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"Homme libre, toujours tu chériras la mer !"
"La mer enseigne aux marins des rêves que les ports assassinent."
"La sagesse, c'est d'avoir des rêves suffisamment grands pour ne pas les perdre de vue lorsqu'on les poursuit."
"Il est des moments où les rêves les plus fous semblent réalisables à condition d'oser les tenter."
"Le voyage est une suite de disparitions irréparables."
"Nous sommes de l'étoffe dont sont faits les rêves, et notre petite vie est entourée de sommeil."
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 Longue nuit et jeu dangereux [libre]

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*Vampire*

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MessageSujet: Longue nuit et jeu dangereux [libre]   Mer 29 Aoû 2012, 19:57

Reilor. Immense était son port et plus vaste encore la ville. Il y avait là des centaines de bateaux, toutes voiles affalées et fermement attachés aux quais. Malgré la nuit qui avait fait disparaître le soleil à l’horizon, on s’activait, on s’agitait, on grouillait de vie. Les navires ne semblaient jamais se vider ou se remplir, les dockers soulevaient, charriaient, chargeaient et déchargeaient à tour de bras. Ils n’avaient de cesse de circuler des bateaux aux entrepôts que pour se lancer des salutations familières, des consignes et des ordres. Ceux qui ne travaillaient pas entraient dans les tavernes d’où ils braillaient des propos de moins en moins cohérents tandis que l’alcool coulait dans leurs veines et la bonne humeur dans leurs cœurs.

Je me tenais là, au centre d’un grand carrefour, et je n’aurais pu dire depuis combien de temps je m’y trouvais. Je me rappelais l’arrivée de la Libellule noire aux dernières lueurs du jour et mon impatience à quitter son pont. J’avais attendu que l’astre chute pourtant, car sur cette terre où je n’étais surement pas la bienvenue, seule la nuit serait mon alliée. Descendant sur les quais alors que le dernier rayon du soleil disparaissait derrière les toits en un éclat rosé, je savourai au premier pas ce sol ferme sous mon pied. Car le voyage m’avait rendue malade, faible, l’océan est ennemi de tout vampire, et plusieurs fois j’eus envie de me jeter par-dessus bord tant le mal-être me rongeait de l’intérieur. Un mal nécessaire, contre lequel j’avais lutté à tout instant, qui s’achevait enfin.

Enfin j’étais arrivée. Enfin je voyais, respirais, écoutais cette ville tant désirée, aujourd’hui comme lors de ma première visite. Cela me semblait si loin, plus d’un siècle avait passé, pourtant rien n’avait vraiment changé. Les enseignes peut-être, aucune de celles qu’accrochait mon regard ne trouvais d’écho dans ma mémoire du moins. Les gens très certainement, car ceux-là que j’avais pu croiser étaient morts et leurs enfants en avaient engendrés de nouveaux. Mais l’essence même de ce lieu était restée identique. Les bruits étaient les mêmes, des mots et des cris, des crissements, des chocs et des grincements, tout se mouvait en sons si variés que je ne pouvais les saisir pleinement. Et les odeurs… relents de l’océan, nourritures et boissons, sueur, chaires humaines et animales, je m’attachais à sentir chaque effluve dans toute sa grâce et sa force. La vie rayonnait, palpitait dans chaque être. Je glissais des regards à toutes ces nuques, toutes ces peaux découvertes et je voyais les veines abondant du sang frais de la liberté. La tentation était au moins aussi grande que ma faim. Seulement j’avais apprit à dompter mon instinct et je repoussais le moment de me nourrir tout en sachant que plus l’attente serait longue, plus le désir grandirait et son assouvissement m’exalterait. J’avais autre chose à faire aussi, avant que le soleil ne pointe à nouveau à l’est, cependant je ne trouvais pas encore la volonté de bouger.

Tout était si réel, souvenirs rejaillit en plus éclatant, je regardais le port vivre sous mes yeux. Toujours immobile, je me demandais un instant quelle image je pouvais renvoyer, tout jeune et innocent qu’étais mon visage. J’avais choisis avec soin les vêtements que je portais : robe prune aux longues manches et col remonté, brodées de fins fils d’or aux contours des poignets, sur ma gorge et sur les pans de sa partie basse. Sous elle, on devinerait lorsque je marcherai des bottes de cuir noir raffiné. En revanche on ne devinerait pas cette courte lame dont le fourreau se plaquait contre mon mollet. Dans cette étoffe rare et visiblement riche, je ne cachais pas ma fortune. Encore moins par le pendentif, rubis cerclé d’or, qui tombait presque négligemment sur ma poitrine. Car j’avais de quoi vivre confortablement pendant un moment dans cette ville. Les anciennes de ma maison m’avaient fait cadeau de cette monnaie que les humains affectionnaient, de quelques pépites et pierres précieuses, en échange de quoi je leur avait promis qu’à mon retour j’aurais les bras chargés de livres, de peintures et de partitions qui enrichiraient leur collection.

Le temps passait sans que je ne puisse le mesurer, je pensais à la distance qui me séparait de Marianne, au temps qui me séparait de ma vie d’avant, ma vie humaine. Je pensais à toutes ces merveilles qui m’attendaient encore après le port et après la ville. Lan Rei toute entière s’offrait à moi et ma félicitée était aussi grande que mon immobilisme parfait. Toute heureuse que j’étais, je savais que mon visage n’exprimait aucune émotion. L’enfant en moi avait disparut et j’avais appris que camoufler ses sentiments – et ses intentions – était la meilleure des armes. Pas que j’eux l’intention d’entamer une guerre, non. Je voulais juste jouer, à la manière d’une gamine sans doute, mais avec les mots et le savoir que j’avais tiré des longues années écoulées et de mon séjour sur Ghurol. Ne manquait plus qu’un compagnon, complice ou adversaire, pour commencer la partie. Alors je le cherchais, balayant la foule du regard, mais j’espérais d’avantage qu’il vienne à moi. Ce serait plus amusant.

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MessageSujet: Re: Longue nuit et jeu dangereux [libre]   Mer 29 Aoû 2012, 21:22

- Ran, t'es vraiment un abruti ! Et encore, c'est peu dire !

Le cri déchire l'atmosphère. Nous nous trouvons sur un chemin de terre, plus précisément celui qui mène à Reilor. Plusieurs semaines se sont écoulées depuis que j'ai recontré pour la deuxième fois l'elfe qui se trouve à ma droite et qui me suis d'une démarche séduisante. Nous avons quitté Zev et Sil il y a peu et nous rentrons à la capitale, plus pour y passer quelques jours amusants que par véritable nécessité. C'est Ran qui a eu cette idée.

- Allez Luni ! Je sais que tu en meurs d'envie !

Ran n'est avec moi que depuis peu - après trente ans de séparation - néanmoins c'est comme s'il ne m'avait jamais quittée. Il s'est un amélioré dans l'art de l'épée, mais il est resté le même. Je ne saurai dire pour moi. Suis-je encore vraiment la même après tout ce qui s'est passé pendant tout ce temps qui a coulé sur moi comme de l'eau claire ?

C'est une excellente question, mais je ne suis pas pressée de connaitre la réponse. Je la découvrirai un jour et cette unique pensée me satisfait.

- Ran...

Je ferme les yeux, serre mon poing droit et laisse ma voix se teindre de menace. Il s'approche par derrière et cale son menton sur mon épaule gauche, puis approche ses lèvres de mon cou auréolé de longue boucles blondes.

- Que veux-tu Luni ? Je suis entièrement à ton écoute et ta disposition...

Je me retourne pour lui asséner un solide coup de poing dans le visage, mais il bloque mon poignet en saisissant celui-ci. Il est la seule personne à avoir jamais réussi cet exploit.

- Tsss, toujours aussi violente. C'est l'un des traits de caractères qui m'a attiré chez toi dès le début, tu sais ?

- Lâche-moi !

- Et pourquoi je ferai ça ? Que me donneras-tu en échange ?

Je déteste ce ton sournois qu'il a l'habitude d'utiliser avec moi.

- Nous devons nous remettre en route si nous voulons atteindre Reilor avant la tombée de la Nuit, espèce de banane !

Il rit.

- Banane ? C'est tout ce que tu as ? Désolé, mais je t'ai connu de meilleures insultes !

- Banane, ça te va très bien. Premièrement à cause de la couleur de tes cheveux - même si c'est plus dans les nuances mielleuses - puis deuxièmement tu n'as pas plus d'intelligence que ce fruit.

Il ouvre la bouche comme pour protester et je profite de son inattention pour me libérer. Je me remets à marcher et il me rattrape.

Il nous a fallut exactement trois heures pour arriver à Reilor. Le soleil s'est couché depuis quelques longues minutes.

- Tu vois, j'avais raison ! À cause de toi nous avons ratés le coucher de soleil !

- Je suis désolé. Je sais à quel point tu adores contempler le coucher de soleil depuis un point élevé. Demain, je ferai tout pour que tu le vois !

Une idée stupide lui traverse alors la tête et il prend ma main. Un sourire malin flotte sur ses lèvres divines. Son regard glisse sur ma tenue de marin : corset bleu, chemise blanche, pantalon de cuir bleu, cuisardes brunes aux décorations et broderies dorées, ceinture brune tenant deux sabres, un arc dans mon dos enroulé dans une couverture, un carquois et des flèches et un sac de voyage. Lui ne porte qu'une chemise grise, un pantalon noir, une ceinture grossière et une épée à double tranchant.

- J'ai une idée ! Faisons une course !

Je lève un sourcil interrogateur.

- Oui, bien sûr. Tu en as d'autres des mauvaises idées complètement débiles ?

- Aurais-tu peur de perdre ?

Ses yeux brillants sont ceux d'un enfant surexcité, mais une grande sagesse les accompagne.

- Moi ? Peur de perdre ? La grande Luni ne refuse jamais un défi !

Son sourire sournois indique clairement qu'il savait par avance ma réaction, mais je me force à l'ignorer. Il s'empare de mon sac, arc et carquois et les place dans la souche de l'un des arbres qui précède Reilor.

- Décidons des prix maintenant. Si je gagne, tu me laisse t'embrasser.

- D'accord, mais si je gagne, tu m'offres un cheval.

- Très bien, dans ce cas c'est parti ! Le premier arrivé au port gagne !

Et il s'élance sans même m'attendre.

- Ran ! Espèce de tricheur !

Il ne m'écoute pas et entre dans Reilor avec la vitesse de l'éclair. Je me précipite à sa suite. Il bouscule de nombreux passants qui lui jettent des regards noirs. C'est alors qu'une idée me vient en tête et je m'approche en courant d'une taverne. Une pile de caisses est collée contre l'un des murs. D'un bond souple, j'atterris sur le toit et continue de courir. Je dépasse Ran en lui tirant la langue, continuant mon ballet aérien sur les tuiles et planches de bois.

- Hey ! C'est de la triche ça !

- Pas plus que ton départ !

Il me rejoint en montant sur le toit depuis le côté opposé au mien. Uniquement l'espace de la rue nous sépare. Notre vitesse est presque égale. Presque. Ran le sait, il sait que je suis légèrement plus rapide que lui, ça a toujours été le cas. C'est pour ça qu'il est passé par la rue, afin d'utiliser des obstacles à son avantage. Dommage pour lui, son plan n'a pas marché.

Je saute habilement par-dessus les ruelles qui se présentent à moi, me servant de mon élan afin de franchir les gouffres. Les atterissages sont rapides, mais sécurisé. Tel un chat, je me déplace à grande vitesse sur les toits.

Finalement, j'arrive au bout de la rue. Les quais se dressent devant moi. Mauvaise idée... Je tourne brusquement à gauche, arrivant au-dessus d'un carrefour. Ran a vu mon mouvement, il m'a imité, mais il s'arrête au bord du toit. Pas moi.

Écartant les bras, serrant les jambes, le dos courbé et effectuant une parabole, je me jette dans le vide, tel un oiseau qui prend son envol. Je croise le regard inquiet et surpris de Ran et je ne peux m'empêcher de me sentir fière, voir avec un brin d'arrogance. La silhouette de mon corps traverse le ciel, masquant rapidement les rayons encore faibles de la lune levante.

J'effectue une roulade en touchant le sol. Je passe juste à côté d'une dame aux cheveux noirs dont la robe prune est longue et richement décorée. On dirait une aristocrate ou une bourgeoise. Elle ne bouge pas, son visage est pâle. C'est comme si elle attendait quelqu'un ou quelque chose. Elle vient peut-être d'arriver par la mer ? D'où vient-elle. De Ghurol ? Ça m'étonnerai, il n'y a que des vampires, succubes et anubites là-bas. De Rosyel ? Elle ne ressemble ni à une elfe, ni à une centaure, ni à une fée. Mais peut-être sa véritable nature est cachée ?

L'impact avec le terrain pavé est assez dur, mais acceptable. Je n'ai rien de cassé, juste peut-être la tête qui tourne légèrement à cause de la puissante montée d'adrénaline. Je vois Ran qui cherche un moyen moins dangereux de descendre. Tandis qu'il s'approche de moi d'une démarche furieuse, je lui lance :

- On dirait bien que j'ai gagné !

Je me retourne. L'étrangère à la robe prune m'observe...

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MessageSujet: Re: Longue nuit et jeu dangereux [libre]   Mer 29 Aoû 2012, 23:44

Etait-ce un signe du destin ? Depuis le choix que m’avait offert Marianne, je ne croyais plus en celui-ci. Rien ni personne ne contrôlait nos vies si ce n'était nous-mêmes. Pourtant j’aimais à forcer l’interprétation des évènements, jouant le jeu de cet univers dans lequel j’évoluais. J’en restais maître, puisque j’avais trompé la vie elle-même en me transformant en vampire, cependant je ne pouvais résister à l’envie d’aller dans le sens du vent, suivre le courant autour de moi, me laisser guider par ce murmure inaudible. Aussi lorsqu’elle tomba du ciel, je su qu’elle m’était envoyée.

Elle était apparue dans le coin de mon regard, cascade de boucles dorées dégringolant depuis les toits. D’une pirouette effectuée avec grâce elle se redressa sur ses pieds en un instant, absolument satisfaite de sa chute, un éclair de triomphe dans le regard. Ce regard… deux perles bleues empreintes de malice, d’excitation et de joie. Un regard si vivant. D’entre les mèches de sa sublime chevelure se glissaient deux oreilles pointues qui ne mentaient pas sur sa race. L’elfe adressa quelques mots à un interlocuteur dont je décidais d’ignorer royalement l’existence, pour l’instant du moins. Car elle me regardait, dardant sur moi ces pupilles dans lesquelles je plongeais. La réalité se fit plus brute, la notion de temps me revint peu à peu alors que j’entamai l’examen de cette inconnue apparue devant moi.

Elle était jolie, plus que jolie même, toutes en clarté et en formes généreuses. Cependant elle avait de biens mauvais gouts vestimentaires, quoiqu’elle semblait tenir à l’accord entre les différentes étoffes, elle n’avait plus grand-chose de la noblesse des dames. Etait-elle si jeune ? Il est toujours difficile de deviner l’âge d’un elfe, même si le temps les affecte comme chaque race vivante. Je ne me risquais à aucun pari sur le vécu qu’elle pouvait avoir, préférant m’accrocher au présent. Et son présent comportait deux lames attachées à sa ceinture, évidence guerrière. Déroutant venant de quiconque, dérangeant venant d’une femme. Mais je souriais intérieurement car cela signifiait qu’elle avait déjà pris des vies, nombreuses à n’en pas douter. Au moins n’avais-je pas affaire à une de ces moralisatrices ferventes défenseuse du respect de la Vie. Comme elle avait toujours son regard posé sur moi, je choisi de croire qu’elle me portait de l’intérêt et pris la parole.

- Savez-vous à quel point vous êtes belle, dame elfe ?

Je crus lire la surprise sur son visage, sans doute telle introduction n’était-elle pas attendue. Mon langage évolué, bien loin des milles discussions familières qui nous entouraient, pourrait être attribué à la haute naissance que mes habits suggéraient. Du moins je l’espérais. Le visage toujours impassible, ni sourire ni traits agacés, je poursuivis.

- Permettez-moi une curiosité : qu’avez-vous donc gagné ?


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MessageSujet: Re: Longue nuit et jeu dangereux [libre]   Jeu 30 Aoû 2012, 18:49

- Savez-vous à quel point vous êtes belle, dame elfe ?

Je me retourne, un sourcil interrogateur levé. La belle dame en robe prune vient de m'adresser la parole et continue de m'observer. Elle me détaille comme si elle cherchais à graver dans sa mémoire la moindre parcelle de ma peau et toutes les formes de mes traits.

J'écarquille les yeux. Cela fait bien longtemps que je n'ai pas eu de rencontres aussi surprenantes. Ran se rapproche de moi, une fois son souffle reprit. Il se place juste à côté de moi. Je le sens tendu. Il a fallut que je lui coupe les cheveux, car ceux-ci ne ressemblaient plus à rien. Maintenant ils sont courts et en bataille. Cette coupe lui va bien et s'accorde parfaitement à son caractère épineux, sournois, joueur et têtu. Ses yeux sont violets. Quels yeux ! Je pourrais m'y plonger pendant des yeux !

Ran a beau être un pervers parfois et le plus insupportable des garçons, mais c'est un véritable gentelmen. Son épée à double tranchant pend à sa ceinture et sa tenue se compose d'une chemise et d'un pantalon. Il porte une paire de bottes de mercenaire. Dès demain, je lui achèterai de nouveaux vêtements à cet abruti.

La belle dame me regarde toujours et me dit alors autre chose :

- Permettez-moi une curiosité : qu’avez-vous donc gagné ?

J'esquisse un sourire.

- Un cheval, chère dame. Quant à toi, je me tourne vers mon compagnon, tu n'auras pas ton baiser !

Une moue déçue apparait sur son visage, immédiatement chassée par un sourire et il s'approche de la dame immobile. Il s'incline et prend doucement sa main sur laquelle il dépose un doux baiser tout en la fixant des yeux.

- Splendide dame, permettez-moi de me présenter, ainsi que ma compagne. Je me nomme Ranarel Legendor et voici Lunielle Elwindor. Pourrions-nous savoir quel est votre nom, charmante créature ?

Et voilà qu'il lui fait les yeux doux. Je l'ai vu à l'action des centaine de fois, mais je pensais que son passage guerrier avait fait disparaitre ce genre de comportement. Visiblement je me suis trompée... Néanmoins, s'il manque de respect à cette femme d'une quelconque manière, je le remettrai à sa place...

Il recule ensuite et nous attendons tous les deux, comme deux gamins impatients.

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MessageSujet: Re: Longue nuit et jeu dangereux [libre]   Jeu 30 Aoû 2012, 21:41

- Un cheval, chère dame. Quant à toi, tu n'auras pas ton baiser !

La première chose que je remarquai fut sa façon de jouer avec celui qui venait de se glisser à côté d’elle. Je consentis un regard à ce dernier et je le trouvais abattu, délicieuses prunelles à la couleur exotique reflétant quelque déception. Mais ce ne fut qu’un instant et déjà il souriait, s’approchait de moi, gentilhomme jusqu’aux bouts des doigts. Je le laissai jouer de ses manières, impatiente d’entendre ses mots.

- Splendide dame, permettez-moi de me présenter, ainsi que ma compagne. Je me nomme Ranarel Legendor et voici Lunielle Elwindor. Pourrions-nous savoir quel est votre nom, charmante créature ?

Flatteur, il savait jouer de la forme. Je m’amusais d’être pour lui créature, il n’avait sans doute pas idée d’à quel point je l’étais. Là n’était cependant pas la question, puisqu’il m’interrogeait sur mon nom. Mais je devais la regarder de nouveau, c’était elle qui avait débarquée devant moi. Je lui adressai même un sourire fugace, lèvres closes sur mes crocs, alors que son compagnon reculait. Ils avaient tous les deux un air impatient et innocent. Comment un nom pouvait-il tant compter ? Un nom ne définit pas un être et il est si facile de mentir. Je décidai de répondre sincèrement pourtant, m’adressant d’abord à lui.

- Lucy Jerral.

J’esquissai un sourire poli, toujours chaste, puis en revint à elle.

- Un cheval, mes félicitations. Très utile pour se déplacer je vous l’accorde. Êtes-vous donc une voyageuse ? Ce serait dommage. Vous voyez j’espérais que vous m’aideriez mais si vous n’êtes pas d’ici, et vos noms me soufflent que vous venez de Rosyel, ce sera compliqué. Ceci dit…

Je me détournai d’eux pour faire un pas en direction de la ville. Devant moi, la route creusait sa percée dans la capitale. La ville paraissait si grande vu d’ici, elle ne disparaissait qu’engloutie par l’horizon. Entre les premiers murs, bâtiments portuaires et baraquements, le pavé était encore battu par bien du monde. Me faufiler dans cette foule d’étrangers me tentait à présent et je m’étais trouvé de la compagnie. Armés et guerriers avec ça, à leurs côtés on ne risquait pas de venir me chercher des noises.

- Vous connaissez cette ville mieux que moi. Je ne suis jamais venue voyez-vous ? Deux aventuriers comme vous feraient de bons guides… Oh, bien sur, je comprendrais que vous ayez mieux à faire, les jeux de l’amour sont si doux.

Je me tournai vers eux à cet instant, savourant dans l’expression volée dans les traits de leurs visages.

- Cependant je suis prête à vous offrir le gîte et le couvert si vous m’accompagnez. Ainsi que ma compagnie, pour l’intérêt que vous lui trouverez. Qu’en dites-vous ?

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MessageSujet: Re: Longue nuit et jeu dangereux [libre]   Jeu 30 Aoû 2012, 22:21

- Lucy Jerral.

- Quel joli nom !

J'acquiesce en silence, Ran a raison.

- Un cheval, mes félicitations. Très utile pour se déplacer je vous l’accorde. Êtes-vous donc une voyageuse ? Ce serait dommage. Vous voyez j’espérais que vous m’aideriez mais si vous n’êtes pas d’ici, et vos noms me soufflent que vous venez de Rosyel, ce sera compliqué. Ceci dit…

- Un cheval est un compagnon des plus fidèles...

Je lance un regard noir à Ran en insistant sur la fin de ma phrase. Le jeune homme me sourit et hausse les épaules.

- Oui, nous sommes bien des voyageurs, surtout moi. Je n'ai pas arrêté de bouger ces trente dernières années. Nous venons tous les deux de Rosyel, mais nos vies se sont principalement déroulées sur Lan Rei, disons les choses les plus importantes et amusantes...

Je penche la tête sur le côté, faisant tinter les anneaux d'argent qui se trouvent accrochés à mes oreilles. Trois sur l'oreille gauche, quatre sur l'oreille droite.

- Vous connaissez cette ville mieux que moi. Je ne suis jamais venue voyez-vous ? Deux aventuriers comme vous feraient de bons guides… Oh, bien sur, je comprendrais que vous ayez mieux à faire, les jeux de l’amour sont si doux.

Pour la première fois depuis longtemps, Ran rougit. Lucy, qui observait la ville pendant quelques instants, se tourne de nouveau vers nous.

- Cependant je suis prête à vous offrir le gîte et le couvert si vous m’accompagnez. Ainsi que ma compagnie, pour l’intérêt que vous lui trouverez. Qu’en dites-vous ?

Je regarde Ran, il me regarde en retour. La complicité nous unit.

- Comme au bon vieux temps ?

- Comme au bon vieux temps !

Je me tourne vers Lucy, un sourire diabolique aux lèvres que j'essaie néanmoins de rendre gentil.

- C'est d'accord, suivez-moi ! Mais j'espère que vous n'êtes pas du genre à vous dérober au dernier moment et que vous possédez une grande bourser, surtout bien remplie, car j'ai la gorge sèche et, disons simplement que j'ai l'habitude de boire beaucoup... Je laisse cette phrase en suspens, vous en découvrirez plus tard tout le sens !

Comme pour sceller un secret entre nous, je lui fais un clin d'oeil. Nous nous mettons ensuite en marche.

- Commençons par les vieilles tourelles jumelles du centre. C'est l'ancien bâtiment de la garde de la police, mais peu d'activités s'y déroulent. C'est dommage, ça rendait les choses plus excitantes...

Nous arrivons alors au pied des deux tours. À leurs base, elles forment un bâtiment commune, assez plat et petit, puis se sépare à une dizaine de mètres du sol et s'élancent à l'assaut du ciel jusqu'à cinquante mètres. Celle de gauche s'écroule à moitié et le toit a été arraché, donc son ascencion serait pas terrible. Mais celle de droite...

- Lucy, j'espère que vous aimez l'escalade et que vous n'avez pas le vertige ! Car c'est là-haut que nous nous rendons !

Je lance un regard vers le ciel : le toit rond de la tour semble me narguer. Ran se frotte les mains d'enthousiasme.

- Ran et moi n'avons pas besoin d'un quelconque lien de sureté pour grimper. Mais si vous en voulez un, il va falloir attendre que j'aille chercher mon sac de voyage, une corde se trouve dedans. De plus, notre tactique d'escalade dépendra de votre réponse. L'ascencion est assez facile, les prises sont bonnes et nombreuses, c'est juste la hauteur et le Vent qui peuvent poser problème. Alors, que voulez-vous faire ?
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MessageSujet: Re: Longue nuit et jeu dangereux [libre]   Ven 31 Aoû 2012, 19:20

Les elfes se regardèrent pour se mettre d’accord. J’imaginais que leur complicité se serait passée de mots. Cependant ils semblaient tous deux enthousiastes à l’idée de m’accompagner et cela suffisait.

- C'est d'accord, suivez-moi ! Mais j'espère que vous n'êtes pas du genre à vous dérober au dernier moment et que vous possédez une grande bourser, surtout bien remplie, car j'ai la gorge sèche et, disons simplement que j'ai l'habitude de boire beaucoup... Je laisse cette phrase en suspens, vous en découvrirez plus tard tout le sens !

Sur ce elle conclut d’un clin d’œil dont je ne saisis pas le sens tout de suite. Car j’y voyais une tentative de séduction et la trouvais quelque peu déplacée, elle était trop familière. Mais ce lien qu’elle créait entre nous, auquel je répondis d’un hochement de tête entendu et discret, n’était pas pour me déplaire. Alors que nous marchions je réfléchis à ce qu’elle avait voulu insinuer, comprenant peu à peu. Je commençais à prendre des repères dans la ville aussi. Là une auberge à la devanture flambant neuf me titilla, plus loin ce fut une fontaine qui me rappela à des souvenirs lointains et partout le bruit, l’odeur… nous nagions dans Reilor, myriades de parfums de vie. Ma faim grandissant, je la nourrissais de patience et de doux souvenirs. En arrivant à la destination annoncée, je reconnus l’endroit et ne put retenir un petit rictus.

- Lucy, j'espère que vous aimez l'escalade et que vous n'avez pas le vertige ! Car c'est là-haut que nous nous rendons !

Un peu perplexe, quoiqu’il fut impossible de le discerner dans le masque que j’affichais pour effacer mon sourire, je suivis le regard de Lunielle – puisqu’elle m’avait appelée par mon seul prénom – vers le sommet des tours.

- Ran et moi n'avons pas besoin d'un quelconque lien de sureté pour grimper. Mais si vous en voulez un, il va falloir attendre que j'aille chercher mon sac de voyage, une corde se trouve dedans. De plus, notre tactique d'escalade dépendra de votre réponse. L'ascencion est assez facile, les prises sont bonnes et nombreuses, c'est juste la hauteur et le Vent qui peuvent poser problème. Alors, que voulez-vous faire ?

- Un bon choix de première destination, cet endroit me plait déjà. Et voir la ville de là-haut est une excellente idée.

Je pourrais y prendre de bons points de repères et me faire une idée du visage de la capitale d’aujourd’hui. Parfaitement ravie, j’avais hâte d’y être à présent.

- Cependant… Je lâchai un rire léger. Je suis parfaitement incapable de grimper cette tour avec ou sans corde.

Mon apparence de jeune femme ne les avait-elle pas trompés finalement ? Enfin, toute vampire que j'étais, je me trouvais à mille lieux des conditions dans lesquelles j'aurais tenté l'expérience. J’examinai le bâtiment, ses parties encore debout... puis me tournai vers eux.

- Vous pouvez m’aider pourtant, très simplement, en ouvrant l'une des portes. L’entrée principale, une issue discrète, une fenêtre, qu’importe. Une fois à l’intérieur, c’est par les escaliers que je monterai les étages.

Soulevant d’une main un pan de ma robe, je leur rappelai à quel point j’étais faite pour marcher, pas pour braver la verticalité de pierre et de bois.

- Vous pourriez en faire autant d’ailleurs… Mais je ne le pense pas. Quant à vous – je trouvai ses pupilles bleues pour y planter les miennes – n’ayez crainte, vous boirez à votre soif ce soir, aussi grande qu’elle puisse être.

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MessageSujet: Re: Longue nuit et jeu dangereux [libre]   Ven 31 Aoû 2012, 21:05

- Un bon choix de première destination, cet endroit me plait déjà. Et voir la ville de là-haut est une excellente idée.

Lucy semble assez enthousiaste quand au lieu que j'ai choisi. Un léger sourire apparait sur son visage, comme si elle connaissait déjà cet endroit. À moins qu'elle ne le découvre pour la première fois et cela suffit à la ravir ?

- Cependant… Je suis parfaitement incapable de grimper cette tour avec ou sans corde.

Son rire claire retentit doucement dans l'air comme le chant d'un rossignol. Bon, elle n'est pas d'humeur à faire de l'escalade... Mon sourire diminue sans que je le veuille.

- Vous pouvez m’aider pourtant, très simplement, en ouvrant l'une des portes. L’entrée principale, une issue discrète, une fenêtre, qu’importe. Une fois à l’intérieur, c’est par les escaliers que je monterai les étages.

Mon sourire réapparait. Voilà un excellent moyen d'utiliser mes talents d'infiltreuse. Lucy relève un pan de sa robe prune et l'éclat brillant de l'une de ses bottes noires s'attache à mon regard.

- Vous pourriez en faire autant d’ailleurs… Mais je ne le pense pas. Quant à vous n’ayez crainte, vous boirez à votre soif ce soir, aussi grande qu’elle puisse être.

- Dans ce cas, laissez-moi vous ouvrir le chemin.

Je me dirige vers la base du bâtiment, puis lance à Ran.

- Comporte-toi en gentelmen, Ran. Si Lucy se plaint, je te le ferai personnellement regretter et tu sais de quoi je suis capable !

- Oui Madame !

Il se met au garde à vous, le plat de la main plaqué contre le front. Un air angélique flotte sur son doux visage. Je hausse les épaules en levant les yeux au ciel. Il fait toujours ce genre de gestes et remarques, rien que pour m'embêter. Je crois que c'est notre façon d'être ensemble...

Trouver une fenêtre s'avéra très facile. Il ne me fallut que quelques secondes pour crocheter une pierre saillante du mur, puis trouver une fente dans celui-ci et enfin atteindre le niveau de la fenêtre. Celle-ci est fermée. Mais rien ne retient un infiltreur. Surtout un infiltreur en possession d'outils adéquates. Je plonge la main dans la fine bourse accrochée à ma ceinture, puis en retire une petite pique de métal longue d'une dizaine de centimètres. Je l'enfonce dans l'interstice entre les deux pans de la fenêtre, toujours en équilibre près de celle-ci. Les deux pans se séparent de quelques millimètres, mais c'est suffisant pour y introduire mon ongle. D'un coup sec, mais discret j'ouvre la fenêtre et m'infiltre à l'intérieur.

Descendre un escalier et trouver la porte principale ne fut pas très difficile et les deux battants de celle-ci finissent par coulisser en grinçant légèrement. Je m'approche de Lucy en disant :

- La voie est ouverte.
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MessageSujet: Re: Longue nuit et jeu dangereux [libre]   Sam 01 Sep 2012, 23:54

Lunielle accepta tout de suite, serviabilité et politesse. Avant de s’exécuter, elle s’adressa à son compagnon.

- Comporte-toi en gentelmen, Ran. Si Lucy se plaint, je te le ferai personnellement regretter et tu sais de quoi je suis capable !

- Oui Madame !

Je l’observais alors, celui qui restait silencieux, me demandant s’il lui arriver de protester. Oh, pas devant moi, il se conduirait bien… J’étais surprise tout de même qu’il ne se soit pas lui-même proposé pour enfoncer une porte. C’était toujours elle, menant la danse, prenant les devant, suscitant toujours plus d’intérêt et de curiosité en moi. Je voyais en l’elfe une nature profondément bonne mais très rebelle. Ouvrir les voies interdites ne lui posait pas de problème de conscience et braver la mort ne l’effrayait pas, témoins les sabres qui la flanquaient. Lui n’était qu’yeux improbables tout occupés à suivre leur belle, à gesticuler pour entrer dans son jeu. Malgré ses airs il faisait un gentilhomme bien maladroit. Se présenter avant sa dame déjà… Ce qui me surprenait le plus était qu’il ne se soit pas chargé de l’ouvrage, mais peut-être étais-je figée dans une époque révolue. C’était simple pourtant, pour un gaillard comme lui. N’avait-il pas cette fierté typiquement masculine ?

- Ranarel.

J’accrochai son regard.

- Vous parlez peu. Est-ce elle qui vous rend muet ?... Non. A vrai dire, le silence est bon.

J’espérai qu’il ne réponde pas, lui en laissait pourtant le temps. Mes pensées et mon regard se promenèrent sur la rue dans laquelle nous étions, maisons et petites échoppes, puis caressèrent à nouveau la tour en ruine, symbole des ravages du temps. Je levai les yeux au ciel pour observer les étoiles sous lesquelles je vivrais de nouveau quand j’entendis un grincement. La porte s’ouvrit doucement sur Lunielle.

- La voie est ouverte.

Elle approchait et le regard que j’avais planté dans ses pupilles glissa sur sa joue, sa nuque, jusqu’à caresser sa jugulaire où je crus voir le sang pulser. Un battement de paupière et mes yeux étaient à nouveau dardés dans les siens. Elle était à ma hauteur. Un sourire.

- Merci.

Je fis un pas vers la porte ouverte, deux, puis me retournai vers eux.

- Une dame comme moi peut-elle être capricieuse ?... J’ai bien peur de trouver quelque obstacle dans ces ruines. Je ne suis pas très… agile, à la vérité. Voudriez-vous m’accompagner ? Nous serons cachés des yeux de la ville. Peut-être trouverons-nous des choses intéressantes là-dedans aussi…

J’allai vers la porte. La vérité était toute autre, mais s’ils ignoraient ma nature, je devais leur conserver cette innocence. La vérité, hélas, était ma grande faiblesse. Sans l’invitation rituelle de l’un d’entre eux à entrer à l’intérieur, je craignais que les portes ne me restent fermées. La vie éternelle, contre ses éternelles malédictions, je portais avec moi le poids de mes péchés. En arrivant à la porte j’attrapai la poignée, tirai et observai l’intérieur.

- C’est très sombre… Vous devez voir clair ceci dit.

J’examinai le hall qui s’ouvrait devant moi : il était parfaitement vide, tout en murs, sol et plafond. Puis je me retournai vers eux, m’écartant d’un pas pour les laisser passer. Derrière mon masque impassible, ma tension montait. Il fallait que les choses se passent bien et tout pourrait se jouer là. Trop tôt. Je sentais monter le danger, le vertige du risque et l’impatience du dénouement, savourant ces émotions comme l’on savoure une ivresse. Mon corps quant à lui commençait à gronder sa faim grandissante...

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MessageSujet: Re: Longue nuit et jeu dangereux [libre]   Lun 03 Sep 2012, 13:22

- Ranarel.

Le jeune elfe se retourna. Enfin, jeune, si l'on peut dire...

Le simple fait que la dame lui ai adressé la parole en l'absence de Lunielle le surprit et il tourna la tête vers elle sans parvenir à masquer le trouble léger qui l'habitait.

- Vous parlez peu. Est-ce elle qui vous rend muet ?... Non. A vrai dire, le silence est bon.

Que pouvait-il bien lui répondre ? Qu'il était fou amoureux de Lunielle ? Qu'elle éclairait ses nuits et chassait ses cauchemars ? Que, malgré les années de séparation, il n'avait cessé de penser à elle ? Qu'elle le rend complètement fou, surtout quand elle le menait en bateau ? Qu'il la laissait diriger, car elle avait le parfait profil du leader et que c'était un trait de caractère naturel chez elle ? Ou bien tout simplement, lui raconter leur rencontre et toutes les péripéties qui s'en étaient suivies, sur lesquelles il y aurait matière à écrire presque ?

Il choisit de se taire, malgré l'instant que la dame lui laissa pour répondre. Il n'avait pas envie de s'épancher. Les moments passés avec Luni lors de leurs quatre années communes à l'Académie leur appartenaient à eux seuls, mais il pouvait laisser quelques bribes de souvenirs venir accompagner la soirée, comme de petits papillons noirs. S'il se plaisait à resasser leur histoire, il aimait encore plus continuer de l'écrire et l'elfe blonde lui avait offert cette chance quelques semaines auparavant, l'acceptant de nouveau. Lorsqu'il l'avait retrouvée - et ce, complètement par hasard - il n'avait pu s'empêcher de bénir et remercier tous les dieux dont il connaissait les noms, mais auxquelles il ne croyait pas vraiment.

Ce jour-là, il avait été le plus heureux des elfes et continuait de l'être.




~~~



Je sorts dans l'air frais de la Nuit environnante et brillante d'étoiles célestes. M'approcher de Lucy et Ran ne me prends que quelques secondes, mais la belle dame me devance.

- Merci.

Elle continue d'avancer jusqu'à atteindre l'encadrement de la porte, puis finit par se retourner, personne énigmatique au traits espiègles.

- Une dame comme moi peut-elle être capricieuse ?... J’ai bien peur de trouver quelque obstacle dans ces ruines. Je ne suis pas très… agile, à la vérité. Voudriez-vous m’accompagner ? Nous serons cachés des yeux de la ville. Peut-être trouverons-nous des choses intéressantes là-dedans aussi…

Sans mot dire, je la suis, passant du statut de meneur à celui de mené en un instant, Ran sur mes talons.

- C’est très sombre… Vous devez voir clair ceci dit.

J'esquisse un sourire. Bien sûr que je vois dans le noir, c'est l'un des avantages de ma race, c'est en partie grâce à lui que je suis une bonne infiltreuse.

Lucy s'arrête devant l'encadrement de la porte, mais ne le franchit pas. Je lève un sourcil interrogateur et me place devant elle.

- Entrez donc, qu'est-ce que vous attendez ?

Lucy semble impatiente. Je peux sentir la tension qui se dégage de son corps, ses lèvres entrouvertes et son souffle chaud. Ses yeux cherchent quelque chose ou bien évite quelque chose. Ou quelqu'un ? Je ne saurai le dire, mais son comportement m'incite à la prudence. Ran passe son bras droit autour de mes épaules et pour la première fois depuis longtemps je ne le repousse pas. Un pas de plus de la belle dame me tire de mes pensées et je la suis, le bras de mon compagnon retombant le long de son corps.

Mais qui est-elle donc ?

Je secoue la tête. Se ne sont ni mes oignons, ni mes problèmes. Il faut que j'arrête de réfléchir, c'est pas bon. Ran se trouve juste derrière moi, un peu sur le côté droit, fidèle bouclier ou mur de soutien contre un danger quelconque venant de derrière.

Et si le danger venait de devant ?

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MessageSujet: Re: Longue nuit et jeu dangereux [libre]   Jeu 06 Sep 2012, 01:34

- Entrez donc, qu'est-ce que vous attendez ?

J’entrai sans répondre, soulagée du peu de temps qu’avait prit ce petit manège. L’elfe n’avait pas deviné ma nature de vampire, car je refusais de croire que sa naïveté soit si grande qu’elle avait sciemment laissé l’un de nôtres entrer avec eux. J’aimais son innocence cependant je la savais condamnée. Tôt ou tard elle verrait la vérité et si je voulais l’en prévenir il fallait que je la quitte avant le jour. Car ma faim était trop grande, mon envie trop pressante et la tentation trop forte à chaque parfum de vie, le sien si proche, pour que je renonce à boire cette nuit. J’entrai dans un couloir au fond duquel je distinguais des escaliers. Autour de nous les salles se succédaient, murs de pierres et portes de bois. Du coin de l’œil je distinguais là une chaise, là une paire de bottes usées mais rien de valeur n’avait été laissé derrière quand l’abandon du bâtiment avait été décidé. Nous montâmes au premier étage dans le silence.

Je marchai toujours en tête, du pas lent de ceux qui ont tout leur temps. Chaque porte devait être ouverte et je glissais mon regard dans les pièces. Donnais-je l’impression de chercher quelque chose ou d’agir comme une voleuse ? Dans la soie de ma robe mondaine, je devais en tout cas fortement détonner sur le décor. Ce décalage m’amusait et, n’offrant toujours que la vision de mon dos à mes compagnons, je m’autorisais un sourire. Nous arrivâmes dans ce qui était la base de la tour, pièce ronde aux murs massifs et flanquée d’un escalier de pierre en colimaçon qui disparait à la moitié du cercle dans le plafond. Saisissant les pans avant de ma robe, je les soulevai pour entamer la longue montée qui nous attendait. Au troisième étage, nous tombâmes sur une grille fermée par un petit cadenas et alors que Lunielle le crochetait, j’eus la pensée que nous entrions dans un endroit fermé à l’intérieur même du bâtiment et cela devait être la prison. Il y avait peu de chance de découvrir quelque chose d’intéressant ici, un vieux cadavre peut-être… Nous passâmes la porte et mon sentiment se confirma, pour les dix étages suivants, tout n’était que barreaux et verrous, ce qui ralentissait notre progression.

Puis il y eut deux greniers et leurs tonneaux brisés laissé à l’abandon et enfin ce dernier étage, plus bas de plafond, au centre duquel une échelle montait vers une trappe. Ils m’ouvrirent la voie et je leur fis signe de monter en premier. Le spectacle qui nous attendait n’était mérité que grâce à leurs efforts et je leur laissais savourer le moment du vertige dans leur intimité. J’oubliais la notion du temps en me demandant par quels moyens je pourrais faire de ce lieu ma demeure. Ce ne pouvait être que provisoire cependant et, Lunielle l’avait démontré, l’endroit était facilement fracturable. J’avais des choses à mettre à l’abri pourtant, des choses précieuses. Mes malles étaient toujours dans la cabine du bateau, je m’étais assuré par l’or que le capitaine les garde sous clef. Mais il repartirait le lendemain…

Je montai finalement sur le toit. La nuit mangeait Reilor qui s’accrochait à la lumière en une multitude de feux et de chandelles filtrant par ses fenêtres. Le ciel avançait doucement, nuages épars glissant sur les étoiles. Je m’approchai du bord, créneaux de pierre, et montai dessus. Me tenant debout à la limite, je me penchai et observai le monde sous moi. Puis me retournai vivement, toute instinct et équilibre, pour leur adresser un sourire.

- C’est magnifique.

J’embrassai une nouvelle fois du regard la cité tout autour puis descendis de mon perchoir pour faire quelques pas.

- Et vous avez vraiment un don, dame elfe. Certains paieraient cher pour vos services… Mais peut-être la morale vous retient de travailler pour de telles personnes. Je ne suis pas une voleuse cependant, sachez-le. Je ne suis là que pour la visite et votre programme commence parfaitement, mais nous avons encore beaucoup à voir. Les auberges et les tavernes, les théâtres et les temples, mais le cœur de Reilor aussi, les places de marchés et les belles maisons. Les beaux quartiers oui, ce pourrait être notre prochaine destination qu’en pensez-vous ?

Mes yeux étaient plantés dans les siens lorsque que moururent mes mots. Et ils n’étaient pas prêts de lâcher ce regard.

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MessageSujet: Re: Longue nuit et jeu dangereux [libre]   Ven 07 Sep 2012, 21:36

La vue qui s'ouvre devant nous peut difficilement être décrite. C'est comme si des milliers d'étoiles s'étaient données rendez-vous ce soir pour nous combler de leurs lumières. Le ciel noir étire sa longue robe étoilée à perte de vue, splendide cadre. L'océan se trouve au loin, fracassant ses vagues contre les coques des bateaux amarés au port. Le chant du Vent résonne dans l'air et sur les diverses bâtiments de la ville comme le son clair d'une flûte légère. Quelques petites feuilles sont emportées dans le sillage de l'être invisible qui actionne ses bras transparents et venteux. Enfin des centaines de milliers de lumières brillent en bas, juste sous nos pieds, telle une marée de braises des enfers - malgré que je n'ai jamais été dans un endroit pareil et doute fortement de son existence, bien que certains lieux de l'archipel pourraient s'y apparenter.

- C’est magnifique.

La voix de Lucy et sa posture penchée au-dessus du vide rajoutent du charme mystérieux à l'atmosphère magique du paysage. La belle dame se retourne et plante son regard noir dans le mien.

- Et vous avez vraiment un don, dame elfe. Certains paieraient cher pour vos services… Mais peut-être la morale vous retient de travailler pour de telles personnes. Je ne suis pas une voleuse cependant, sachez-le. Je ne suis là que pour la visite et votre programme commence parfaitement, mais nous avons encore beaucoup à voir. Les auberges et les tavernes, les théâtres et les temples, mais le cœur de Reilor aussi, les places de marchés et les belles maisons. Les beaux quartiers oui, ce pourrait être notre prochaine destination qu’en pensez-vous ?

- L'on n'est jamais mieux payé que par soi-même et chaque travail a un bon côté, aussi difficile à voir soit-il, mais j'ai déjà suffisament travaillé pour grand nombre de personnes diverses et l'argent ne me manque pas pour le moment. Il m'étonnerai beaucoup que nous puissions visiter tout Reilor, cependant si vous souhaitez aller dans les "beaux quartiers", allons-y donc. Sachez par contre que je n'y suis allée qu'une seule fois et que je serai sans doute dans l'incapacité de vous guider dans cette zone qu'est loin d'être mon terrain de prédilection.

L'énumération des divers endroits de la grande ville me fait fortement croire qu'elle est déjà venue ici. Nous aurait-elle mentie ? Elle semble si jeune, mais la vie m'a apprise à me méfier des apparences. C'est donc avec la plus grande politesse possible que je lui expliquais ma situation.

Je n'ai pas mentie. J'ai bel et bien été une seule fois dans ces quartiers bourgeois et ce uniquement lors d'une mission pour la guilde qui m'obligeait de violer l'espace sacré d'un résident de Reilor fortuné. Je n'ai cependant rien volé : je me suis juste infiltrée chez lui afin de recueillir des informations, une simple mission de reconnaissance, rien de plus rien de moins. J'ai toujours eu l'habitude de fréquenter les quartiers de beuverie de la ville, ainsi que le port, le marché et les endroits stratégiques. Les beaux quartiers ne faisaient partie d'aucune de ces catégories à mon goût.

Ran n'y était jamais allé non plus. Mon hypothèse se confirma lorsqu'il hocha la tête, approuvant mes paroles en silence. Restais maintenant à savoir ce que Lucy voulait faire. Si elle décidais d'y aller quand même, soit, je la suivrai et veillerais sur sa sécurité. Si elle refusais, nous pouvons toujours aller voir ailleurs, la vue sous nos pieds ayant déjà comblé plusieurs de nos attentes.

Silencieuse, j'attends sa décision, Ran aussi patient que moi.

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Dernière édition par Lunielle Elwindor le Sam 08 Sep 2012, 21:33, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Longue nuit et jeu dangereux [libre]   Sam 08 Sep 2012, 12:47

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- L'on n'est jamais mieux payé que par soi-même et chaque travail a un bon côté, aussi difficile à voir soit-il, mais j'ai déjà suffisament travaillé pour grand nombre de personnes diverses et l'argent ne me manque pas pour le moment. Il m'étonnerai beaucoup que nous puissions visiter tout Reilor, cependant si vous souhaitez aller dans les "beaux quartiers", allons-y donc. Sachez par contre que je n'y suis allée qu'une seule fois et que je serai sans doute dans l'incapacité de vous guider dans cette zone qu'est loin d'être mon terrain de prédilection.

Ainsi Lunielle ne pensait pas pouvoir boucler notre visite dans la nuit. Cela me chagrinait un peu car supposait son intention de me quitter tôt, mais elle avait raison : Reilor était immense, il nous était impossible d’en voir le quart avant le matin, surtout à cette allure. Je savais cependant où je souhaitais me rendre et s’il ne fallait choisir qu’une destination, je n’aurais pas changé d’avis. Je confirmai :

- Oui, nous ne pourrons pas tout voir ce soir c’est certain. Mais voyez-vous, je pense m’acheter une petite maison en ville prochainement, disons que j’aimerai faire du repérage. Si vous ne connaissez pas bien, ça serait l’occasion pour vous aussi. Après nous irons trouver une auberge, une taverne, je vous fais confiance quant au choix de l’établissement.

Je lui adressai un sourire complice puis je retournai à la trappe. L’échelle présenta son lot de difficulté à descendre, toute dame que j’étais vêtue. Mais je me dépatouillai de cette robe trop longue et arrivait à la pièce en dessous. Je restais calme et mesurais mes gestes, comme celui si naturel de relever l’entrave de ma robe en arrivant aux escaliers, mais je savais que mon empressement devait être palpable. J’avais hâte de retrouver ces rues où Marianne m’avait élevée… Et j’avais hâte d’en boire le sang. Je chassai cette pensée, souvenirs rouges d’une vie passée, comme on balaye une feuille tombée sur le bord de sa fenêtre. Je pensais à ce que j’étais venue chercher ici et me demandait ce que je trouvais. Ranarel n’avait pas décroché un mot là-haut et j’appréciais ce silence autant que je le redoutais. Il restait pour moi indiscernable et je n’accrochais que de courts instants ces prunelles exotiques, y cherchant l’éclat d’une vérité cachée. Lunielle était bien plus excentrique, réactive, vive. Elle jouait le jeu des politesses aussi, mais ses mots restaient maladroits et ses idées en devenaient confuses. Elle cherchait à plaire, rappelant presque une enfant à mon esprit usé par les siècles. Je m’interrogeai pour la première fois sur son âge, sachant ce trait difficilement estimable chez les elfes. Nous devions être au tiers de notre descente quand, sans ralentir un instant la marche que je menais, je m’ouvris sur ce sujet :

- Les elfes vivent presque indéfiniment n’est-ce pas ? Et vous êtes jeunes longtemps… Vous pourriez avoir l’âge de mes arrière grands parents et sembler avoir le mien, c’est étrange. C’est indiscret de demander votre âge ?

Je leur jetai un coup d’œil par-dessus mon épaule.

- Oh et, ne forcez pas votre langue avec moi, parlez comme les mots vous viennent…

Puis ramenai bien vite mes yeux devant moi à cet escalier qui continuait sa descente en spirale. Marche après marche, je ne ralentissais pas un instant et ne me retournais plus. Je laissais transparaître ma détermination, quoique leur offrant mon dos ils ne purent juger que de mon allure, efficace et imperturbable. La réponse raisonna et je laissai flotter le silence, toute occupée à en finir avec cette descente. Nous quittâmes les quartiers pénitentiaires et je sus que ce tournis qui me venait cesserait bientôt. Etais-je devenue si faible ou ma faim me jouait-elle des tours ? Je ne pouvais l’apaiser là, maintenant. Pourtant je le désirais ce sang elfe… Nous fumes en bas de la tour et je m’arrêtai, laissai mes compagnons me rejoindre et jetai un regard d’adieux à cet escalier infernal. Satisfaite, je repris la marche vers la sortie, adoucissant le pas.

- Les apparences sont trompeuses Lunielle et la vie éternelle est un concept étrange. J'ai vécu longtemps, trop longtemps pour que le nombre d'année compte encore. Mais jamais je n'ai réussi à comprendre le sens de l'immortalité...

Le jeu commençait.

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MessageSujet: Re: Longue nuit et jeu dangereux [libre]   Sam 08 Sep 2012, 22:58

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- Oui, nous ne pourrons pas tout voir ce soir c’est certain. Mais voyez-vous, je pense m’acheter une petite maison en ville prochainement, disons que j’aimerai faire du repérage. Si vous ne connaissez pas bien, ça serait l’occasion pour vous aussi. Après nous irons trouver une auberge, une taverne, je vous fais confiance quant au choix de l’établissement.

Sans répondre, je suis Lucy dans l'escalier, après un regard rapide à Ran. L'elfe semble d'humeur maussade. Heureusement, je connais un excellent moyen de réanimer sa bonne humeur. Lui lançant un clin d'oeil, je disparais dans la trappe. L'escalier en colimaçon est très long, aussi le descendre complètement nous prendra beaucoup de temps.

- Les elfes vivent presque indéfiniment n’est-ce pas ? Et vous êtes jeunes longtemps… Vous pourriez avoir l’âge de mes arrière grands parents et sembler avoir le mien, c’est étrange. C’est indiscret de demander votre âge ? Oh et, ne forcez pas votre langue avec moi, parlez comme les mots vous viennent…

Elle continue d'avancer et semble attendre la réponse, malgré son allure rapide.

- J'ai actuellement cent vingt printemps.

Je ne sais si elle m'a entendu, mais son allure ne ralentit en rien. Vérifiant que la belle dame ne s'arrête pas, je me tourne vers mon compagnon.

- Ne t'inquiète pas, c'est bientôt fini.

Ma voix est faible, tout juste perceptible par celui qui se trouve à mes côtés, juste derrière moi, car l'escalier est étroit. Je sais que Ran m'as entendu grâce à son ouïe surhumaine, je n'en ai aucune idée quand à Lucy. De toute manière, si elle nous entend, ça ne changera pas grand chose...

J'entends Ran soupirer et un sourire apparait sur ses lèvres.

- Tu sais bien que j'ai horreur des visites qui se prolongent. Mais ne t'inquiète pas, j'irai où tu iras.

Je plonge mon regard dans le sien, m'arrêtant en plein milieu de l'escalier, forçant mon compagnon à en faire tout autant. J'ai toujours su lire à l'intérieur de Ran comme dans un livre ouvert et là tout de suite se yeux me disent qu'il me cache quelque chose. Quelque chose qu'il ne veut pas me dire. Il y a quelque chose qui le dérange dans notre situation actuelle, je le sens dans tout son être, moi qui le connais si bien. ELLE le dérange. Pourquoi donc ? Est-ce son caractère, sa personne ou bien sa nature qui demeure encore mystérieuse bien que j'ai ma petite idée à ce sujet. Mais une chose est sûre : il se méfie d'elle.

Détournant le regard, je me remets en route, rattrapant Lucy. Nous avons ensuite au bas de l'escalier et nous dirigeons vers la sortie. Cette fois-ci, la belle dame adopte un rythme plus doux. Décidément, elle n'aime pas les escaliers étroits.

- Les apparences sont trompeuses Lunielle et la vie éternelle est un concept étrange. J'ai vécu longtemps, trop longtemps pour que le nombre d'année compte encore. Mais jamais je n'ai réussi à comprendre le sens de l'immortalité...

- Je me disais aussi... Quel âge avez-vous donc Lucy ?

Je lui retourne la question, tel un juste équilibre. Elle connait mon âge, à moi de découvrir le sien. Je me place à ses côtés, sous le regard noir de Ran dont je sens le bras effleurer mon dos comme s'il cherchait à me retenir. Mettant toute ma sincérité dans mon regard, j'observe la dame en la priant silencieusement de répondre honnêtement. De répondre tout court aussi.

J'ai déjà connu intimement des vampires. Trois pour être précise. Comme ma première rencontre avec cette race a causé la perte d'une partie de mon histoire, je préfère commencer par la fin.

Le dernier que j'ai rencontré et l'unique mâle vampire que je connais se nomme Zev. Nous nous sommes rencontrés il y a plusieurs mois dans la forêt qui borde Reilor et de laquelle nous revenons Ran et moi. Après une délicieuse nuit qui m'a si bien rapelé les plaisirs de chair que j'avais longtemps oubliés, nous nous sommes quittés sur la promesse de se revoir un jour. Chose étonnante, plusieurs semaines plus tard, alors que je venais tout juste de retrouver mon compagnon elfique, j'ai revus le jeune vampire, mais il étais accompagné d'un nain. Un petit voyage nous a permis de vivre de précieux instants ensemble, puis Ran et moi sommes revenus à Reilor.

Ma deuxième rencontre avec un vampire remonte à plusieurs années. Vers les vingt-cinq ans je dirais. Sélène Shinisoul. L'une des personnes les plus fortes et courageuses que j'ai jamais rencontrées. C'était encore du temps où la guilde de Lodola existait. Guilde que j'ai aidé à construire. L'une des lettres de son nom est d'ailleurs un symbole à mon propre prénom. Sélène dirigeait l'une des équipes principales de la guilde, elle était toujours accompagnée d'une centaure noire et d'un ange qui vit actuellement à Reilor. La guilde était réputée pour créer d'étroits et intimes liens entre les races, malgré les différences de celles-ci. Sélène a disparut de la surface de la terre peu de temps après la dissolution de la guilde. J'ai eu la chance de la revoir il y a trois ans, actuellement elle voyage sans doute. Mais nos chemins se croiseront de nouveau, j'en suis sûre et c'est avec impatience que j'attends ce moment.

Ma première rencontre remonte à l'année de mon quatre-vingt dixième anniversaire. Laralen Black a fait partie du groupe de cinq personnes qui m'a aidé à venger la mort de mes parents. Nous avons ensuite décidés de fonder la guilde de Lodola et les missions ont commencées. C'est seulement dix ans plus tard qu'un simple duel a mit fin à de nombreuses choses : l'existence même de la guilde, mes liens avec les autres membres et la mort de plusieurs d'entre eux, la cohésion de notre groupe qui s'est dissout, mais aussi l'amitié qui m'unissait à Laralen et la vie de mon fiancé. J'ai passé les douze années suivantes à la poursuivre par pure vengeance. Je n'ai pas réfléchit un instant. Nous nous sommes de nouveau affrontées et le combat c'est terminé sur un ex-equo au sommet des monatgnes de Pan Rei. Peut-être que le destin nous fera nous affronter de nouveau ensemble un jour, mais seul le temps me le dira.

Perdue dans mes pensées, je n'entendis absolument pas ce que me disaient Lucy et Ran, s'ils avaient dis quelque chose. Gênée, je répliquais :

- Pardon, vous disiez ?

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MessageSujet: Re: Longue nuit et jeu dangereux [libre]   Dim 09 Sep 2012, 14:29

- Je me disais aussi... Quel âge avez-vous donc Lucy ?

La question était plus qu’attendue, je l’avais provoquée. Je pris un instant : pour lui répondre avec justesse, il me fallait réfléchir. J’avais perdu la notion du calendrier humain après quelques années sur Ghurol. Le temps était figé dans le désert, aucun de mes semblables ne comptait les années. Les évènements marquants n’étaient que l’arrivée de jeunes immortels ou le départ, plus rare, de ceux qui comme moi retournaient au monde des vivants. Ce monde qui ne cessait d’évoluer, loin de nous et sans nous, dans une course que nous ne pourrions jamais rattraper… Cet état d’esprit m’ayant saisit, je réalisai que je n’avais toujours pas répondu et finit par avouer :

- Vous me semblez jeune, peut-être ai-je vécu deux vies comme la votre. L’âge perd de son sens avec le temps vous en conviendrez. Ou le réaliserez un jour.

Je me rappelais alors avoir eu son âge. Je pensais avoir déjà vécu toute une vie, des décennies en compagnies de Marianne à voyager sur Lan Rei et jusqu’à se perdre au fond du désert dont j’étais tombée sous le charme. Je pensais avoir vu le monde et rencontré chacune de ses créatures. Je croyais savoir ce que j’étais, une vampire accomplie, mais je n’avais alors aucune idée du sens de la vie éternelle. Pourtant déjà le temps m’échappait. Voguant d’une lecture à l’autre, je naviguais en esprit entre les époques et chacune recelait son propre univers qui s’éloignait sans cesse du présent. Nous vivions dans des reliquats d’époques passées, héritages décousus de notre grande famille dont la puissance résidait dans le sang sacrifié. Je désappris à compter les années lorsque j’étais avec Leonard. J’avais demandé son âge une fois et son silence me fit réaliser la futilité de ma question. Je ne sus jamais quelle année l’avait vu naître, peut-être avait-il oublié, il me souffla seulement qu’il fut mortel vingt neuf ans. Je lui appris en retour que j’étais devenue ce que j’étais après dix sept années humaines. Il savait ma jeunesse en tant que vampire pourtant et je savais qu’il avait vu passé plusieurs siècles. Il ne servait à rien de demander.

J’avais eus cependant cette curiosité à l’égard de ces elfes, curiosité humaine et jeu des révélations. Je ne m’attachais pas à la réponse que j’avais eut, il m’avait suffit d’un instant pour deviner cette relative jeunesse. Cet instant était le premier où je l’avais vue, tombant du ciel toute agilité et boucles blondes, quand ses premiers mots avaient résonné pour révéler le jeu d’enfant auquel elle se livrait.

Lunielle n’avait rien dit et ni esquissé une réaction après ma confession. Avait-elle seulement entendu la réponse ? Si elle avait pu se perdre dans ses pensées, je savais que Ranarel n’avait pas loupé une miette de mes mots. Il veillait sur elle en quelque sorte, du moins je l’imaginais ainsi. Et comme il ne m’avait pas sauté dessus, j’en concluais que ma seule nature vampire ne le rendait pas hostile à mon égard. Il n’y avait que les ignorants et les fous pour agir ainsi. Lui et Lunielle ne pouvaient être ignorants, je refusais de le croire, et je remerciais en silence leur inconscience. Je ne leur accordais pas toute ma confiance ceci dit, celle-là ne s’acquiert qu’au fil du temps. Mais je voyais quelque chose chez l’elfe aux yeux bleus qui me faisait désirer la sienne.

- Pardon, vous disiez ?

Mon regard était déjà tout à elle lorsqu'elle revint à la conversation. Je m'accrochais fermement à ses pupilles, effaçant le sourire que j'avais pour ne pas dévoiler mes crocs lorsque je parlai :

- Vous n’écoutez pas Lunielle, cela pourrait vous jouer des tours. Seriez-vous tracassée par quelque chose ?...

Puis tournai mon regard devant moi, poursuivant :

- Mais qu’importe, je vous parlais immortalité, une telle chose n’existe pas. Nous avons tous une fin, on ne fait que la repousser…

Je m’arrêtai soudainement pour faire volte face et fixer Ranarel. Nous étions dans le hall d’entrée, à deux pas de la porte, et je choisis ce moment pour confronter l’elfe silencieux.

- Ranarel, j’ai le sentiment que quelque chose vous dérange. Est-ce moi ?

Autant que sa réponse j’attendais la réaction de Lunielle.

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MessageSujet: Re: Longue nuit et jeu dangereux [libre]   Dim 09 Sep 2012, 18:31

- Ranarel, j’ai le sentiment que quelque chose vous dérange. Est-ce moi ?

Mes oreilles frémirent, secouant légèrement les boucles d'argent qui s'y trouvaient accrochées. Toute mon attention fut soudain à Lucy qui venait de parler à mon compagnon, à mon plus grand étonnement. Je me tourne à mon tour vers Ran, attendant sa réponse comme l'attendait sans doute Lucy. Il prend une grande inspiration, puis s'élance, ses yeux violets devenus durs.

- Vous êtes bel et bien une vampire... Que voulez-vous ? Pourquoi s'être donc embarquée avec deux elfes tellement différents de vous dans cette soi-disant visite de la ville ? Quel est votre but réel ?

Ses pupilles fixaient la belle dame et ne semblaient pas prêtes à la lâcher. J'aperçois un brin de colère briller dans les yeux de Ran.

- Non, mais ça va pas ?!

Je m'approche d'un pas rapide de Ran, me plaçant juste devant lui, tellement proche que je pourrais presque l'embrasser. Sa colère se dissipe, laissant place à la surprise face à la soudaine élévation de mon ton.

- Depuis quand tu juges quelqu'un sans le connaitre ?!

- Mais c'est une suceuse de sang ! Et son comportement me porte à croire qu'elle ne penses qu'à planter ses crocs dans ton cou !

- Je sais de quoi les vampires sont capables et, même si je ne suis pas sûre de remporter une confrontation contre l'un de ces êtres, je ne peux m'enfuir dès que j'en vois un !

- Tu dois plus te méfier ! Rappelle-toi ce qui s'est passé avec Lara...

Ma main partit toute seule, créant une marque rouge sur la joue de Ran. Les yeux baissés, je déclarai :

- Ne t'avise jamais de la mentionner devant moi ! Tu n'as pas le droit de faire resurgir ce souvenir ! Et tu devrais le savoir mieux que quiconque !

Ma dernière phrase fut un cri. Levant de nouveau la tête, je plantais mes yeux remplis de larmes dans ceux de mon compagnon. Je serre les dents. Je ne vais pas pleurer. Je n'ai plus le droit de pleurer.

- Je suis désolé... Pardonne-moi Luni.

- Banane...

Ce fut un murmure. Il m'ouvre ses bras. Dois-je m'y enfoncer ou bien reculer ? Ne préférant rien faire pour le moment, je me tourne vers Lucy afin d'observer la vampire.

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MessageSujet: Re: Longue nuit et jeu dangereux [libre]   Dim 09 Sep 2012, 20:27

- Vous êtes bel et bien une vampire... Que voulez-vous ? Pourquoi s'être donc embarquée avec deux elfes tellement différents de vous dans cette soi-disant visite de la ville ? Quel est votre but réel ?

Son ton était agressif, tranchant. Il avait beau ignorer beaucoup, toutes ces questions s’enchainant, il avait prononcé le mot vampire et ils étaient tous deux avertis à présent. Je ne lâchais pas les prunelles violettes, cherchant les mots qu’il souhaitait entendre à présent. J’allai répondre à ces questions mais Lunielle ne m’en laissa pas le temps : elle s’interposa entre son compagnon et moi et commença à réprimer celui-ci.

- Non, mais ça va pas ?!

Ah, douce Lunielle, comme je l’aimais en cet instant. Elle prenait ma défense avec un naturel surprenant et délicieux. J’appris entre ses mots qu’elle avait déjà côtoyé l’un des nôtres, qu’elle nous craignait un peu mais qu’elle n’avait pas l’intention de fuir. Elle avait décidément l’esprit guerrier. Je ne souhaitais pourtant livrer aucune bataille, si ce n’était celle des mots et j’appréciai qu’à aucun moment elle ne montre à mon égard la réserve qu’avait Ranarel. Car lui ne voyait de moi que mon instinct et il devinait mon désir de boire sa compagne. Il s’emporta sur un sujet sensible et personnel, évoquant un souvenir qui lui valut une gifle fantastique. La main avait frappé le visage, rougissant sa peau et les traits qui se découvraient exprimaient une grande déconfiture.

- Ne t'avise jamais de la mentionner devant moi ! Tu n'as pas le droit de faire resurgir ce souvenir ! Et tu devrais le savoir mieux que quiconque !

La colère flambait sous les reproches et je m’interrogeai un instant sur qui était Lara et quel était le fond de cette histoire. Pour qu’un évènement provoque de telles foudres chez un immortel, il devait l’avoir marqué dans sa chaire, ombre du passé qui jamais ne le quittait.

- Je suis désolé... Pardonne-moi Luni.

- Banane...

Ce seul mot mourut et je ressentis toute la fragilité du moment. Lui ouvrait ses bras, demandant son pardon et elle… se tourna vers moi. Oh, que ses yeux étaient brillants, aussi fort qu’elle souhaitait le cacher. Je ne savais si Ranarel avait été pardonné mais elle n’était pas allée se réfugier dans ses bras. Car elle me regardait et je compris qu’elle attendait quelque chose de moi. J’approchai d’elle, quelques pas que mes bottes firent résonner dans le silence du hall. A sa hauteur je levai une main vers son visage mais n’osai pas caresser de mes doigts glacés cette joue si tentante. Je détournai mon geste, vint effleurer une mèche blonde et posai simplement ma main sur son épaule, la pressante doucement, alors que mon regard se tournait vers Ranarel.

- Je vous ai tout dit Ranarel, ne soyez pas si méfiant.

Je ramenai ma main vers moi.

- Je suis ici pour visiter la ville, acheter une petite maison sans doute… Et nous ne sommes pas si différents vous et moi, laissons les querelles historiques de côté, pourquoi ne pas nous entendre ?

Je lui laissai l’opportunité de répondre mais bien vite mon regard retrouva celui de Lunielle, non sans avoir glissé insidieusement sur sa nuque.

- Marchons, le grand air vous fera du bien.

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MessageSujet: Re: Longue nuit et jeu dangereux [libre]   Ven 14 Sep 2012, 22:39

- Marchons, le grand air vous fera du bien.

- Vous avez raison, allons-y.

Je lance un regard à Ran, mais détourne bien vite la tête et emboite le pas à Lucy. J'entends les bottes de mon compagnon derrière moi, il nous suit, mais garde le silence. Ce n'est pas plus mal pour le moment.

Sans attendre davantage, nous nous dirigeons vers les beaux quartiers de Reilor, à un rythme paisible. Le ciel étoilé brille de mille feux au-dessus de nos têtes et je décide de le contempler afin de chasser les pensées noires qui encombrent mon esprit. Je ne devrais pas me laisser distraire par d'aussi vaines futilités ! Je suis une infiltreuse, une espionne, une guerrière et, par dessus tout, je ne dois pas laisser mes sentiments à découvert. Du moins, pas en présence de ceux qui pourraient me nuir.

Le bâtiment que nous avons visité se trouve maintenant loin derrière nous et les rues ont quelque peu changées. Elles sont moins sales, plus claires et jolies. Les habitations de pierre se succèdent, certains éléments décoratifs de bon goût commencent à apparaitre. Je ne suis venue ici qu'une fois et c'était il y a au moins vingt ans. Je me demande si nous allons passer devant la maison que j'ai infiltrée. D'après mes souvenirs, les fenêtres étaient hautes et larges, le verre épais, mais raffiné, l'encadrement riche. Les murs étaient de pierre et leurs pieds n'étaient jonchés d'aucune saleté, d'aucun débris ou cadavre de bouteille contrairement au quartier du port. Il n'y avait pas de grille, ni de chiens, mais deux gardes devant la porte d'entrée et plusieurs autour de la bâtisse. À l'époque, je n'avais pas beaucoup d'expérience et j'ai faillit me faire attraper, mais c'était autrefois. Je me demande si le propriétaire a renforcé la sécurité depuis le temps.

Je brise alors le silence qui s'était installé.

- Vous cherchez quelque chose de particulier ou n'importe quel maison pourrait vous intéresser ?

Je diminue mon rythme de marche, permettant ainsi à Ran se se rapprocher tout doucement de moi. Il sait que je lui ai pardonné et je sais qu'il ne l'a pas fait exprès. Un sourire aux lèvres, je m'arrêt et me tourne vers Ran et Lucy en disant :

- Et si nous faisions le tour du quartier ? J'ai toujours voulu admirer les maisons des riches pour ne jamais y avoir vécu !

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MessageSujet: Re: Longue nuit et jeu dangereux [libre]   Sam 15 Sep 2012, 22:58

- Vous cherchez quelque chose de particulier ou n'importe quelle [:p] maison pourrait vous intéresser ?

- Oh pas n’importe quelle maison non… J’ai quelques critères et quelques exigences, voyez-vous ? Cette petite promenade devrait m’en dire sur ce que je peux espérer trouver.

Ces rues avaient vécues avec les humains, évoluant tout comme eux, mais l’ambiance restait la même : feutrée, lumières glissant sous les volets fermés, silence à l’exception de nos pas et nos voix. Nous avions croisé du monde sur le trajet, quelques tavernes dans le centre émettaient le brouhaha des conversations mêlées. Mais ici il n’y avait que l’intérieur des maisons pour maintenir le parfum de vie. Les rues étaient vides, calmes et apaisantes. Dans mes souvenirs il en était ainsi. Passée la tombée de la nuit, chacun rentrait chez soi ou partait pour le cœur de la ville. De sorte qu’à part quelques silhouettes regagnant leur foyer ça et là, il n’y avait personne pour animer ce quartier. Silence plaisant. Bien sur, la garde s’employait à y effectuer quelques rondes par nuit mais il n’y avait rien à craindre d’eux.

- Et si nous faisions le tour du quartier ? J'ai toujours voulu admirer les maisons des riches pour ne jamais y avoir vécu !

- Excellente idée. N’est-ce pas d’ailleurs ce que nous sommes en train de faire ?

Je lui adressai un sourire amusé et poursuivis la marche.

- Et vous pourriez y vivre Lunielle, croyez-moi ce n’est pas difficile.

J’avançais sur ces pavés retrouvés et découvrais au dessus d’eux le monde qui avait changé. Car si ces rues respiraient la même vie qu’autrefois, elles s’étaient vêtues de nouvelles formes, nouveaux matériaux et nouvelles couleurs. Certaines façades flambaient neuves, des maisons avaient disparues et d’autres s’étaient construites. Je reconnaissais nombre de demeures cependant et me demandais qui pouvait les habiter à présent. Mes yeux glissaient sur les portes, sur le nom des maisons, cherchant le moindre indice. Là vivait Edouard Granval, me dis-je en passant devant une petite maison aux sculptures raffinées. Là la famille Luroi… J’avais en ma possession un livre écrit par le père de cette famille et cela serait peut-être la clé qui m’ouvrirait les portes de cette maison. Il fallait seulement espérer que ce manoir appartienne à l’un de ses descendants. J’en caressai les contours, franchissant par la vue ces murets et grilles qui protégeaient la cour, et je les appréciai. Mais je ramenai déjà mon attention devant moi, à l’arbre que la pavé avaient épargné, eu égard à son grand âge et à sa beauté sans doute. Il avait encore grandit, bien qu’il fut déjà impressionnant à l’époque, mais il avait surtout vieillit me semblait-il. Une vie plus longue que la mienne, cette rareté me fit lui accorder une révérence amusée. Je repris la marche en même temps que la parole.

- Avouez que c’est agréable ce décor, ce calme. Un chez soi où l’on se sent en paix et entouré de belles choses.

Je tournai mon regard vers elle.

- Si vous voulez gouter à cette vie, trouvez-moi dans quelques temps, je vous ouvrirai les portes de ma demeure.

Un coup d’œil à Ranarel, j’eu un petit rire et un regard complice pour Lunielle.

- Si vous osez y entrer...

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MessageSujet: Re: Longue nuit et jeu dangereux [libre]   Mer 19 Sep 2012, 19:20

La proposition de la vampire est alléchante. En tant qu'elfe, je fais partie de l'une des deux races qui peut devenir immortelle par morsure d'un suceur de sang. Je n'y ai jamais pensé : que serait ma vie après la transformation ? Serais-je toujours la même ? Que deviendrait ma vie ?

À cette instant, je ne saurai dire si Lucy était sérieuse ou si elle se moquait juste de moi, me taquinant. Son regard complice me convainquit qu'elle était sérieuse.

- Je...

Ran est suspendu à mes lèvres et l'attention de la belle dame m'est aussi acquise.

- Je ne veux pas devenir un vampire. Mais je sais que vous avez faim. Alors, au moment où vous ne pourrez plus vous retenir, dites-le moi. Je vous aiderai.

Mon sourire redevient innocent comme avant ma dispute avec Ran. Mon compagnon semble soulagé. J'observe la réaction de Lucy, puis finit par détourner la tête et laisse mon regard se promener sur les aspérités du mur clair qui défile à notre droite, rempart d'une riche propriété. Nous arrivons finalement au portail. Fermé.

Un souvenir me frappe soudain comme un coup de poing en pleine figure. Je connais cette habitation. C'est ici que je me suis infiltrée, des dizaines d'années auparavant. Le propriétaire n'est sans doute plus le même, mais le manoir n'a pas changé : entouré de solides murs et d'arbres gigantesques qui forment un petit parc, il semble impénétrable. Je me demande si la sécurité y est renforcée depuis. Ce fameux ouvrage que j'étais venu chercher, je me rappelle encore de ses coins rèches, de la couleur lavée de sa couverture, des pages jaunies et cornées. Le sceau de cire brisé qui se trouvait dessus, son poids qui m'avait forcé à prendre un sac suffisamment solide, je me rappelle de tout. Je me souviens de la crédulité des gardes, leur anxiété croissante lorsqu'ils n'arrivaient pas à me trouver. Chose étrange, je n'ai tué personne cette nuit-là. Je me rappelle des fragrances subtiles dans la pièce principale, la texture soyeuse des rideaux pourpres, l'odeur de la cire des chaussures en cuir noir de Monsieur, les bijoux scintillants et les tissus pompeux de Madame. Leurs bruits de pas dans les couloirs, le reflet de mon ombre dans les miroirs de cristal, les vases et tableaux précieux. Je me souviens même de cette affreuse sculpture de marbre présente dans l'escalier à double sortie dont les lourds tapis ont chatouillés les pointes de mes bottes.

- Je ne pourrai pas vivre dans un endroit pareil. Au début, la luxure et les richesses me plairaient peut-être, je suppose aussi que ces gens-là sont extrêmement cultivés et savants, mais je finirai rapidement par me lasser. J'ai besoin de voyager, de vivre parfois dans des conditions extrêmes, de sentir la nature dans le plus petit des fragments de mes os. J'aime l'océan, le vent et les étoiles, le sable, le soleil et la forêt, le chant des oiseaux, mais aussi les armes, le danger, les courses folles, les baies, le rhum, pleins de choses qui finiraient par me manquer si je reste au même endroit trop longtemps.

Que va-t-elle donc dire ensuite ?

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MessageSujet: Re: Longue nuit et jeu dangereux [libre]   Jeu 20 Sep 2012, 18:13

Je lui adressai un regard, un sourire, et observai devant moi mes pas engloutir le pavé. Elle avait reconnu une maison en passant, je l’avais vu en dévisager les contours comme je m’étais appliquée à le faire pour d’autres bâtisses. Mais pas pudeur je n’évoquai pas ce sujet :

- Je vous comprends Lunielle, votre envie de voyages et de nouveau. Sachez seulement que cette vie là, citadine et faste, est aussi une expérience à vivre. Une aventure dans un sens…

Comme elle j’avais eus ce désir de voyage, de nature et de découverte, mais cela relevait d’une autre époque à présent. Quoique ce fût cette envie d’action et de défi qui m’avait fait quitter les manoirs de Ghurol. Et j’irai plus tard, quand j’aurais l’assurance d’une propriété ici, vadrouiller de long en large sur les terres de l’Ouest. Mais le temps ne jouait plus contre moi depuis longtemps, aussi je pouvais savourer chaque instant dans la capitale sans être saisie de la moindre impatience.

J’avais gardé le silence précédemment, ne répondant rien à son refus d’appartenir à ma famille, car je fus frappée par les mots qu’elle y ajouta. Offrant son propre sang par compassion, elle avait une grandeur d’âme et une générosité rare. Elle devait par là faire honneur aux siens, prête à se sacrifier pour la survie d’une autre espèce, aussi maudite et malveillante qu’elle fut. En cet instant je n’avais pu que museler mes mots et ma faim, qui me hurlait de me jeter à sa gorge pour gouter l’essence de l’immortelle. Lunielle ne méritait pas cette attaque sauvage et impersonnelle et puis, il y avait Ranarel… J’étais troublée cependant. Troublée de trouver dans l’apparition qui m’avait été faite au port une occasion de boire sans abuser de personne. Et troublée qu’elle ait si mal interprété mes mots.

- Vous m’avez mal comprise tout à l’heure. Je ne ferais pas de vous une vampire Lunielle, même si vous me suppliiez. Je vous offre juste le gîte si d’aventure vous étiez à Reilor dans quelques temps. Quand l’une de ces maisons sera mienne.

Je terminai d’un rire léger et gestes vagues désignant le quartier. Au bout de la rue que nous arpentions, il y avait une grande propriété grillagée. Derrière le portail rongé de rouille, un chemin se devinait entre les arbres qui donnaient de loin l’impression d’une forêt dans la ville. Le chemin était envahi d’herbes sauvages assez hautes pour avaler un enfant ce qui, ajouté à l’état lamentable du portail, me murmura que l’endroit était abandonné. C’était là que nous avions vécue avec ma mère de la Nuit et il semblait que personne n’ait revendiqué ces vieilles pierres et jardin délabré après notre disparition. Sans doute des années s’étaient écoulées pendant lesquelles nous fumes attendues, puis le temps avait effacé ces vies et aujourd’hui les plus anciennes ne devaient avoir connu de ce manoir que ce qu’il dégageait comme impression aujourd’hui. Depuis leur enfance l’endroit leur apparaissait abandonné, lugubre, effrayant peut-être. Une relique du passé, dont l’apparence n’avait plus rien de reluisant. Personne n’avait voulut de la propriété.

D’un signe je désignai la rue qui s’ouvrait à gauche et m’y engageai : sous la rangée de lampadaires aux flammes vacillantes, je savais que le pavé conduisait rapidement au port. Etant au sommet d’une petite colline, les beaux quartiers offraient d’ailleurs une superbe vue sur les quais, les voiles et les mats et par delà l’océan. Mais cela n’était à cette heure que flamboiements discrets et pâles reflets aquatiques dans le noir. Au-delà du fait que je souhaitais éviter mon ancienne demeure, il me restait toujours une promesse à tenir.

- J’ai vu assez de ces maisons pour ce soir je pense. Peut-être voulez-vous continuer cette promenade ? Sinon, allons épancher nos soifs. Je vous préviens… je ne bois que du bon vin.

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MessageSujet: Re: Longue nuit et jeu dangereux [libre]   Lun 24 Sep 2012, 22:27

- Vous m’avez mal comprise tout à l’heure. Je ne ferais pas de vous une vampire Lunielle, même si vous me suppliez. Je vous offre juste le gîte si d’aventure vous étiez à Reilor dans quelques temps. Quand l’une de ces maisons sera mienne.

Je lui souris.

- Vous me rassurez Lucy ! Et si un jour j'ai besoin d'un toit à Reilor, je passerai vous voir sans aucune hésitation. En fait, je passerai même si je n'ai pas besoin d'un endroit où dormir et que vous ne voulez pas me voir. Surtout si vous ne voulez pas me voir !

Je lui lance un clin d'oeil complice, au grand soupir de Ran qui marche toujours derrière nous. Je ne lui en veux plus et je n'ai plus qu'une seule idée en tête.

- J’ai vu assez de ces maisons pour ce soir je pense. Peut-être voulez-vous continuer cette promenade ? Sinon, allons épancher nos soifs. Je vous préviens… je ne bois que du bon vin.

- Allons donc dans une taverne ! J'en connais une qui se trouve non loin d'ici, quelques rues après le quartier des riches, entre le cabinet de Len et la bâtisse de Cactus.

Même si ces noms ne disent sans doute rien à Lucy, peut-être que Ran s'en souvient encore.

- C'est la taverne "Au Joyeux Désordre", un nom qui convient parfaitement à un établissement de ce genre. Je connais personnellement le patron et ses boissons et repas sont de bonne qualité pour une taverne de Reilor.

J'observe rapidement la lune, tentant d'évaluer le temps qu'il nous reste avant l'aube.

- Du vin, il en a sûrement de bons crus. Je sais qu'il a du rhum, il a intérêt d'en avoir surtout et tout ce qui touche aux alcools forts est son rayon. Maintenant, je peux nous y conduire si vous avez réellement fini ici.
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MessageSujet: Re: Longue nuit et jeu dangereux [libre]   Mar 25 Sep 2012, 17:25

- Oh je n’ai pas réellement finit ici, pas tant que je n’habite pas quelque maison du quartier, mais une chose à la fois. Et vous m’avez l’air d’avoir grand soif, allons donc ! Au « Joyeux désordre ». J’avoue je ne partage pas votre enthousiasme pour cette enseigne, c’est un nom qui sent le désastre. Mais j’imagine que cela vous amuse et de toute façon, je vous l’ai dit, vous choisissez notre destination.

Et je la suivais, un demi-pas en arrière, lui confiant à présent l’initiative du trajet. Du coin de l’œil je savourais la cascade blonde qui ruisselait sur ses épaules, si précieuse, toute proche, et mon odorat était tout appliqué à arracher à l’air de la ville les parfums de l’elfe. Alors je me glissais en pensée tout près d’elle, dans son dos, ombre imperceptible, et je découvrais sa gorge d’un geste délicat. Luttait-elle ? Dans sa folie elle m’avait offert son sang mais savait-elle la violence d’une morsure ? La chaire est pénétrée, la peau déchirée, et le sang se répand. La morsure d’un vampire n’est que douleur, plaies et faiblesse, souvent mort de la victime. Certains évoquaient le plaisir qu’elle pouvait procurer, mais je ne croyais pas un instant que Lunielle soit de cette engeance masochiste. Elle voulait aider, simplement. Et moi je rêvais de cet instant où mes crocs plongeaient dans son sang, la première goutte, la première gorgée.

Je sentais le poignard dans mon dos cependant. J’imaginais le regard de Ranarel, marchant toujours derrière nous, posé sur moi. Je le sentais presque, comme une brûlure au creux de ma nuque. Garde fou, il m’ôtait toute envie d’attaquer sa compagne car il interviendrait forcément et me battre était bien la dernière chose dont j’avais envie. Les rues étaient désertes et enveloppées de nuit, l’endroit et l’instant parfait pour une attaque surprise, ma faim toute à fait réveillée, mon corps prêt à se détendre et bondir vers elle. Mais non. Il veillait. Et elle…

Je réalisai que j’avais laissé le silence s’installer, perdue dans cet imaginaire sanglant où ma faim triomphait. Je me rappelai alors à la réalité, à la taverne que nous allions trouver et à la nuit qui avançait. L’ambiance au port et en ville battait son plein à notre départ, mais nous avions prit le temps de grimper au sommet de la tour et marcher jusqu’à ces résidences que nous quittions doucement.

- Vous pensez qu’il y aura encore du monde en ville ? à votre taverne ?

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MessageSujet: Re: Longue nuit et jeu dangereux [libre]   Sam 06 Oct 2012, 19:30

- Vous pensez qu’il y aura encore du monde en ville ? à votre taverne ?

- Ce genre d'établissement ne ferme jamais, mais les clients encore attablés sont de ceux qui ne causent pas trop de problèmes. Le genre d'ivrogne infatiguable.

Prenant ainsi les directives, je sortis de la rue, suivie de près par Lucy et Ran. La taverne se trouve non loin, je connais bien le chemin pour l'avoir emprunté à de nombreuses reprises. Je jette un regard rapide vers le ciel étoilé, la lune est encore suffisamment haute dans le ciel. Il nous reste encore quelques heures avant l'aube.

Je reconnais une maison blanche dont les coins vieillis partent en poussière à vue d'oeil. Les hautes fenêtres du deuxième étage ne sont pas éclairées : Len n'est donc sans doute pas chez lui. Ou bien il dort. Penser au médecin me fait penser à ma cousine. Ces deux-là sont sans doute fourrés quelque part ensemble, peut-être même là-haut. J'esquisse un petit sourire en remarquant qu'Ibéreth ne sait pas que je suis de retour en ville, fut-ce pour un temps bref. Avant de partir, je ne manquerais pas de la saluer.

J'évite les ruelles étroites et sales pour Lucy, quitte à allonger notre parcours. Je reconnais de loin les tuiles colorées des maisons qui abritent les étales des marchands, étales vides à cette heure-ci. Cette grande rue, presque une avenue, est tellement vive et peuplée en plein jour que c'en est étrange de la voir si vide. Les marchandises abondantes ne sont plus là, tout comme la douce effervescence qui me berçait jadis, les cris vigoureux des commerçants, les passants pressés, les voleurs discrets, les enfants orphelins et sans abri qui trainent dans cette rue en quête d'une pomme malancontreusement tombée.

Nous finissons par quitter le quartier du marché pour nous rapprocher du port. Mes oreilles frémissent, faisant tinter mes sept anneaux d'argent. Les vagues qui s'écrasent continuellement contre les coques effilées des navires mouillant l'ancre, les embruns salés provenant de la mer, les mouettes qui crient, volant au-dessus des voiles blanches qui s'alignent telles des spectres translucides. J'aime l'océan, le vent et le soleil. J'aime la nature et toutes les merveilles qui vont avec.

Soudain, nous arrivons dans une rue plus étroite, plus sale. Devant nous s'étalent plusieurs tavernes, mais celle qui m'intéresse ne s'y trouve pas. Je continue d'avancer, scrutant les noms gravés sur les affiches qui se balancent sous le vent, suspendues à de fines chaines ou vulgaire morceau de corde. Je remonte la rue, suivant les pavés disjoints et dont les coins ont été adoucis par le temps et les intempéries. Enfin, tout au bout se trouve le fameux établissement.

- Ne vous inquiétez pas, sa piètre allure n'est en rien comparable aux talents du jeune cuisinier, fils du patron que je connais bien, pour lui avoir rendu quelques services et ennuis.

J'avance à grands pas vers la bâtisse de taille basse, contrairement aux autres tavernes du coin. Il n'y a pas de chambres à coucher dans celle-ci, juste une immense salle commune. Sans hésiter, je pousse la porte d'entrée du "Joyeux Désordre". M'arrêtant au pas de la porte, je me rappelle alors que les vampires ne peuvent entrer dans un endroit sans y être invités, aussi je me retourne et invite à entrer Lucy.

L'odeur familière du tabac enplit mes narines dès les premiers pas, ainsi que celle de l'alcool et de la sueur humaine. Comme je m'en doutais, peu de marins sont présents à cette heure-ci. Deux larges moussaillons sont tranquillement assis à gauche de l'entrée, ils ne lèvent même pas les yeux quand nous passons. Trois jeunes hommes tout just entrés dans l'âge adulte conversent gaiement autour du plat du jour, un large poulet braisé. Plus loin, une demi-douzaine d'hommes occupe une large table ronde en jouant aux cartes tout en riant bruyamment. Enfin, un voyageur discret se tient près de l'une des fenêtres de droite, dans le coin comme s'il fuyait les regards.

Les regards tombent sur nous comme des gouttes de pluie lors d'une averse. Après tout, ce n'est pas courant de trouver deux elfes à cette heure-ci dans une taverne, même si je ne suis plus une étrangère ici. Cependant, j'ai l'impression que c'est notre belle dame qui suscite le plus de commentaires et regards admiratifs.

Sans m'arrêter et tout en observant du coin des yeux les convives, je m'approche du comptoir auquel je m'accoude nonchalamment. Immédiatement, une jeune femme vient me voir, un vieux chiffon à la main et un verre dans l'autre.

- Salut Luni ! Ça fait un bail dit donc !

- Bonsoir Gyselle. Le patron est là ? J'aimerais le saluer.

Elle dévisage mes compagnons, puis s'écrie :

- Tu comptes rester ici ou tu es juste venue faire un brin de causette ?

- Rassure-toi, je reste et j'ai de quoi payer. Les commandes, pas les réparations.

- Dans ce cas, je vais chercher Jorg, prenez place en attendant.

Elle se dirige à grands pas vers la porte du fond, sans doute pour réveiller le patron. Quant à moi, je me retourne vers Lucy en disant :

- Je vous laisse choisir la table et vous avez l'embarras du choix !

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MessageSujet: Re: Longue nuit et jeu dangereux [libre]   Lun 08 Oct 2012, 22:59

Il est difficile d’imaginer combien il est délicat pour nous, marcheurs de la nuit, d’aller librement où bon nous semble. Heureusement Lunielle se souvint que sans un mot d’elle je ne pouvais franchir le seuil et je pus entrer en lui glissant un sourire de gratitude. Seulement mes limites physiques ne s’en tenaient pas là et après plusieurs siècles dans ce corps immortel, j’avais d’elles une pleine conscience. Le temps m’avait appris à lutter, agir contre mes pulsions, mais l’attention que cela demandait restait immense. Je gardais une allure droite, altière, accordée à la noblesse que supposait mon accoutrement. Si quelques yeux se levaient sur nous, je comptai sur ce charme presqu’intimidant pour leur faire oublier qu’aucune ombre ne dansait aux pieds de ma silhouette…

Nous parvînmes au comptoir et personne n’avait crié à l’improbable ou murmuré doucement – et j’étais plus que jamais à l’écoute – sa crainte. Aussi j’en conclus que ma nature leur échappait, aidée peut-être par les volutes d’alcool et de fumée qui diffusaient dans l’air et dans leurs esprits. Cela restait pourtant une supposition, car je m’appliquai à ne pas les regarder, toute curieuse de découvrir leurs expressions que j’étais. Mes yeux n’avaient pas lâché Lunielle quand le dialogue avec la jeune serveuse s’amorça.

- Salut Luni ! Ça fait un bail dit donc !

- Bonsoir Gyselle. Le patron est là ? J'aimerais le saluer.

Mon regard s’était dirigé vers elle et j’inclinai doucement la tête lorsqu’elle me regarda. Mais ce n’était pas elle que je voyais vraiment : voulant oublier les tentations de la vue, jugulaire palpitante ou corsages me suppliant de les dénouer, je naviguais sur le flou du vide entre nous. La réalité visuelle s’estompait, j’étais ici et ailleurs, dans un enfer où je luttais joyeusement contre mes démons.

- Tu comptes rester ici ou tu es juste venue faire un brin de causette ?

- Rassure-toi, je reste et j'ai de quoi payer. Les commandes, pas les réparations.

- Dans ce cas, je vais chercher Jorg, prenez place en attendant.

Si j’avais écarté ma vue de la partie, mes autres sens étaient pleinement ouverts. J’entendais les bribes de conversations, le raclement des chaises sur le sol, les chopes qu’on posait lourdement, les crépitements du feu, jusqu’aux volées de carte qu’on abattait sur quelque table. Je devinais les battements de cœur dans leurs poitrines de mortels... Douze âmes dans cette pièce, sans compter mes compagnons, et elles avaient chacune leur identité sonore et olfactive. Les discerner au milieu de la brume de senteurs de vie et de toxines artificielles occupait mon esprit, défi amusant, mais nourrissait ma faim d’un désir toujours plus grand. Oh, comme j’aurais voulu pouvoir les observer ! Mais il était hors de question que je promène mon regard sur eux. J’étais une dame, ces enfants insignifiants ne méritaient aucune attention de ma part.

- Je vous laisse choisir la table et vous avez l'embarras du choix !

Sans un mot je lui désignai la petite table carrée à côté de la cheminée. La lumière du feu se heurtait aux briques qui assemblaient l’ouvrage et ne pouvait s’étendre tout contre le mur, laissant deux des quatre chaises dans l’ombre. Comptant sur l’elfe pour comprendre où je voulais en venir sans rien expliquer de vive voix, j’allai vers cette obscurité confortable. Je ne m’y trouvais pas dans le noir complet, les chandelles un peu partout dans la pièce diffusait leur lumière jusqu’à ce recoin sombre. Mais ici ma pâleur, qui n’avait d’égale que mon envie de sang, se ferait plus discrète. Les traits de mon visage ne seraient visibles que par mes proches et, fumée et alcool, je pouvais espérer dissimuler mes gestes. Du moins aux yeux d’un simple humain et je n’oubliais pas que la capitale regorgeait d’êtres surprenants et exotiques.

Je m’assis au plus près des briques chaudes, espérant réchauffer mon corps aussi frais que la nuit d’où nous venions. Installée sur la chaise en osier, je pouvais enfin regarder la salle devant moi en toute impunité et il ne me fallut qu’une seconde pour cerner tous les visages – seuls les joueurs de carte se trouvaient autour d’une table que l’angle m’empêchait de discerner. Glissant index et majeur dans la manche de ma main gauche je brisai le silence d’une voix basse.

- Vous avez du remarquer comme moi l’homme tout seul à la fenêtre…

Je cherchai le regard de Lunielle, puis observai discrètement l’individu en question.

- C’est le personnage le plus intriguant, le moins à sa place. Celui qui pourrait le plus nous surprendre s’il nous contait sa vie. Ou pas, bien sur, il pourrait n’être qu’un voyou en cavale. Mais c’est lui dont nous pouvons deviner le moins, la meilleure énigme de cet endroit…

Il était effectivement tout en cape et capuchon sombres, visage baissé, les mains posées sur ses genoux, immobile et observant la nuit à travers la fenêtre. Je le fixai, lui le mystère qui ne demandait qu’à être percé, inconnu dont je désirai tout savoir dans l’instant. Mais si je n’avais du choisir qu’une chose à découvrir de ce mortel étranger, cela aurait été son gout. J’imaginai son sang riche d’arômes inattendues envahir ma bouche quand dans le coin de mon œil je vis la serveuse arriver près de nous, accompagnée d’un homme. Je sortis alors les doigts de ma manche, serrant deux pièces dans la main que je vins poser sur la table, et lançai rapidement.

- Lunielle, Ranarel, prenez ce dont vous avez envie. Et commandez-moi leur meilleur vin, un pichet suffira.

Puis je me tus. Car si je pouvais ne pas m’adresser directement aux tenanciers, cela ne pourrait qu’enrichir ce personnage que je jouais pour me protéger. Garder ses distances avec la majorité de la population n’était qu’une ruse de vampire pour paraître plus important qu’à la réalité. L’aura conférée par ce silence, comme les apparats luxueux, repoussait le curieux et intimidait le simple d’esprit. Je maintenais ainsi une certaine distance entre eux et moi, mortels et immortelle, nourritures et chasseresse. Pour ne pas m’attacher d’abord, c’était une habitude à prendre pour survivre longtemps en tant que vampire. Mais surtout parce que j’avais à chaque instant mes priorités propres et que ces conversations formelles n’en faisait pas parti. Je posai ma main au centre de la table et y laissai tomber les pièces, deux petits cercles d’or. Lors de mon premier séjour à Reilor, c’était le prix qu’on pouvait tirer d’un bon cheval, autant dire une fortune pour un simple repas et boisson. Même si la vie était devenue plus dure, je me savais en train d’afficher clairement mon aisance et ce n’était pas innocent.

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