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"Homme libre, toujours tu chériras la mer !"
"La mer enseigne aux marins des rêves que les ports assassinent."
"La sagesse, c'est d'avoir des rêves suffisamment grands pour ne pas les perdre de vue lorsqu'on les poursuit."
"Il est des moments où les rêves les plus fous semblent réalisables à condition d'oser les tenter."
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 Nuit froide et créatures maudites

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MessageSujet: Nuit froide et créatures maudites   Mar 10 Déc 2013, 00:00

Les Blancs Près, jour8, pas loin de minuit.
Ciel dégagé, température proche de zéro, temps humide.


De mes lèvres s’échappait un petit nuage de condensation que mon souffle chaud poussait dans le creux de mes mains. Cela ne procurait qu’une bien éphémère sensation de réconfort, mais la pirouette que je faisais faire à cette brume blanche m’amusait simplement. Je répétai l’opération puis frottai vivement mes paumes l’une contre l’autre et cette friction s’avéra bien plus efficace pour désengourdir mes minettes.

A l’aube de ce deuxième hiver que je passais à Reilor, je me faisais des réflexions sur ce qu’était le froid. D’abord, était-il légitime qu’un corps aussi mort que le mien puisse en pâtir ? J’aurais voulu répondre par la négative, pourtant il fallait bien admettre que mon décès ne m’épargnait ni frissons, ni engourdissement, ni picotements brulants de contradictions. J’avais vécu tant d’années dans le désert de Ghurol que ces sensations s’étaient enveloppées d’une aura nostalgique, que j’avais hâte de redécouvrir. Je trouvais à cette lutte contre le froid une dimension toute symbolique : le corps tremble, s’agite, les muscles se contracte, survit et l’on s’efforce de tout notre être de vaincre l’élément glacial et mortel.

Cet hiver s’annonçait particulièrement rigoureux, ou bien je n’avais pas encore pris l’habitude de cette saison. Le froid mordait, piquait, s’insinuait en moi comme une pensée de laquelle on ne peut se défaire. Je l’aimais, cet être inanimé vicieux et éclatant de puissance, lui qui laissait mourir les pauvres âmes sans abri, nourrissons fragiles et vieillard affaiblis. Il rétablissait l’ordre, purifiant la terre quant à son apogée il se faisait manteau blanc recouvrant tout.

Mais le froid me donnait surtout faim ! Comme si le sang dans mes veines ralentissait son flot pour se caler sur le rythme lent de la saison morte, comme si mon estomac se vidait de toute substance chaude et que mon cœur gelait tout à fait. Un jeune de cinq jour, car je restais blottie dans le confort de ma maison, ne venait pas arranger les choses. Aussi j’étais sortie ce soir-là à la nuit tombée en quête de sang chaud et de jugulaire palpitante.

Aimant torturer mon être pour en trouver les limites, j’avais entamé cette chasse par la visite à un « ami » du quartier, monsieur Etienne De La Chataigneraie. Viel homme fortuné et sans héritier, il se faisait toujours une joie de me recevoir et nous passions auprès de nos voisins pour être de bons camarades. Lui et moi avions en commun d’être sans famille, d’origine noble, cultivés et amoureux des arts. Cependant, ce n’était pas pour sa compagnie que je côtoyais cet ancêtre, non. J’avais pour unique but de racheter la vieille et splendide bâtisse qu’il habitait, une merveille d’architecture ancienne aux marbres étincelants, moulures détaillées et meubles raffinés. Impatiente, je pestais chaque jour qui passait et le voyait toujours vivant, me narguant de son œil malicieux – peut-être n’était-ce là que mon imagination.
Je venais donc de laisser ce cher Etienne à ses soupe et tisane, après de longues discutions sans fin, et partais à présent à la recherche d’un en-cas bien mérité. Enveloppée dans un manteau d’hermine blanche, coiffée d’une toque fourrée assortie et chaussée de bottes doublées en peau, je déambulait en direction des bas-fond de la ville.

Je n’aimais guère ce quartier dans lequel j’arrivais, tout odeurs de poissons et pavés mis à mal qu’il était. Je n’aimais pas non plus les senteurs que les peuplades qui l’habitaient dégageaient. Pourtant, la prudence m’obligeait à venir chasser dans ces ruelles sombres où tout le monde se moquait bien de ce qu’il arriverait aux miséreux.

Mon choix, de dépit et poussé par une faim trop grande, se porta sur une femme aux traits émaillés, enroulée dans une couverture trop fine pour la saison et grelotant de tout son être. Elle se trouvait dans une impasse sombre et avait fait son nid de quelques cartons et cagettes récupérées à droite et à gauche. Elle ne m’entendit pas venir, toute légèreté et délicatesse que mes pas étaient, et ne me vit que lorsque je fus plantée devant elle. Ses paupières s’ouvrirent sur des yeux bleus terne, tout ronds, qui me fixèrent un instant. « Une pièce pour une pauvre femme… » eut-elle la force de murmurer. Je fouillais alors dans ma poche et lui tendis un poing fermé. Elle approcha sa main, paume ouverte vers le haut, et sa tête se courba dans une humilité reconnaissante. Je saisis son poignée d’un geste et d’un autre la tirait vivement vers moi. Sa surprise n’eut pas le temps de poindre que j’avais enfoncé mes crocs dans sa gorge blanche.

Le sang. Ah, quel plaisir jamais décevant que de boire. J’absorbais la vie de ma victime avec délectation, sentais le bien que me faisais le fluide chaud en descendant dans mes entrailles. Lui laisserais-je la vie sauve ? Il était encore temps. Mais pas ce soir, ma faim criait trop fort et je condamnais de toutes façons cette pauvre âme à dépérir dans le froid si je la laissais à ce point affaiblie. Je bus donc jusqu’à ne laisser qu’une goutte, puis lâchai le cadavre qui tomba sur le sol gelé.

Léchant mes lèvres avec précision et volupté, je contemplais les fourrures qui couvraient ma poitrine. L’expérience m’avait appris à ne pas laisser le moindre éclat rouge venir tacher mon apparence si pure et ce soir encore la dextérité ne m’avait pas manqué. Le rose monta à mes joues, je sentais tout mon corps devenir plus fort, plus vivant, et même le froid me parut moins vif. Je respirais une grande bouffée d’air, savourant ce moment si particulier, quand un tintement métallique vint titiller mes tympans.

Je me retournais vivement : rien. Je n’étais pas négligente, il aurait été surprenant que je ne remarque pas une présence étrangère au moment de la mise à mort. Et puis, ce bruit n’était pas si proche, peut-être à quelques rues… Ragaillardie par ce repas, certes de piètre qualité mais le sang est le sang, je décidais d’assouvir ma curiosité, qui était sans conteste mon plus grand défaut.

C’est ainsi que, deux rues plus loin, je tombai sur la créature.

Elle avait le nez au-dessus d’un amoncellement de déchets, les mains plongées dedans et les cheveux tombant sur son visage. Rien d’extraordinaire me direz-vous, cependant je me dois de mentionner la paire d’ailes squelettiques à la peau déchirée jaillissait de son dos. Un démon, voilà ce que mon cerveau en déduit et je fis un imperceptible pas en arrière.

Pourtant il n’avait pas l’air bien menaçant, plutôt affamé et peut-être même un peu perdu. Il dut m’entendre ou me sentir, car il se tourna vivement vers moi. Son œil gauche était d’un blanc éclatant, il semblait même briller dans cette nuit sombre. A la place de son œil droit cependant, je devinais une orbite creuse que quelques mèches aussi noires que sales venaient couvrir. Entre ses mèches brillantes, deux petites cornes saillaient effrontément.

Comment une telle créature avait pu passer inaperçue à Reilor ? Venait-il d’arriver ou avait-il par miracle réussi à se cacher des humains toujours trop curieux et lourds de jugement ?

Il m’arriva alors quelque chose qui ne m’arrive que trop rarement : j’eus tout de suite de la sympathie pour cet être difforme que la ville rejetterait sans aucun doute. Son aspect était plutôt repoussant et pourtant, j’avais envie de l’approcher et de lui signifier mon amitié soudaine. Mais un démon restait un démon et j’avais appris à me méfier de ces êtres qu’on décrivait fourbes et manipulateurs. Aussi je restais là où j’étais, à quelques pas qui m’assuraient de pouvoir fuir si la bête me sautait dessus toutes dents dehors.

- Je sais ce que tu es démon, et je ne te crains pas pour ça.

Son air animal plus qu’humain me fit douter un instant qu’il comprenne notre langage. Je poursuivai malgré cela :

- Si tu as faim… – j’écartais le bras en direction de la rue d’où je venais – j’ai laissé quelques… restes qui seront sans doutes meilleurs que ce que tu as là.

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MessageSujet: Re: Nuit froide et créatures maudites   Mer 11 Déc 2013, 05:33

L'errance durait depuis combien de temps? Nébiros n'avait aucune conscience du temps, il savait seulement que la lune et le soleil s'étaient alternés de nombreuses fois. Un phénomène qu'il ne savait tout de même pas constant. Qu'il ne comprenait pas. Qu'était-ce que des heures? Un instant il y avait cet astre radieux qui l'aveuglait pendant de nombreuses heures - il préférait d'ailleurs dormir à ce moment, caché - et le suivant, celui qu'il affectionnait, beaucoup plus pâle et qui lui permettait de mieux voir. Encore plus lorsque ce globe blanc était absent. Sans parler de cette chose blanche et froide qui avait recouvert tout le paysage! Tout ce temps libre qu'il avait eu, il l'avait passé à l'exploration. Il connaissait pour ainsi dire tous les recoins dangereux et sécuritaire de ce continent. Et son maître demeurait introuvable. Incapable de savourer pleinement cette liberté qui lui avait été rendu par un événement tout naturel, ayant passé de trop nombreuses années traitées comme un simple animal, il avait de la difficulté à s'y faire, à... Décrocher. Au début s'était amusant de vagabonder au grès du vent, de faire de nouvelle rencontre, comme cette autre créature semblable à lui dans la forêt, mais à présent, il ne savait plus que faire de cette liberté. Il avait besoin d'un maître... Qu'on lui dise quoi faire. Et il connaissait une personne qu'il aurait bien voulue comme tel.

C'était en quête de ce potentiel maitre, qui préférait d'ailleurs se faire appeler ami, que le démon revenait dans la grande ville. Il y avait longtemps qu'il n'avait pas vu le vampire Zeviehl. Le premier à lui avoir expliqué ce qu'était la liberté et un ami. Il chercha en vain en Reilor. Apprenant à la dure de ne pas se présenter devant les humains, qui étaient repoussés par son physique. Certains ne remarquaient que la crasse qui le recouvrait, d'autres l'abomination du malin en apercevant ses cornes et ses ailes. Il se fit discret pendant son séjour, ne sortant que de nuit des cachettes qu'il se trouvait à l'aube contre la populace et le froid. Une famille d'humain raconta d'ailleurs que pendant toute une journée, ils avaient entendu un bruit de chaine par instant. Ils crurent qu'un fantôme était venu les visiter, alors qu'en vérité, ce n'était que Nébiros, dormant sous les fondations de la maison et se retournant dans son sommeil avec cette chaine toujours présente à son cou.

La ville étant trop dangereuse pour lui, et ne trouvant pas l'homme de ses recherches, Nébiros décida que ce serait sa dernière nuit avant de repartir vagabonder. Et avant de quitter, il allait s'offrir un petit festin. S'il ne pouvait voler dans les quartiers riches sans se mettre en danger, il pouvait en revanche faire les poubelles du côté malfamé. Personne n'oserait l'approcher, et si c'était le cas, il pourrait se défendre contre l'infortuné sans craindre la garde qui était peu présente dans ces parages. Bien peu vêtu pour la période hivernale, de simple vêtements de cuire qui avaient résistés à tout son voyage, pantalon et haut sans manche, c'était probablement la couche de saleté qui le protégeait du froid. Et encore... Il aurait pu avoir les extrémités de son corps bleu par faute du gel, qu'il n'aurait pas semblé pour autant en pâtir. C'était une force, et à la fois une faiblesse, de cette créature démoniaque. Sa forte endurance le rendait pour ainsi dire insensible aux blessures. Ce qui pouvait sembler formidable pouvait aussi être un désastre, puisqu'ainsi, Nébiros ne connaissait pas ses limites et finirait très certainement sur la corde raide en y portant si peu d'attention. On l'avait éduqué ainsi... Pour l'instant, il n'en était pas encore au stade d'engelures. Les poubelles lui étaient plus importantes.

Rien de tel que les rebuts d'une auberge peu fréquentable par la bourgeoisie. Il s'empiffrait sans aucune honte - ne connaissant pas cette notion - des déchets dans la ruelle arrière, à quatre pattes le nez plongé dedans, tel un animal sauvage. Sa chaine qu'il avait placé autour de son cou pour se faire discret dans ses déplacements, glissa sur le sol dallé, dérangeant le silence nocturne. Peu de temps après, des bruits bien plus discrets, qu'une oreille aussi affiné que la sienne n'aurait pu entendre, lui indiqua qu'on venait en sa direction. Étais-ce son ami qui l'avait retrouvé? Ou un simple passant qui serait terrifié à sa vue. En ce second cas, il aurait peut-être l'occasion d'un repas plus riche en viande, s'il s'agissait d'un humain. Il continua de fouiller dans les poubelles tout en restant à l'affut, la personne était toute proche. Il avait envie de jouer, cette chose qu'il avait découvert dans la forêt en compagnie d’Elky, un peu de chasse serait amusant et le réchaufferait. Lorsque l'inconnue fût à porté, Nébiros se retourna vers elle en position de chasse, la dévisageant férocement...

Déception... Ce n'était pas une humaine...


…Il replongea son visage dans les déchets. Adieu la chaire fraiche... L'odeur de la mort lui venait jusqu'à ses narines beaucoup trop sensibles. Une vampire. Comme son ami. Peut-être saura-t-elle où le trouver? Il grimaça de dédain en l'entendant l'appeler démon. Lui démon? Il en était un, mais ne le savait pas et ne voulait se l'admettre. C'était bien gravé dans son esprit qu'il n'était pas de cette race supérieur, mais bien qu'un animal. Tout juste au dessus des humains qui étaient la race la plus médiocre, les seuls qu'il ne respectait et n'obéissait pas. Mais la suite attira d'avantage son attention. Il se redressa sur ses quatre pattes, la chaine glissant sur le sol entre ses bras. Attaché à ce collier de métal que personne encore ne lui avait enlevé, fort heureusement pour leurs sécurités. Il avait le même genre d'anneaux métalliques à ses poignets et ses chevilles, qui à l'évidence, avaient servit pour le maintenir attaché. Son regard sauvage, s'était fait plus intrigué, presque... Excité... A l'idée du repas qu'on lui offrait. Oh il avait peut-être l'air bien sauvage, et l'était, mais il n'était pas idiot, seulement ignorant. Il comprenait la langue et apprenait même tranquillement à la maitriser lui-même, ce qui était encore difficile pour lui qui avait passé des années de mutisme.

« Manger? P… Pourrr Nébi? »

La créature sauvage et menaçante se transforma en être intrigué et plutôt amical. S’il n’avait pas de raison d’attaquer, pour sa survie ou la protection de ceux qu’il jugeait digne de sa protection, il était tout ce qu’il y avait de plus doux pour un démon. Si ce n’était de son apparence et de ses manies animales, il n’aurait rien de ces êtres de la nuit. C’était un ancien prisonnier, esclave de sa propre race, qui découvrait la vie. Sans peur, face à cette générosité, il s’avança, toujours sur ses mains, vers la femme d’apparence jeune. Le cliquetis métallique de sa chaine suivi son mouvement. Un son qui lui était si naturel, qu’il ne le remarquait plus. Il posa l’une de ses mains tâchés de sang séché et d’autres substances que l’on ne saurait identifier, griffu, à plat sur son torse afin de se désigner.

« Nébiros animal. Pas démon. »

N’osant toucher l’inconnue par principe, puisqu’il la jugeait de race supérieure à lui-même, il fit un vague geste vers elle.

« Vv… vampirrr…, Nébi pas craind’ vampirrr. »

Il n’avait jamais eu de difficulté à reconnaître les races grâce à ses sens surdéveloppés. Son odorat lui servait très bien dans les rencontres de ce genre. Par cette remarque, le démon ne cherchait pas à la provoquer, mais simplement à lui signifier que lui non plus ne la craignait pas. En fait, il ne craignait personne…

« Nébi peurrr rrien! »

Ce moment de détournement d’attention ne dura pas plus longtemps, puisqu’il retourna au sujet principal, celui qui l’intéressait bien d’avantage! Et que son ventre insatiable lui rappela. Un grondement sourd se fit entendre, et l’animal se dirigea sans plus attendre en la direction que lui avait indiquée la vampire. Il regarda derrière lui pour savoir si elle le suivait. Et s’assurer qu’il en avait bien le droit… avant de reprendre la route en humant l’air, en quête du cadavre. La curiosité et l’excitation se mélangeait en lui, sans pour autant s’afficher sur son visage peu expressif. Pourquoi lui offrait-elle à manger? Son flaire le mena devant le corps refroidi, et ce fut d’un air dépité qu’il le regarda.

… Vidé de sang… Déjà glacé par le froid… Adieu la bonne chaire chaude gorgée de sang!

C’est qu’il commençait à devenir difficile sur ce qu’il mangeait avec cette liberté de choix! Bien qu’en même temps… Il continuait les poubelles… Un regard derrière lui, cette déception à peine visible sur son inexpression. Il avait espéré qu’elle aurait laissé un peu de sang, que le cœur aurait été encore palpitant, faible, mais vivant. Mais la mort avait déjà prit cette victime. D’un autre côté… Ce serait dommage de gaspiller autant de viande! Les dents acérés de Nébiros se plongèrent dans une joue, l’arrachant pour l’avaler sans grand mastication, continuant avec l’autre pour ensuite arracher une main et la déguster avec les os en se retournant vers la vampire qui devait bien l’avoir suivie? Il grugeait un doigt, son œil blanc et vif braqué devant lui. Qu’attendait-elle de lui?

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MessageSujet: Re: Nuit froide et créatures maudites   Ven 13 Déc 2013, 17:05

Arrivée devant le cadavre qui refroidissait à vitesse grand v, l’animal – puisqu’il se présentait ainsi – jeta un regard dans ma direction. J’esquissai un léger sourire devant ce que je considérai comme la recherche d’un assentiment qu’un chien aurait effectué de la même manière avant de se jeter sur sa nourriture. Il n’avait pas hésité un instant : il avait accepté avec enthousiasme ce repas pourtant de piètre qualité que je lui offrais.

Il parlait comme un jeune enfant, phrases déconstruites, syntaxe écorchée et vocabulaire pauvre, il hésitait même sur des sentences très courtes. Je doutais pourtant qu’il fut jeune et j’attribuais cette faiblesse intellectuelle à une ingénue ignorance. Ou bien sa langue natale était étrangère…

En tout cas, nulle menace ou agressivité dans ses propos. Quand il avait refusé le terme de démon pour être désigné, j’avais cru un instant l’avoir offensé, mais son air était resté le même : intrigué et amical. Il manquait de jugeote pour m'accorder sa confiance si aisément, pourtant, j’étais bien heureuse que nous nous soyons épargné les longues présentations et habiles formules que l’usage voulait nécessaires à l’établissement d’un rapport sain.

Je restais à l’observer silencieusement, appréciant la grâce des crocs déchiquetant la chair tiède sous mes yeux. Patiemment j’attendais qu’il soit rassasié et je me satisfaisais du spectacle qu’il m’offrait. J’appréciai et détaillai son physique, voyant bien au-delà de la misère décharné que quiconque aurait pu observer. Je voyais les marques d’une vie, les traits bestiaux et humains entremêlés et j’attachais un attention toute particulière aux colliers et chaînes métalliques qu’il portait. Encore une fois je voyais l’animal en lui, mais ce n’était plus ce côté sauvage, farouche et sans morale qui n’étaient que qualités. Ce que je voyais là étaient les traces d’une servitude bien moins glorifiante. Ces entraves n’avaient pas l’air de le gêner le moins de monde pourtant. Cependant, moi, elles me perturbaient.

J’avais pour la race des démons un respect profond, peut-être plus grand encore que celui que m’inspirait ma propre famille. Ils étaient un peuple aussi ancien que la terre, aux pouvoirs potentiels bien plus grands que les nôtres. Alors admettre qu’une entité encore supérieure ait mis la main sur cet être-ci m’était difficile. Et voilà que ma curiosité commençait à remuer mes entrailles, oh la vilaine, je me retenais pourtant de poser la moindre question à ce sujet.

De temps à autre je jetai un regard alentour, surveillant les environs, bien que je confiât l’essentiel de cette tâche à mon ouïe qui n’avait nul besoin d’être dirigée pour être efficace. Quand parvinrent à mes oreilles les bribes d’une conversation mes muscles se raidirent. Un instant je fermai les yeux et cela m’aida à concentrer mon sens de l’audition. Au moins deux personnes, deux voix masculines, à l’élocution pataude. Ajouté à l’heure tardive, je conclut qu’il s’agissait de fêtards ayant poussé un peu loin dans la nuit les joies de l’ivresse partagée. Une bien piètre menace donc. Le démon avait-il remarqué ces présences en approche ou était-il encore trop occupé à se repaître de la sans-abri ?

- Nébiros…

Rien n’était plus efficace qu’un nom pour capter l’attention d’un être, même s’il était prononcé aussi bas que je venais de le faire à l’instant. Quand son regard fut sur moi je pointait du bout du doigt mon oreille, puis la direction dans laquelle j’estimai que les personnes se trouvaient.

La sagesse aurait voulu que nous nous effacions dans la nuit, disparaissant sans bruit pour retourner dans l’ombre destinées à accueillir les vils créatures que nous étions. En temps normal je n’aurais pas hésité, en temps normal j’aurais déjà tourné l’angle de la rue et fuit cette scène de crime sous nos pieds.

Mais Nébiros changeait totalement la donne et j’étais troublée en réalisant à quel point cet être à peine rencontré pouvait influencer mes sentiments. Tout en contradiction, candeur et bestialité, il faisait naître chez moi un attachement bien trop fort pour les quelques minutes et conversation quasi-nulle que nous avions eu ensemble. Il était si touchant, animal sauvage aux chaînes encore visibles, je ne pouvais l’abandonner simplement pour sauver ma peau et ma réputation. Et puis, si le voir dévorer mes restes me plaisait, qu’en serait-il de le voir s’attaquer à une proie vivante…

Oh, quelle folie ! Oh, comme la sagesse me semblait stupidité en cet instant ! Tuer alors que je n’avais plus faim, et que ces morts ne me serviraient en rien, allait totalement à l’encontre de mes convictions. Pourtant ici et maintenant je ne désirai rien de plus que le voir m’accompagner dans une chasse à l’issue sanglante. Tout à fait égoïste, presqu’impatiente à la promesse du spectacle qui pourrait m’être offert, je glissais dans un murmure ce mensonge :

- J’ai encore faim, pas toi ? De la chair fraîche qui s’amène, pourquoi refuser ? Ce serait trop dommage de louper pareille occasion.

J’avais sans le vouloir un rictus amusé et le regard sans doute pétillant. Je les lui adressait, puisqu’il était l’objet de cet engouement qui me saisissait, et lui fit signe de m’accompagner tandis que je me tournais et prenait un pas, tout dans la saveur de l’instant, vers ces victimes en devenir.

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MessageSujet: Re: Nuit froide et créatures maudites   Sam 14 Déc 2013, 23:00

Le festin se poursuivait, sans aucune gêne, le démon mordait dans cette chaire, ayant l’accord silencieux de sa compagne. Avoir eu plus de temps, il aurait certainement tout fait disparaître des restes. Il en était bien partie du moins. Ce ventre sur pâte n’avait définitivement pas de fond. Tant d’années de famine, qu’à présent il était insatiable. Jamais qu’il ne refusait à manger, que ce soit quelqu’un de confiance ou pas, c’était le meilleur moyen pour amadouer cet animal. Il s’attaquait à la chaire refroidie avec gourmandise, ne laissant aucune bavure puisque le corps avait déjà été drainé de son sang. Autrement le sol serait devenu une mare écarlate. Il serait difficile aux autorités d’identifier les restes de ce cadavre, que plus encore puisque c’était une sans abri. Quelle fin atroce pour quelqu’un… Son sang dans l’estomac d’une personne, sa chaire dans celle d’une autre. Encore heureux pour elle qu’elle n’ait pas été vivante lorsque Nébiros avait planté ses crocs en elle.

Le démon avait pressentie une personne apte à le commander en cette étrangère, cette façon silencieuse de lui donner l’autorisation de manger, d’avoir même compris que c’était ce qu’il avait demandé dans son propre silence! Tout en dévorant le corps, il songeait déjà à la suivre, lui obéir. Il venait de trouver ce qui lui avait tant manqué. Après en avoir été libéré, maintenant il allait retrouver cet état d’esclave. Il était difficile de s’enlever des habitudes qui étaient profondément encré en nous. C’était de cet effet où les prisonniers tombent amoureux de leurs tortionnaires. Les mystères de la psychologie… Lucy était supérieure à lui de par sa nature vampirique, selon son éducation. Mais tout comme elle, bien que ce fût illogique, les démons étaient la race suprême. Son ignorance, comme l’avait présumé la femme, était bien ce qui faisait de lui ce qu’il était.

Emplissant toujours sa pense, la créature avait elle aussi capté les nouvelles présences. Il avait cessé de mastiquer un biceps quelques secondes pour en déterminer la provenance, avant de poursuivre gloutonnement. Aucun danger imminent selon lui. Manger était plus important! Jusqu’à ce qu’il entende son nom… L’appelle était fait, aucunement besoin de lui en dire plus pour qu’il comprenne. Le repas était terminé. A présent il ne restait qu’à savoir ce qu’elle comptait faire de ses deux êtres? Quitter les lieux, ou attaquer? Nébiros était assit bien droit comme un chien, son globe blanc fixé sur elle en attente du moindre signal. Et elle n’avait même pas besoin de mentir, ni de justifier ses choix, qu’il obéissait sans questionner…

Son regard s’illumina d’une sauvagerie qui avait été endormi jusque là, et ses lèvres se retroussèrent sur ses dents acérés. C’était ce qui avait de plus ressemblant à un sourire sur ce visage, depuis de nombreuses années. Un sourire carnassier, celui de la passion du meurtre. Enfin il ferrait ce pour quoi il avait été éduqué! Le démon calme et plutôt amical venait de disparaître. Et il n’était pas au plus grand de sa férocité de lorsqu’on lui retirait ses entraves de plus! C’était une arme terrible à qui savait bien le reconnaitre. Sans perdre un instant, il suivi la vampire, et la dépassa de ses pas félins. Il rabattit la chaine autour de son cou, les muscles de son dos roulant sous chaque mouvement de ses bras. Il avait beau être plutôt petit et maigre pour un démon, il était tout de même tout en force! Sa tête était basse, ses ailes aplaties en son dos, il montrait les crocs, et un grondement sourd s’éleva de sa gorge lorsque les fêtards se retrouvèrent à leur hauteur. La différence qu’il y avait de lorsqu’il attaquait avec ou sans ses entraves, résidait dans sa férocité. Sans, il ne prenait pas le temps de penser, d’analyser, et c’était… un massacre.

« Heeeey! Zoli toutou! J’crois qu’y veut d’note bière! »

« Ç’pas d’l’air d’un cabot cha… »

Le prédateur les contourna pour s’arrêter derrière eux. Les humains se retournèrent face à lui, se retrouvant ainsi entre la vampire et le démon. Aucun des deux ne pourraient fuir sans que Lucy ou Nébiros n’ai le temps des intercepter. L’œil que l’on croirait aveugle du démon les scrutait attentivement dans cette noirceur qui lui était bénéfique. Cherchant à repérer les armes qu’ils pouvaient avoir sur eux. Une bouteille d’alcool à la main d’un, rien de bien dangereux. Et avant de leur laisser la chance de les sortir, les ailes décharnées de la créature se déployèrent, un profond grondement sauvage les faisant taire de leur désaccord quand à savoir ce qu’ils avaient face à eux. A présent c’était bien claire… et trop tard!

Il sauta sur celui de droite, le plus costaud des deux, lacérant le visage de celui de gauche au passage de ses griffes pour le déstabiliser. L’homme s’étala sur le sol sous son poids, et Nébiros lui cogna la tête sur le dallage glacé avant de plonger ses griffes dans son abdomen, glissant avec aisance sous la cage thoracique pour lui arracher le cœur, plongeant ses dents dans l’organe avec gourmandise ensuite. L’autre fêtard, après avoir titubé la gueule en sang, reprit ses esprits, vociférant contre l’animal, et lui cassa sa bouteille sur la tête. Plus solide qu’il en avait l’air, malgré la coulisse de sang qui apparu sur son visage, le démon n’en fut pas sonné et se redressa sur ses pieds, attrapant les deux bras de son attaquant. Il les tordit dans son dos, le craquement des os, accompagné du cri de l’homme, signifiant l’inutilité soudaine de ses membres. Il le tourna face à sa compagne, son visage démoniaque se glissant par-dessus l’épaule pour aller lécher le sang coulant de la joue déchiré. Debout derrière l’humain, il l’immobilisa en posant sa main sur sa tête, enfonçant ses griffes en guise d’avertissement, alors que l’autre main était à la base du cou. L’œil lumineux de ses bas instincts, il regardait Lucy.

« Maîtrrre manger? »

C’était après tout ce qu’elle avait dit, qu’elle avait faim. Alors il lui laissait cette victime vivante, le cou intacte, pour qu’elle puisse s’y nourrir. L’autre gisait au sol, le ventre déchiré et la tête en sang, le cœur à moitié mangé, tombé dans la neige.
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MessageSujet: Re: Nuit froide et créatures maudites   Dim 15 Déc 2013, 18:24

Splendide ! Le regard du démon s’illumina d’un feu d’impatience et de joie quand je lui proposai cette partie de chasse. Babines retroussées par l’excitation, il avait tout de ces grands chiens de chasse au pelage hirsute qui salivent lorsqu’on les lance après le gibier. Magnifique, tout simplement, je me réjouissait du hasard qui m’avait mené à cette rencontre.

Galopant à quatre pattes, il me devança en longues foulées souples, rabattant ses ailes tout contre son dos pour, je le devinais, plus d’aérodynamisme. Il me fallut accélérer un peu le pas pour ne pas me faire devancer : je ne voulais pas perdre une miette de l’instant où bêtes et hommes se feraient face pour la première fois. Nous approchions à grande vitesse de ces proies et mon cœur s’accélérait, mon souffle formait des nuages toujours plus denses que ma course faisait voler en éclat la seconde suivant leur naissance. Je tournais à l’angle d’une rue juste après Nébiros et nous nous trouvâmes face aux hommes éméchés qui marquèrent dans la surprise un arrêt soudain.

Je jubilai. J’avais devant moi toute la violence et la tension d’une mise à mort imminente et le prédateur agissait pour moi, animé par ma seule volonté et, je ne pouvais en douter, parfaitement content de cette situation. Il les dépassa, contournant ses victimes comme les loups encerclent et acculent la frêle biche, art séculaire de la chasse et salive ruisselant aux babines.

Les pauvres hommes crurent d’abord qu’il ne s’agissait que d’un chien cependant leur air changea bien vite et ils n’eurent pas le temps de réaliser totalement ce qui était en train de leur arriver que déjà l’animal se jetait sur eux.

Tout se passa très vite et voilà ce que j’en vit. Nébiros incarnait la pure sauvagerie. Ses mouvements étaient aussi rapides qu’efficaces, d’un bond il avait à la fois écarté le piètre menace du plus maigrichon et lacéré sans lui laisser aucune chance le visage de l’autre. La chair s’ouvrit, le sang jaillit et l’air se chargea de ces parfums chauds et acides qu’accompagnait la mort. Une poitrine fut ouverte vivement, le cœur fut arraché et tout aussitôt engloutit entre les crocs brillants de la bête. Il y eut un moment d’espoir, courage dément de celui qui tenait encore debout : une bouteille vint se fracasser sur le crâne aux cornes discrètes. Je retins mon souffle ; le démon ne broncha pas. Malgré le rouge qui imbibait ses cheveux et coulait doucement sur son visage féroce, il ne donna aucune impression de souffrir. Ces force et résistance dont il faisait preuve m’emplir d’une admiration pour lui plus grande encore. Quel être superbe, tueur-né sans pitié et sans faille. La résistance de l’humain fut de courte durée, déjà la démon était sur lui, tordait ses bras dans son dos et le maintint en respect dans cette position grâce à ces griffes acérées.

Il m’adressa alors un regard, tandis que sa langue venait lécher un peu du sang qui dégoulinait sur le visage de sa victime. Mon estomac bondit, ma faim rugit, un désir s’embrasa dans mes entrailles, aussi vif que soudain : j’avais d’un seul coup terriblement faim. « Maîtrrre manger? » me demanda-t-il. Et ce « maître » qui me désignait vint gonfler mon égo pourtant déjà bien imposant. Un démon m’appelait maître… je ne me sentais plus aucune limite.

J’acquiesçai d’un signe de tête et doucement, tout doucement, m’avançait vers lui. Ma poitrine résonnait d’impatience mais j’imposais à mon corps la lenteur de l’approche. Mes sens s’éveillaient merveilleusement, je sentais l’odeur du sang, son gout dans ma bouche, je voyais la terreur dans les yeux de l’humain et l’accomplissement joyeux et sauvage dans celui de Nébiros. J’entendais la plainte de notre victime et son cœur battre bien trop vite. Quand je ne fus plus qu’à un pas d’elle je tendis la main pour caresser sa joue barbouillée puis portait à mes lèvres un doigt couvert de rouge afin de gouter dans le plus grand raffinement cette offrande qui m’étais faite. Le goût n’était ni plus ni moins que ce qu’il est chez chaque victime : absolument délicieux. Mon calme s’effaça l’espace d’une seconde, pendant laquelle mon corps s’était vivement avancé. Mes crocs plongèrent dans la jugulaire palpitante et je saisis les bras de l’homme pour le faire mien, libérant par là le démon qui pourrait s’octroyer l’autre cadavre pour repas.

J’aspirai la vie, paupières closes, comme si plus rien autour n’existait. Dans ce silence parfait qui emplissait mon âme, je revis les images de cette chasse particulièrement : la bête courant devant moi, son œil brillant de malice, ses babines couvertes de salive et de sang. Ce repas dura-t-il une minute ou une éternité ? Je perdais la notion de temps. Je perdais toute sagesse même, serrant ce corps à la limite de la mort contre moi en oubliant que ses fluides coulaient sur la blancheur éclatante de mon manteau. Quand je lâchai le cadavre, juste avant d’aspirer la dernière goutte, je revint à la réalité.

L’animal mangeait voracement devant moi. Mon animal. Je souri. J’avais du respect pour chaque forme de vie, cela n’empêchait pas que j’apprécie les hiérarchies instaurées. Les humains tout en bas, faiblesse parmi les faiblesses, les créatures de la nuit au sommet. En devenant maître d’un démon, j’atteignais une position vertigineuse que mon estomac saturé de sang frais rendais encore plus excitante. Je me voyais perdre le contrôle de mon être et, si cela m’inquiétais quelque part, je dansais sur ses émotions vives qui me ramenaient aux années de ma jeunesse, quand tout restait encore à découvrir.

Silencieusement je le laissai finir. J’ôtai mon manteau et l’écartait devant moi. La fourrure s’était teinté de rouges qui tournaient doucement au marron. Je doutais qu’il soit récupérable, et si en temps normal j’en aurais éprouvé du regret, à cet instant je m’en fichais totalement. Je le roulai en boule et le passai sous mon bras. L’air froid ne me faisait plus rien, j’avais presque trop chaud après ce repas plus que copieux.

J’aurais voulu que cette chasse ne prenne jamais fin, que cette nuit dure encore et encore, hélas, je savais bien que le temps ne cessait de couler même pour les immortels. Je devais rapidement regagner ma demeure et me glisser à nouveau dans la peau de cette jeune fille charmante que j’étais aux yeux de mes voisins. Je ne pouvais cependant me résoudre à perdre cet animal fascinant.

Folie, folie, me voilà qui pensais le ramener chez moi. Ah, comme ce serait là le combe de l’imprudence. Mon esprit bondit de pirouette en pirouette, imaginant le meilleur et le pire de cette alliance que j’envisageais. Ce serait difficile, certainement plus que je ne pouvais l’imaginer pour l’instant. Je le regardais arracher les derniers lambeaux de chair, en proie à un véritable carnage cérébral. Quand il eut terminé, je glissai :

- Dis-moi, où est-ce que tu vis Nébiros ?

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MessageSujet: Re: Nuit froide et créatures maudites   Mar 24 Déc 2013, 17:04

Nébiros avait été la fierté de celui qui l'avait dressé. Une brave bête bien obéissante, qui avait été créé à coups de fouet et d'autres tortures. C'était bien apprit pour lui que s'il ne satisfaisait pas son maitre, qu'il était sauvagement punie. Et la crainte de revivre toutes ces punitions inhumaines était suffisante pour le contrôler. Pour l'instant il avait choisi cette vampire comme nouveau maitre, et tant qu'il ne rencontrerait pas plus fort, d'autres démons, il lui obéirait aveuglement, à tous ses moindres désirs sanguinaire. Il y avait de quoi être fier pour toute personne possédant ce chien de garde sous leurs ordres, et sachant utiliser ses capacités remarquables. C'était une arme redoutable que Lucy venait de découvrir. Mais elle devait faire attention à une chose... Que son orgueil ne devienne pas démesurément grand par cela, et qu'elle en vienne à faire de mauvais choix de jugement en se croyant invincible. De plus, avec l'indifférence qu'avait Nébiros face à ses propres blessures, si elle le poussait trop loin, il pourrait finir par en mourir. Il était résistant... Mais non pas immortel.

L'animal s'éloigna de sa victime terrifié qui se retrouvait dans les bras d'une buveuse de sang. Il les observa un instant, comparent les similitudes entre son ancien maitre et son nouveau. Elle lui semblait beaucoup moins cruel, moins puissante. Mais il était prêt tout de même à la servir, ne se faisant pas difficile. Jusqu'au jour où il rencontrerait un démon qui le voudrait aussi pour chien... Nébiros était la créature la plus fidèle, à moins de rencontrer plus fort. Il avait été dressé ainsi, servir les plus puissant. Il se laissa retomber sur ses mains pour se rapprocher du cadavre éventré, et plongea ses mains à l'intérieur tout en se penchant dessus pour en dévorer les entrailles encore chaude. A bien y regarder, Nébiros était très influençable. Si ça n'avait pas été de la vampire, jamais il n'aurait attaqué ces hommes. Il ne le faisait pas sans raisons. Protection ou ordre. Il n'était pas violent de son plein grès. Même si une excitation malsaine le prenait lorsqu'on lui donnait un ordre d'attaque. C'était une pauvre créature manipulé par les caprices des autres.

C'était un repas copieux qui calma sa faim, les organes se faisaient engloutir sans qu'il ne montre aucune répugnance, et au nombre qu'on se demandait bien où il pouvait mettre tout cela dans son corps si mince. La victime ne ressemblait plus à rien, qu'une masse sanguinolente, lorsque sa maitresse termina de vider de sang sa victime. Nébiros ne voyant aucun signe lui disant d'arrêter, continua jusqu'à plus faim. Lorsqu'il releva son visage barbouillé de sang pour regarder son maitre, elle avait son manteau roulé sous son bras et le regardait. Sa question le laissa soucieux, car il ne savait que lui répondre. Où vivait-il? Mais partout! Dans la ville, la forêt, les montagnes... Il n'avait pas de maison! Il étai libre. Enfin... Il l'était avant de rencontrer la vampire.

« Nébiros vie av... Avec maître! »

Voilà, cette réponse devrait la satisfaire. Et puis c'était la vérité pour lui, il ne savait pas mentir de toute façon. Maintenant qu'elle était son maitre, il allait la suivre et vivrait là où elle le voudrait. Si elle le faisait dormir à l'extérieur, il n'avait rien contre ça! Il se rapprocha d'elle à quatre pattes, ses mains laissant des traces sanglantes sur son passage. Il lança un coup d'oeil sur les restes de chaires humaines. Allaient-ils laisser les corps là ? Les autorités trouveraient sûrement quelque chose pour remonter à eux. Il avait toujours eu quelqu'un pour nettoyer après lui avant. Mais ne savait pas le faire lui-même. On avait qu’à regarder la crasse et tout ce sang qu'il y avait sur lui pour le voir. Il ne savait même pas ce qu'était un bain. Son globe blanc se reporta sur la femme.

« Maître ordonne, Nébi obéi. »

C'était la première fois qu'il commettait un meurtre en ville sans son ancien clan. Et il réalisait soudainement que bien que cette femme était son nouveau maitre, il manquait quelque chose. D'autres subalternes. Était-elle seule? Ou avait-elle un clan qui l'attendait quelque part? Ils ne pouvaient pas laisser ces cadavres là... Mais bien que les corps pouvaient être cachés, ou même brûlés, le sang dans la neige était un problème.

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MessageSujet: Re: Nuit froide et créatures maudites   Sam 18 Jan 2014, 02:19

Il s’attendait donc à ce que je le ramène chez moi. J’hésitais à savoir s’il fallait voir là de l’assurance, de la bêtise ou un conditionnement à suivre et obéir. Pouvais-je utiliser cet être ou fallait-il s’en méfier ? Cherchait-il simplement à servir ou aussi à profiter ? Autant de questions et pourtant l’urgence était tout ailleurs.

Dans l’immédiat, il fallait nettoyer nos traces, effacer les meurtres de cette nuit et disparaître en parfaites créatures maudites. Je devais bien avouer avoir causer ce soir un bazar qui n’était pas dans mes habitudes. Un corps froid dont l’identité n’était rien retrouvé au matin, tel que celui de la sans abri,  était un bien moindre problème que trois cadavres à quelques rues d’intervalle dont certains avait de quoi se payer à boire, donc un travail – et l’on pouvait deviner à leurs allures des proches – où on les attendrait au lever du jour. Je pris une longue respiration en contemplant la neige que le rouge écarlate avait souillé. Et nos traces de pas et paumes du démon.

Me prenait-il pour une inconsciente ? Serais-je sortie chasser sur la neige immaculée sans promesse d’un climat complice ? Je levai les yeux au ciel et aperçus le scintillement des étoiles. Un léger vent venait du sud, portant avec lui des nuages en provenance de l’océan, promesse d’une longue averse de neige qui devait durer jusqu’à la mi-journée au moins. Cela devrait effacer les empruntes et la piste qui irait jusqu’à ma demeure. Quand bien même l’atmosphère se réchaufferait, une pluie serait tout aussi efficace. Le problème, ce que je n’avais pas prévu avant même de quitter la maison, c’était ces deux cadavres et ce démon qui s’invitait chez moi.

- Ça n’est pas si simple Nébi...

Je devais le tester. M’assurer de sa soumission, de sa docilité, mais aussi et surtout de son utilité. Sa compagnie m’était agréable, ses éclats bestiaux et meurtriers étaient un régal, mais à la maison ?... Je ne pouvais pas raisonnablement m’afficher avec lui et, bien que je ne reçoive que rarement, je refusais le moindre risque qu’il soit aperçu sur ma propriété. Bien sûr, les gamins qui me servaient actuellement ne diraient rien, car j’avais les arguments pour acheter leur silence et leur prodiguais un bien-être largement nécessaire qui taisait leurs envies de rébellion. Mais j’avais des voisins, des relations de travail, des « amis » à qui j’offrais un visage looooin de celui d’afficionado des démons.

Si je voulais m’acoquiner de ce Nébiros, prudence et prévention devaient être les maîtres mots.

- D’abord, je veux que tu jettes ces corps dans la rivière. Si tu n’en as pas la force ni le courage, ce n’est pas la peine de me suivre. Ensuite…

Je tournai mes épaules et mon regard vers les collines surplombant la ville. Puis pointai une direction approximative avant d’en revenir à lui.

- Je veux que tu trouves par la seule intelligence de tes sens où j’habite – car je vais te laisser dès maintenant. Si tu n’as pas le flair et l’instinct, à quoi sert-il d’être une créature dans ton genre ? Enfin, il serait malheureux que l’on te voit entrer chez moi par la grande porte. Une fois devant ma maison, il faudrait que tu poursuives ta route vers les hauteurs jusqu’à tomber sur une ruelle à gauche. Prend là et grimpe sur le muret couvert de brique en son centre. Suis-le de jardin en jardin jusqu’au mien et viens frapper à la porte de derrière. Un enfant viendra t’ouvrir. Bien entendu, tu ne dois lui faire aucun mal.

Je jaugeai la situation une dernière fois, posant mes yeux sur un cadavre puis l’autre, replaçai sous mon bras le manteau j’avais roulé en boule et repris.

- Comprend bien qu’une place sous mon toit se mérite. Agis comme je te l’ai demandé et je te promet confort et protection tant que tu me seras loyal. Agis autrement et tu ne pourras plus compter que sur toi-même…

Je lui jetai un dernier regard et sourire malicieux.

- Je te souhaite bon courage et bonne chance, à très vite j’espère.

Puis tournai les talons et m’en allai.


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MessageSujet: Re: Nuit froide et créatures maudites   Mar 21 Jan 2014, 06:32

Le démon n'avait aucune idée à quelle point il pouvait compliquer les choses. Mais rien n'obligeait la vampire à le ramener chez elle. Si elle savait les endroits où on l'avait forcé de rester! Elle aurait très bien pu lui dire de se débrouiller et de la retrouver à la tombé de la nuit. Nébiros ne voyait pas les dangers que sa présence pouvait causer. Cherchant à comprendre la complexité que pouvait représenter tout ça face à la femme, il y réfléchissait en penchant la tête de côté. Il aurait pu trouver une solution, il était beaucoup plus intelligent qu'il le croyait lui-même. Mais son conditionnement passé lui indiquait de laisser le maître réfléchir à sa place. Et avec raison, puisqu'elle trouva la solution.

Une moue de vexation se glissa sur son visage en l'écoutant. Elle ne connaissait pas encore ses capacités à l'évidence. Ce qu'elle demandait était plutôt facile selon lui. Et ce n'était pas la force qui lui manquait. De plus qu'il était revigoré par le repas. Sa nouvelle maitresse le sous-estimait peut-être, mais il allait lui montrer ce dont il était capable. Il ne la décevrait pas. Nébiros se releva sur ses pieds en acquiesçant d'un simple signe de tête. Elle pouvait lui faire confiance. Elle pensait au plan, il l'exécutait! Il allait lui démontrer sa valeur. Bien qu'il se demandait ce qu'elle avait voulu dire par confort? Qu'était-ce que le confort? Il resta quelques secondes debout à cligner de l'oeil, légèrement confus par ses dernières paroles. C'était bien la première fois qu'on lui souhaitait bonne chance, et ça aussi, le sens lui en échappait. Qu'importe, il avait plus important à faire!

Bien déterminé à rendre sa nouvelle maitresse fière de lui, il souleva les cadavres, un dans chaque bras comme s'ils n'en pesaient rien, se pencha pour récupérer de sa bouche un organe qui tomba du ventre de celui qu'il avait ouvert et retroussa le nez vers le ciel pour en sentir les odeurs. Il devait trouver la rivière. Une fois les odeurs de poissons et d'eau repérées, Nébiros sauta sur une charrette contre le mur d'une maison, et un nouveau bond l'amena sur le toit. C'était le chemin le moins long, et le plus difficile à suivre les traces. Bien qu'elles devraient être toutes recouvertes de neige au cours des prochaines heures.

Le trajet fut difficile, mais non pas impossible pour Nébiros, son agilité lui permis de traverser ainsi la ville pour se rendre jusqu'à la rivière. Sa silhouette difforme de par les corps qu'il tenait contre lui, se découpant sur les toits à la noirceur de la nuit. Enfin il descendit des toits lorsqu'il atteignit sa cible, et faisant le moins de bruit possible, il laissa doucement couler les corps dans l'eau de la rivière avec le foie qu’il tenait entre ses dents. Aurait-il dû les remplir de roche pour s'assurer qu'ils ne remontent pas à la surface?

« .... »

La pensé était là, et c'était un danger pour eux si les corps étaient retrouvé. La vampire lui avait seulement dit de les jeter à l'eau, mais en faire plus ne pouvait faire de mal! Alors le démon plongea dans l'eau glacé... Ne songeant pas au danger que cela pouvait causer envers lui-même. Il se devait de ne pas déplaire à sa maitresse, il ne voulait pas être puni! En quelques instants il remonta les corps, et éventrant le second, il remplit les deux hommes de pierres qu'il trouva le long d'une maison. Le propriétaire allait croire le lendemain, qu'il s'était fait voler ses pierres pour le pavage de son jardin! Frigorifié, il repoussa les corps dans l'eau pour les y voir couler immédiatement. Enfin c'était fait, maintenant il devait retrouver la femme avant de n'être congelé sur place!

Les membres raidi par le froid beaucoup plus mordant maintenant qu'il avait prit un bain improvisé - ce qui d'ailleurs avait fait disparaître le sang frais de son corps, une part de son odeur désagréable avec un peu de crasse, mais il restait tout de même sale, un bon frottage était nécessaire pour tout faire partir - il couru sur ses quatre membres dans les ruelles en poursuivant l'odeur de la vampire, et surtout, l'odeur du sang sur son manteau. Il poursuivi sa route jusqu'à la ruelle mentionné, quand à monter sur le muret... Ses membres engourdis lui firent manquer son coup. Il sauta, mais rata royalement sa cible et retomba au sol. A défaut d'y sauter, il l'escalada à l'aide de ses griffes, et se dépêcha d'avancer sur cette surface restreinte et glissante. Manquant tomber à plusieurs reprises. Il fallait espérer que personne ne souffrait d'insomnie, ou l'on verrait cette créature aux ailes squelettique passer sur le muret! Enfin le jardin tant recherché lui apparu, il tomba dans celui-ci, ses mains congelées de tout ce trajet dans la neige. Tremblant, les cheveux en glace et couvert de neige. Les flocons avaient commencés à tomber, effaçant toutes leurs traces. Il s'avança jusqu'à la porte arrière, et donna un coup du plat de sa main. On ne lui avait jamais apprit à cogner au porte. Assit sur le perron, les vêtements prit en glace, il attendit que l'enfant vienne lui ouvrir.

Sans se soucier du regard de celui-ci face à ce qu’il voyait lorsque la porte s’ouvrit, Nébiros se glissa à l’intérieur pour retrouver la chaleur bienfaisante sans attendre que l’enfant l’y invite. Il n’était pas des plus sensible aux changements de température, mais avec la baignade qu’il avait prit, c’était tout autre. Quelques morceaux de glace se déprirent de ses cheveux pour tomber sur le parquet, ses griffes cliquetant sur la surface à chaque mouvement, accompagné de la chaine qui trainait au sol entre ses membres. Il s’arrêta et se retourna vers l’enfant. Un instant déstabilisé à la vu de celui-ci. C’était la première fois qu’il se retrouvait devant un gamin. Il plissa les sourcils, toujours tremblant de froid, et le fixait en aillant l’impression que cela lui rappelait quelque chose, sans pour autant savoir quoi. Un enfant… Qu’es-ce que ça pouvait bien être? Il ne se souvenait pas d’avoir été en contact avec un avant cela.

« Maîtrrre où? »

Il ne devait pas avoir une allure très rassurante pour ce jeune, encore heureux qu’il n’était plus couvert de sang. Mais l’impression qu’il faisait sur celui-ci lui importait peu. Et quand à se souvenir pourquoi un enfant lui rappelait quelque chose sans savoir quoi, il avait plus important à faire pour l’instant. Il devait faire savoir à sa maîtresse que la tâche était accomplie, mais aussi, s’assurer qu’elle allait détruire son manteau, ou du moins en faire disparaitre le sang. Car si lui avait pu le sentir, d’autres le pourraient.


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MessageSujet: Re: Nuit froide et créatures maudites   Dim 02 Fév 2014, 02:44

Je tournais l’angle de la rue mais ne rentrais pas directement. Accélérant le pas je me dirigeais en avant des siens, un bloc de maisons entre nous. Arrivée première à la rue qui croisait nos chemins, je vins me glisser au plus près de la lumière, mais parfaitement dans l’ombre et me figeai, bloquant jusqu’à ma respiration pour l’entendre, le sentir passer tout proche, embaumé des entrailles de nos victimes.

Nous avions fait là du bel ouvrage. Dans le sens susceptible d’attirer l’attention.

Mais il serait pour plus tard de penser à de tels ennuis. Vite ! Il fut passé et je fis demi-tour pour entamer la longue marche qui me ramènerait à la maison. Je pris vers le Nord, jusqu’à une avenue où mes pas et mes odeurs se mêleraient à ceux de la foule des journées. J’espérais trouver un brasier allumé sur le trajet, forge encore chaude ou four que l’on allumerait tôt… je n’eus pas cette chance.

Il est vrai que je ne compliquais pas bien la tâche au démon : la piste que je traçais était droite et tracée au sang. Si le froid diminuait sa lisibilité, elle était logique et je m’en voulais ne pouvoir prendre le temps de compliquer la chose. Mais je devinais l’empressement avec lequel il s’exécuterais et je voulais arriver à l’avance. Je pressait le pas. Si j’acceptais qu’il me piste, il ne fallait pas pour autre qu’un simple limier puisse me relier au crime. Je devais me débarrasser du manteau.

Je choisis les égouts, dont je connaissais une bouche qui faisait parfait vide-ordure. Je n’aimais pas imaginer un vêtement que j’avais porté être englouti par ces flots et traîné dieux-sais-je où ? A quel point serait-il méconnaissable ? Je préférais de loin l’idée du feu purificateur, qui avait en plus pour lui de détruire rapidement. Tant pis. Je hâtais le pas jusqu’à l’ouverture et ralentit en arrivant, tous sens aux aguets. Une fois certaine d’être seule, je jetai entre les grilles l’hermine tant aimée et reparti sur le champ.

Arrivée sur le seuil de ma maison, petit pavillon d’un étage avec jardin, je tapai trois coups puis deux et sortit la clé de ma poche pour déverrouiller la serrure. J’entrai et reçu la vague de chaleur bienfaisante qu’exhalait l’intérieur.

Maxime arriva, le regard fatigué et ses habits un peu de travers. Garçon de neuf ans, il vivait ici avec sa sœur depuis plusieurs mois et savait ce que j’attendais de lui à mon retour d’une sortie nocturne. Il ne put prendre mon manteau pour l’étendre – j’en était fort désolée – mais il procéda sans hésiter à la suite : il ferma la porte derrière mois et se rendit en vitesse au petit salon vers lequel je me dirigeai. Il y jeta trois buches dans la cheminée et attendit ses instructions.

- Merci Maxime.

Je passai devant lui et allai m’asseoir dans un fauteuil à l’étoffe rouge, bois sombre et accoudoirs ornés. Il se trouvait à quelques pas du feu que j’aimais contempler. Il y avait deux autres assises dans la pièce, une table dans un coin et une fenêtre aux rideaux fermés.

Un invité va venir, il se présentera par la porte de derrière d’un instant à l’autre, je veux que tu lui ouvres et ferme derrière lui. Accompagne-le jusque ici… Et je dois t’avertir, il a une allure très… particulière. Ne te laisse pas impressionner il est inoffensif. En attendant va chercher ta sœur, dis-lui d’apporter une bouteille de Domaine des Olives et deux verres.

Pas vraiment sûr de lui ni mieux éveillé – il était tard pour un bambin de son âge, je dois l’admettre – il se dirigea vers leur chambre et je me trouvai seule. Seule face aux flammes grandissantes, bondissantes et rougissantes, dans lesquelles je perdais mes pensées. Un démon arrivait chez moi. Un démon servile dont je commençais à peine à tirer bénéfice, et je voyais en lui un grand atout pour moi, mais surtout un être bestial qui m’avait émue, une énigme entre monstre et homme que je voulais résoudre. Je repensai à son allure, à ses ailes décharné et à son œil brillant derrière des cheveux sales. Je repensai à ses chaines… Il m’appelait « maître », mais qu’entendait-il par-là ? C’était ce qu’il me faudrait commencer par découvrir.

Je repensai ensuite au frisson de cette nuit, la sauvagerie à laquelle je m’étais laissée aller. Ah, qu’elle était loin mon humanité… Mais comment faire autrement lorsque l’on vit de la mort des autres ? Il y en avait bien pour lutter contre cette fatalité, il y en avait bien de ces frères et sœurs qui refusent de tuer, et certains refusent même tout sang humain quitte à dépérir… J’avais beau avoir pleinement conscience de ce que j’étais devenu, jamais je ne serai prête à le payer de la vie. Egoïste je l’étais et ce n’était ni la justice ni l’honneur ou l’humanité qui prévaudraient sur ma volonté de vivre. Tout de même, j’étais devenu quelqu’un !… et immortelle.

Pour rester en vie dans ce monde il fallait faire preuve d’intelligence, de ruse et d’anticipation. Le carnage que j’avais causé avec le démon pouvait poser problème. J’avais maintenant le choix entre faire profil bas et croiser les doigts pour que rien n’arrive ou me servir des faits à mon avantage… Avec Nébiros de mon côté… Les flammes dansaient trop vite et mes idées s’emmêlèrent.

La sœur de Maxime, Leera, entra dans le petit salon.
- Parfait !

Elle posa bouteille et verres sur la table.

- Il faudrait préparer la chambre bleue, nous avons un invité qui va probablement passer la nuit ici. Met une paire de draps propres. Puis fait chauffer de l’eau, je prendrai un bain un peu plus tard et notre invité fera bon usage d’un bassin d’eau chaude… Oh, j’ai prévenu ton frère, il est un peu spécial. Tâche de ne pas en perdre ta politesse.

- Oui Madame. Dois-je cuisiner quelque chose pour notre invité ?

- Pas ce soir, je ne pense pas non.

Quelques instants plus tard elle, de nouveau seule, j’entendit la porte arrière s’ouvrir et je souris. Des bruits de pas résonnèrent pas dessus le crépitement du feu devant moi. « Maîtrrre où ? » Je reconnu sa voix et me levai, tandis que Maxime guidait le démon jusqu’à moi. Ils arrivèrent tous les deux et je gratifiai Nabiros d’un :

- Contente de te revoir !

Le garçon avait l’air un peu moins endormit et franchement impressionné par la nature de notre invité. Son teint avait perdu quelques tons sous ses cheveux bruns et long et il avait du mal à ne pas le dévisager.

- Bien.

Je contemplais le démon de haut en bas, remarquant l’eau et la glace qui l’enserraient.

- Enlève ce que tu peux enlever et met toi près du feu. Maxime va mettre tes affaires à sécher.

Je m’adressai ensuite au garçon :

- Tu lui portera une couverture aussi, une grande et chaude.

Je tournai le dos par pudeur. Tout en m’interrogeant sur la gêne que la nudité pouvait provoquer chez Nébiros.

- Comment aimes-tu la maison Nébiros ? Tu pourrais vivre ici ? Il y a de la place, mais aussi quelques règles… Oh, j’imagine que tu n’aimes pas bien ça… Moi non plus, seulement elles sont nécessaires.

Le garçon emporta les affaires du démon quelque part.

- Je n’essaie pas de faire de toi un gentil serviteur comme ces gosses rassure-toi. Ils ne sont que de jeunes humains, je leur confie quelques tâches à leur hauteur. Pour toi, je vois bien d’autres services requérant tes talents… Mais je dois savoir une chose avant tout. Que veux-tu dire lorsque tu me nomes « maître » ? Il y a tant de façon de le voir je veux connaître la tienne. Parce que si c’est uniquement une courbette pour me flatter, ce n’est même pas la peine.

Maxime revint, au pas de course, et déposa une grande couverture pour Nébiros. Il croisa mon regard et y vit l’empressement, aussi il me remit les clés et disparut pour nous laisser tranquille. Je laissai éventuellement le démon se rhabiller puis me tournai vers lui.

- Me serviras-tu Nébiros ? Ai-je ta confiance et ta loyauté ?

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MessageSujet: Re: Nuit froide et créatures maudites   Jeu 06 Fév 2014, 01:38

Le manteau n'était plus, la vampire s'en était débarrassée avant d'arriver chez elle. Le démon ne pouvait plus le sentir, heureusement. Mais il avait sut tout de même se diriger jusqu'ici à l'odorat. La vue en moins, tous ses autres sens étaient décuplés, et il n'avait aucune difficulté à distinguer les odeurs corporel de chacun. La maison embaumait de ceux qui y résidaient. Nébiros vit l'enfant s'éloigner suite à son interrogation, pour se diriger vers une autre pièce. Il le suivi en reconnaissant le parfum de la dame. Elle était arrivé et probablement depuis un bon moment à en croire sa chaire blanche réchauffé par le feu. Le démon inclina humblement sa tête à son accueil. Il lui avait prouvé être capable de suivre ses ordres, et attendait la suite. Non pas une récompense, mais les directives suivantes.

Il commença à se dévêtir dès que la vampire le lui dit. Il n'était pas mécontent de cette attention plutôt inaccoutumée pour lui. Jamais que l'on se souciait de son état. Son haut de cuire tomba au sol après en avoir défait les agrafes, la chaine cliquetant sous le mouvement, dévoilant un corps mince, mais tout de même tout en muscle et couvert de cicatrices. Son dos était bariolé de fines lignes rouges. Le pantalon suivi sans qu'il n'ait aucune pudeur. Ce devait être plus gênant pour la femme, que pour lui. Il n'avait aucune notion de nudité, et pour lui il n'y avait aucune gêne en cela. N'ayant aucun sous-vêtement, il se retrouvait aussi vite en tenu d'Adam, et se rapprocha du feu dans ses mouvements félin qui faisaient rouler les muscles de son dos. Il ne restait sur lui, uniquement que les bracelets de métal à ses chevilles, ses poignets, et puis le collier à son cou auquel la chaine était accrochée. La luminosité du feu affectant sa vision en plus de son corps raidit par l'engourdissement de la chaleur sur son corps glacé, une des assises fut légèrement poussée sur son passage lorsqu'il l'accrocha, ayant de la difficulté à gérer les distances de son unique oeil capricieux. Il s'assit au sol près de la source de chaleur, tout en restant à une distance respectable. On pouvait voir à quelques cicatrices que le feu avait aussi fait partie de ses tortures et il en conservait une crainte.

« Ici?! »

Le visage du démon se détourna des flammes pour regarder son hôte, surpris de ce qu'elle disait. Lui rester ici? N'y avait-il pas une cage ou quelque chose dans ce genre à la cours pour lui? Oh... A moins qu'il ne soit installé au sous-sol? Oui probablement, c'était ce qu'elle voulait dire. Ses vêtements de cuire furent emporter, et le démon s'en soucia peu.

« Nébiros obéir aux règles. »

Qu'importe le traitement qu'on lui réservait et les règles à suivre, le démon était des plus endurant et obéissant. Il écoutait la femme avec attention, comprenant ce qu'elle disait pour ses autres serviteurs. Ça il en avait l'habitude. Et puis ce n'était pas lui qui aurait été capable de faire le ménage, la lessive, à manger, et toutes ses tâches ménagère. A moins de vouloir tout retrouver détruit. Il fronça les sourcils en ne comprenant pas la suite. Que signifiait maitre? Parce qu'il y avait plusieurs significations à cette appellation?? Nébiros n'en connaissait qu'une seule... Il déploya ses ailes squelettiques en se secouant, quelques glaçons se décrochant pour tomber au sol, fondant sous la chaleur du feu. Ses cheveux qui étaient devenu des brins de pailles à cause de la glace, dégoûtaient maintenant en dégelant, lui collant au visage. Ses ailes se replacèrent contre son dos, et la surprise se poursuivi en se retrouvant avec une couverture sur lui, posé par l'enfant. Il était traité comme un roi en comparaison avec ce qu'il avait vécu ses dernières années. Il resserra l'étoffe contre lui, frémissant encore du froid imprégné jusque dans ses os, sans se soucier de ce qui pourrait être entrevu de lui entre les plis.

« Nébiros obeirrr maître. Maitre être... »

Mais qu'était-ce réellement qu'un maitre? Le démon ne s'était jamais posé de question. Il fixa son globe blanc sur la vampire. Ne connaissant pas le mensonge, Nébiros ne disait que ce qu'il croyait être la vérité, au mieux de ses connaissances.

« Maitre donner ordre. Nébiros obéir. Maitre pas satisfait obéissance Nébi, punir Nébi. »

Il s'efforçait de parler au mieux qu'il pouvait. N'étant pas suffisamment instruit pour énoncer des phrases complètes. La couverture glissa de son épaule droite lorsqu'il la relâcha pour frapper l'emplacement de son coeur avec son poing. Sa voix roque et grondante se faisant direct et véridique. Sur de lui.

« Nébiros chien de garde. Protéger et servir maitre. Loyale. »

Le mal de tête commençait à se faire sentir à trouver des mots aussi complexe qu'il n'avait pas habitude d'user. Et voulant tout comprendre ce qu'elle lui disait, pour s'assurer de ne pas commettre d'erreur et éviter le plus possible les punitions, il posa une question.

« Quoi être ffff…a... T... Ffflatter? »

Non parce que la courbette il comprenait, c'était s'accroupir devant elle selon ce qu'il connaissait. Mais flatter? Il ne se souvenait pas avoir déjà entendu ce mot. Et ne voyait pas ce qu'il pourrait faire pendant qu'il s'accroupissant devant elle qui pourrait être dérangeant. Quand à comprendre que c'était une expression...

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