand à celui qui perdra, il aura la main douloureuse pendant un moment. Oh ! Ce sera le roi de la chaussette ! Le pauvre, il ne pourra plus battre personne pendant un moment…Et puis, il va perdre face à une femme, il va perdre les paris de tous les joueurs de cette salle. Oh ! Dure loi de la vie n’est-ce pas ? Mais on ne gagne pas à chaque fois, et certainement pas contre Crystella.

Nous nous installons l’un en face de l’autre, notre main gauche caresse les cordes de notre violon posé sur la table (mais pas sur le verre brisé, tout de même ! ). Notre adversaire n’a aucune chance, la justice va être rendue d’ici quelques minutes. Nous croisons le regard de Ciaran à notre gauche. Nous pensons percevoir un léger clin d’œil nous indiquant qu’il a parié sur nous. On dirait bien qu’il souhaite prendre sa revanche finalement. Nous avions raison, il mérite mieux que de passer son temps dans un tripot. Patience, dans quelques minutes, tu seras le grand gagnant mon cher..

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MessageSujet: Re: Une nuit, au Renard   Ven 30 Sep 2011, 00:22

J’avais tout d’abord cru à un tour de passe-passe pour ne pas voir la vérité.

Cette vérité, gênante et étrange, c’était tout simplement que la Dame influençait le monde par sa musique. Elle le bâtissait à sa façon et, s’il ne lui convenait pas, elle le détruisait sans sourciller pour mieux recommencer une nouvelle fois. Elle jetait au feu ses partitions pour en écrire d’autres, meilleures que les précédentes. Elle recommençait à zéro, et c’était diaboliquement génial.

Fasciné par la puissance qui se trouvait près de moi, je me réjouissais secrètement qu’elle soit plus une amie qu’une ennemie. Quel sort me réservait-elle, là, perchée au sommet de tout ce pouvoir ? Je n’en savais rien, mais je n’avais pas peur. Pas cette fois. Dans d’autres circonstances, j’aurais sûrement pris mes jambes à mon cou pour fuir loin d’elle et des dangers auxquels je m’exposais en sa présence, mais je n’en fis rien. J’étais du côté du bourreau –ou était-ce elle qui était du mien ?- et j’avais hâte de voir ce que cette exécutrice pouvait faire à toutes ces victimes de la vie qui m’évoquaient tant de mépris et de pitié. Elle était ce soir l’objet de toutes mes attentions, monopolisant mon esprit, mes pensées. Je l’admirais, tout simplement.

Tout en la fixant, là, à quelques mètres de moi, je ne pus m’empêcher de penser aux Dieux. Si ces vieux fous existaient vraiment, ils venaient de m’envoyer ma sauveuse. La rédemption toute de rouge vêtue et qui, sous ses airs de diablesse, représentait ma plus belle chance de m’en sortir. Et m’en sortir commençait par lui faire confiance, et remporter tous ces vêtements que ces vieux fous pariaient en ricanant, convaincus que la Dame perdrait face à la Grande Gueule.

Les yeux pleins d’espoir, je regardais le grand sac de toile plein de vêtements et de toutes sortes de breloques brillantes. En voyant Grande Gueule parier une superbe montre dorée –où l’avait-il bien gagné ?-, je me mordillai les lèvres. Cette femme allait égayer ma soirée et, même si cette rencontre était éphémère, je me réjouissais silencieusement que Crystella soit entrée dans ce cercle très restreint des gens que je respectais. Mieux, je l’estimais. Beaucoup.

« Tu vois, tout cela va être à toi dans quelques minutes, plus le sac de pièces d’or évidemment. Par contre, il faut que tu mises un petit quelque chose sur nous, enfin si tu nous fais confiance. »

La voix de la Dame me sortit de ma torpeur et je restai quelques instants à la contempler, cherchant bien ce qu’il me restait à parier. Je fouillai mes poches mais ne trouvai rien que du vide. Mes chaussures ? Déjà parties. Il ne me restait plus que mes braies et ma chemise, autant dire pas grand-chose. Mais le pari était gagné d’avance, et, provoquant quelques moqueries dans l’assemblée, j’enlevai ma chemise pour la mettre dans le sac.

*Le sort en est jeté.*

Elle me regarda quelques instants et prit entre ses mains les quelques morceaux de verre pilé qu’elle avait fait naître en faisant se disloquer la bouteille. Nos regards se quittèrent et elle disposa sur la table qui servirait aux duels les débris de verre de sorte que les coudes des concurrents et la main du perdant soient entaillés. Elle pimentait le jeu, et j’esquissai un sourire à l’idée de voir mon ancien adversaire –et futur perdant- pousser des hurlements de douleur lorsque sa main s’écraserait lourdement contre ces petits couteaux qui n’attendaient qu’à déchirer la chair.

Ils s’installèrent l’un face à l’autre, et le public commença à hurler des encouragements –principalement adressé à Grande Gueule, qui semblait être désigné comme le favori. Pour tous ces idiots autour de la table, une femme ne pouvait pas battre un homme. Dans d’autres circonstances, j’aurais été du même avis, mais pas cette fois. Non, cette fois, la femme allait gagner, et haut la main. Crystella disposa le violon soigneusement à sa droite en caressant les cordes avec délicatesse. L’instrument émettait quelques sons à peine perceptible derrière les cris du public, mais je concentrai mon esprit sur la mélodie. Elle ne jouait pas n’importe quoi, non, elle composait quelque chose, fixant sans cligner son adversaire. Elle préparait quelque chose. La Dame lui tendit la main gauche en souriant juste avant de m’adresser un regard. Je lui fis un clin d’œil, confiant, et Grande Gueule lui prit la main sans rechigner, convaincu qu’il l’emporterait une fois de plus grâce à sa main forte.

L’instant fut bref. Non, en fait, il fut incroyablement bref. La Dame laissa son adversaire commencer à exercer une pression et elle sembla se laisser faire. A peine une seconde après avoir débuté le duel, Crystella se retrouvait pratiquement au contact de la table tandis que son adversaire souriait et récitait de nouveaux alexandrins. Pourtant, elle semblait sereine, continuant de caresser les cordes de son violon avec ce même regard fier et confiant. Elle ne résistait pas. C’est alors que tout se déroula : j’observais les bouts de verre qui se trouvaient là où la main de Grande Gueule devait s’échouer en cas de défaite et il me sembla qu’ils devinrent plus acérés, plus pointus, comme s’ils ne pouvaient plus attendre de déchirer la chair. Soudain, Crystella serra plus fort la main de l’homme face à lui et l’écrasa avec violence contre le verre.

Un silence sourd s’abattit dans la pièce, et moi je souriais toujours autant. La Dame lâcha la main de son adversaire qui semblait dans le vide, comme si quelque chose n’allait pas, vraiment pas. Il serra le poing de sa main meurtrie et personne ne vit de sang.

*Il est en état de choc…*

Quelques secondes s’écoulèrent encore et le silence resta aussi profond que lors de la victoire de Crystella. La jeune femme resta assise, faisant face à Grande Gueule sans laisser paraître aucune émotion. Les lèvres du perdant bougèrent, et il murmura quelque chose d’imperceptible. Ils se rapprochèrent de lui et il répéta « Ma main… ma main… » plusieurs fois, en donnant de la voix à chaque fois qu’il prononçait ces mots. Soudain, il se leva et hurla « MA MAIN ! MA MAIN ! » en exposant le sang qui ruisselait le long de son poignet et de son avant-bras. Les gens présents eurent un mouvement de recul, et finalement le perdant sortit du lieu en courant, se tenant la main blessée en continuant de geindre bruyamment.

Tous se regardèrent, et je ne pus m’empêcher de rire en m’approchant du sac.

« Héhéhé ! C’est moi qui gagne ! Allez, dégagez les gars, moi et la Dame, on vous a plumé ! Sans rancune ! »

Je sentis quelques regards méprisants qui me fusillaient pendant que je m’habillais de ma chemise. J’adorais ça. La foule se dispersa pendant que je fouillai dans le sac à la recherche de cette montre que j’avais vu tout à l’heure ainsi que la bourse d'or et la découvraient quelques secondes plus tard. J’adressais alors un regard vers Crystella qui était toujours assise à sa table, impassible. Je m’approchai d’elle et lui tendit la montre et la bourse, sourire aux lèvres :

« Merci beaucoup. Je vous dois une nouvelle garde-robe, et voilà votre part pour le service rendu. C’est ça ou je vous saute dans les bras, donc… ! »

Même si l’alcool me poussait à effectivement lui sauter dans les bras, la raison –la peur peut-être aussi- m’empêchait de le faire. Après ce que je venais de voir, il valait mieux ne pas se permettre ce genre de détours.

Je l’admirais énormément mais, par-dessus-tout, je la craignais terriblement.

« Bon ? Qu'est ce qu'on fait maintenant ? »
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MessageSujet: Re: Une nuit, au Renard   Ven 07 Oct 2011, 12:58

Un regard, un geste, une caresse, une rupture, un filet de sang, une victoire. Voilà comment nous avons gagné la partie. Rien de bien difficile. Nous nous sommes d’abord amusées à le laisser croire que nous pourrions éventuellement perdre. Que nous n’étions qu’une simple femme sans défense. Sinistre crétin. Comment peut-il croire gagner face à la reine de cœur ? Il faut toujours s’informer avant d’affronter qui que ce soit, il faut mettre le maximum de chances de son coté, être sur de gagner sans quoi, voila ce qui arrive, on perd tout en quelques instants. Nous gardons en tête son visage satisfait lorsqu’il a cru qu’il avait presque gagné, le plaisir que nous avons pris à gratter la corde du violon et à prendre ainsi le contrôle de son brasse. Cette sensation de faire ce que l’on souhaite avec le corps d’un autre. Jouer avec ses muscles, briser ses os, fluidifier son sang et tout rompre d’un seul coup. Un vrai régal. Non, vraiment, il faut être stupide pour accepter de jouer contre notre personne.

La voix de Ciaran nous tire de nos pensées. Nous quittons la table pour découvrir un homme heureux. Curieusement, cela nous comble presque autant que l’autre crétin qui hurle sa main dans toute la salle. Notre ami d’un soir nous remercie et s’habille enfin convenablement. Il nous tend la bourse remplie de pièces et une jolie montre, pour nous récompenser pour le service rendu. Nous prenons le tout sans rien dire et lorsqu’il demande ce que nous pourrions bien faire à présent, nous répondons presque instantanément.


« Sortons d’ici, allons nous dégourdir les jambes le long de la jetée, nous ne supportons pas d’être loin de la mer trop longtemps. »

Nous attrapons notre violon d’une main et saluons la jolie serveuse de l’autre. Un léger clin d’œil de notre part la fait rougir. C’est vrai qu’elle est mignonne. En temps normal nous aurions pu jouer un peu, mais ce soir, cet homme a monopolisé notre attention. Il faut faire des choix parfois. Nous laissons glisser nos doigts sur quelques cordes du violon et, alors que nous nous dirigeons vers la sortie, le grand perdant pousse un cri de douleur. Visiblement, sa jambe vient de se fracturer. Nous prenons Ciaran par la main et sortons de ce tripot, un sourire aux lèvres. Le début de soirée nous a beaucoup plu. Gageons que le reste soit du même acabit.

Une fois à l’extérieur du bâtiment, nous lâchons notre homme afin de remettre un peu d’ordre dans nos affaires. Nous détachons complètement notre longue crinière rouge, notre étui vide retrouve sa place sur notre dos et nous confions la bourse et la montre a Ciaran.


« Voulez-vous nous garder cela ? Nous n’avons pas assez de mains pour tenir tout ça et jouer en même temps. »

Nous n’attendons pas sa réponse et lui confions donc les affaires, qui de toutes les façons lui reviennent et commençons à jouer quelques notes de musique, des notes douces et agréables qui guident nos pas vers la jetée. Lentement nous marchons sans mot dire pendant quelques minutes, notre archet se faufile sur les cordes avec grâce et légèreté pour le plus grand bonheur de notre sublime personne.

Après quelques minutes, nous réalisons soudainement que hormis la mélodie du violon, aucun échange n’a eu lieu entre nous et notre nouvel ami. Peut-être le bruit du violon le dérange-t’il ? Non, impossible, comment ne pas aimer, que dire, adorer les sons qui sortent de ce magnifique instrument ! De plus lorsque nous jouons, nous prouvons a tous que nous somme une virtuose, pas comme certains apprentis musicien de pacotille. À cette pensée une image nous revient. Nous revoyons ce violon blanc, cette petite frimousse qui se prend pour la meilleure violoniste. Cette petite sotte, cette sale pimbêche de Norui. Cette garce qui passe son temps à nous le voler.

Nous cessons de jouer. Nous posons notre magnifique violon noir sur le sol et nous asseyons à ses côtés. Nos jambes se balancent dans le vide, sous nos pieds l’eau ténébreuse oscille en de petits mouvements irréguliers. Nous apercevons le reflet de Ciaran qui vient s’asseoir à nos côtés. Subitement, la réalité nous a rattrapées. Cette soirée n’est qu’une escale, demain nous devrons repartir à sa recherche, nous n’avons que quelques jours de retard. Le face à face se rapproche, il le sait et il cherche à l’éviter. Il cherche à la protéger de notre personne. Il ne veut pas que ses deux violonistes préférées se rencontrent à nouveau. La lutte éternelle qui nous oppose, comme une partie d’échecs chacun avance ses pions avec précautions. Nous sommes le Noir, et elle le Blanc. Quelle reine tombera, quelle reine gagnera l’exclusivité de son roi ?


« Nous aimerions que cette soirée ne finisse jamais…que le temps se fige éternellement. Nous n’avons pas hâte d’être a demain. Dans un sens nous vous envions quelque peu, vous au moins vous ne semblez pas avoir de but précis, vous savez que vous ne risquez pas de tout perdre un de ces jours. Cela dit, nous ne sommes pas sûres de gagner totalement. Notre victoire pourrait causer notre perte. La reine de cœur pourrait ravir le trône, mais y perdre sa tête… »

Nous nous tournons un instant vers notre compagnon d’un soir, il ne doit pas comprendre de quoi nous parlons, d’ailleurs, il doit se demander sur qui il est tombé. Cette personne extravagante qui semblait invincible tout à l'heure et qui se met à lui raconter d’étranges choses avec un sacré pessimisme.

« Veuillez nous excuser. Par moments nous avons tendance à broyer du noir. Si vous nous parliez plutôt de vous ? Ce serait sans doute bien plus joyeux ! »

Nous lui adressons un léger sourire. Nous ne devons pas perdre la face comme cela. Broyer du noir nous avons l’habitude, mais nous le faisons seule, dans notre cabine. Pourquoi faut-il que cette fichue Norui nous soit apparue ce soir. Tout se passait si bien. Sale petite peste, même loin de nous elle continue à nous persécuter. Mais nous devons nous concentrer et lui faire face, chasser ses idées noires et profiter de la soirée comme il se doit. Après tout, on ne déstabilise pas une reine si facilement.

« Vous savez jouer du violon ? Ou d’un autre instrument peut-être ? Que faites-vous pour vous divertir ? vous avez un talent particulier pour quelque chose, parce qu’il est clair que pour les jeux, vous n’êtes pas au point. »

Nous laissons éclater un rire franc et jovial. Doux masque et belle façade lorsque tu nous tiens. Tout prendre sur le ton de la plaisanterie, tout va bien dans le meilleur des mondes. Quel doux rêve, mais ici bas, la réalité est toute autre. Tout le monde le sait, mais tout le monde met des œillères. Qu’il est simple de ne pas affronter ses cauchemars et de faire comme si tout allait pour le mieux. Avec cet homme, nous passons une bonne soirée, peut-être est-ce parce qu’il a une vie minable et de fait bien plus simple ? Serait-ce cela le secret du bonheur ? Vivre simplement ?

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MessageSujet: Re: Une nuit, au Renard   Dim 09 Oct 2011, 19:11

Nous étions sortis du Renard sans adresser un seul regard à tous ceux que nous venions de dépouiller. Pour ne pas être trop chargé, j’avais laissé le sac de gains derrière le comptoir, assuré que la jeune serveuse protégerait mes victuailles bec et ongles. En passant le pas de la porte, et contre toute attente, Crystella me prit la main en me souriant. Un frisson me traversa le corps au contact de sa peau. Pourquoi une telle proximité ? Peut-être était-ce simplement une autre particularité de son éducation, comme tous ces « nous » qu’elle employait sans cesse ? Je m’en convainquais sans insistance. La situation était bien trop agréable pour m’en retirer.

Elle me lâcha finalement la main quelques mètres plus loin et me confia quelques affaires que je plaçai dans mes poches pendant qu’elle sortait son violon et commençait à jouer quelques notes. Je me tus, conscient que le moment n’était sans doute pas au blabla. Elle jouait bien, et quelles paroles pouvaient bien justifier le fait de couper une telle musique ?

Après quelques minutes, elle cessa finalement sa mélodie, comme emportée dans ses pensées et prit place au sol. Je fis de même. Sous nos pieds, l’océan. L’infini.

Silencieusement, j’admirai l’horizon et me projetai loin au-delà de cette île trop petite pour un esprit trop grand. Je me voyais là, à bord d’un bateau fendant la marée de sa large coque. Toutes voiles dehors, je menais mon navire et mon équipage dans des contrées inexplorées, là où les trésors existaient encore. Je m’imaginais riche et craint. Je m’imaginais puissant, respecté. Un seigneur des océans.


« Nous aimerions que cette soirée ne finisse jamais…que le temps se fige éternellement. Nous n’avons pas hâte d’être a demain. Dans un sens nous vous envions quelque peu, vous au moins vous ne semblez pas avoir de but précis, vous savez que vous ne risquez pas de tout perdre un de ces jours. Cela dit, nous ne sommes pas sûres de gagner totalement. Notre victoire pourrait causer notre perte. La reine de cœur pourrait ravir le trône, mais y perdre sa tête… »

Ces mots me sortirent de ma torpeur et je la regardai d’un air interrogatif. Que voulait-elle dire par se faire ravir son trône, ou perdre la tête ? Etait-elle en concurrence avec quelqu’un d’autre ? Certaines femmes étaient généralement en compétition les unes avec les autres –rarement pour moi- et je devais bien constater que je ne n’y comprenais pas grand-chose. Je décidai finalement de ne rien répondre, sans doute était-ce simplement quelques pensées dites à haute-voix, pas véritablement destinée à ma personne –quelle femme voudrait avoir envie de se confier à un homme tel que moi ?!

Pour briser le silence, elle me demanda finalement de me présenter, de parler de moi et de ce que je faisais dans la vie. Mes passions, mes talents, mes projets. Malgré ses sourires visiblement sincères, je ne pus m’empêcher de croire que ce que j’allais lui annoncer la décevrait forcément. Je ne jouais d’aucun instrument, je chantais mal et je n’étais pas particulièrement charismatique. Bref, j’étais en bas de la pyramide et elle se trouvait tout en haut, avec ses talents, ses réussites et son bateau. Devais-je lui mentir ? Raconter que j’étais le fils d’un aventurier mort en expédition ou encore inventer d’autres histoires qui, peut-être, feraient pétiller ses beaux yeux ? J’étais un bon menteur –ça aidait souvent pour trouver une compagne un peu vénale- mais mon cœur n’était pas d’humeur à fabuler. Je comptais lui dire la vérité sans même m’inquiéter de ce qu’elle pourrait en penser. La décevoir me faisait peur, et la laisser imaginer que je lui mente –à tort ou raison- me gênait bien plus.

« Très franchement… Je ne suis pas vraiment doué en beaucoup de choses. Quand j’étais jeune, je n’ai pas vraiment bénéficié d’une bonne éducation, et ma mère travaillait bien trop pour prendre le temps de m’aider à développer les possibles talents que je possédais. Maintenant, il est sans doute trop tard… Je vis ici mais ne croyez pas que le fait de n’avoir aucun talent ou aucune responsabilité est une source de paix, de plénitude : c’est tout le contraire. Parfois, je me compare aux autres, je les regarde et je me dis « Merde… Pourquoi, moi, je sais pas faire ça ? ». Finalement, je prends sur moi et je me dis que ce n’est pas ma faute, qu’on est tout simplement pas tous nés sous la même étoile. Pour que des gens talentueux existent, il faut que certains n'aient aucun talent. Je suis de ceux-là. »

Je soupirai légèrement puis la regardai en forçant un sourire. Plomber l’ambiance n’avait jamais été une de mes grandes passions, mais je devais bien constater que, ce coup-ci, j’avais fait fort. En mettant mes mains dans mes poches, je sentis la petite boite d’allumettes dans laquelle je rangeais mes cigarettes. Je le sortis et lui montrai en lui disant :

« Ah… Je vais peut-être pouvoir vous montrer quelque chose, alors. C’est la seule chose de vraiment géniale que j’arrive à faire. Mais ne vous moquez pas, c’est vraiment minable, même si c'est pas facile à faire ! »

Je ris légèrement avant de sortir de la boite une cigarette que je mis en bouche et de craquer une allumette pour l’enflammer. Inspirant lentement, la fumée s’immisça lentement dans mes poumons et je fermai les yeux, savourant l’instant. Cette première bouffée, celle qui nous fait oublier le manque, qui nous fait nous sentir vivant, tout simplement. Elle enflammait tout mon corps en enflammant mes poumons et j’adorais cette sensation.

« Alors… Regardez-ça. »

Je levai la tête vers le ciel et formai avec mes lèvres un large « O » juste avant de commencer à expirer l’air de mes poumons. La fumée s’échappa de ma bouche en formant de larges cercles qui se dispersèrent petit à petit pour finalement disparaître, emportés par le vent. Comme elle me regardait sans que je ne sache vraiment ce qu’elle pensait de tout ça, je pris la cigarette entre mes doigts et la lui tendit.

« Essayez. Si vous n’avez jamais fumé, essayez. C’est trop bête de passer à côté d’une sensation aussi agréable que celle-ci. Ca fait oublier les petits soucis de la vie. »

Même si je ne savais pas si elle avait véritablement besoin d’oublier ses problèmes, je pouvais au moins attester que ça me permettait d’oublier les miens. C’était déjà ça.
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MessageSujet: Re: Une nuit, au Renard   Ven 21 Oct 2011, 16:13

Nous écoutons notre ami d’un soir lorsqu’il se décide enfin à dévoiler un peu plus de sa personne. Comme il fallait s’en douter, c’est quelqu’un de très basique, sans talent. Bref, le bas du panier comme pourraient dire certaines personnes qui se croient supérieures. On pourrait penser que nous faisons partie de ces genres de personnes qui jugent les autres en fonction de leur niveau de vie, mais ce serait mal nous connaitre. Cela dit, qui peut se vanter de nous connaitre en ce triste monde ? Dante ? Il le croit, certes, mais il est à mille lieues d’imaginer à quel point le temps nous a changés.

Notre regard fixe l’océan alors que notre acolyte continue de parler de lui et de ses non-talents. Nous apprécions le fait qu’il n’est pas posé de questions sur notre petit aparté lamentable. Nous n’aimons pas nous apitoyer sur notre sort, nous ne sommes pas conditionnés comme cela. Il faut dire que la case prison aide grandement à se forger une solide carapace.

Nos pensées s’estompent un peu lorsque nous voyons ce cher Ciaran sortir une allumette et nous dire qu’il sait faire quelque chose de génial. Nous lui sourions sans l’interrompre. Il allume une cigarette et après quelques bouffées recrache la fumée en réalisant de petits cercles qui s’évaporent malheureusement trop vite. Nous adorons, voilà le genre de choses que l’on ne nous a jamais enseignées, pourtant cela a l’air très amusant. Pourtant, nous fumons depuis des années. Comment se fait-il qu’une reine ne sache pas faire cela ? C’est inacceptable, nous sortons notre étui à cigarettes pour essayer également, mais notre maitre en la matière nous tend déjà son précieux outil.


« Oh ! Merci beaucoup ! Vous êtes très doué ! »

Nous prenons notre fume-cigarette pour l’apposer contre le filtre et commençons rapidement à aspirer de petites bouffées. Nous tentons de refaire l’exercice, exactement comme l’a fait Ciaran, nos lèvres exécutent les mêmes mimiques, mais aucun cercle n’en sort. Nous ne relâchons pas nos efforts, nous essayons encore et encore jusqu’à avoir complètement usé la cigarette, jetant le mégot au loin dans l’océan.

« Pourquoi n’y arrivons-nous pas ? Ce n’est pas juste, il va falloir que vous nous appreniez votre secret ! Nous ne vous laisserons pas partir tant que nous n’y parviendrons pas. »

Dans un soudain élan d’énergie, nous nous levons et offrons une de nos cigarettes à notre maitre avant de nous en allumer une nouvelle. Il faut poursuivre cet entrainement si amusant ! Nous tournons sur nous-mêmes en rigolant et en espérant désespérément de réussir ne serait que minuscule petit cercle de fumée, mais en vain. La pratique nous manque. Ce n’est pas grave, le tabac lui ne manque pas, surtout à bord de mon navire. Nous écoulerons tout le stock s’il le faut, mais nous réussirons.

« Dites, si vous n’avez rien de mieux à faire, cela vous tente de venir passer le reste de la soirée à bord de mon navire ? Vous pourrez m’apprendre à faire vos fameux cercles et nous viderions quelques bouteilles ! »

Nous ne voyons pas vraiment la réaction de notre ami d’un soir, mais il semble un peu hésitant. Croit-il que nous allons le dévorer ? Tout de même, ce n’est pas notre genre ! À moins qu’il n’ait simplement pas réagi parce que nous sommes excités à l’idée de boire et de fumer toute la nuit. Parfois nous avons l’impression que les autres ne réagissent pas, mais en fait c’est nous qui sommes à cent à l’heure.

« Allez, venez, venez, venez !!!! Ça va être amusant ! Et puis vous nous devez bien ça non ? »

Le pauvre, il doit vraiment se demander sur qui il est tombé. Quelle est cette femme à l’allure étrange, pirate et capitaine d’un navire qui semble à moitié dépressive, à moitié machiavélique et à moitié gamine. En plus, cela fait trois moitiés, ce qui n’est donc pas possible ! Vous rendez-vous compte comment il doit nous représenter ? Mais bon, nous sommes persuadés que notre charme naturel et notre magnificence opèrent à merveille, après tout, c’est un homme il ne peut pas nous résister. Quoique, homme ou femme, nous ne faisons pas de préférences, mais bon, pourquoi pensons-nous à tout cela en même temps ? Grand dieu que notre tête est confuse !!!

Nous jetons notre quatrième cigarette au loin avant de nous apercevoir que cela fait quelques minutes que nous marchons. Enfin, que nous tournoyons, gesticulons comme une enfant heureuse d’aller déguster une friandise. Mais si nous y réfléchissons bien l’alcool et le tabac ne sont pas les friandises des adultes ? Donc en fin de compte notre comportement est tout à fait naturel !


« Hé ! Regardez !! Voici mon navire ! Magnifique n’est-ce pas ? Nous vous présentons La Diligente ! Et tout en faut la bas, se trouve notre cabine »

Nous lançons un regard espiègle à gauche, puis à droite avant de nous approcher et murmurer à son oreille.

« Et il y a aussi notre réserve personnelle d’alcool et de tabac »

Nous lui adressons un large sourire avant de lui tendre notre bras. Ce que cela peut faire impression ! Nous aimons marcher ainsi, au bras de quelqu’un même si nous ne le connaissons que depuis quelques heures.

« Voulez-vous que nous allions directement dans notre cabine ou désirez-vous visiter avant ? »

Certains trouveront que nous nous montrons imprudente, un peu rapide peut-être, il est vrai qu’inviter quelqu’un que l’on connait à peine chez soit ne se fait généralement pas. Mais nous ne sommes pas n’importe qui, et puis nous ne sommes pas sans défense, d’ailleurs, notre invité sait très bien où il met les pieds.
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MessageSujet: Re: Une nuit, au Renard   Sam 22 Oct 2011, 23:52

Prendre le large, monter sur un bateau ne serait-ce qu’une seconde pour imaginer voyager et quitter ce quotidien que l’on ne connait que trop bien. Comment refuser ? Certes, le bateau resterait au port mais le simple fait de monter à bord était, pour moi, l’aboutissement d’un rêve, d’autant plus que le navire qui me faisait face était absolument magnifique : éclairé par la Lune, coiffé de trois mâts aux voiles repliées, on devinait assez facilement que ce navire était celui d’une femme aux pieds marins. La coque, visiblement faite en bois d’ébène tant celui-ci était noir, donnait ce sentiment d’éternité au bâtiment, comme s’il existait depuis des siècles et qu’il avait de nombreuses histoires à raconter. J'étais tout ouï.

Quelques minutes plus tôt, Crystella et moi nous trouvions au bord de la jetée. Après avoir longuement essayé à reproduire les cercles que je lui avais montrés, elle avait finalement abandonné –simplement en apparence- pour m’inviter à vider quelques bouteilles. Cette femme-là savait parler aux hommes ! Feignant d’hésiter pour me faire un peu désirer, elle m’entraina finalement presque de force vers le navire que je découvrais à présent. Je vivais une soirée extraordinaire. Elle venait de faire de moi un homme riche –ou tout du moins habillé pour les années à venir- en plus de m’offrir désormais l’opportunité de monter à bord d’un trois-mâts. Je lui adressai un sourire, comme pour la remercier.

« Et il y a aussi notre réserve personnelle d’alcool et de tabac »

A ces mots lentement chuchotés à mon oreille, je ne pus m’empêcher de rire et de tourner la tête en sa direction, l’air taquin.

« Vous n’aurez jamais assez de tabac et d’alcool pour contenter un homme tel que moi ! »

Comme elle me tendait son bras, je lui tendis le mien avant de nous mettre en marche vers le ponton qui menait au bateau. Alors que nous longions celle qu’elle avait baptisé La Diligente, je scrutai attentivement les moindres détails de la coque, le cœur battant à la chamade. Même si je tentais de faire bonne figure, de ne pas me mettre à courir comme un enfant excité à l’idée de s’amuser avec un nouveau jouet, la seule pensée qui me traversait l’esprit était le moment où je poserai le pied sur le plancher du navire. L’instant où je sentirais sous mes pieds le mouvement de la mer battant la coque et qui portait tant d’hommes et femmes au-delà de tout ; où je sentirais sur mon visage le souffle du vent qui emplissait les voiles pour pousser les amoureux des océans à des kilomètres de tout ce qu’ils avaient pu un jour imaginer.

Et ce moment arriva.

Crystella toujours à mes côtés, je posai le pied sur le bois qui émit un léger craquement sous mon poids. Le regard fier, fixé vers l’horizon, je sentais ce vent qui, pourtant identique à celui contre lequel je marchais sur les quais, semblait désormais me pousser et me souffler des mots tels que « voyage » ou « aventure ». Les sensations que j'avais imaginé jusqu'alors n'étaient rien comparé à ce que je vivais à ce moment précis. Non. Aucun mot ne suffisait à raconter ça, tant tout était à sa place. J'étais à ma place.

« Voulez-vous que nous allions directement dans notre cabine ou désirez-vous visiter avant ? »

La douce voix de la Capitaine me ramena à la réalité et je regardai tout autour de moi. L’équipage semblait avoir abandonné le navire pour s’adonner à tous ces plaisirs éphémères que proposaient les ports aux marins. Femmes, jeux, tout était-là pour eux. La vie d’un marin était, sur terre comme sur mer, pleine de rebondissements que seuls eux pouvaient comprendre. J’étais l’un d’eux, au plus profond de mon cœur.

« Je préfèrerai visiter en premier. Nous avons tout le temps de fumer et de boire ensuite, la nuit n’est pas prête de se terminer. »

En concluant ma phrase, je l’emmenai avec moi à la proue du navire pour admirer l’océan. A l’horizon, les vagues dansaient sous les éclats argentés des étoiles. L’odeur du sel, portée par ce vent d’Est, me vint aux narines. Tout était parfait.

« Je pourrais rester là pendant des millénaires… » murmurai-je sans détourner les yeux. « Si le temps m’était suffisant, je resterais là. Je scruterais les vagues, l’infini sans jamais me lasser. »

Quelques secondes s’écoulèrent alors que Crystella était toujours à mon bras. Finalement, mes pensées revinrent vers elle et mon regard s’excusait de mon absence. Je n’avais pas pour habitude de faire part de cette façon-là de mes ressentis mais, pour une fois, ce que j’avais sous les yeux était si beau, si pur, que les mots sortirent seuls. Si on me demandait de dessiner le paradis –drôle de demande, n’est-ce pas ?-, je dessinerais sans aucun doute ce paysage-là.

« Bref, allons donc visiter La Diligente. Faites-moi encore rêver !»

Mon rire se mêla aux bruits des vagues, et nous entreprîmes enfin la découverte du bâtiment.
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MessageSujet: Re: Une nuit, au Renard   Sam 29 Oct 2011, 13:28

« Je pourrais rester là pendant des millénaires »

A ces mots nous esquissons un sourire. Nous aussi aimerions tant pouvoir rester ainsi, admirer le paysage, nous perdre dans l’immensité de l’océan. Doux rêve lorsque l’on côtoie trop souvent la triste réalité. Pour l'instant, cette soirée est une ébauche de rêve, une bulle intemporelle, mais demain tout sera terminé. À l’aube, nous devrons lever l’ancre et nous remettre en chasse.

Nous savons que dans quelques jours tout risque de se jouer. Nous avons eu vent de ce qui se prépare, de cette rencontre entre mon cher Dante et la reine. Nous savons qu’il va transférer sa petite protégée sur un autre navire. C’est là que nous frapperons. Enfin, pas directement évidemment. C’est pour cela que les mercenaires existent. Dans quelques jours, les choses risquent de tourner en notre faveur, nous allons pouvoir reprendre notre place aux côtés de notre maitre.

Mais pour l’heure, tout cela semble bien lointain. Mon nouvel ami ne semble pas avoir ce genre de problème. Quoique. Ses problèmes dans le tripot, avaient l’air tout de même assez conséquent. En réalité, tout le monde a son lot de problèmes, quel que soit son niveau social. Après il appartient à chacun de voir par quel moyen il peut résoudre ses problèmes. Pour nous, il n’y a qu’une solution. Il faut se débarrasser de celle qui nous gêne. Et il faut faire cela sans que l’on sache que nous sommes responsables.

Nous faisons quelques pas sur le pont principal. Une visite d’un tel navire peut prendre un long moment. Et tout n’est pas forcément intéressant. Aussi, il vaudra mieux aller à l’essentiel. Nous doutons qu’il ait une quelconque envie de visiter les soutes par exemple. Nous l’entrainons avec nous vers l’intérieur du navire, direction la cale à eau.


« Mon cher, vous allez visiter un Trois-ponts. Je ne sais pas si vous avez déjà voyagé sur des navires de ce genre, mais vous verrez que c’est sacrément plus grand qu’un galion comme utilise la Marine par exemple. Vous voyez, dans l’équipage du seigneur Bélial chaque Officier possède un Trois-ponts. Chaque Officier dirige quatre navires. Un Trois-ponts et trois Galions qui eux sont sous la responsabilité de Lieutenants. Vous êtes ici sur notre navire principal donc. »

Alors que nous l’informons sur le fonctionnement de la hiérarchie au sein de ce vaste équipage nous poursuivons notre ballade dans les tréfonds du navire. Nous agrémentons la discussion en désignant la fosse aux lions, la soute aux voiles, le puits à boulets, la sainte-barbe, etc.…

Nous remontons d’un étage afin de parcourir les différentes chambres. Le bateau est vaste et cela prend beaucoup de temps, mais notre hôte semble assez intéressé par la visite. Il a l’air de beaucoup aimer l’océan, la navigation. La piraterie l’intéresserait peut-être ? C’est ce à quoi nous pensons depuis que nous l’avons conduit sur le navire.


« Vous voyez, c’est ici que logent tous les matelots. C’est assez spacieux lorsque c’est vide, mais ils se retrouvent vite à l’étroit. Ils n’ont pour seule couche que ces hamacs. Seuls les plus hauts gradés ont une chambre personnelle. Nous vous conduirons à la nôtre, vous verrez c’est la plus spacieuse. »

Nous voilà de retour sur le pont principal. Nous entrainons notre invité vers la barre. Nous la caressons lentement. Nous déposons nos mains sur le bois usé, nous fermons les yeux un instant. C’est l’endroit le plus important du navire. Celui sans lequel on ne pourrait pas naviguer. Celui qui nous permet de voguer où on le désire, celui qui nous conduit vers la liberté.

« Ici nous contrôlons notre vie. C’est notre endroit favori sur un navire. Tous les capitaines vous le diront. Ici, lorsque nous tenons cette pièce de bois, nous sommes libres. Nous bravons les mers et voguons ou nous le souhaitons. C’est cela être pirate. La liberté avant tout. Faire ce que l’on veut est devenu quelque chose de tellement rare. Cela ne vous donne pas envie ? »

Nous esquissons un léger sourire et prenons les mains de ce jeune humain afin de les placer sur la barre. Nous nous plaçons derrière lui, nous tenons la barre en sa compagnie, nos mains miment des mouvements rotatifs habituels lorsque nous naviguons. Nos lèvres s’approchent de son oreille afin de lui murmurer quelques paroles.

« Imaginez-vous au cœur de l’océan…Sentez le vent qui fouette votre visage, virez à bâbord et sentez la mer qui se plie sous votre volonté…Ressentez la pression qu’exerce cette coque de noix sur un si vaste océan… »

Nous lâchons la barre et faisons face à notre hôte. Nos regards se croisent un court instant. Suffisamment pour que nous comprenions qu’il est attiré par tout cela. C’est palpable, et ce, depuis qu’il a posé les pieds sur notre navire. L’heure de la proposition a sonné.

« Ciaran…Nous levons l’ancre demain à l’aube, dans quelques heures donc…Venez avec nous. Nous vous trouverons un poste. À moins que quelque chose ne vous retienne ici ? Quelque chose qui soit plus important que ceci… »

La main tendue nous désignons l’horizon, l’océan se mêle à la nuit, les étoiles et la lune se reflètent sur les flots comme sur un miroir. Un monde libre, un monde d’aventure, un monde exceptionnel attend notre nouvel ami…Mais passera-t-il le cap ? Laissera-t-il tout derrière lui pour partir à l’aventure ?
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MessageSujet: Re: Une nuit, au Renard   Mer 02 Nov 2011, 00:02

Les minutes passèrent alors que je découvrais petit à petit ce magnifique navire. Mon hôte m’accompagna à l’intérieur du bâtiment afin de m’y faire voir les différentes pièces et facettes de la Diligente. Chaque salle était une occasion de m’émerveiller une nouvelle fois, comme si mon rêve, mon illusion, prenait forme sous mes yeux. Je pouvais le voir, le toucher, le sentir. J’esquissai un sourire, hochant de la tête à toutes les remarques de Crystella pour ne pas gâcher les moments immortels que je vivais en sa compagnie.

Lorsque la visite fut terminée, la Capitaine m’emmena à nouveau sur le pont principal pour nous rendre à la barre. Face à cet instrument –qui n’était pourtant qu’une roue de bois-, mon cœur se serra d’émotion. Tout était là, face à moi. Toutes les volontés enfantines que j’avais refoulées à l’état de simples illusions étaient maintenant à portée de mes doigts.

« Ici nous contrôlons notre vie. C’est notre endroit favori sur un navire. Tous les capitaines vous le diront. Ici, lorsque nous tenons cette pièce de bois, nous sommes libres. Nous bravons les mers et voguons ou nous le souhaitons. C’est cela, être pirate. La liberté avant tout. Faire ce que l’on veut est devenu quelque chose de tellement rare. Cela ne vous donne pas envie ?»

Comme mes yeux ne quittaient pas la barre, Crystella prit mes mains entre les siennes pour les placer avec délicatesse contre l’instrument de toutes mes convoitises. A son contact, une sorte de frisson contenu me parcourut l’échine –ou était-ce le contact de sa peau contre la mienne ?- Mimant à ses côtés d’être aux commandes du navire, je regardai droit devant moi en m’imaginant à mon tour Capitaine. La voix suave de la jeune femme mit alors des mots sur toutes ces sensations que je ne connaissais pas et qui, pourtant, me paraissaient si familières. Je sentais cet air salé me titillant les sinus et le Dieu de l’Océan qui, grâce à ses vagues, me contait ces histoires de marins qui naissaient et mouraient en mer.

Les paupières closes, je restai de longues minutes fermement accroché à la barre, tentant de me convaincre que je venais de quitter Reilor. Mais la réalité me ramena sur Terre et mon regard croisa celui de Crystella qui avait visiblement compris mon attirance pour l’océan –il aurait fallu être aveugle pour ne pas s’en douter. Quelques secondes de silence s’écoulèrent alors que nous nous scrutions tous deux, jusqu’à ce qu’elles prononcent ces mots qui, j’en étais certain, bouleverseraient ma vie à jamais.


« Ciaran…Nous levons l’ancre demain à l’aube, dans quelques heures donc…Venez avec nous. Nous vous trouverons un poste. À moins que quelque chose ne vous retienne ici ? Quelque chose qui soit plus important que ceci… »

Le temps s'arrêta un instant. J’admirai cet horizon qu’elle désignait de la main avec envie. Même si je ne répondis pas immédiatement, ma décision était déjà prise depuis des années, depuis ma naissance. J’étais né pour ça. Pourtant, un bref instant, je ne pus m’empêcher de regarder Reilor et cette vie dont j’avais tant l’habitude. Le port me manquerait-il un jour ? Je me mordillai la lèvre, signe d’une réflexion surprenante mais qui avait toute sa place dans un moment aussi crucial. J’hésitai un instant puis, toujours en regardant mon chez-moi, je répondis :

« Les seules personnes qui me retiennent dans cette ville sont des morts, tandis que l’océan, lui, est immortel… »

Je me retournai vers Crystella, sourire aux lèvres. La jeune Capitaine, éclairée par la lueur de la Lune me semblait soudainement plus belle encore que lorsque je l’avais rencontrée au Renard. Etait-ce parce qu’elle venait tout simplement de donner un sens à ma vie ?

« … je voguerai à vos ordre, Capitaine. »

Le sort en était désormais jeté. Par ces mots, je vouais ma vie à la Diligente, à sa Capitaine. A l’océan, tout simplement. Pourtant, je n’étais pas inquiet, au contraire. Face à ce chemin tout tracé qui se dessinait devant mes yeux, le puzzle qu’avait été ma vie jusqu’alors prenait tout son sens pour finalement me mener jusqu’à ce jour. Le jour où je devenais enfin quelqu’un, et pas n’importe qui : un marin.

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MessageSujet: Re: Une nuit, au Renard   Dim 06 Nov 2011, 15:34

Notre nouveau matelot ne s’est pas fait prier avant d’accepter la proposition. Comme nous le pension, il n’aspirait qu’à cela. Nous avons ce don pour repérer les personnes qui veulent tout quitter et démarrer une nouvelle aventure. Chez Ciaran c’était très flagrant. Aucune difficulté à le convaincre. Tant mieux, nous n’aimons pas devoir faire des pieds et des mains pour convaincre les gens. Il faut que cela vienne d’eux, du plus profond de leur cœur. On ne devient pas pirate comme ça, non, c’est quelque chose que l’on a en soi depuis toujours, quelque chose qui sommeille au fond de son âme et qui lorsque l’opportunité se présente, fait surface. C’est exactement ce qu’il s’est passé avec Ciaran. Nous avons représenté son opportunité.

Nous avons remercié notre nouvelle recrue et l’avons invité à s’installer, il est chez lui à présent. Nous l’avons ensuite laissé, la nuit était déjà bien entamée et à l’aube nous devions nous mettre en route. Nous avons rejoint notre cabine pour y dormir quelques heures. Finalement, nous n’avons pas vidé les bouteilles en questions. Cela n’est que partie remise. Nous ne savons pas quelle seras l’influence de ce nouveau matelot sur notre équipage, car il est vrai qu’il ne possède pas de talents particuliers, mais il semble doté d’un grand sens de l’observation, d’une grande qualité d’écoute. Peut-être est-ce de cette façon que se comportent les amis ? Nous n’avons pas d’amis, nous possédons un équipage certes, mais ils nous respectent en tant que Capitaine. L’amitié est une chose que nous n’avons pas encore eu l’occasion de connaitre. Alors que nous nous endormons, nous savons que dès l’aube, les choses seront différentes, un tournant dans notre vie semble se profiler et nous ne sommes pas certaines du résultat…

--------------

L’aube se lève déjà, pourtant Crystella est bien reposée. Elle a l’impression d’avoir dormi pendant tant de temps. Pourquoi est-elle réveillée d’ailleurs ? Comment cela se fait-il que ce soit elle qui est le contrôle de ce corps ? Cela fait tant de jours, voire de semaines que nous ne sommes pas sorties, tant de temps passé à observer en spectatrice impuissante ce qu’elle fait. Sa dernière trouvaille plait bien à Crystella cela dit. Ce jeune humain a l’air très aimable et des plus charmants. Crystella a hâte de le rencontrer.

La belle Crystella se lève et se prépare tranquillement devant son miroir. Cela lui fait du bien de changer de look un peu. Le style négligé de Cryss ce n’est vraiment pas convenable pour une aussi jolie jeune femme que Crystella. La coiffure en pétard va disparaitre et un magnifique chignon parfait va prendre place. Une grande robe longue noire et rouge, pas de gantelets, pas de bottines, juste une petite paire de chaussures à hauts talons. Un décolleté moins pigeonnant que celui de Cryss. Le maquillage reste quasiment le même, celui-ci est juste plus doux.

Un dernier coup d’œil dans le miroir. Crystella est parfaite. Tout aussi jolie que Cryss, normal, nous partageons le même corps, mais elle est plus vulgaire, plus dans un style négligé. La porte de la cabine s’ouvre, Crystella fait son entrée.

Dans la main gauche, Crystella tient une superbe ombrelle qu’elle fait tournoyer allègrement. Sur le pont tout le monde s’active déjà, le départ est prévu dans peu de temps. Parmi la foule, Ciaran est finalement aperçu, il faut qu’elle le rencontre.


« Crystella est heureuse de vous revoir mon cher ! Avez-vous passé une agréable nuit ? »

Crystella l’invite à le suivre et se dirige vers l’avant du bateau. Elle passe quelques instants à contempler la mer. Cela fait longtemps qu’elle n’a pas pu la voir par ses propres yeux. Elle sait que sans doute dans quelques heures elle n’aura plus possession de son corps. Cela l’attriste un peu même si en réalité cela l’arrange bien. Elle laisse Cryss prendre les décisions qu’elle n’a pas le cran de prendre.

« Vous voilà donc un pirate à présent. Crystella espère que vous allez vous plaire sur son navire. À propos, comment se comporte l’équipage avec vous ? Quelqu’un vous a expliqué le fonctionnement de notre navire ? »

Alors qu’elle termine sa question, la jolie capitaine pose ses yeux sur l’océan. Une pensée pour Dante s’échappe, elle sait que dans quelque temps elle va frapper un grand coup. D’ici quelques jours elle l’aura rattrapé, d’ailleurs elle lui présentera ses dernières recrues afin qu’il les marque. Et puis ensuite elle repartira l’air de rien, avant d’agir contre lui quelque temps plus tard. Cette sombre pensée ne plait pas à Crystella, elle ferme les yeux et se penche en avant, la tête vers l’océan. Quelques secondes ainsi et ses yeux s’ouvrent à nouveau. Cryss est déjà de retour. Pauvre Ciaran, il va falloir que nous lui donnions des explications, sans quoi il n’arrivera pas à cerner sa Capitaine.
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MessageSujet: Re: Une nuit, au Renard   Mar 08 Nov 2011, 00:37

Une nuit magique. Allongé dans un des nombreux hamacs laissés vides par les matelots restés sur les quais, je regardai le plafond de bois éclairé par une lanterne dont la bougie était presque complètement consumée. Comment trouver le sommeil alors que, à l’aube, l’aventure me tendrait enfin les bras ? Je m’imaginais déjà dans toutes ces histoires que l’on racontait à ces enfants rêveurs avant que Morphée ne les prenne dans ses bras, et ces pensées faisaient battre mon cœur à la chamade. A bien y réfléchir, je devais vraiment avoir l’air d’un abruti à scruter ces planches avec un sourire béats aux lèvres. Tant pis.

Demain –ou plutôt dans quelques heures-, je réaliserai mon rêve.
___________

« Et où est-ce que tu vas avec ton barda, l’nouveau ?! »

Tentant de me frayer un chemin entre tous les matelots qui grouillaient en tous sens avec les vêtements que j’avais gagné hier grâce à la Capitaine, je me retournai vers la voix qui venait de m’interpeller en haussant un sourcil. L’homme qui me faisait face était ce que l’on pouvait appeler une brute. Chauve, couverts de cicatrices, simplement vêtu de braies trouées et d’un maillot sans manches, on devinait le nombre de batailles qu’il avait gagné en mer.

« Euh… J’suis nouveau, en fait. La Capitaine m’a dit de m’installer.
- Y’a pas de place pour toi dans cette pièce, alors tu prends tes affaires et tu dégages d’ici ! »

L’air menaçant du marin me glaça un peu le sang. Je compris soudainement où je mettais les pieds et, loin de regretter l’idée d’être un homme de la mer, je prenais conscience qu’il allait falloir me faire une place dans ce bateau. Une belle place, de préférence. Cette idée en tête, je posai mon sac de vêtements au sol et m’approchai de mon adversaire avec un air fier et quelque peu supérieur. Autour de nous, un cercle se forma et on put entendre de nombreuses insultes à mon encontre. Les nouveaux n’étaient visiblement pas les bienvenus.

Comme mon visage n’était plus qu’à quelques centimètres de celui du chauve, je lui chuchotai à l’oreille :

« Y’a de la place pour moi, tu sais... Même que y’a bien assez de place dans ce navire pour que toi et moi cohabitions sans trop de chahuts… Maintenant, si t’es pas de cet avis, on peut toujours négocier… »

A ces mots, je retroussai légèrement les manches de ma chemise pour lui faire comprendre que j’étais tout à lui. L’homme serra la mâchoire, et on put entendre des rires gras suivis de nombreux « Pète-lui la gueule, Owen ! Ce connard t’a manqué de respect ! ». Les énormes maxillaires du chauve apparurent sous ses joues tant il serrait les dents. Soudain, il serra son poing droit et dirigea celui-ci en direction de mon visage. Reculant d’un pas, je me préparai à rendre le coup lorsqu’on entendit une voix provenant du pont appeler tous l’équipage à monter. Un air de frustration se dessina sur le visage d’Owen, et il me dit :

« On règlera ça plus tard, merdeux… »

Le cercle autour de nous se déforma pour finalement disparaître alors que tous se rendaient sur le pont. Bousculé de tous côtés, une main se posa finalement sur mon épaule et j’entendis un homme me dire :

« Te bile pas, Owen est un gros con. Il est convaincu de faire la loi dans l’équipage mais, en vérité, tout le monde se fout de sa gueule. »

En me retournant pour faire face à l’inconnu, je découvris un homme gigantesque et dont la peau était couleur de terre. Face à ce colosse, je reculai d’un pas pour le regarder dans les yeux et lui adresser un sourire amusé.

« J’avais remarqué. N’empêche, pour un premier jour, c’est pas franchement la rencontre idéale !
- C’est toi le nouveau, alors ? Quelques gars racontaient qu’on avait une nouvelle recrue mais j’ pensais pas qu’elle oserait aussitôt faire face à Owen. C’est bien. J’me présente, j’m’appelle Aedan. »

A ces mots, le géant me tendit la main –qui faisait sans doute deux fois la mienne- et je la lui serrai sans hésiter.

« Enchanté, Aedan. Moi, c’est Ciaran.
- Bon, maintenant que le protocole est respecté, allons vite sur le pont avant que la Capitaine ne nous engueule. »

En arrivant sur le pont, le soleil brillait un peu plus haut que l’horizon. La matinée approchait, et chacun s’attelait à sa tâche sans que je ne sache, pour ma part, quoi faire. Bien décidé à rester en la compagnie d’Aedan –qui semblait de son côté m’apprécier suffisamment pour supporter ma présence-, je le suivis alors qu’il remontait les cordes d’amarrage à bord. Tentant de faire preuve d’initiatives, je m'approchai pour l'aider lorsqu’une voix familière m’interpella. Crystella.

« Crystella est heureuse de vous revoir mon cher ! Avez-vous passé une agréable nuit ? »

Je fis volte-face. La Capitaine était à un peu plus d’un mètre que moi et me sembla plus rayonnante que la nuit dernière. Etait-ce le soleil levant qui donnait cette impression ou son maquillage qui était moins prononcé ? Je l’ignorai. Sa coiffure, quant à elle, était ordonnée –contrairement à hier. Cette allure de bourgeoise me plaisait et me décocha même un sourire. Sous ces airs-là, Crystella paraissait presque inoffensive. Et pourtant.

« Tout le plaisir est pour moi, Capitaine. Ma nuit a été courte, mais elle m’aura suffi ! »

Alors qu’elle m’invitait à la suivre, je fis un signe à Aedan pour m’excuser de le laisser en plan tout en suivant Cryss jusqu’à la proue du navire. A cet endroit, la demoiselle scruta l’océan et je me joignis sans hésiter à son activité. Encore quelques minutes de patience et je pourrai dire adieu à la Terre.

« Vous voilà donc un pirate à présent. Crystella espère que vous allez vous plaire sur son navire. À propos, comment se comporte l’équipage avec vous ? Quelqu’un vous a expliqué le fonctionnement de notre navire ? »

Tout en repensant à ce qui venait de se passer avec Owen, je me questionnai sur la nécessité de faire part de cet évènement à la Capitaine. Me plaindre me ferait passer pour un couard et, qui sait, le chauve était peut-être son favori. Nous n’étions pas encore en mer et l’idée d’être descendu du navire pour une chamaillerie n’était plus envisageable. Il fallait mentir.

« Jusque-là, l’équipage a été accueillant. J’ai d’ailleurs rencontré Aedan, un homme sympathique malgré son air de géant brutal, mais il n’a pas eu le temps de m’expliquer comment tout fonctionne, ici. »

Supposant que la Capitaine prendrait la peine de m’expliquer toutes ces choses-là en détail, j’attendais en silence qu’elle me réponde. Avant que ce soit chose faite, un hurlement venant du centre du navire retentit :

« Le bateau est prêt à partir, Capitaine !! Tous les pirates sont prêts à voguer !!! »

C’était l’heure.

___________

Spoiler:
 


Dernière édition par Ciaran Donnelly le Lun 14 Nov 2011, 00:24, édité 1 fois
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Une nuit, au Renard

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