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"Homme libre, toujours tu chériras la mer !"
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 Parce que finalement... non rien ! DANS MES BRAS ! [Balsa]

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MessageSujet: Re: Parce que finalement... non rien ! DANS MES BRAS ! [Balsa]   Sam 17 Mar 2012, 04:49

Elle savait que Mataro souffrait. Elle le sentait. Car, qu’elle veuille l’admettre ou non, elle avait sa part humaine. Cette empathie, elle la ressentait plus fortement que jamais en compagnie de ces chimères. Leur race n’était qu’une succession de sujets tous créés différemment. Combien pouvait-il y en avoir, Balsa l’ignorait, mais elle savait qu’ils ne formeraient jamais un peuple. Pourtant, elle voyait Iburo et Mataro comme son peuple. Ses semblables. Et elle venait de leur jeter à la figure son intention de ne pas les côtoyer. Même pour elle c’était dur. Mais c’était le bon choix. Face à elle le visage canin semblait impassible, expressions animales trop discrètes ou maîtrise de ses émotions ? A moins qu’il se soit attendu cette conclusion… Quoi d’autre après tout ? Les babines s’entrouvrirent finalement.

- J’espère que tu seras agréablement surprise de me revoir, si un jour, nos chemins se croisent à nouveau.

Si leurs chemins se croisaient de nouveau… C’était déjà un miracle qu’ils se soient retrouvés. Qu’ils se revoient semblait tellement improbable. Le temps passant les chances augmenteraient. Mais Balsa n’avait déjà qu’une idée très floue de son lendemain. Alors se projeter vers des époques lointaines lui était bien impossible. Si ils se recroisaient… Elle serait heureuse, sans doute. Et elle voudrait savoir. Savoir si ses amis s’en étaient sortis. Savoir ce qu’ils avaient vécus et, qui sait, s’ils s’étaient séparés. Ce qu’elle leur souhaitait. Seulement tout cela, elle n’eut pas le temps de le penser. La fourrure de Mataro ondula sur le coin de sa rétine et l’instant d’après des bras s’étaient accrochés à elle. Le tissu de son haut glissa sur sa peau et la fourrure vint la caresser.

Alors le temps se figea. Puis la douleur submergea les corps. Saisissante, elle crispa Mataro contre Balsa et la foudre se déversa en continu pendant tout le temps d’une vie aux enfers. Chaque muscle se tordait, chaque goutte de sang semblait plus tranchante qu’un rasoir et plus brulante que le plus grand des feux. Les dents serrées, prise au piège, Balsa ne pouvait plus qu’espérer que tout s’arrête. Jusqu’à ce que l’inconscience noie la douleur de Mataro et l’entraîne dans le noir. Sa chute rompit le contact et il tomba lâchement sur le sol. La foudre, capricieuse, pulsait encore dans les veines de la chimère, jusqu’à ce qu’elle se noie. Elle ferma les yeux, se laissant entraîner vers l’abîme et le néant.

Le contact rompu la douleur s’effaçait. Alors la réalité réapparaissait, doucement, sens par sens. Balsa sentait le sol sous ses fesses et sous ses paumes, elle se sentait trembler de tout son être. Sur son visage où la souffrance s’étalait des gouttes de sueur chaude perlaient, venant se mêler aux larmes sur ses joues rayées. Ses yeux fermés sur le monde se rouvrirent et devant elle le corps de Mataro, allongé, inconscient, se révéla. Elle attendit que le flou s’estompe, inspirant et expirant le plus calmement possible, intimant à son cœur se retrouver un rythme moins violent. Ses poumons s’emplirent de l’air de la forêt, parfums de la nature rassurants.

Quand les traits de son ami furent nets, elle était apaisée. Bien sur le courant s’amusait encore à glisser le long de ses nerfs, mais il s’était affaiblit et elle pouvait s’en accommoder le temps qu’il disparaisse. Alors elle commença à prendre conscience de ce qui l’entourait, essuyant son visage du revers d’une main. Comme si elle redécouvrait le monde ses yeux balayèrent la forêt autour d’elle, se hissèrent jusqu’au ciel et retombèrent sur le corps inerte. Son cœur se serra. A quatre pattes elle approcha de la chimère, ignorant les cris de ses articulations souffreteuses. Elle se mit à genoux au dessus de lui, sourcils froncés par l’anxiété. Mais la poitrine couverte de fourrure se soulevait, doucement certes, puis s’affaissait. Il respirait, il était en vie.

- Evidement que t’es en vie !

Pourquoi en douter ? Mataro et Iburo étaient forts. Comme Balsa, ils avaient été créés pour l’être. Pour résister, dépasser les limites de l’humanité. Elle regarda les côtes monter et descendre au rythme d’une respiration lente semblable à celle du sommeil. Elle aurait voulu faire quelque chose, installer son ami dans une position plus confortable que celle qui résultait de sa chute hasardeuse. Lui relever la tête. Ou tenir sa main le temps qu’il se réveille… Mais rien de tout cela n’était envisageable. Car, maudite, Balsa ne lui ferait que plus de mal.

- Quelle idée aussi…

Réalisant qu’elle parlait à voix haute elle soupira. Elle se demandait ce qui avait bien pu pousser Mataro à la prendre dans ses bras. Quelle était cette tendresse et pourquoi maintenant ? Il ne pouvait pas avoir oublié la décharge qu’Iburo s’était vu infligée en début de journée. Celle-ci avait été brève cependant et sans doute il n’imaginait pas qu’un contact prolongé puisse être aussi dévastateur. Erreur de jugement. La leçon était dure mais au moins il ne s’y laisserait plus prendre.

En plus, avec tes conneries, j’ai bien cru que j’allais mourir…

Emphase certes, mais elle avait souffert le martyre. Elle aurait sans doute perdu connaissance elle aussi, si elle n’avait pas la malheureuse habitude de vivre ce flot électrique. Des mois à présent qu’elle vivait avec, des mois pendant lesquels son corps s’était adapté, ou peut-être supportait-elle mieux la douleur. Car la première fois que la foudre avait coulée en elle, elle s’était retrouvée dans un état lamentable pendant plusieurs jours. A chaque manifestation électrique la douleur revenait. Puis les jours à ressentir les empreintes de cette énergie nouvelle se firent heures, puis minutes. Une dernière étincelle lui traversa le bras et elle se sut remise. Et s’assis alors plus confortablement, ramenant ses genoux derrière ses coudes. Elle observait Mataro, attendant son réveil. Car il n’y avait rien de mieux à faire, du moins pour elle.

Les chuchotements de la forêt bourdonnaient à ses oreilles, les secondes passaient dans le silence et l’immobilisme. Alors que ses yeux se perdaient sur la mâchoire animale ses oreilles crurent entendre le bruit des os brisés. L’image du petit chien expirant entre les dents de Mataro revint à l’esprit de Balsa. Et un frisson courra le long de son échine. Elle afficha une seconde une mine de dégout, puis le gout du sang lui vint en bouche et elle eut faim. Elle n’était pas si différente de lui à y réfléchir. Il était sauvage, animal. Mais sa haine des humains lui empoisonnait le cœur.

T’es humain toi aussi hein, souviens-t'en !

Elle se figea, illuminée. Voilà ce qu’elle dirait à Mataro à son réveil ! Peut-être comprendrait-il mieux son erreur. Leur part humaine pouvait être honteuse, elle n’en était pas moins vraie. Le langage, la tenue, l’intelligence, ils avaient beaucoup en commun avec les peuples humains. Ils avaient simplement l’animal en eux aussi. Le prédateur, le tueur. Elle chassa cette pensée pour considérer une nouvelle fois le corps étendu. Combien de temps s’était écoulé ? Elle en avait perdu la notion. Et combien de temps s’écoulerait avant qu’il ne se réveille ? Cela pourrait prendre des heures. Le regard de Balsa se promena sur la lisière de la clairière. Elle y trouva les chemins qui la feraient disparaître sous la végétation. Et l’idée la traversa de partir. Là, maintenant. Que restait-il à dire ? « Souviens-toi que t’es humain » ? Elle ne se ferait pas si moralisatrice, non... Car Mataro devait trouver sa propre vérité, seul.

Le museau remua, une oreille sursauta et les doigts se crispèrent. Mais c’était ceux de Iburo. Car elle venait de redonner à leur corps son apparence féminine. Ces changements pouvaient paraître brusques, imprévisible et perturbants, cependant l’esprit de Balsa avait saisit la réalité de cette double personnalité. Elle savait que tout ce que l’un voyait, l’autre le voyait aussi. Que tous deux entendaient les mots et vivaient les mêmes sensations. Pourtant il y avait deux êtres dans ce corps. Le jour et la nuit, cela ne pouvait être plus clair à présent. La chimère se demanda si amie allait s’éveiller. Mais il pouvait tout aussi bien s’agir d’un rêve ou de reflexes inconscients. Alors Balsa prit la résolution suivante. Si ce n’était qu’une mouche qui avait piquée Iburo elle partirait pour de bon. C’était lâche, elle souhaitait égoïstement éviter des adieux qui seraient tristes. Cependant elle s’en remettait au sort, comme confiant le dénouement de cette rencontre à une puissance supérieure. Lâchant ses genoux elle se retrouva en tailleur, longue queue en arc de cercle sur sa droite. Elle vit les paupières tiquer et son cœur accéléra.


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MessageSujet: Re: Parce que finalement... non rien ! DANS MES BRAS ! [Balsa]   Dim 25 Mar 2012, 04:01

Avant, il y avait un tout. A présent, il n’y a plus rien. Le Tout est devenu Néant.
Oublier la douleur, le choc. Oublier la peine et le malheur. Oublier les origines du drame, oublier la joie, oublier les rires. Oublier tout ce qui a pu, un jour, éveiller les sens. Oublier le pourquoi, oublier le comment, le quand et le où.
Oublier le qui.
Oublier jusqu’à sa propre existence. N’être plus qu’une chose, bringuebalée entre d’autres choses, qui bougent par des choses plus grandes encore. En harmonie avec le reste. Rien ne sert de se poser des questions, puisque l’on n’y cherche aucune réponse. On n’a aucun besoin de les obtenir. Il suffit d’être. Sans se soucier du reste, sans même en avoir conscience. Rien de plus qu’un objet parmi tant d’autres.

Pendant un instant, c’est plus une impression de vide et de paix intérieure que de réelle désintégration mentale. Et je comprends alors pourquoi Mataro aime tant le Danger. Je n’ai pas subi le choc qu’il a ressenti, mais j’ai eu l’impression de retourner à l’état embryonnaire. Mieux, à l’état même de poussière, l’espace de quelques secondes merveilleuses. Lorsque Mataro n’a plus eu assez de forces pour résister au flot constant traversant le corps et celui de Balsa, le corps est tombé en arrière. Puis cette impression. Rien. Plus le besoin de vivre, inutile celui de poursuivre un but devenu futile, disparue l’envie de balancer à notre amie la première chose qui me tombe sous la main.
Puis c’est le noir. La panne. Le corps n’a même plus la force nécessaire de me faire prendre le pas, alors que Mat tombe dans une sorte de micro coma. C’est comme une mise en veille. La puissance suffisante pour aire tourner la machine. Dans ma salle, je retrouve peu à peu mes esprits. Le néant disparaît.

Qui suis-je ? Quel est mon but dans la vie ? vivre ? Être aimé ? Aimée peut-être ? Suis-je mâle ou femelle ?
Je me frotte les yeux pour sentir comme un engourdissement dans tout le corps. Lorsque j’ouvre à nouveau les yeux, tout est blanc autour de moi. Il me faut du temps pour que les objets et les limites de mon espace se dessinent. L’image commence à devenir plus nette.

Je suis assise, les genoux repliés sur la poitrine, les mains autour des jambes. Ma queue est enroulée autour de mes pattes. Je suis toute recroquevillée. Quelque chose a bougé dans ma tête. Quelqu’un m’a parlé ; j’ai eu le goût du sang dans la bouche. Toute ma pelisse s’est redressée d’un bloc.
J’ai peur. J’ai entendu les pires choses imaginables. Hier encore, tout allait bien, jusqu’à ce que les hommes en blanc m’emmènent dans leur salle grise, avec cette table en acier au centre. Je me souviens avoir vu, pour la énième fois, les instruments, posés sagement les uns aux côtés des autres. Comme une armée de braves petits soldats. Il y a bien quelque chose qui a remué, à cet instant, dans mon crâne. De la curiosité. J’avais souvent senti cela auparavant. Mais je n’avais pas pensé utile d’en parler aux scientistes. On m’a installée sur la table, on m’a enfoncé l’aiguille dans le bras, on m’a injecté ce liquide translucide.
C’est lors de mon réveil, dans cette pièce qui est la mienne depuis que je suis assez grande pour me déplacer toute seule, que j’ai senti que quelque chose n’allait pas. Ces mots m’ont fait du mal. Ils ont percé ma tendresse comme on poignarde l’innocence. J’ai l’impression de ne plus être réellement moi. Je vois tout aux travers d’un rideau blanchâtre. Les jouets, la petite table, les deux petites chaises colorées, les cubes lettrés, les kaplas. C’est un peu comme si, au fond, je me fichais bien de cette vie. Comme si je la regardais au travers des yeux d’une autre moi. Je suis endormie. Je rêve éveillée.
D’un coup, je suis projetée en arrière, sans pouvoir faire quoi que ce soit, les sensations se réveillent, la douleur aussi. Je hurle, je me débats. Rien n’y fait. Je reste prisonnière de ce petit bureau sombre. Avec une fenêtre qui s’ouvre au dehors. Cette fois, je regarde réellement la vie de quelqu’un d’autre.
Et c’est avec terreur que je vois l’homme entre dans la salle où je me trouvais quelques secondes auparavant. Je me précipite vers la fenêtre, pour lui crier qu’on m’a emprisonnée, que ce n’est pas moi. Fuyez, courez, allez-vous en ! Dans ma poitrine, mon cœur bat à tout rompre, mais j’entends un autre battement de cœur, plus fort, plus rapide encore. Puis, un grondement sourd qui résonne, comme si tous les murs de la petite pièce tanguait, et dans un cri bestial, ma prison se précipite vers lui. L’homme me regarde (regarde l’autre moi) avec frayeur, avant de tenter de s’enfuir. Bien sur, il est trop tard.

_ Arrêtez ! Stop, non !

Je vois l’autre moi attraper l’homme au cou, le serrer, et le jeter comme un vulgaire chiffon contre le mur. La porte ouverte lui montre la voie de la liberté, il se lance dans le couloir à toute vitesse, les scientistes tentent de se jeter sur son chemin. Ils ont des armes à feu crachant des gerbes de balles, qu’ils dirigent au petit bonheur la chance, espérant toucher cette expérience ratée, expérience détraquée qui se rue sur eux. Peine perdue. Sous mes yeux, il liquide un à un les scientifiques qui décident que la fuite est finalement la meilleure défense… les hurlements pleuvent, les corps aussi. Dans des bruits de craquement, les enveloppes charnelles laissent la vie les quitter, et retournent au Rien.
Je me bouche les oreilles, je hurle pour couvrir le bruit qui me vient encore, je ferme les yeux, je me détourne du spectacle affreux. Le mal est déjà fait. Je ne peux pas effacer de ma mémoire ce qui vient d’arriver.

C’est le calme plat. Le calme après la tempête. J’ose jeter un rapide coup d’œil vers la fenêtre avant de me replier de nouveau, comprimée par la peur. Mais tout est sombre au dehors ; sombre et silencieux. Je lève les mains de mes oreilles, je tourne le regard. Et je vois. Malgré les lumières éteintes de l’endroit, je peux apercevoir les corps décharnés des scientistes. J’ai beau être jeune, je sais qu’ils ne se relèveront jamais. Le cœur énorme qui fait vibrer les parois du petit bureau sombre bat plus lentement. J’ose élever la voix.

*Qui êtes-vous ?*

Pas de réponse. Peut-être que c’est un rêve, en fin de compte ? Je l’espère ! Ma prison se dirige lentement dans le couloir, vers ce qui pourrait être une sortie.

*On a pas le droit de sortir sans demander l’autorisation, vous savez ?*

Toujours rien. Un tout petit bruit se fait entendre, non loin. Je crois que ce sont des sanglots. L’autre moi se dirige vers sa source. C’est une voix de femme. Au fil de la marche, je parviens à entendre qu’il s’agit du docteur Bennet. Elle m’observe aussi depuis ma naissance. Au son de sa voix, je comprends qu’elle a peur.
Finalement, j’arrive même à entendre ses mots :

_ Professeur Ika, dit-elle d’une voix chevrotante. Les nouvelles sont mauvaises, très mauvaises ! Le sujet s’est évadé. Je… je ne sais pas s’il y a d’autres rescapés mais pour ma part, je n’ai rien. C’est presque un miracle. Je n’ai pas réellement vu ce qu’il se passait, mais ce que je sais, c’est qu’aujourd’hui, le sujet du projet LAE – 01 a non seulement changé de comportement, mais aussi de forme. Ce n’était plus la petite Laeranh comme vous l’appeliez. Ce n’était plus une femelle en tout cas. J’ignore s’il s’agissait de possession, de transformation ou d’illusion collective, mais ce qui est certain, c’est que c’est sans doute l’effet de la graine. Tous ceux qui étaient là ont vu une Laeranh mâle. Et elle… enfin, il…
Elle a une hésitation.
_ Il les a tous massacrés.
L’autre moi, arrive derrière la porte entrebâillée. Il l’ouvre lentement, et nous pouvons voir le docteur Bennet qui nous tourne le dos. Je sais ce qu’il va faire ! Docteur Bennet, retournez-vous, attention, il est là ! Attention !
Le regard par lequel je vois se tourne vers la prise où est branché le téléphone, et sans un bruit, ma geôle s’y dirige. Pendant ce temps, la scientiste prend une inspiration avant de continuer :
_ Je vous en pris, professeur Ika ! Revenez ! J’ignore si la créature est morte, elle aussi… je suis peut-être la seule en vie, et vous êtes peut-être le seul à pouvoir l’arrêter si elle en a réchappé. Je suis dans votre bureau ; si vous recevez ce message, je vous en supplie, venez ! Je vous…
D’un geste sec, mais silencieux, l’autre coupe la ligne puis dirige à nouveau son regard vers le docteur Bennet. Je n’ose bouger. Incrédule, la pauvre femme regarde le combiné comme s’il allait lui donner la réponse qu’elle souhaitait, puis l’être qui bouge à ma place se jette derrière elle, son mouvement attire l’œil de la femme. Elle voit la prise dénudée. Les yeux écarquillés par la peur, elle tourne lentement la tête pour voir la porte grande ouverte. Et pour comprendre que le professeur Ika ne viendra chercher personne aux grognements qu’elle entend derrière elle…
A ses cris désespérés, je mêle les miens, me replongeant dans cette position que j’ai adoptée pendant que les scientifiques se faisaient tuer, accroupie, mains sur les oreilles, yeux clos, sourcils froncé.

Quand je me rends compte que je suis la seule à continuer mon braillement, je m’arrête, reprends lentement mon souffle, et observe à nouveau par la fenêtre. L’autre cherche dans les dossiers, il trouve. Le projet LAE-01, comme la femme semblait l’appeler. Un classeur plein à craquer, en plus d’un carton empli de cassettes audios. Derrière les larmes qui commencent à me brouiller la vue, je crois voir d’autres corps qui se chevauchent, tout au long du périple de l’autre jusqu’à... la sortie ? Je ne savais rien de ce monde-là. Comment me l’a-t-on caché si longtemps ? Il semble tellement vaste, comparé à cette salle blanche que j’ai supporté pendant dix ans. L’autre pose le carton et le classeur au sol, avant de regarder autour de lui.

*Je suis Mataro* dit-il avant de me balancer en avant, à la place que j’occupais avant que tout cela n’arrive.

L’air frais se frotte avec douceur à mon visage, mon corps. Je ne suis plus dans ce bureau ? C’est cela que l’on appelle « dehors » ? Et ces hommes, pourquoi l’odeur qui s’échappe de leurs corps me répugne-t-elle tant ?
Qui s’occupera de moi ? Qui me nourrira ? Qui me parlera, désormais ?
Les larmes se mettent à couler, incapables de rester en place, et glissent sur le duvet de mon visage canin, entre mes babines retroussées par la peine. Je me recroqueville, et je pleure…

La foudre. J’ai pris la foudre. Frappée par un éclair. Mon corps a mal. Je sens des fourmis dans tous mes muscles meurtris.
Poussant un grognement à peine audible, je parviens à ouvrir un œil. L’air entre et sort difficilement de mes poumons encore crispés. Tout est flou. Peu importe, je suis en vie. C’est le principal.
Troublée par ce qui semble être un rêve, ou un retour en arrière, je n’oublie pas cette sensation, à cause de l’odeur. Celle de la mort. Incapable de bouger, je tourne le regard, de gauche à droite, de haut en bas. Puis je vois une forme. Une femme.
Docteur Bennet ? Non, impossible.
Balsa.
C’est elle, assise. Face à moi.

« Nous n’avons plus rien à faire ensemble »

Les larmes.

« On peut pas suivre la même route »

La peur.
La douleur.
Balsa, si tu as décidé que nous ne devions pas suivre la même route, alors vas-t-en. Si tu estimes que nous n’avons rien à faire ensemble, trouves-toi d’autres amis.
Mes sourcils sont froncés. Je n’ai pu que penser ces paroles, mais j’aurais bien voulu lui cracher au visage. Ses mots m’ont bien plus blessée encore que toutes ces choses affreuses, que m’ont implantées les scientistes dans le corps. Je la regarde, les mâchoires serrées. Si je parle, je m’en voudrai toute ma vie. Mais si je ne parle pas, j’en souffrirai plus. Bien plus. Poussée par la colère, la fureur, et malgré les derniers éclairs de douleur qui me transpercent encore le corps, je me redresse sur les coudes, et regarde mon amie droit dans les yeux. Je ne veux pas qu’elle parle, je veux qu’elle écoute. De toute façon, quoi qu’elle dise, je ne l’écouterai pas.

_ Si tu cherches à t’entourer d’êtres qui te ressemblent, c’est ton choix. On ne choisit pas sa famille, et beaucoup estiment que chacun d’entre nous a le droit de choisir ses amis. Moi, je préfère qu’ils me soient amenés par le hasard. Et tels qu’ils sont, je les accepte. Tu as souhaité vivre avec des semblables. Ta définition de l’amitié n’est pas la mienne. En effet, nous n’avons plus rien à faire ensemble.

Quel discourt ridicule, pathétique, par rapport à ce que je ressens, en ce moment même. Tous les mots du monde ne me permettraient pas de te faire comprendre ce que mon cœur endure. Toutes les décharges, tous les gestes non plus.

_ Je suis ce que je suis, tu es ce que tu es. Je ne désire pas que tu changes, et c’est ainsi que je t’ai reçue dans mon cœur. Si tu ne m’acceptes pas telle que je suis, alors c’est que nous ne devions pas être amies.

Le dernier mot a lâché les serpents : les larmes qui apparaissent au coin des yeux… la voix hésitante. Les futures phrases sorties de façon saccadée.

_ Mataro a raison. J’espère qu’un jour, vous vous retrouverez.

Mais si tu ne changes pas, Balsa, je serai de nouveau seule, avec le fantôme de mon aimé à mes côtés. Cela me suffira, si le reste du monde a la même définition de l’amitié que toi.

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MessageSujet: Re: Parce que finalement... non rien ! DANS MES BRAS ! [Balsa]   Jeu 29 Mar 2012, 01:23

Les paupières remuèrent, luttant contre une force ou une volonté qui voulait les laisser closes. Mais un œil s’ouvrit puis l’autre. Les pupilles ajustèrent leur forme à la lumière du soleil filtrant au travers de la végétation et se mirent à scruter, cherchant un point de repère, un semblant d’explication à ce qu’était devenu le monde. Elles tombèrent enfin sur Balsa dont la respiration cessa l’espace de quelques instants. Iburo avait reprit conscience, juste à temps pour pouvoir encore trouver son amie présente. Quelques minutes plus tard la chimère se serait évaporée et n’aurait laissé que la clairière pour accueillir le corps foudroyé. Le destin avait décidé pourtant que leurs retrouvailles n’étaient pas achevées. Balsa doutait qu’il reste encore à dire et pour cette raison elle se plongea dans un silence qu’elle n’entendait pas briser. Le bruit du vent léger, les chants des oiseaux, les murmures de la forêt, tout avait plus de sens que les paroles d’un langage humain qui pourraient être prononcées.

Mais les sourcils se fronçaient, Iburo n’était pas aussi apaisée que son amie. Ses bras acceptèrent de se mouvoir pour lever le corps, doucement, jusqu’à ce que le buste soit redressé. Ils eurent même la force de le tenir dans cette position. Iburo était forte. Balsa s’en voulut d’en avoir douté, même si ça n’avait duré qu’une seconde. Dans cette position, son amie pouvait lui faire face. Et Balsa comprit que c’était ce qu’elle cherchait, car ce regard qu’elle avait était sans équivoque. Elle avait à dire, elle en avait même lourd sur le cœur. Balsa n’était pas sûre de vouloir entendre, mais elle écouta car elle avait bien trop de respect pour cette chimère.

- Si tu cherches à t’entourer d’êtres qui te ressemblent, c’est ton choix...

S’entourer ? Balsa ne cherchait pas à s’entourer non. Elle avait noué des amitiés, rares et fragiles, mais elle n’avait jamais envisagé de vivre avec personne. Car le seul être qui avait partagé sa vie, le seul qu’elle avait considéré comme sa famille, Akin, l’avait abandonné sans préavis. Cette rupture, bien qu’elle l’ait attendu sans se l’admettre, l’avait brisée. S’attacher aux êtres après ça, elle ne le souhaitait plus. Attitude lâche au possible, mais c’était la plus facile à vivre pour elle. Toutes ces pensées fusèrent bien trop vite cependant pour qu’elle ne les saisisse. Et elle restait concentrée sur le discours d’Iburo, ne voulant pas perdre une miette de ce qu’elle disait.

- Ta définition de l’amitié n’est pas la mienne. En effet, nous n’avons plus rien à faire ensemble...

Rien, Iburo n’avait rien comprit. Pensait-elle que Balsa venait de mettre un terme à leur amitié ? Elle se trompait lourdement ! C’était blessant d’entendre de tels propos et une envie violente de reprendre son amie s’empara de Balsa. Mais elle la ravala, tempérant le flot bouillant dans ses veines, ordonnant à son cœur de cesser de frapper si fort dans sa poitrine et à ses lèvres de rester closes. La suite n’améliora pourtant pas les choses. Car elle avait été « acceptée dans le cœur » d’Iburo et maintenant celle-ci croyait que ce n’était pas réciproque. Bien sur Balsa regrettait et déplorait les rêves de son amie, elle aurait voulut les savoir, les entendre différents… Mais elle n’avait pas besoin qu’elle change pour que cette amitié dure. « Si tu ne m’acceptes pas telle que je suis, alors c’est que nous ne devions pas être amies » vint briser quelque chose en elle. Ainsi c’était donc ce qu’Iburo tirait comme conclusion de leur discussion… Peut-être avait-elle raison au fond. Et surtout, peut-être était-ce là le moyen le plus simple de se séparer. Le silence fit mine de s’installer et déjà son poids pesait sur les épaules de Balsa. Pourtant il restait une phrase qui, suspendue dans cette irréelle attente, vint résonner aux oreilles épuisées de la chimère.

- Mataro a raison. J’espère qu’un jour, vous vous retrouverez.

Elle hocha la tête, presque imperceptiblement. Sa langue semblait de plomb, elle ne savait pas quoi ni comment répondre. Elle réalisa alors qu’il n’y avait dans les paroles d’Iburo aucune question et finalement le mutisme était peut-être la meilleure attitude à adopter. Pourtant tu te trompes Iburo, je te considère toujours comme une amie très chère… Mais pourrait-elle le lui faire comprendre ? Pourrait-elle clamer ces mots haut et fort avant de les abandonner sans regret ? Elle ne voyait cette idée que comme une cruauté supplémentaire. Si Iburo en était venue à penser que leur amitié était finie, la séparation serait moins douloureuse. Oui, Balsa avait finit de s’en convaincre. La vérité, elle la connaissait : dans son cœur, Iburo et Mataro auraient toujours une place de choix. Ses semblables, eux seuls pouvaient réellement la comprendre. Cette vérité resterait silencieuse pourtant, au lieu de venir remuer des émotions qui engendreraient d’avantage de souffrance. Et elle assumait pleinement ce choix.

Alors, doucement, elle se redressa, déviant son regard des prunelles animales pour le porter vers le sol et les alentours. La douleur électrique en avait finit avec elle et n’était plus qu’un mauvais souvenir. Peut-être Iburo mettrait plus de temps à se rétablir, peut-être ne pourrait-elle pas se lever avant un moment… Quelque part Balsa l’espérait, tout en ne souhaitant aucunement que son amie souffre. Un coup d’œil la révéla toujours dans la même position, un peu vexée sans doute face au silence de sa compagne. Soigneusement, Balsa défroissa le tissu de ses vêtements et en balaya les feuilles et brindilles accrochées depuis sa chute. Les débris tombèrent mollement jusqu’à retrouver l’humus et l’herbe. Dans leur chute ils emportèrent chaque hésitation de la chimère et quand la dernière feuille atteint le sol la détermination de Balsa était au maximum. Une grande inspiration et elle replongea son regard dans celui d’Iburo.

- C’est un au revoir Iburo, Mataro… Pas un adieu, non, j’aimerais vous revoir tous les deux… Je vous souhaite de réaliser vos rêves, aussi loin des miens qu’ils soient. De vous séparer aussi… mais le dire vous blesserait sans doute…

Elle était parfaitement immobile et le monde tout entier lui semblait aussi figé qu’elle. Le temps aussi, qui gelait son cœur et tout son être, étirant cet instant suspendu qui pourtant, inéluctablement, toucherait à sa fin. La caresse du vent sur sa peau, sa queue se balança doucement, ses yeux se fermèrent et s’ouvrirent puis elle eut l’impression de respirer pour la première fois depuis longtemps. Une bouffée d’air qui emplit ses poumons d’une douleur aucunement physique. Un battement de cœur pulsa dans ses artères un sang porteur d’une énergie salvatrice. Elle déglutit, son regard lâcha celui d’Iburo et se porta sur les abords de la clairière, vers ce sentier qu’elle avait déjà repéré. Alors sa jambe gauche remua, entraînant le pied dans la direction de sa fuite. Le genou droit plia à son tour et la marche fut entamée.

Un pas. Il n’y avait plus rien à dire. En réalité, Balsa doutait même que son chemin recroise jamais celui de ses compagnons chimériques. Ils poursuivaient des desseins trop différents. Leur première rencontre, fruit d’un hasard total, était déjà une chance inespérée. Combien pouvait-il y avoir de chimère sur Lan Rei ? Quelle était la probabilité que deux se retrouvent dans une taverne ?... Repensant à cet épisode, Balsa eut un certain vertige. Elle était si différente aujourd’hui. Jamais elle n’entrerait dans un tel établissement, jamais elle ne paierait pour un repas, jamais elle ne boirait de ce breuvage dont les humains s’enivraient…. Un second pas. Leurs retrouvailles à l’embarquement du navire étaient en quelques sortes moins surprenantes. Elles avaient toutes deux des rêves de voyage et les navires à destination des autres îles de l’archipel n’étaient pas si nombreux. Mais la part de chance de cette compagnie retrouvée restait grande…. Nouveau pas. Ce jour enfin, après tant de mois à ne pas savoir si chacune était en vie, était tout simplement un miracle. En appeler au destin pour que cela se reproduise était un rêve bien peu réaliste. Mais s’il existait une puissance supérieure, un maître du jeu invisible qui déciderait qu’elle devrait à nouveau les revoir, alors elle serait emplie de bonheur.

Avançant, Balsa luttait contre l’envie de s’arrêter et de se retourner, car elle offrait à présent la vue de son dos à ses amis. Avaient-ils eu la force de se relever ? Elle ne voulait pas savoir. Avaient-ils la volonté de la rattraper ? Elle ne voulait pas entendre de pas derrière elle. C’était une épreuve assez pénible déjà. Et chaque mot nouveau plongerait plus profondément dans son cœur la lame invisible du déchirement. Tout ça était de sa faute, elle le savait. Elle ferait pourtant les choses de la même manière si elle pouvait tout recommencer. Son esprit tout à ces adieux tristes, elle marchait machinalement, se laissant guider par l’instinct seul pour éviter les obstacles et avancer, s’enfonçant dans la forêt pour disparaître. Disparaître, elle le souhaitait de tout son cœur. S’effacer, devenir une ombre pour que tombe dans l’oubli toute l’agitation de la journée. Mais il y avait un endroit d’où elle ne souhaitait pas disparaître, jamais. Dans le cœur de ses amis, Iburo et Mataro. Un sourire fugace souleva le coin de ses lèvres. Car elle savait qu’eux seraient présents dans le sien, aussi longtemps qu’elle vivrait.


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