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"Homme libre, toujours tu chériras la mer !"
"La mer enseigne aux marins des rêves que les ports assassinent."
"La sagesse, c'est d'avoir des rêves suffisamment grands pour ne pas les perdre de vue lorsqu'on les poursuit."
"Il est des moments où les rêves les plus fous semblent réalisables à condition d'oser les tenter."
"Le voyage est une suite de disparitions irréparables."
"Nous sommes de l'étoffe dont sont faits les rêves, et notre petite vie est entourée de sommeil."
"Dieu nous rêve. S'il s'éveille, nous disparaissons à jamais."
"Nous trouverons un chemin... ou nous en créerons un."
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"Il y a trois sortes d'hommes : les Vivants, les Morts, et ceux qui vont sur la Mer."

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 L'inattendue dans la fourmillère de la Reine Mère.

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*Succube*

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*Succube*

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MessageSujet: L'inattendue dans la fourmillère de la Reine Mère.   Sam 21 Sep 2013, 23:40

Spoiler:
 

Les cerceaux de sable rouge tourbillonnaient autour d’elle, glissant sur sa taille, caressant de leurs mouvements sa nuque, soulevant ses cheveux de leur rythme cyclique.
Ils faisaient apparaitre, disparaitre la créature qui les domptaient, cette sorcière en transe qui sortait de nulle part et que la terre semblait aimer.
Elle avait gardé en elle une électricité statique et comme régit par cette force, les particules du désert s’enflaient, s’avançaient, se reculaient.
Ce voile brulant habillait parfaitement la silhouette décoiffée derrière, ce corps chaud qui ne demandait qu’un vêtement de plus sur son jupon déchiré. La pensée qu’elle était prédéterminée à user, bruler, arracher tous ce qui pouvait cacher ce corps de femme vulnérable, altérer cette fatale et trompeuse beauté provoquait en elle à la fois un trouble et une frénésie intenses.
A chaque naissance, renaissance, les vêtements étaient haillons. Or pour la première fois, ce voile naturel correspondait à sa nature et à ses origines. Il respectait son intimité et ne tarderait pas à la dévoiler. C’était dans l’ordre des choses, dans l’ordre de la nature. Il acceptait qu’elle revienne chez elle, s’ouvrant à elle, délicatement.
Le tourbillon retomba, la dévoilant, et lui dévoilant l’étendue désertique.
Elle fit un pas vers la terre à laquelle elle appartenait, complètement subjuguée et euphorique, auréolée du soleil incandescent.

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Droite et fière, la sentinelle attendait. Elle avait beau chercher quoi elle ne s’en souvenait plus ;  dans l’étendue des Plaines on perdait tous sens, toute raison au profit d’une attention exogène. Elle faisait si bien corps avec le désert que les piètres êtres venaient s’échouer dans ses mains, que leurs esprits chétifs se fissuraient sous l’intrusion de la tortionnaire. Figée comme une statue, elle gardait un royaume secret, mystique presque. Sphinx véritable, créature légendaire, il se déroulait sous ses pieds les cryptes de sa Sainteté, triomphante sur un tapis d’âmes mortes.

Les coulées de sable bruissaient, murmurant les secrets enfouis sous sa masse, six pieds sous terre.
Le soleil couchant allongeait de ses ombres le désert.
L’espace était asphyxiant malgré l’annonce d’une nuit froide. Le sable était encore brulant et les exhalaisons sudoripares rendaient à l’atmosphère un parfum de fièvre et de tourment, puissamment délétère.

Au loin elle aperçut un mouvement qui  lui était étranger. Cela ne ressemblait en rien à la course d’un fennec  ou d’un Anubite, au passage chaotique d’un orage, ou qu’en bien même des pas chancelants d’un être humain. Ce tourbillon l’interpellait, comme vous appelle l’inconnu mais elle ne pouvait se permettre de quitter son poste. Accommodant sa vue surpuissante, son visage ne tarda pas à se décomposer.
De cette trombe avait naquis un corps articulé, vigoureux et délicat.
Un animal sauvage était là, elle sentait cette aura puissante s’étendre, scruter l’horizon, la scruter. Elle ne savait pas de quoi il en retournait, la Reine n’attendait aucune visite, aucune personnalité, aucun caprice quoiqu’il fût.
Et tandis qu’elle était partagée entre céder son poste pour aller voir de plus près cet étrange spécimen qui réveillait en elle une soif intense et rester intègre à la charte de surveillance du royaume, elle vit s’élancer la brunette dans sa direction, glissant sur le sable et jouant avec.
La joie qui se dessinait sur son visage lui renvoyait l’image d’enfants dodus et roses que son pouvoir cynique aurait tôt fait de détruire.
L’intruse stoppa net, comme foudroyée. ET tandis qu’elle voyait son visage se tordre, il passait entre elles un flux de tensions, de rage, de haine, de curiosité imperceptible. Il y avait dans ce dialogue de sourd une proximité écœurante qui la laissait pantoise. Le même sentiment se reflétait chez l’autre.

Elle ne se posa pas trente six mille fois la question : il était clair qu’elle détestait cette jeune femme qui puait l’humanité, qui était différente de la franche élite raciale. Son odeur était l’union subtile de la peur et d’un abandon à la terreur qu’elle pouvait être, et la sentinelle était cramoisie de jalousie à cette pensée. Elle jalousait ce qu’elle n’avait connue. Elle était née pour servir, non pour vivre d’aventures. Née dans un système où il était nécessaire d’être sur de soi, sans place aux doutes, et revirements de position.
Ainsi l’étrangère n’avait elle pas de place ici, le plus simple était de suivre le règlement, l’escorter dans les ténèbres pour qu'elle soit engloutie à jamais, pour mieux faire taire ses souffrances et ses folies dans des cris d'effrois, des membres déchirés, des projets brisés.
Ce sacrifice lui allait très bien, allant de paire avec ses idées malsaines de femme bafouée dans son orgueil.
En un geste, sans mot dire, elle l'invita à la dépasser, fermant la marche de sa froideur mortelle.
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~*Reine des Abysses*~

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MessageSujet: Re: L'inattendue dans la fourmillère de la Reine Mère.   Jeu 26 Sep 2013, 16:20

Spoiler:
 


Le crépuscule. Elle imaginait sans mal le soleil s’éclipser dignement derrière les dunes à l’Ouest de l’île, projetant sur la lune toute l’attention des âmes errant sur le sable. Elle connaissait parfaitement ce spectacle, et le reconnaissait depuis sa chambre à la danse sonore qu’il faisait vibrer au-dessus de sa tête. Les petits pas de plus en plus pressés, les éclats de rire excités, les gargouillements affamés. Les portes qui claques, la terre que l’on bat d’impatience de n’avoir que la nuit sous les pieds. L’annonce de songes charnels et de festins nus. Un préambule sacré que personne ne devait interrompre, car frustrer une succube, c’est se réserver un destin tragique. Et court.

Oanig souriait aux tentures recouvrant son lit. La chambre de sa jeune Favorite se trouvait juste au-dessus, et elle suivait chacun de ses pas, chacune de ses hésitations, comme un fantôme l’aurait fait dans la même pièce. Otsana n’était pas de celles qui se pomponnaient, hésitaient sur la couleur d’une robe parce qu’elle n’avait pas le rouge à lèvres assorti. Elle était l’un de ces spécimens à la beauté sauvage à qui la moindre guenille sied comme une œuvre de grand couturier, et elle se préoccupait peu de son apparence. Non, ce qui la faisait hésiter ce soir, était bien plus grave pour une succube. Une erreur de jeunesse, elle le savait. Mais elle ne pouvait se le permettre avec son nouveau statut. Afin de la protéger, la Reine l’avait piégée. Elle l’en avait plus ou moins informée. Elle voulait qu’elle soit raisonnable, d’une façon ou d’une autre. Ça, c’était à elle de le choisir. La manière douce, ou la manière forte.

Le silence s’installa dans la chambre de sa protégée. Elle faisait bien de réfléchir, ainsi peu importe son choix, elle comprendrait mieux les conséquences qui en découleront. Oanig allait se lever lorsqu’on frappa à sa porte. Encore Garaiñe qui voulait l’inviter à dîner… Elle soupira, n’appréciant pas de devoir sans cesse rejeter ses offres à plus tard. Mais lorsqu’elle ouvrit la porte, elle fut surprise de voir Sahia.

_Majesté, salua-t-elle en s’inclinant légèrement. Nous av…


_N’étais-tu pas de garde ce soir ? coupa Oanig en fronçant les sourcils.

_Si, justement.

_Et quelqu’un te remplace pendant que tu n’es plus à ton poste ?

_J’y ai envoyé Sitryce le temps de vous prévenir.

_Bien, se détendit la reine. Je t’écoute, que se passe-t-il ?

_Une nouvelle, ma Reine. Une nouvelle a débarqué juste sous mes yeux à l’instant. Je l’ai conduite à la salle d’entretien.

_Oh… C’est étrange. L’avais-tu sentie ?

_Non. Je crois qu’elle ne vient pas des Limbes.

_Très bien. Avant de remonter, va chercher Kahilem et Véheyna. Et demande à Sitryce de nous apporter des restes.

_Oui, ma Reine.

Elle referma la porte, dubitative. S’asseyant face à son miroir, elle brossa ses cheveux soyeux et rehaussa la couleur de ses lèvres d’un rouge sanglant. Elle songeait que comme dans le règne animal, la parure pouvait donner une impression de force, comme si elle venait de se nourrir et qu’elle ne manquait pas de vigueur. Oui, elle préférait se méfier d’une nouvelle tardive. Rajustant sa poitrine dans sa robe moulante, elle prit le chemin de la salle d’entretien, confiante en apparence.

Véheyna l’attendait devant les portes, habillée en guerrière. C’était peut-être exagéré mais Oanig la trouvait tellement farouche dans cet accoutrement, et sa précipitation à l’enfiler, qu’elle l’aurait embrassée. Une épaule couverte de peau de serpent laissait filer un voile vert émeraude sur son buste noir, ne couvrant qu’un sein et remontant l’autre fièrement comme une arme dressée face à l’ennemi. Une ceinture épaisse subjuguait la courbe de ses hanches, encadrée de deux lames courtes, d’où tombait un pagne de soie verte libérant ses jambes de toute entrave. Elle avait les pieds nus parés de chaines en bronze cheminant des bagues de ses orteils aux anneaux à ses chevilles. Une tenue de parade, néanmoins efficace en cas d’affrontement. C’était sûrement plus que nécessaire, mais Véheyna était tendue en ce moment.


_Et Kahilem ?

_Sortie. Sahia nous l’enverra dès qu’elle reviendra.

Elles ne seraient que deux, et personne pour les servir. C'était bien peu, mais elle n'aimait pas déranger ses soeurs à cette heure ci. Et elle ne voulait pas perdre de temps à chercher un incube.

_Qui est-ce là-dedans ?


_C’est justement pour le savoir que j’ai besoin de Kahilem… Elle s’est téléportée devant l’entrée du royaume, selon Sahia elle ne sent pas les Limbes.

_Etrange.

Oanig sourit.


_Inutile de nous montrer sur nos gardes, elle est l’une des nôtres. Allons voir quel périple elle a fait avant de nous rejoindre.

Véheyna ouvrit une porte et elles entrèrent dans l’immense pièce. Elle était là, debout dans le désert d’ambre gravé sculptant le sol. Oanig songea que l’endroit était bien trop froid pour accueillir une de ses congénères, il ne fallait pas rester là.

_Bonjour, lui dit-elle doucement en s’approchant d’elle. Je suis Oanig Ain’Hoa, Reine du Royaume des Succubes. Sois la bienvenue.

Elle était face à elle, à quelques pas, reniflant son odeur à chaque inspiration. Son visage lui était totalement inconnu.

_Suis-moi.

Elle lui tourna le dos et se dirigea vers la petite porte, derrière son trône. Véheyna fermait silencieusement la marche. Elle l’ouvrit et approcha sa paume, à plat, vers sa bouche, comme pour y souffler un baiser. Des flammes se propagèrent sur les chandeliers encadrant un divan et deux fauteuils de velours dodus. Cette fois, le salon ne s’enflamma pas, et Oanig se félicita de ce petit exploit. Combien de fois avait-elle dû refaire le mobilier pour obtenir cet effet ? Elle se tint à côté de l’assise rouge du divan et attendit que son invité prit place sur le siège qui lui faisait face.

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MessageSujet: Re: L'inattendue dans la fourmillère de la Reine Mère.   Sam 05 Oct 2013, 00:20

Spoiler:
 

Le rythme lent des halos s’était éteint dans une obscurité totale à l’entrée du tunnel. Elle s’y était engouffrée angoissée, menacée par cette présence hargneuse derrière, dont elle sentait les regards poignardés son dos.
Son corps entier était tendu à l’extrême, prêt à bondir face à la menace insidieuse. Cependant, faisant preuve de discernement, elle en était venue à la conclusion qu’elle n’aurait pas le dessus dans cette lutte. Trop forte, trop entrainée. Les jours, les mois face à l’humanité avait distillé la nature réelle, et les quelques chasses n’avaient pu la maintenir dans le paroxysme de sa force physique.
Un sifflement exaspéré sortit de ses lèvres, trouva un écho dans les longs corridors.

Dans ce labyrinthe obscur,  Eyniem s’y retrouvait, suivant un chemin tout tracé que la sentinelle n’avait pas pris le temps de lui dicter. Elle n’en avait pas besoin d’ailleurs, c’était en elle. Une odeur, une chaleur, une émotion,… qu’est ce qui la poussait donc ?
Du bout des doigts elle frôla le bois ébène du flambeau, surplombés de toiles d’araignées si fines et si délicates qu’elles ployaient sous les gouttes d’humidité. Ces abats jours pailletaient les murs couleur feu, qui variaient en nuances selon les couches et les strates.  Des cavités donnaient à voir quelques curiosités indistinctes, bien trop profondes, bien trop enfouies. Cette ambiance tamisée stimulait un désir qui gonflait son cœur, qui donnait une autre nature de tension, une tout autre fonction à ses sens aiguisés. Son nez frémit, happant l’air renfermé à la recherche d’une odeur délicieuse, subtilement ferreuse, délicatement salée.

- Quand est ce qu’il y en aura ?, interrogea-t-elle, comme en parfaite connivence avec celle qui la secondait.

Celle-ci était prise au dépourvu, malgré le fait qu’elle savait ce qu’elle était.

- Dans quelques jours, il y aura une grande chasse.
- Est-ce les seules activités que vous avez là ?
- Non.

La sentinelle était peu encline à converser, ainsi Eyniem se tut.
Pas une seule fois elles ne croisèrent quelqu’un dans ce labyrinthe, mais cela n’empêchait pas de trouver une certaine dynamique par delà les murs.
Les salles jugulantes de plaisir, gueulantes de mièvrerie intéressée, caracolantes d’impatience, s’enchainaient, comme collées les unes aux autres, attendant chacune leur tour d’accueillir et d’être spectatrices des théâtres les plus divertissants et tragiques que le monde eut créé.

Le metteur en scène, elle ne tarderait à le rencontrer.  De même qu’elle ne tarderait à se faire actrice, ou spectatrice envieuse de ces amphithéâtres passionnés.
La jeune femme passa la langue furtivement sur ses crocs, alléchée d’avance par la proposition informelle.

Puis soudainement s’arrêta. Deux lourdes portes battantes barraient le passage.
Elle se retourna. Deux femmes se découpaient dans la pénombre, et aucune ne ressemblait à celle qui l’avait succédé. Celle-ci s’était éclipsée si discrètement que Eyniem ne pouvait être subjuguée devant tant de maîtrise.
Elle salua d’un mouvement de tête que ces deux congénères armées d’une hache et d’un fouet lui rendirent, étonnées mais enthousiastes.

Toutes trois entrèrent dans la salle, Eyniem poussée par le synchronisme du pas martial des deux autres.

Elle se retrouva au centre de la pièce, cernée des deux cotés par les deux succubes, matée, retranchée ; se sentait jetée au centre de cette attention de marbre, mise en relief sur ce sol d’ambre pur et lisse. Au dessus d’elle, un assemblage d’os lustrés tintait, mobile chantonnant les affres joyeuses de la mort par la douce ambiance des bougies mortuaires. Le trône quant à lui renvoyait toute la superbe de la Régente, massif et brut dans ce cadre poli et froid.

On mettait long à venir, et l’impatience montait chez la demoiselle. Ainsi que l’inquiétude viscérale de ne pas être reconnue. La pensée d’avoir quitté un monde de contrainte, de mesure et de retenue pour un autre monde strict la mordillait, l’entamait. Elle hésitait à mesurer ses gestes ou à être désinvolte, à être sociale ou naturelle, anarchique.
L’excitation de ses congénères et la porte qui s’ouvrit ne lui laissèrent pas le temps de choisir.

Son inquisition venait d’entrer dans une grâce fracassante, tonitruante de glissements de tissus sur le corps et de frottements d’acier. Eyniem leva  les yeux, pour mieux les écarquillées. Devant elle se trouvaient deux forces de la nature, deux canons de beauté, une d’autant plus franche et farouche que l’autre était serpentine et maligne.
Un peu de bile remonta le long de sa trachée, cette rencontre officielle ne lui plaisait guère, lui mettant la pression. De même qu’elle ressentait des sueurs froides à voir le corps de la guerrière tendu comme un arc auprès de la reine, prête à se faire arme, aussi méfiante qu’un chien de garde.
Sa tenue était insolite aux yeux de la jeune femme et son regard était sans cesse attirer vers celle-ci.

Eyniem ne cilla pas malgré tout, ne se dérangeant ni en pirouette, ni en révérence. Il pouvait être perçu comme incorrect, elle n’en avait cure. Elle respectait la reine, mais se plier devant elle était à se mettre au rang de soumise et victime à ses yeux. Elle ne voulait pas de cette image, de cette face qu’elle renverrait. Le face à face dévisageur  fut bref, elle voyait le nez de cette créature magnifique vêtue de rouge sanglant, aux lèvres sensuelles vermeilles, se plisser, humer son parfum, ce qui était révolutionnaire pour elle.
Elle suivit celle-ci dans une antichambre qu’un souffle magique éclaira ; et répondant à l’ordre silencieux , s’assit, tentant de faire bonne figure, en même temps qu’elle analysait la situation. Acculée, voilà où elle en était. Et c’était son choix ! Le plus ironique de tous ! Acculée confortablement, certes. Le fauteuil était moelleux, royal. Un siège de vie oisive, de paresses même. De ces paresses actives auxquelles on aimait s’en remettre. Les yeux brillants, Eyniem planifiait déjà de sauter sur sa victime, l’entrainer vers le divan en face d’elle, tel qu’il paraissait être propice aux fantasmes ouatés, où la misérable vie s’éteindrait dans des soupirs et gargouillis aguichants.
Un raclement de gorge vint interrompre les pensées de la succube ; la reine s’impatientait. Ses yeux de biches attendaient une histoire alléchante, une anecdote, une aventure, une explication qui rassasierait la curiosité. N’importe quoi. Etait-ce là un présent pour avoir les faveurs et l’hospitalisation de la sulfureuse Oanig Ain’ Hoa ?
Eyniem se sentait minuscule face à la grandeur sublime et cruelle de la reine, plus encore que par les grandes épées qui ornaient la ceinture de la femme guerrière qui les avait suivie.
Elle était entre deux crochets délicats, comme de ceux d’un serpent.
« Je… je…, balbutiait-elle,…Je vous prie de m’excuser ma reine mais je suis épuisée de ce périple qui a duré quelques mois.» Ses cernes ne démentaient pas son état mais c’était plus une pirouette pour éviter de mentionner les faux pas accidentels dont elle avait fait preuve et de bien préparer son discours qu’un tiraillement véritable.

Or, la reine ne l’entendait pas ainsi.

Comme pour argumenter, Eyniem déclara : «  Cela fait quelques mois déjà que j’ai sillonné Lan Rei, les efforts à passer inaperçus pour ne pas porter les soupçons sur ma présence ont été contraignants. Mes dernières forces m’ont permises de venir à la porte du royaume auquel j’appartiens, mais j’en ai peu pour vous conter mon histoire. Me détendre est à mon esprit une obsession en ce mom… »

La voix chantante de la reine la coupa court dans sa justification stérile, aussi vide de pertinence qu’une noix pourrie.
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MessageSujet: Re: L'inattendue dans la fourmillère de la Reine Mère.   Dim 20 Oct 2013, 21:50

Oanig ne détachait plus ses yeux de ce bloc sculpté en forme de démone. Elle semblait si nerveuse, et pourtant si peu prompt à renier se fierté. Fermée, sur la défensive, craintive mais résolue. Avait-elle subie de mauvais traitements ? Son visage, las, signalait une fatigue alertante… La reine s’assit calmement face à elle, absorbée par le velours moelleux, et croisa les jambes. C’est alors qu’elle se mit à parler, mal à l’aise. Une jolie voix, teintée d’hésitations. Etait-ce par timidité ? Par peur ? Elle raconta que quelques mois avaient suffi à l’affaiblir au point de rentrer au bercail… Pourquoi n’était-elle pas venue ici avant ? Au tout début ? C’était étrange… Au moins avait-elle fait preuve de bon sens en ne s’exposant pas. La plupart de ses novices ne comprenaient pas le danger de la vie en dehors du royaume. Celle-ci l’avait immédiatement saisi. Oh, tout cela plaisait beaucoup à la reine, tout en attisant sa curiosité. Mais elle ne pouvait pas ne pas se méfier. Il fallait toujours rester sur ses gardes. Elle interrompit son discours maladroit ; s’il était préparé, il serait trop artificiel :

_Tu es en sécurité ici. Tu peux respirer de nouveau, penser librement aux pires de tes désirs. Personne ne peut les condamner.

Elle lui sourit, marquant une pause. Elle attendait de voir sa poitrine libérer du poids qui la serrait si fortement. Si elle ne mentait pas, elle devrait soupirer.

_Je suis navrée de n’avoir pas plus de rafraîchissements à te proposer. L’heure est à la chasse pour nos sœurs, nous ne serons bientôt plus que quatre dans la demeure.

Elle laissa échapper un petit rire amusé. Elles n’étaient jamais si peu, mais comment savoir où se terraient les repus, les rassasiés, les fatigués ?

_Mais tu auras bientôt de quoi reprendre des forces. Dis-moi maintenant… Depuis combien de temps erres-tu dehors ? De quoi te souviens-tu ? Tu n’as pas suivi le processus ordinaire, j’aimerais comprendre avant de pouvoir partager avec toi tout ce que nous savons.

Véheyna tressaillit derrière le divan. Oanig sentit son malaise, mais resta impassible. Si cela provenait de la nouvelle, elle ne devait pas lui montrer de doute. Elle l’entendit se camper sur ses deux jambes, puis comprit qu’elle se dirigeait vers la porte, aux aguets. La reine prenait les émotions de sa compagne très au sérieux. C'était son don. Elle leva un index, comme s’il était capable de stopper le temps, et tout en continuant à fixer l’inconnue, s’adressa sur un ton plus dur à sa favorite :

_Qu’est-ce que tu sens ?

_Vous n’avez rien entendu ?

_Tu vois bien que non.

Elle bloqua son inspiration, tendue à l’extrême. Oui, ça, Oanig pouvait le sentir.

_Vous êtes menacée.


_Par quoi ? Par qui ? Qui oserait venir me menacer à une heure pareille dans le Royaume, Vé ?

Oanig se fâchait. La situation était assez pénible comme ça.

_Je ne sais pas… Elles font trop de bruit, je n’entends rien d’autre.

La reine se mit à réfléchir. La menacer dans son royaume, quelle idée stupide. D’un autre côté, il serait bientôt vide. Une menace avertie pourrait parier là-dessus. Cette pièce ne comportait pas d’issue de secours. Et la seule porte donnait sur la grande salle, la première où viendrait la chercher une personne lui voulant du mal. Elles avaient de quoi se défendre, cependant. Enfin, cela dépendait de qui était là. Et si la petite était une complice ? Si elle avait un grand pouvoir ? … Et si ce n’était pas le cas ? Leur meilleure chance, ici, ça a toujours été le labyrinthe de couloirs. Personne d’autre ne les connaît. Elles n’auraient qu’à se perdre dans la foule… Se téléporter au hasard, dans le royaume. Néanmoins cela comportait des risques avec la présence de toutes les succubes. Il ne fallait pas entrer en collision, mais elle avait besoin de repères vivants.

Ses oreilles captèrent un cri lointain.


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