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"Homme libre, toujours tu chériras la mer !"
"La mer enseigne aux marins des rêves que les ports assassinent."
"La sagesse, c'est d'avoir des rêves suffisamment grands pour ne pas les perdre de vue lorsqu'on les poursuit."
"Il est des moments où les rêves les plus fous semblent réalisables à condition d'oser les tenter."
"Le voyage est une suite de disparitions irréparables."
"Nous sommes de l'étoffe dont sont faits les rêves, et notre petite vie est entourée de sommeil."
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"Il y a trois sortes d'hommes : les Vivants, les Morts, et ceux qui vont sur la Mer."

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 La nuit, même les démons sont gris (Aelix)

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*Déchu*

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*Déchu*

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MessageSujet: La nuit, même les démons sont gris (Aelix)   Ven 22 Nov 2013, 12:21

La nuit tombait sur Lan Rei, alors que je quittais seulement le grand marché du port, les bras chargés de plantes pour mes préparations, et de quoi me sustenter pour quelques jours. J’étais fourbue plus que de raison, sans doute suite à mes multiples nuits blanches, effets secondaires de mes périodes de crise, mais je ne parvenais pas à me décider. L’idée me trottait dans la tête depuis quelques jours déjà de sortir m’aérer, découvrir ce qui m’entourait, et pourquoi pas lier connaissance avec d’autres personnes que mes clients. On m’avait plusieurs fois parlé d’un bar sur le port ; je savais leurs brioches délicieuses, puisqu’une cliente m’en avait une fois offert, en remerciement pour ma gentillesse. Sauf que j’avais trop l’habitude d’être seule, et de ne pas me mélanger. Mon amour pour l’humain n’en était en rien diminué, seulement j’avais pris l’habitude d’esquiver sa compagnie et de vivre en tête à tête avec moi-même et je n’étais pas sûre que le monde et le bruit allant avec un estaminet me soient supportables. Après tout, si je m’éloignais, c’était surtout pour ne pas risquer de perdre pied.

J’en étais là de mes considérations en ouvrant la porte de la Cornue et en me précipitant dans la salle du fond afin d’y déposer mon butin, lorsque je pris conscience du vide. Du vide, et du silence.
L’échoppe me semblait soudainement bien triste, grise et, malgré mes efforts, peu chaleureuse pour qui souhaiterait y vivre.


*Elle manque de vie, tout simplement.*

Réflexion lucide, qui m’apparu comme me revint en mémoire l’image de Gareth, mon maître, qui m’avait tout appris et soutenue pendant de longues années. Et tenu compagnie, aussi, lorsque la solitude était trop forte. Lui, au moins, savait donner vie aux choses qui l’entouraient.
Je chassais ces pensées comme des moucherons agaçants, d’un revers de la main. Il n’était plus là depuis de longues années, il fallait bien m’y faire : je n’étais plus une jeune femme perdue, il m’avait appris tout ce qu’il fallait savoir. Bloquer sur le passé n’avancerait à rien de bon, je le savais d’expérience. Et puis, avant de prendre une décision, il fallait de toute façon que je range mes emplettes et la boutique, que j’avais laissée désordonnée avant de partir sur le marché.
Somme toute, tout ranger fut plutôt rapide, et je me retrouvais vite désœuvrée. Si bien que, sur un coup de tête, je saisis mon pardessus, fermais tout et quittais les lieux.
Je ne savais pas où je voulais aller, juste que la Cornue était trop étouffante et que j’avais besoin de voir du monde. Je prenais une rue au hasard, et déambulait un long moment, heureuse de sentir le vent frai et salé sur mes joues, perdue dans mes pensées. Je ne croisais pas grand monde, sans doute à cause de la fraîcheur de la soirée.


*Sans doute parce que tu te promènes dans les ruelles sombres plutôt que dans les grandes artères, aussi.*

Sans doute, oui.
Mon estomac gargouilla, me tirant un soupir. Il allait falloir penser à chercher un lieu ou me restaurer. J’optais sans me poser plus de questions pour la fameuse auberge dont j’avais entendu parler, et tentais de m’orienter à travers les ruelles pour retrouver le port. Peine perdue ! C’était mal me connaitre que de penser qu’en errant sans faire attention à rien je ne finirais pas par me perdre.
Bien. Cette partie de la ville n’était pas si immense que ça, et en retrouvant une grande rue il devrait être possible de s’orienter sans trop de difficulté vers la côte. Ce que j’entrepris donc de faire, m’aventurant dans de véritables coupe-gorges, persuadée de bientôt tomber sur la bonne route.

C’était sans compter cette chance infinie qui me suit partout. Au coin d’une rue peu rassurante, je me retrouvais à quelques mètres d’un individu inconnu. Assez grand, masculin à sa carrure, l’aura qu’il dégageait me hérissa les plumes. J’eu la vision pendant un instant d’une altercation, puis d’un bain de sang : tout ce que je voulais éviter. Mon instinct me hurlait de m’enfuir. Sauf que, si mon instinct avait raison, je me ferais poursuivre, ce qui ne servirait à rien. Pas une seule seconde l’idée ne me vint que cet être n’était pas un danger. J’étais sûre de moi. Alors, plutôt que fuir, et pour éviter un drame, je m’avançais vaillamment, et commençais d’une voix que j’aurais voulue plus sûre.

"Vous, là, je vous préviens tout de suite, si vous êtes en quêtes de quelqu’un à blesser, vous feriez mieux de faire demi-tour. "

La silhouette continua d’avancer sans marquer d’arrêt, et je sentis mes jambes faiblir.

" Je ne me laisserai pas faire, je vous préviens. "

Ma voix était prête à dérailler, et aucune hésitation ne se faisait sentir dans le camp adverse. C’était mal partit. Il n’était maintenant plus qu’à quelques mètres. Bientôt, je pourrais même voir son visage.

"Et vous n’aimeriez sans doute pas voir ce qui pourrait arriver si jamais vous me mettiez en colère, je préfère vous…"

Ma voix se brisa sous l’effet du soulagement en reconnaissant ses traits.

"V…Vous ?! "
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*Démon*

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*Démon*

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MessageSujet: Re: La nuit, même les démons sont gris (Aelix)   Lun 24 Mar 2014, 04:36

Je grognais, tentant en vain de vider mon esprit, de me concentrer, de rassembler des idées à peu près constructives. Cela faisait bien une heure que j'étais là, adossée à ce mur, assise sur la pierre froide de l'Antichambre. Une heure que j'essayais désespérément de trouver une solution.
Mais voilà, les raclements, hurlements et autres souffles rauques qui résonnaient derrière la porte n'aidaient en rien mes efforts pourtant louables.

"La ferme, Nox !" Criais-je, sortant pour la première fois de ma placidité habituelle. J'étais fatiguée. Terriblement fatiguée.

Un silence trop court suivit d'un lourd choc qui fit trembler le battant sur ses gonds me répondirent. Je pris un instant pour bénir la solidité de la barre de fer qui fixait le tout avant de répondre.

"Oh, ouais, je sais ce que c'est, de ne pas pouvoir commettre un petit massacre quand on en a envie. Et je sais que c'est ennuyeux d'être enfermé en pleine nuit dans une cave obscure alors que la nourriture marine gentiment à un escalier de là. Mais peut être que si Monsieur ne s'était pas bêtement fait mordre par un punaise de lycan, on en serait pas là !"

Un grognement outré fit écho à mes paroles.
Bien sur, ce n'était pas de sa faute. Pas totalement. Mais ça ne m'arrangeait pas du tout. Et j'étais un peu fâchée, oui, il fallait le dire.
J'avais déjà un vampire en cuisine, un démon au piano (oui, bon, moi) et maintenant j'écopais d'un lycan en guise de barman ? Comment allais-je pouvoir gérer tout ça sans attirer l'attention ? C'était une situation intéressante, certes, mais aussi atrocement dangereuse.
Il me fallait une solution, et vite.
Et bien sur, impossible de me débarrasser de Nox. D'une, je m'étais attachée à l'énergumène, toujours si silencieux et imposant. De deux... de deux, il était quand même sacrément pratique.
Et puis c'était lui à qui revenait la véritable propriété de la Taverne, après tout. Lui qui m'avait offert une chance de recommencer ma vie, de sortir de l'ombre et d'amorcer ma conquête du monde.
Non, définitivement, impossible de le laisser tomber.

Je soupirai une dernière fois avant de me décider à me lever. Le froid et l'immobilité avaient rendu mes membres gourds, grinçants. Je ne pris pourtant pas le temps de les échauffer, préférant partir au pas de course en direction des tunnels grossiers qui s'ouvraient de l'autre côté de l'antichambre. Cela m'avait pris des mois, mais j'y étais maintenant presque. Sautillant presque, je m'engageais dans celui de droite, suivant l'écho d'une pioche maltraitant la roche.
Au bout de quelques centaines de mètres, après avoir croisé plusieurs grilles donnant sur des cavités qui ne m'appartenaient ni ne m'intéressaient, je parvint finalement à l'origine du bruit. Je ne pouvais pas trouver de solution pour Nox pour l'instant, mais je pouvais au moins surveiller l'avancée des travaux de mon projet.
Ils étaient quatre. Quatre hommes maigres, nerveux, armés de pioches et de volonté. Cela faisait bien une semaine, peut être deux, qu'ils étaient là à creuser.

«Peut être devrais-je leur apporter à manger », songeais-je. « Ils mourront avant d'avoir fini, si ça continue. Et je n'ai pas envie d'aller en chercher d'autres... Je suis trop fatiguée. »

En effet, j'étais éreintée à un tel point que je me promis d'augmenter leur ration à un repas tous les deux jours, songeant que ma flemmardise me tuerait. Je m'approchais deux, sans même qu'ils relèvent la tête. J'imaginais très bien, sans avoir à les regarder, leurs yeux vitreux, leurs bouches entrouvertes et humides, leurs joues creuses. Des vrais zombis. Parfaitement brisés par mes soins. Des jolis jouets, à ne pas en douter.
Mais je n'avais pas l'habitude de garder mes jouets aussi longtemps.

Ils avaient bien avancé, c'était certain. Le labyrinthe était presque terminé, il ne manquait plus que d'ouvrir la deuxième sortie de secours, qui passerait par une cave abandonnée dont le soupirail donnait sur une petite ruelle du port. Et, à en juger par les éclats de briques qui dégringolaient avec les pierres, on y était presque.
« Peut être que je n'aurais pas besoin de les nourrir, finalement. » Pensais-je avec satisfaction.

« Vous avez bien travaillé »

Je les laissais déblayer l'ouverture qu'ils venaient de créer, avant de faire glisser dans ma main la lame du petit couteau que j'avais emporté avec moi.

« Maintenant, celui qui s'en sortira vivant gagnera le droit de sortir d'ici» Dis-je en lançant le couteau sur le côté.
Je les observais un moment se battre, se griffer et s'entre-déchirer pour obtenir l'arme, souriante. Ah, qu'ils étaient attendrissants.
Puis je me coulais de l'autre côté de la fissure. Je tirais rapidement devant une vieille étagère qui en camouflait la vue tout en la laissant accessible. La cave était supposée être abandonnée, mais je préférais ne pas prendre de risque.
Une fois cela fait, je fis rapidement un tour sur moi même. J'étais satisfaite, et étrangement excitée. Oh, ce n'était rien comparé à l'idée que j'allais bientôt pouvoir tester réellement ma nouvelle installation, mais j'étais tellement heureuse à l'idée d'avoir fini ! Bon, bien sur, il restait encore à sécuriser les sorties, s'assurer que personne d'autre que les chasseurs ne pourrait les emprunter. Mais cela pouvait attendre.

Je retournais vers les souterrains. Les bruits de bataille avaient faibli, et pour cause : ils n'étaient plus que deux maintenant à se battre, le sang des autres imprégnant déjà la roche. Je restais là, n'ayant pas vraiment envie de retourner près de l'antichambre, du vacarme causé par Nox. La taverne était aux mains de Nareil et d'Enoch, je pouvais bien profiter d'une nuit tranquille..
Je fis donc demi tour, trempant le bas de mon pantalon dans le liquide rouge. Comme je m'y attendais, le mécanisme du soupirail était un peu grippé, mais en m'y reprenant à plusieurs reprises, je parvins enfin à l'ouvrir et à me glisser dans la ruelle.
L'air frai, saturé par l'odeur d'iode, me fit du bien.

Je décidais d'attendre là que le survivant sorte. Je tiendrai parole, bien sur. Il sortirai, vivant. Et on le retrouverai demain sur les docks. Mort.
J'étais là, accroupis au bord de l'ouverture, un peu en retrait, lorsque j'aperçus, là où la ruelle rencontrait ce qui semblait être une rue plus large mais non moins glauque, une silhouette frêle, féminine, et manifestement, un peu perdue.
J'hésitais.
Elle ne semblait pas m'avoir vu, pas encore. Je me redressais donc, faisant de mon mieux pour ne pas paraître suspect. Je n'avais pas envie d'attirer son attention. Pas envie de céder à mes pulsions non plus. Pas sur n'importe qui. Je devais m'imposer des proies, m'y tenir. Ce n'était que comme ça que j'avais une chance de m'en sortir.

Malheureusement pour nous deux, la jeune femme -sa démarche assurée semblait en effet indiquer une jeunesse fleurissante- s'engagea dans ma ruelle.

"Vous, là, je vous préviens tout de suite, si vous êtes en quête de quelqu’un à blesser, vous feriez mieux de faire demi-tour. "

J'esquissais un sourire interdit. Mais... Mais comment était elle au courant ?
Puis je me repris. Décidément, j'étais vraiment fatiguée. Bien sur qu'elle n'était pas au courant. Elle essayait simplement de se protéger.
Curieuse façon de se protéger, d'ailleurs, que de s'engager dans une rue en défiant les Ombres. Je m'approchais d'elle, plus par défi, pour l'effrayer un peu aussi, que par réelle intention malveillante. Cela ne sembla pas lui plaire.

" Je ne me laisserai pas faire, je vous préviens. "

Toujours silencieuse, je me rapprochais encore, me plaçant volontairement dans les nappes de ténèbres, pour conserver l'anonymat plus longtemps. Oh, je ne pensais pas qu'elle puisse, de toutes manières, me reconnaître, mais l'absence de visage suscitait souvent plus de terreur que la plus horrible des compositions.

La voix de la jeune femme menaçait de flancher. Elle était au bord de la terreur, ça se sentait, ça se voyait. Mais quelque chose n'était pas normal. Ma nature démoniaque me rendait particulièrement sensible à la peur et à ses mouvements. Hors la peur de la jeune femme n'était pas uniquement causée par ma vision. Elle était aussi...
C'est à ce moment que j'aperçus les deux ombres dans le dos de la femme.
Des ombres blanches, pures, tissées de plumes.
Ses ailes.
La surprise m'arracha la voix, et c'est muette que je la laissais parcourir les dernier mètres qui nous séparaient.
Non, c'était impossible... c'était trop beau...

"Et vous n’aimeriez sans doute pas voir ce qui pourrait arriver si jamais vous me mettiez en colère, je préfère vous…"

Sa voix se brisa alors qu'elle me reconnaissait à son tour. Je me contentais de la dévisager, d'admirer une fois de plus ces traits que je ne pensais plus revoir.

« Sheyn... » répondis-je, d'un souffle. « Que.. Que faites vous là ? Ce n'est pas un endroit très sain, ni très sur, vous savez... »

La surprise me faisait perdre mes moyens. Je fronçais les sourcils. À en juger par la luminosité et par les bruits du port, il ne devait pas être plus tard que neuf heures. Pourtant, tout le monde ici savait qu'il était loin d'être une bonne idée de traîner dans le labyrinthe des ruelles passé la tombée de la nuit...

« Êtes vous perdue ? »

Je lui lançais un nouveau regard, plus suspicieux cette fois. Peut être l'ange apothicaire n'était elle pas aussi blanche qu'elle aimait le laisser croire... Mais qu'importe, maintenant qu'elle était là, une idée germait dans mon esprit, un début de solution, une ébauche d'espoir.
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La nuit, même les démons sont gris (Aelix)

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