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"Homme libre, toujours tu chériras la mer !"
"La mer enseigne aux marins des rêves que les ports assassinent."
"La sagesse, c'est d'avoir des rêves suffisamment grands pour ne pas les perdre de vue lorsqu'on les poursuit."
"Il est des moments où les rêves les plus fous semblent réalisables à condition d'oser les tenter."
"Le voyage est une suite de disparitions irréparables."
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"Il y a trois sortes d'hommes : les Vivants, les Morts, et ceux qui vont sur la Mer."

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 Longue nuit et jeu dangereux [libre]

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*Elfe*

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MessageSujet: Re: Longue nuit et jeu dangereux [libre]   Mer 24 Oct 2012, 19:18

- Lunielle, Ranarel, prenez ce dont vous avez envie. Et commandez-moi leur meilleur vin, un pichet suffira.

La belle dame fit ensuite glisser deux fines pièces d'or sur la table, faisant écarquiller les yeux du patron qui prirent étrangement la même forme que les pièces de Lucy.

- Lucy, tu es ma nouvelle meilleure amie !

Un immense sourire apparut sur mon visage, tandis que je m'asseyais en face de la dame qui avait choisit ce coin tranquille et ombragé. Ranarel s'assit à ma droite, fixant toujours l'argent sur la bois sale de la table. Je me tourne vers le patron qui s'empare des pièces.

- Un pichet de votre meilleur vin pour la dame et je tiens à préciser qu'il doit être le meilleur, sinon je vous le ferai avaler moi-même. Ensuite, ce sera dix bouteilles de rhum pour commencer.

Je jette un regard à Ran.

- Pour moi ce sera comme d'habitude.

Je reporte de nouveau mon attention sur le tavernier.

- Donc nous disions un pichet du meilleur vin, dix bouteilles de rhum, une grande chope d'hydromel et deux poulets braisés. J'aimerais aussi qu'une servante se tienne prête à nous servir de nouveau, car nous nous ne manquerons pas de faire honneur à ces deux pièces d'or !

Le tavernier sourit et se retira, tout comme Gyselle à qui je fis un discret clin d'oeil, comme au bon vieux temps. Je me tourne ensuite vers Lucy.

- J'espère que vous n'avez rien contre un peu de distraction, j'ai la gâchette facile en étant sobre, mais alors avec de l'alcool dans les veines... De plus les elfes sont réputés pour adorer les chants et la danse et disons juste que s'il y a de la bonne musique, mes pieds m'entrainent naturellement.

Cependant, bonne musique il n'y en avait pas. Du moins, pas encore. Les seuls bruits dans la pièce étaient les battements de coeur, les différentes respirations, les raclements des couverts sur les assiettes, les boissons se heurtant aux parois des bouteilles et des verres, les tapements du pied, ou parfois des poings de la part des joueurs de cartes, les différentes insultes, cris, ricanements qui trainent généralement dans ce genre d'endroits. On entend même la vaisselle dans la cuisine, la cuisson des plats comme le craquement du bois dans la cheminée, le crépitement des flammes sous les marmites. Je parirais même mes oreilles que les touts petits bruits que j'entends depuis l'autre bout de la taverne, là où se situe sans doute la réserve, est le bruit d'une ou deux souris.

Gyselle finit par revenir avec nos commandes et dépose devant chacun ce qu'il avait commandé. Elle s'éclipse rapidement en évitant de croiser le regard de Lucy. Je ne prend pas la peine de prendre mon verre en main : je m'empare directement de la première bouteille et la lève bien haut devant moi.

- Portons donc un toast. À notre rencontre !

Ranarel me rejoint avec sa chope d'hydromel et nous attendons patiemment Lucy.

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*Vampire*

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MessageSujet: Re: Longue nuit et jeu dangereux [libre]   Dim 11 Nov 2012, 05:21

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- Portons donc un toast. À notre rencontre !

Quelle hâte. Je retins le sourire qui me venait et me servis un verre de la bouteille tout juste posée sur la table. La robe sombre du vin rouge et son odeur qui me montait aux narines laissait présager d’un bon cru. Je rejoignis hydromel et rhum dans le fracas traditionnel des boissons partagées.

- A notre rencontre.

Là j’esquissai mon sourire le plus amical et portai doucement le spiritueux à mes lèvres. Je les trempai à peine et cela me suffit à savourer l’arôme fruitée. Quelques gouttes s’écoulèrent en moi, diffusant parfums, picotements et chaleur lors de leur descente. La satisfaction n’était que de courte durée : il pouvait bien être excellent, ce vin n’était pas du sang. Et c’était du sang que mon corps réclamait, de mes papilles réveillées jusqu’au bout des mes doigts froids.

L’enthousiasme de l’elfe depuis l’apparition des pièces d’or avait été décuplé et avec lui les familiarités qu’elle se permettait. « tu es ma nouvelle meilleure amie », ces mots résonnaient encore à mes oreilles, à peine croyables, et je décidai de les prendre au second degré. Je ne pouvais cependant tout à fait m’accommoder de ce tutoiement brutal. Là où Lunielle ne voyait sans doute qu’une marque d’affection je voyais l’impertinence de la jeunesse. Etait-ce par fierté ou parce que le respect des ainés était chez nous le fondement de la bienséance ?, les mots m’avaient agacé. Je n’avais rien dit, mais je me sentais prise au piège. Car je ne voyais plus d’alternative à ce rapprochement. Si je continuais à la vouvoyer, simplement, je m’inscrivais dans un rapport de force à son avantage. Si je lui demandais de se reprendre, je brisais cet élan amical qu’elle avait et ce n’était pas mon intention. Aussi je me forçais à la familiarité.

- Tu peux chanter, danser, te distraire autant que tu veux. Je ne voudrais pas priver une elfe de ses habitudes…

Comme personne ne pouvait priver un vampire des siennes. Nous sommes faits pour vivre du sang versé, nous attaquons les vivants pour subvenir à nos besoins et je ne connais pas de vampire qui n’ait pas fait de victimes. La chasse, telle que Marianne me l’a enseignée, trouve rarement le gibier vivant au petit matin. Ce soir verrait l’un de mes crimes, c’était certain à présent. J’avais jeuné toute la traversée, j’avais à ma disposition tout le sang de Reilor et j’attendais de boire avec tant d’impatience qu’il serait impossible de me retenir une fois mes crocs plantés dans une gorge. C’était la raison pour laquelle je n’étais pas revenue sur l’offre de Lunielle. Si je prenais son sang, je le prenais tout entier et avec lui la vie de l’immortelle. Ironie… Son immortalité était tout aussi fausse que la mienne. J’avais envie pourtant, tellement, envie de ce fluide qui au coin de mon œil faisait palpiter sa jugulaire. Mais le lieu et les circonstances étaient inappropriés. Sans compter Ranarel, dont j’enviais aussi le sang, quoique dans une moindre mesure. Soutenir leur regard était un exercice périlleux, je préférais laisser le mien divaguer sur le vin dans ma coupe. Le poignet levé, je la faisais tournoyer, jouant avec ce liquide sombre qui n’épancherait pas ma soif. Tant pis. Je bu une longue gorgée et déposai délicatement le verre devant moi. Puis je désignai la dizaine de bouteilles entre nous.

- Je suis surprise quand même… Tu comptes vraiment boire tout ça ? Peu de personne y trouveraient du plaisir, beaucoup mourraient avant d’avoir tout bu. Bien sur, mettons de côté les nains. Ça ne m’étonnerait pas de voir un nain boire plus encore, mais leur constitution est différente de la notre et toi… En fait, j’ai du mal à croire que tu vas tout boire.

J’avais plongé dans les yeux de Lunielle à la dernière phrase. J’y lu sa réaction avant d’esquisser un petit sourire. Que je dissipai en portant une nouvelle fois la coupe à mes lèvres, buvant une infime gorgée et détournant le regard. Non, cela n’était pas bon. Sentir cette fausse chaleur descendre en moi attisait ma faim plutôt que de l’assouvir et déjà l’ivresse me montait, faible créature affamée que j’étais. Ivresse qui orientait toutes mes pensées vers le sang autour de moi, cercle vicieux : ma faim se faisait maître à bord et je devenais le danger.

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MessageSujet: Re: Longue nuit et jeu dangereux [libre]   Sam 24 Nov 2012, 23:19

- Je suis surprise quand même… Tu comptes vraiment boire tout ça ? Peu de personne y trouveraient du plaisir, beaucoup mourraient avant d’avoir tout bu. Bien sur, mettons de côté les nains. Ça ne m’étonnerait pas de voir un nain boire plus encore, mais leur constitution est différente de la notre et toi… En fait, j’ai du mal à croire que tu vas tout boire.

J'esquisse un grand sourire et lui lance un regard malin. Que de fois ai-je lancé ce regard ! Ce regard de défi, ce regard un brin machiavélique qui pourrait effrayer ou amuser certains. Ce regard qui tombait ensuite sur les dix bouteilles remplies de l'alcool préféré des marins.

- C'est juste un échauffement.

Ran esquissa un sourire discret et plongea ses lèvres dans sa large chope, les trempant dans l'hydromel qui se mit à couler dans sa gorge. Le bouchon de la première bouteille de rhum vola dans un coin de la salle, atterrissant justement dans l'assiette grasse de l'un des joueurs de cartes, un grand gaillard aux cheveux noirs écrasés sur la tête. Son attention quitta la partie qui se jouait afin de se reporter sur l'objet indésirable et pour le moins inattendu qui venait de s'écraser entre les deux morceaux de poulet braisé qui se livrait bataille dans son assiette. La surprise fut la première chose qui passa sur son visage. Vint ensuite progressivement la colère qui prit toute la place sur son faciès buriné par le soleil.

Tandis que le marin devenait de plus en plus rouge et que ses poigts se serraient furieusement, je finissais ma première bouteille et ouvrait la deuxième. Le bouchon atterrit cette fois-ci sur le comptoir et le barman l'emporta négligeament en nettoyant celui-ci. La deuxième bouteille vidée cul sec, elle fut suivie d'une troisième. Le bouchon de liège qui terminait celle-ci atterrit lui aussi derrière moi, pile sur la tête du marin aux cheveux applatis. Furieux, le marin se leva et lança violemment ses cartes d'aluette sur la table, dévoilant son jeu et faisant ainsi protester ses compagnons. Il les ignora et se dirigea vers notre table.

Mes oreilles frémirent en l'entendant approcher. Chacun des sept anneaux qui s'y trouvaient accrochés tremblèrent au rythme de ses pas lourds. J'entendis clairement ses doigts se crisper lorsqu'il ferma son poing droit, le préparant pour une éventuelle attaque. Il mit un petit bruit avec sa langue, comme s'il la claquait et un rictus mauvais apparut sur ses lèvres tandis que cinq mètres seulement nous séparaient. Je finis la troisième bouteille lorsqu'il posa sa main sur mon épaule recouverte d'une chemise blanche qui disparaissait sous le corset bleu roi que je portais.

- C'est toi qu'a lancé ce bouchon sur moi ?! Aboya-t-il en me fourrant l'objet en question sous le nez.

Je réagis au quart de tour. Posant doucement la bouteille sur la table devant moi, je fermais les yeux et soupirait longuement. Ran s'écarta légèrement et arrêta de boire. Son regard capta celui de Lucy et il posa calmement sa chope d'hydromel. Le poignet de l'homme fut violement et rapidement tordu par ma propre main, lui arrachant un cri de douleur. Mon coude s'enfonça dans son ventre comme dans du beurre et il tomba à la renverse, deux mètres derrière moi.

Je me levais ensuite et ouvrit les yeux. Plus aucun sentiment ne se trouvait sur le masque froid et inexpressif qui venait de se forger sur mes traits. Je passais ainsi une vingtaine de longues secondes à le fixer, tandis qu'il m'observait en retour. Voyant que je ne réagissais pas, il se leva en se tenant le poignet gauche de sa main valide.

- C'est sans doute moi, bien que je ne l'ai pas fais exprès.

Il cracha un molard sur le sol à côté de lui au plus grand dégoût du barman qui le fusilla du regard, puis se lança dans ma direction, son poing droit visant ma joue. Je ne voulais pas qu'il touche Lucy, ou Ran, ou même qu'il ne renverse ce qui se trouvait sur la table. Aussi je l'attrapais par la ceinture et le fit voler dans la direction d'où il venait. Il precuta deux de ses compagnons de cartes qui se mirent à jurer en le repoussant.

Rouge de colère et de honte, il se jeta de nouveau vers moi, me lançant des menaces de mort cette fois-ci et un solide poignard à la main, poignard qu'il venait de sortir de sa ceinture. Je ne fis pas dans la dentelle. Son nez, sans doute trois ou quatre de ses côtes et son genou droit furent brisés avec de nets craquements. Je n'avais presque pas bougée et à mes pieds se trouvait l'homme sanguinolent et hurlant de douleur à qui je n'hésitais pas à asséner un coup de pied, l'envoyant de la position prostrée à celle couchée sur le dos.

Je l'attrapais par le col, le soulevais de terre et me dirigeais vers la sortie, le tout sous les yeux à la fois ébahis et effrayés des autres convives. J'allais finir de lui régler son compte dehors, car je ne voulais pas forcer Lucy à payer les éventuels dommages à l'intérieur de la taverne. Mon regard tomba alors sur le regard assoiffé de la dame qui me fixait. Je lâchais alors l'homme qui tomba face contre terre, son cri étouffé par le plancher en bois. M'approchant de la dame, je lui murmurais à l'oreille.

- Je sais que les vampires dépendent du sang. Si tu as soif et que cet homme te convient malgré son état, suis-moi.

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*Vampire*

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MessageSujet: Re: Longue nuit et jeu dangereux [libre]   Ven 30 Nov 2012, 20:21

Avait-elle eut besoin de ma provocation pour s’empresser de se noyer dans l’alcool ? Je ne le croyais pas. Quand on commande dix bouteilles d’un coup, on a besoin de personne pour encourager la descente. Mais je fus ravie de la voir ravie, complice, souriante et surtout si empressée de saisir la première bouteille, faisant voler son bouchon, avant de la boire tout d’un trait.

Quelle grossièreté, quel manque de tenue ! N’ayant aucun égard pour les éventuelles victimes du lancer de bouchon hasardeux, Lunielle buvait, bouteille après bouteille, aussi invraisemblable et surnaturel que cela me parut. J’aurais pu me plonger dans la contemplation de cette prouesse éthylique ; cette elfe avait assurément un « truc » pour résister si bien au poison, garder sa tête lucide et avaler de nouveaux flots de rhum sans les rendre ni même tituber. J’aurais pu y voir l’exploit de la vie, adaptable au-delà de mon imagination, et l’exploit du corps, que l’entrainement – il pouvait avoir duré plus d’un siècle – avait rendu si résistant. Mais non, je ne pouvais regarder l’elfe et l’admirer en cet instant. Car si mon regard se posait sur elle, je ne voyais que son sang bouillonnant et l’infâme vice dans lequel elle se vautrait, fière de sa décadence, sans respect pour la clientèle de la taverne tout autour. Je ne pouvais supporter ce spectacle, chaque gorgée que je la voyais boire du coin de l’œil me rendait un peu plus malade. Comme l’estime que j’avais d’elle s’était envolée…

Il fallait que je m’occupe. Elle posa pour la troisième fois une bouteille vide sur la table entre nous tandis que je sortais d’une poche un tout petit carnet, un encrier et une plume. Mais la tranquillité que j’espérai pour écrire les mensonges que je m’apprêtais à écrire fut perturbée. L’un des gaillards de la taverne n’avait pas apprécié l’absence de considération de Lunielle. Il avait reçu l’un des bouchons sur la tête : voilà bien de quoi énerver un jeune mâle légèrement imbibé. Il était venu jusqu’à nous, demandant à l’elfe de lui rendre des comptes sur un ton agressif. La réponse ne fut ni intelligente ni raffinée. Un soupir en préambule, il eut ensuite droit à la violence d’un poing tordu. Les mots, les mots ! Pourquoi ne pouvaient-ils pas communiquer par les mots ? La joute verbale a tout de même bien d’allure qu’une lutte physique. La colère avait-elle pris si vite le dessus sur leurs consciences ?

a bagarre se poursuivait, coups et impulsions sauvages, sous les yeux effrayés et un peu ahuris de la volée de spectateurs qu’offrait la taverne. J’étais déçue, tellement déçue par cette elfe. Ranarel, lui, semblait avoir la sagesse de se tenir tranquille. Mais Lunielle avait à présent l’attitude d’une gamine, tel un jeune humain bourré de testostérone plus que de matière grise. Elle était à la fois le désordre et l’envenimement de la situation. Pouvait-on à son âge rire encore des coups portés à ses semblables ? Car ils étaient au final deux êtres vivants et intelligents, aimant fréquenter ce même genre d’endroit, boire les mêmes breuvages… Etait-elle vraiment fière de tabasser cet homme ? Il n’avait eut qu’une réaction humaine en s’énervant contre elle et son attitude supérieure, blasée, trop assurée.

Je soupirais à mon tour, essayant de passer outre ce non-sens qui tenait en haleine toute la salle, chacun espérant voir son lot de sang versé, tout au suspense quant au vainqueur. J’avais pour ma part la certitude que Lunielle l’emporterait, le calme de Ranarel seul suffisait à le comprendre. Aussi j’ouvris le petit pot d’encre devant moi, y trempai ma plume et griffonnai quelques mots sur un page du carnet. Puis j’arrachai cette page, soufflai dessus pour que l’encre sèche, la pliai en camouflant l’écriture et rangeai tout mon matériel. A cet instant elle revint vers moi, son adversaire n’étant plus qu’une loque effondrée sur le plancher. Et elle me souffla ces mots, si bas que je fus surement la seule à les entendre :

- Je sais que les vampires dépendent du sang. Si tu as soif et que cet homme te convient malgré son état, suis-moi.

Quelle prétention, elle ne savait à l’évidence rien de ce que ma condition signifiait. C’était toujours de la gentillesse de sa part, et le rouge répandu sur le visage et les vêtements de l’homme était tentant. Mais tout cela était fait avec tant de vulgarité que je ne pouvais apprécier un tel repas. Oh, bien sur, cette gorge faiblement palpitante et ce sang, tout ce sang, cela faisait vriller mes entrailles, attisant mon appétit plus que jamais. J’eus bien du mal à décrocher mes pupilles de ce mortel qu’elle m’offrait pour venir trouver les siennes.

- Sortez, je vous rejoins dans un instant… Hum, je te rejoins dans un instant.

J’affichais un petit sourire. Je ne pouvais discuter ici du refus que j’allais lui opposer. Je voulais avant tout que cette bagarre inégale prenne fin et que chacun retourne à ses occupations : repas, boisson ou cartes, qu’importe tant qu’ils ne voyaient pas la responsable de ce grabuge m’adresser plus longtemps la parole. Si je voulais vivre à Reilor, il me faudrait avoir une bonne réputation que ce soir Lunielle ne pouvait qu’entacher. Je la laissai donc sortir, trainant le pauvre homme qui n’avait de tort que d’avoir protesté contre une attitude déplaisante.

Le patron n’avait pas oublié la consigne de l’elfe : une servante était arrivée, toute discrétion et pas léger, vers notre table, prête à nous servir. Elle devait avoir presque trente ans, bien que le temps semblait avoir eut une emprise forte sur ses traits. Une vie rude sans doute, une vie de servitude dans cet établissement. Surement elle n’avait rien connu d’autre du monde. Son regard ne reflétait guère d’intelligence ou d’éducation et je trouvais cela un peu triste. Je lui fis signe d’approcher, tout en glissant une main dans ma poche, à la recherche d’une pièce qui ferait briller ses yeux. Je la fis se pencher vers moi, au point que sa gorge ne fut qu’à quelques pouces de mes crocs. Comme cela était délicieux, ce doux parfum de vie juste au bout de mes lèvres ! L’envie de sang grandissait, rugissait, bondissait en moi, bête sauvage enfermée et affamée. Je me délectais de cet instant suspendu à deux doigts de la mort tout en glissant dans sa main la page arrachée au carnet et la pièce qui achèterait confiance et silence. A son oreille je formulai une requête simple et elle inclina doucement la tête avant de s’éclipser aux cuisines.

Je bus une dernière gorgée de vin – cela faisait toujours moins d’un demi-verre que je sirotais – et je quittai l’établissement, laissant là Ranarel tout à son hydromel, sans aucun empressement. En apparence seulement, car je n’en pouvais déjà plus de cet endroit, de cette ambiance, de tous ces mortels qui décuplaient mon appétit sans l’assouvir. Dehors je retrouvai Lunielle et sa victime, allongée face contre terre et inconsciente. Un rire m’échappa, tant je trouvais cette situation déplacée.

- Laisse-le partir, tu lui as assez causé de tort comme ça. Et si tu penses que j’ai besoin ou envie que l’on me dégote une proie, tu te trompes.

Si je plongeais mes crocs dans cette jugulaire au pouls affaibli par elle, à la peau déjà couverte de sang, je n’étais qu’un enfant assisté et je ne jouirai en rien de ce repas. Le sang seul ne sert qu’à se nourrir. L’expérience que je cherchai ce soir allait bien au-delà. Simplement se nourrir, boire pour ne pas faillir, j’en avais eu ma dose. Ghurol et son rationnement en sang – les vivants se font rares en dehors des élevages de Casparek – m’avait pendant plus d’un siècle privée de la chasse, privée du jeu avec les mortel, privée de toutes les mises en scènes imaginables pour qu’une proie se jette dans ma gueule de loup. Si je prenais cette vie-là, je n’en éprouverai que du dégout de moi-même. Et Lunielle comprenait-elle que son offrande mourrait entre mes crocs ? Elle ne pouvait pas accepter cela, je refusais de le croire. Mais je lui épargnerai cette vérité : il était inutile, voire dangereux, de révéler que je comptais prendre la vie et non pas simplement boire le sang qu’il me fallait pour survivre.

- Tu sais, ce n’était vraiment pas te rendre ou me rendre service ce petit numéro. Cela manque de discrétion, cela ne sert rien d’autre que la souffrance et le désordre. Tu ne te soucies donc pas de ton image ? Que t’as fait cet homme, enfin, pour mériter ton courroux ?... Mais tu devrais me faire taire, je n’ai pas à dicter tes choix. Simplement, je ne peux pas rester avec Ranarel et toi dans ces conditions.

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MessageSujet: Re: Longue nuit et jeu dangereux [libre]   Dim 02 Déc 2012, 01:25

- Tu sais, ce n’était vraiment pas te rendre ou me rendre service ce petit numéro. Cela manque de discrétion, cela ne sert rien d’autre que la souffrance et le désordre. Tu ne te soucies donc pas de ton image ? Que t’as fait cet homme, enfin, pour mériter ton courroux ?... Mais tu devrais me faire taire, je n’ai pas à dicter tes choix. Simplement, je ne peux pas rester avec Ranarel et toi dans ces conditions.

La tirade de Lucy m'étonna au premier abord, puis me fit soupirer. Fermant les yeux, je lançais un rapide regard vers l'homme qui nous regardait toutes les deux, une terreur sans nom traversant ses yeux. D'un coup de menton, je lui indiquait le bas de la rue qui disparaissait dans les ténèbres de la nuit. Il se releva et s'enfuit en courant, sans demander son reste. Je croisais ensuite mes bras sur ma poitrine et m'adossais au mur le plus proche.

La fraicheur de la pierre me fit plus de bien que l'air froid de la nuit. Mon souffle se dispersa dans l'atmosphère sous forme de buée, je fermais les yeux.

- Ce n'était pas un petit numéro. Si ma façon d'air te déplait, je n'y peux rien. Mais c'est comme ça que je fonctionne. Je n'ai aucune excuse, c'est pourtant mon unique façon d'être. Je ne connais peut-être rien de ta condition, mais tu ne connais pas non plus la mienne, ni mon passé. J'aime les combats, les fêtes et l'alcool. Tuer cet homme ne m'aurait rien fait du tout, il est le premier à m'avoir cherchée. Quant à mon image, si je m'en souciais, je ne serais plus ici depuis longtemps. Je suis peut-être égoïste, puérile, immature, oui, hautaine, débauchée et rustre, mais c'est comme ça. Si tu souhaite partir, ainsi soit-il, je te remercie cependant pour ces courts moments passés ensemble.

Je n'avais aucune envie de me chercher des excuses et ce n'était pas dans mon caractère. D'une nature franche, un peu trop peut-être, je ne voulais pas que nous nous séparions dans ces conditions, mais ne voyais pourtant aucune raison d'essayer de réparer les choses si c'était ainsi qu'elles devaient être.

- Libre à toi de faire ce qu'il te plait. Quant à moi, je retourne à l'intérieur. J'ai une commande à finir et peut-être une taverne à démolir.

Je ne pus résister à l'envie de lui lancer un petit sourire malicieux, doublé d'un clin d'oeil.

- Décidément, nous ne faisons pas parties du même milieu. Tu vis dans un monde qui me dépasse et nos comportements sont trop différents pour créer un lien solide. C'est bien dommage. Je suis néanmoins enchantée de t'avoir rencontrée. J'ajouterai cette nuit à la liste de mes rencontres les plus intéressantes. Peu importe ce que tu décideras de faire, je te souhaite une bonne continuation et une bonne nuit.

Sans me retourner, j'entrais de nouveau dans la taverne et m'assis à côté de Ran, mon compagnon sirotant toujours son hydromel. Il ne me posa aucune question, ne fit aucune remarque, aucun commentaire. Il attendait simplement que je parle la première, sachant pertinamment que je ne manquerais pas de le faire.

- La vie est remplie de rencontres toutes différentes des autres. Certaines sont éphémères, d'autres sont durables. Mais toutes nous apportent quelque choses.

Cela ressemblait beaucoup trop à une morale, aussi je m'empressais d'ajouter dans un murmure :

- Finissons donc notre commande. Je n'ai plus le coeur à la fête, la nature sera la seule capable de me calmer.

Il reposa sa chope vide tandis que je finissais les dernières bouteilles.

- Le port ? Demanda-t-il doucement.

- Oui, le port. De préférance depuis les toits. La mer est magnifique sous les reflets de la lune argentée.
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*Vampire*

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MessageSujet: Re: Longue nuit et jeu dangereux [libre]   Jeu 06 Déc 2012, 02:42

Dire que Lunielle avait pris la mouche était un euphémisme. Je la laissai s’exprimer en une longue tirade où elle dévoilait des aspects de sa personnalité que je n’aurais pas soupçonnés. Et elle vantait ses défauts comme je l’avais rarement entendu faire. Elle avouait même son insensibilité face au meurtre et un frisson parcourut mon échine à réaliser combien son humanité disparaissait sous ses envies, ses pulsions, son sentiment éternel de supériorité. Si peu de respect pour la vie me répugnait et un instant ma propre envie de tuer me parut tout aussi vulgaire. Oh, bien sur, je me ressaisis vite : c’était le fondement même de ma nature que de prendre la vie et je savais que jamais je ne l’aurait fait avec tant de grossièreté.

Je faillis souligner son inconscience : tant de témoins l’avait vue se battre que si elle avait pris cette vie il était certain qu’elle serait accusée, arrêtée, jugée et peut-être enfermée ou mise à mort par la justice de hommes. Elle avait beau avoir une force hors du commun, elle restait bien seule face à la garde de la capitale, qui dans mes souvenirs comptait d’excellents guerriers lourdement armés. Se croyait-elle au-dessus des lois ? Mais je l’avais déjà dit : je n’avais pas à lui faire la morale, aussi je me tu. Elle n’avait de toute façon pas envie d’entendre quelque remarque ou conseil de ma part, cela me semblait évident à présent.

Comme je ne disais toujours rien, perdue dans la contemplation de sa colère naissante et déception, elle reprit :

- Libre à toi de faire ce qu'il te plait. Quant à moi, je retourne à l'intérieur. J'ai une commande à finir et peut-être une taverne à démolir.

Elle s’était décidée : elle ne renoncerait pas à ses plaisirs sauvages pour me suivre. Cela m’allait, nous étions trop différentes elle l’avait souligné, pour espérer tirer d’avantage de cette rencontre. Et puis, j’avais d’autres plans à présent. Des plans qui exigeait l’absence de regards témoins et une discrétion que je ne la croyais pas capable d’avoir.

- Adieu dans ce cas Lunielle. Ou peut-être viendrais-je vous trouver lors de votre prochain passage à Reilor.

Le demi-sourire que j’effectuais trouva pour réponse le demi-tour de l’elfe et son retour dans la taverne. Et je me retrouvai seule, dans le murmure de la nuit sur la ville, cherchant à comprendre l’énigme de cette elfe brutale. Mes pieds se mirent en marche sans que je ne les commande vraiment, et ils se tournèrent vers l’océan. A mes narines quelques effluves iodés arrivaient, odeur par trop familière à cause de la traversée, et je percevais dans les senteurs les mouvements de l’eau sous le navire, puis les mouvements qu’en réponse mes entrailles effectuaient. Etait-ce le souvenir de cette eau haït vers laquelle je me dirigeais ou la faim qui provoquait cette quasi-nausée ? Je pensai au sang et l’envie de boire se fit plus vive que tout le reste ; j’avais ma réponse.

Je repensais au mot que j’avais laissé à la taverne : « travail discret, forte récompense, venez au port ». Je ne voyais pas pour quelle raison il aurait pu ne pas parvenir à son destinataire. la jeune serveuse l’avait assurément porté à cet homme, solitaire et mystérieux, que j’avais décidé d’entraîner avec moi dans les ténèbres. Je ne connaissais rien de lui et ne pouvais que parier sur sa curiosité, son avidité ou son audace pour qu’il me retrouve. Du moins, pour que je ne le retrouve. Car je resterai cachée jusqu’au moment où je serais certaine qu’il soit seul. Alors je pourrais l’aborder, oh ! comme j’avais hâte de lui jouer la comédie. Je n’étais qu’une pauvre enfant dont les parents venaient de trépasser, me laissant seule avec leur fortune, et je voulais m’installer en ville. J’avais besoin d’un homme de main, premièrement pour porter mes malles du bateau à l’hôtel où je résiderai… Oh ! Comme cela serait amusant de le voir me servir ! Et je le paierai largement, attisant – je l’espérais – sa convoitise.

Puis je tenterai de percer les secrets de son âme, séductrice innocente, je voulais le connaître ! Ma faim serait alors à son paroxysme et je n’aurais plus qu’à en finir, à savourer son sang jusqu’à prendre sa vie dans l’intimité que je voulais installer. Tout l’or qui l’aurait appâté reviendrait dans mes poches, évidemment. Bientôt… Mes pas se firent plus vifs, bien que je sache qu’il faudrait l’attendre, mon impatience grandissait. Je m’en réjouissais telle une enfant. Une enfant à qui l’on promet le plus beau cadeau qu’elle n’ait jamais rêvé.

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Longue nuit et jeu dangereux [libre]

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